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 RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]

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Julie
Commandant de Bord


Messages : 477
Birthday : 30/07/1995
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Où suis-je ? : Au Déf les racines

MessageSujet: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Lun 5 Sep - 19:29

Perdu dans la forêt

Prologue

La nuit était sombre, le vent caressait les feuilles, qui frémissaient sous la neige blanche et froide.
La forêt, engloutie sous la pénombre, se mélangeait avec la noirceur du ciel, qui privé d'étoiles, faisait penser à un gouffre sans fin.
Le lac glacé n'avait plus aucun habitant vivant car ces eaux glaciales n'étaient plus aussi attirantes qu'au printemps où oiseaux, insectes, poissons et batraciens se donnaient rendez-vous. Je m'avançais à pas lent, gémissant à chaque pas, car le froid et la douleur me rongeaient depuis l'intérieur. Mon corps meurtri me faisait terriblement souffrir et mes bras ne pourraient porter plus longtemps cette enfant, qui endormie sous la couverture, grelottait autant ou plus que moi...

Il fallait pourtant que je continue, que je garde courage. Le Refuge n'était plus qu'à quelques heures de marche, je devais l'atteindre avant qu'il ne soit trop tard. Pour l'enfant...
Il me sembla perdre la notion du temps et de l'espace. Je ne me souvenais plus ce que je faisais là, mais je poursuivais ma marche, poussé par une unique certitude : il fallait que j'amène l'être que je tenais dans mes bras en lieu sûr.
Soudain, mon pied rencontra une racine dans la boue et je basculai en avant. Ma gorge nouée m'empêchait de crier, et mes jambes n'écoutaient plus les ordres obstinés que je leur lançais.
« Continue, continue, continue, continue... »


Dernière édition par Julie le Ven 11 Nov - 13:05, édité 1 fois
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Julie
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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Ven 11 Nov - 13:04

I

Je me réveillai avec la tête aussi lourde qu'un sac de topinambours. Je restai longtemps les yeux fermés, tentant de sentir mes membres endoloris. Ma nuque m'élançait, je me sentais nauséeux et mes mains paraissaient réduites à l'état de compote, mais je n'arrivais pas à commander mes jambes. Au bout d'un long moment de reconnaissance, je me décidai à soulever mes paupières. L'image, très floue, mit un temps à retrouver sa netteté, et je pus enfin regarder la pièce dans laquelle je me trouvais.

C'était une chambre spacieuse, les murs blancs faisaient contraste avec le ciel noir qu'on voyait par une grande fenêtre ornée de rideaux brodés.
Une grande armoire en bois tapissait un des murs. Elle avait été sculptée avec délicatesse et on pouvait y distinguer sur l'une des portes de l'armoire un jeune cerf, apeuré à la vue d'un chasseur, qui le pointait avec une arme. Sur l'autre porte, se dressait un chat, sur ses pattes postérieures, pour essayer d'attraper un moineau qui se trouvait plus haut.
Je me redressai, mais ma tête tournait dans tout les sens. Je ne voyais plus rien, et je m'évanouis.
Quand je me réveillai, une jeune femme aux cheveux blonds et ondulés, au visage au très fin et aux yeux bleus profonds étaient assise à mon chevet.

« Vous avez fait du beau travail », m'annonça-t-elle joyeusement, tandis que mes oreilles se mettaient à bourdonner de façon très désagréable. « L'enfant est en sûreté. Nous vous avons trouvé avant qu'il ne soit trop tard. »
Par politesse, je tentai de me redresser, mais mes cervicales m'élancèrent et ma tête retomba lourdement sur l'oreiller.
« N'allez pas si vite, jeune homme ! Il vous faut du temps pour récupérer. A propos, mon nom est Yeïla. Vous pourrez voir Hätlan lorsque vous serez rétabli, afin qu'il vous donne votre paye et un moyen de retour. En attendant, il vous offre le gîte et le couvert : tout le logis sera à votre disposition le temps que vous resterez. Vous verrez, le jardin est magnifique ! »
La prénommée Yeïla s'interrompit un bref instant pour esquisser un sourire lumineux, mais avant qu'elle ne reprenne sa tirade, une cloche sonna au loin. Des traits inquiets se dessinèrent alors sur le visage de la jeune femme.
« Par Etnos, il faut que j'y aille ! Le chef m'appelle. Reposez-vous bien ! » Et elle décampa.

Moi, je restai là, je n'avais pour ainsi dire pas le choix : mon cou me faisait horriblement souffrir malgré les trois oreillers douillets qu'avait eu le soin de me porter mes hôtes. J'essayais en vain de trouver une position agréable ou, en tout cas, une position moins douloureuse pour mes cervicales. Vu l'état de celles-ci, je ne risquais pas de sortir du lit avant une semaine et de la maison, au moins un mois ! J'y réfléchis donc, mais peu de temps, car vite, je m'assoupis.

Je restais dans mon lit et je n'étais dérangé que par Yeïla qui venait de temps en temps me tenir compagnie et un valet qui m'apportait les repas. Pourtant, 6 jours après mon arrivée, je pus enfin me lever sans ressentir un affreux mal de tête ou un tournis considérable.
Je sortis de ma chambre et m'avança dans un couloir dont le mur, en briques, se contrastait avec le sol en marbre blanc. Je distinguais une porte en bois au fond du couloir.
Je m'avançai à pas lent et ouvris avec précaution la porte. La salle qui s'ouvrit devant moi était assez lugubre.
Elle ne comportait aucune fenêtre et seules quelques chandelles illuminaient la pièce. On pouvait y distinguer une grande armoire semblable à celle de ma chambre et un grand bureau de marbre noir. Il me sembla distinguer une petite porte au fond de la pièce mais une voix me fit me retourner brusquement :
« Qui êtes-vous ? Et que faîtes-vous là ? Cette salle est interdite aux visiteurs !
– Excusez-moi, je n'étais pas au courant, je suis ici car je me suis fait mal aux cervicales en venant apporter le bébé et...
– Ah, c'est vous ! Vous savez, je ne connais pas tout le monde ici ! Je suis Hätlan je suppose que Yeïla vous a parlé de moi.
– Oui, un peu, elle m'a dit d'aller vous voir, mais je ne suis pas près de partir de cette maison, je ne vaudrais pas abuser de votre hospitalité ! Mais j'ai encore un peu mal et mon cou est trop fragile !
– Ce n'est pas grave, restez autant que vous le voulez. Mais promettez-moi que c'est la première et dernière fois que vous mettez les pieds dans cette salle. Personne n'est censé y aller, à par moi, bien entendu. Yeïla a du oublier de vous le dire...
– Que dois-je faire ?
– Vous devez avoir faim, et n'imaginez pas qu'on vous portera tous les jours à manger, maintenant que vous êtes sur pieds ! Descendez manger un bout si vous voulez, puis vous pourrez vous promener dans le jardin, mais surtout, reposez-vous ! »

Surpris par cet accueil pour le moins énergique, je sortis la tête basse. Je m'imaginais que le fameux Hätlan pour lequel je travaillais depuis si longtemps – et que je n'avais pourtant jamais vu – m'aurait reçu avec beaucoup de bienveillance, mais cette magnifique bienvenue m'avait refroidi. Apparemment, je n'étais pas le seul à le servir. Malgré ma confusion piteuse, j'osai risquer un autre regard vers la silhouette que je n'avais pu détailler dans l'ombre, et je me sentis encore plus petit qu'avant.
Hätlan, jeune homme gigantesque, fidèle à l'image que je me faisais d'Ithlos, dieu des arts martiaux, me fixait du haut de son imposante stature. Une crinière de cheveux blonds encadrait un visage aux traits fins, s'opposant à la musculature surhumaine que l'on distinguait à travers le tissu de lin de sa tunique. Il cessa enfin de m'examiner pour m'indiquer la porte par laquelle j'étais entrée. Ses pupilles me déroutèrent lorsqu'il me jeta un second regard. L'un de ses yeux était vert, tandis que l'autre reflétait la lumière du ciel. Je m'empressai de partir sans demander mon reste, le laissant dans la "Salle Interdite".

Quelques secondes plus tard, le temps de me remettre de ces évènements, je sentis mon estomac gronder. Je me dirigeai donc au hasard dans les couloirs à la recherche d'un réfectoire, rêvant d'une petite salade de panais et de pissenlits.

Je descendis par de grands escaliers en marbre en me tenant sur la rampe en bois qui longeait l'escalier. En bas, une grande salle dont les murs blancs étaient ornés de tableaux et de tapisseries s'offrait devant moi. Je m'avançai à pas lent et entendis derrière une grande porte des rires, des voix, des bruits de couverts s'entrechoquant avec les assiettes ; je supposai que ce devait être la salle à manger. Je poussai la porte et vis une énorme salle au milieu de laquelle était disposée une grande table. Des dizaines de personnes, mangeaient, buvaient, parlaient, riaient. Une vingtaine de serveurs apportaient des milliers de plats, tous les uns plus succulents que les autres : des viandes rôties, des salades composées, des fruits murs et juteux, des boissons de la meilleure qualité...
Je cherchai une place libre et trouvai un siège près d'une jeune femme qui mangeait silencieuse.
Je me servis d'un peu de salades variées, affamé car je n'avais pas mangé depuis la veille au soir. La femme à côté de moi me regarda, mais j'étais trop concentré sur mon assiette pour détourner le regard.
« Vous devez être l'homme qui a ramené l'enfant, non ? » me dit-elle d'une voix douce.
Je levai les yeux, et la regardai de plus près. Elle avait de longs cheveux bruns, la peau mate et des yeux verts. Elle portait une simple robe beige avec un tablier orange pâle.
« Oui » répondis-je d'une voix à peine audible.
« Je me présente », continua-t-elle, « je suis Oyta, la nourrice de la petite que vous avait apportée.
C'est un vrai ange cette gamine. Si vous voulez, vous pourrez venir la voir un de ces jours.
– C'est d'accord », affirmai-je. « Je m’appelle Médissis.
– Ravie de vous avoir rencontré, Médissis ! ». Elle se leva et me fit un signe de la tête « D'ailleurs, la chambre de l'enfant est au troisième étage. Vous ne pouvez pas la rater, elle a une grande porte en cristal pour filtrer la lumière. Une pièce vraiment magnifique... Vous nous y trouverez sans doute toutes les deux, sauf en fin d'après-midi et le matin, ou je sors avec elle pour faire une petite promenade dans les jardins. » Elle se dirigea vers la porte et sortit.
Je terminai mon plat, pris un fruit et décidai d’aller dans les jardins.

Le Refuge semblait avoir été conçu pour les visiteurs. En effet, des petits panneaux de bois gravé, disposés dans les couloirs, indiquaient la direction à prendre pour sortir dans les jardins. Après avoir déambulé dans les galeries, admirant les tableaux accrochés aux murs et regardant d'un air curieux les pans de ciel s'échappant des hautes fenêtres, je me retrouvai devant une gigantesque porte de fer forgé, ornée de feuilles d'or. La richesse des matériaux et des décorations me coupèrent le souffle. L'ouverture étant entrebâillée, je me faufilai sur le seuil, n'osant la toucher... Et je restai ébahi devant le paysage qui se déroulait devant moi.
Depuis les marches colossales du perron, on pouvait admirer un fabuleux paradis s'étendant à perte de vue. Un large chemin de pierre sinuait à travers les forêts luxuriantes et les landes verdoyantes, se divisant en plusieurs sentiers qui se perdaient dans la nature. Je contemplais merveilleuses oeuvres de Thêrräros, tandis que Deïstai, l'astre du jour, avait repris ses droits et s'appropriait le lieu de ses multiples rayons dorés. Un immense fleuve ondulait parmi les collines et les prairies, se ramifiant en de nombreuses rivières serpentant entre les arbres. Et le soleil envoyait ses feux de joie et de lumière, faisant briller l'eau de mille éclats de cristal. Je remarquai alors que nombre de jeunes gens se promenaient à l'ombre des bois ou au bord des ruisseaux. Au bout de quelques minutes, je m'avançai vers le jardin et descendis l'escalier de marbre blanc.

Le jardin continuait encore derrière le Refuge et beaucoup de gens étaient dehors. Je marchai, marchai pendant deux heures, admirant la beauté des arbres et la diversité des fleurs. Il faisait très chaud, ce qui était normal à cette heure-ci. Je rentrai donc, en faisant des exercices pour mon cou. J’errai dans les couloirs et je tombai sur des grands thermes avec plusieurs salles. Décidément, j'étais de plus en plus étonné par le contenu de ce complexe : que me réservait-il encore comme surprises ?
Ce bain me fit du bien : je m'étais refroidi du temps passé dans l'air chaud de dehors dans les bassins d'eau froide. Je retournai dans ma chambre et m'allongeai sur mon lit.

Le lendemain, je fus réveillé par des petits coups contre ma porte. « Entrez », fis-je d’une voix faible. Dans le brouillard de cet éveil précoce, je distinguai le teint hâlé et le visage lunaire d’Oyta, encadré de mèches sombres et bouclées. Elle eut un sourire gêné en me voyant dans mon lit et se confondit en excuses.
« Ce n’est pas grave, Oyta, c’est moi qui dors à poings fermés alors que je devrais déjà être dehors !
– Je… je vous proposais juste de nous accompagner avec la petite pour la promenade matinale dans le jardin. Mais comme je vois que vous n’êtes pas encore prêt…
– Si il est possible de vous retarder encore un peu, je peux sortir dans cinq minutes, le temps de m’habiller !
– Ce sera avec joie que nous vous attendrons ! Nous patienterons sur le perron. Et je vous ferai visiter un coin que vous n’aurez sûrement pas encore découvert… »
Sur un sourire, elle s’éclipsa.

Je me demandai alors où se trouvaient les vêtements que j’allais enfiler. En effet, les jours d’avant, une pile d’habits était déposée sur la commode bordant mon lit, mais ce jour-là, personne ne semblait avoir préparé quoi que ce soit. Je réfléchis un temps puis ouvris la porte de l’immense armoire qui meublait la chambre. C’est avec surprise que je m’aperçus que les portes intérieures de la penderie étaient recouvertes de gigantesques miroirs permettant de se mirer de la tête aux pieds. Je me rendis compte que cela faisait des jours que je n’avais pas vu mon visage. Et le reflet de la glace me fit presque peur.
Une barbe naissante dissimulait mon menton et mes joues creuses. Des rides légères avaient apparu au coin de mes yeux gris, dont les pupilles semblaient s’être agrandies avec la fatigue. Mais surtout, une cicatrice profonde barrait mon front, descendant jusqu’à ma tempe droite. Malgré tout le repos dont j’avais profité, mes blessures étaient encore bien visibles. Mes cheveux, quant à eux, descendaient, plats et sans volume dans ma nuque, champ de bataille éteint de couleurs délavées, charbon et sable terne. Mes membres et mon corps semblaient avoir hiberné durant des mois, et je constatai que je me mouvais avec mollesse, lassitude et somnolence. En somme, mon image me donnait vingt ans de plus. Me reprenant, je saisis à la hâte une tunique de lin et des pantalons beige, et me vêtis en quatrième vitesse avant de sortir de la chambre.

Je descendis les premières marches de l'escalier et vis, en contrebas, Oyta, qui paraissait impatiente. Je me rendis compte, après de mûres réflexions, qu'elle m'attendait, moi. Je dévalai donc les marches et glissai sur la dernière. Par chance, je me rattrapai sur une colonne et pus me ressaisir. Oyta, l’air rieur, s'approcha de moi. Elle me tendit l'enfant, que je n'avais pas remarquée, toute mitonnée entre des couvertures.
« Je dois aller chercher le landau, je l'ai oublié en haut et j'ai pensé que j'irais plus vite sans la petite. »
Elle monta quatre à quatre les marches.
Nous nous retrouvâmes seuls l'enfant et moi.

C'était incontestablement une fille, et je me demandai comment je n'avais pas pu le remarquer, alors que j'avais fait un bon chemin avec elle. Elle avait de grands yeux bruns, qui me regardaient avec fascination, et une mèche brune sortait de son petit bonnet en laine.
Il n'y avait personne dans le hall, mais on entendait des bruits provenant de la salle à manger. J'entendis des pas dans l'escalier. Je me retournai ; c'était Oyta qui revenait avec un petit landau en bois. Je posai la fillette dans son petit lit amovible et nous sortîmes dans les jardins.
L'air frais du matin me glaça les os, mais je m'en habituai rapidement. Le soleil n'était pas encore levé mais le ciel obscur avait des reflets bleus et rose. Nous discutâmes, Oyta et moi, à propos de l'enfant, du jardin, de son enfance... de tout et de rien. Elle me raconta qu'Hätlan allait baptiser l'enfant ce soir devant toute une Assemblée ; elle me raconta que ces jardins étaient immenses, mais qu'ils étaient entourés par le château lui même. Ainsi, pour arriver à certaines parties du bâtiment, il fallait traverser le jardin, car aucun escalier, ni aucun passage ne reliait la partie principale à ces endroits. La salle principale était donc inaccessible depuis la partie où je logeais. J'appris aussi qu'Oyta avait travaillé ici, depuis qu'elle avait huit ans, car, étant la fille de cuisiniers, elle était liée au Refuge. Elle avait d'abord aidé ses parents, puis était devenue nourrice du fils d'Hätlan, un grand privilège pour une cuisinière.

Notre promenade finie, la matinée était déjà bien avancée. Le soleil s'était levé depuis longtemps. Nous aurions encore discuté si la petite n'avait pas commencé à pleurer. Oyta se rendit compte qu'elle devait être affamée car, normalement, elle mangeait peu après le lever du jour. Nous prîmes encore un bon quart d'heure avant d'arriver au hall que je connaissais, suivant des chemins qui m'étaient inconnus, car je n'étais pas allé aussi loin la veille.
Oyta paraissait connaître le jardin comme sa poche et nous prîmes quelques raccourcis astucieux, que je n'aurais pas remarqués de mes propres yeux. Je lui demandai s'il n'existait pas un plan, car pour moi, c'était un vrai labyrinthe. « Non, il n'existe pas de plan, » me répondit-elle, tout en se concentrant sur le chemin à suivre. « J'aimerais bien t'en proposer un, mais c'est interdit, car, s’il tombait entre les mains d'un voleur, il saurait tous les passages menant à chaque partie du Refuge, même ceux que je ne connais pas... Il faudra que tu t'y fasses. J'ai pris du temps pour connaître ce jardin comme maintenant, mais il me reste encore des endroits inexplorés, des passages inconnus. Je crois que même Hätlan ne connaît pas tout les chemins possibles et imaginables. » Elle avait fini par me tutoyer, après de nombreuses tentatives.
Enfin, dans le hall, nous nous séparâmes car elle devait monter dans la chambre de l'enfant. Quant à moi, je rentrai dans la salle à manger, pour prendre enfin un petit déjeuner bien mérité. La salle était néanmoins assez vide car la plupart des gens avait déjà mangé depuis longtemps. Je savourai chacun des plats qui ornaient les tables, pensant que ce devait être les parents d'Oyta ou ses frères qui avaient confectionnés de tels régals.

Après un délicieux petit déjeuner, je me rendis encore compte que je n’avais rien à faire… Je préparai quelques questions pour quand je reverrai la nourrice de l’enfant. Quel était le rôle du Refuge ? Comment occuper mes journées ? Que faisait Yeïla ? Qui était ce Hätlan ? J’avais transporté sa fille, tout de même, il avait l’air ici tellement respecté ! Je me rappellerai toujours les yeux en larmes de cette femme qui m’avait remis cette enfant endormie dans mes bras, sous les flammes et les flèches, et cette phrase qu’elle m’avait murmuré : « Prenez soin du bébé, c’est le fils d’une personne qui sauve le monde, vous savez ? Une grande personne. Courez, courez, toujours vers le nord… ». J’avais couru, couru sans me retourner, même pour voir une dernière fois le village incendié… Ces derniers souvenirs de mon « ancienne vie » m’attristèrent et je m’allongeai sur mon lit pour mettre de l’ordre dans mes idées.

Un peu plus tard, Oyta vint me chercher, son sourire chaleureux changé en une expression d’angoisse. Elle me dit qu’elle était pressée et qu’elle devait partir ce matin pour revenir dans l’après-midi. Normalement, elle avait une amie à qui elle confiait l’enfant, mais elle avait pensé à moi. Sans plus d’explication et sans me laisser mon mot à dire, elle fila, en me laissant une boule de draps dans un landau… Je me retrouvai donc avec un bébé sans savoir comment nourrir, que faire pour l’occuper ou l’amuser.
Légèrement anxieux de jouer ce rôle de père improvisé et voyant que rien de ce qui se trouvait dans ma chambre n’était destiné à un enfant, je conclus qu’il fallait me rendre au troisième étage où se trouvait la nursery de la fillette.

*
* *

Un flot de lumière céleste envahissait le couloir. L’immense porte de cristal, filtrant les rayons divins de Deïstai, reflétait le jour en mille éclats scintillants. Tout n’était plus que flamboiement de couleurs enjouées et étincelles pâles. La galerie entière se transformait en diamants, en pépites sublimes, et la vue aveuglante de cette pureté m’exalta et me toucha si profondément que je restai un moment ébahi face à cette beauté miroitante. Combien d’émerveillements et de trésors me restaient-ils encore à découvrir ?
La petite dans mes bras réfugia son visage dans mon cou en gémissant. Tant de lumière lui faisait mal aux yeux. Je fis coulisser l’ouverture et entrai à l’intérieur, refermant soigneusement la porte derrière moi. Mes pupilles mirent un instant à s’habituer à la pénombre calme qui régnait dans la pièce. Contrairement à ce que je m’imaginais, la petite n’était pas logée dans une pouponnière en compagnie d’autres enfants, car je ne distinguai ni rangées de lits à barreaux, ni bébés jouant dans les coussins qui recouvraient le sol. La salle ne comportait aucune fenêtre, la seule source de lumière étant celles du couloir. Une petite allée se dessinait au milieu des jouets qui jonchaient le tapis aux motifs bleu clair et au centre de la chambre trônait un large lit. Je m’avançai doucement, contemplant ce nouveau miracle : protégé par un voile vaporeux de tulle blanche, le berceau où dormait la fillette était bordé de délicates dentelles et les draps semblaient aussi doux que de la soie. Perdu dans mes contemplations, je ne m’aperçus qu’une présence s’était glissée près de moi que lorsque celle-ci posa une main frêle sur mon épaule. Je me retournai d’un bond.

Yeïla se tenait derrière moi, un grand sourire éclairant sur son visage, rayonnante d'une inexplicable gaieté.
« Hätlan voudrait vous voir quelques instants au sujet de l'enfant, » me dit-elle.
« Mais, » lui répondis-je, « Oyta m'a demandé de la surveiller, il serait déraisonnable que je la laisse seule ! Et vous demander de garder la fillette serait désobligeant, puisque j'imagine que vous avez mieux à faire… »
Le sourire qui embellissait son visage disparut promptement. Elle me répondit d'une voix glaciale, avec une pointe de tristesse. « La seule chose qui me plairait dans ce monde, c'est d'être mère. Mais les dieux en ont voulu autrement. Vous croyez que parce que je n'ai jamais été mère, je ne sais pas moins m'occuper d’un nourrisson ! Eh bien, détrompez-vous ! J'ai gardé mon petit frère pendant toute ma jeunesse car ma mère était incapable de le faire elle-même dans son état. Pourquoi ne pourrais-je pas rester avec la fillette le temps de votre réunion ?! »

Après maintes excuses, je sortis de la pièce, un peu nerveux à propos de la déclaration de la jeune femme. Quel problème avait pu avoir sa mère ? Et pourquoi ne pouvait-elle pas avoir d'enfant ? Était-ce une maladie ? Pourquoi était-elle arrivée rayonnante de joie ? Espérait-elle que je lui laisse l'enfant, et c'est pour cela que mes paroles l’avaient irritée ? Les couloirs étaient anormalement vides et silencieux. Je déambulai, sans trop regarder où j'allais. Mes pas, en résonnant sur le sol, faisaient un bruit sourd et régulier. Je m'arrêtai soudain, me rendant compte que je ne savais pas où se trouvait Hätlan. Je revins sur mes pas et regagnai la chambre de l'enfant. Yeïla était assise sur une chaise à bascule en teck et berçait la petite en chantant d'une voix douce et magique. Elle s'arrêta en entendant mes pas sur le plancher mais continua de bercer le nourrisson.
« Euh… excusez-moi. Savez-vous où se trouve Hätlan en ce moment ? »
Elle se retourna et me regarda d'un air plus doux que lorsque je l'avais quittée. La lumière planait dans la pièce et donnait un teint très doux à son visage. Elle me sourit.
« Oh, pardon, j'avais oubliée de vous le dire. Il est dans son bureau, près de la Fontaine des Trois Marbres, dans le jardin. Demandez votre chemin quand vous y serez, c'est vraiment dur à expliquer… si vous voyez ce que je veux dire !
– Oui, » répondis-je. « J'ai eu l'occasion de m'y aventurer plusieurs fois et c'est un vrai labyrinthe. Merci beaucoup ! »

Je ressortis de la salle et me dirigeai d'un pas décidé vers les escaliers. En les descendant, je croisai un homme d'une soixantaine d'années, grand, avec les cheveux blancs et assez longs qui lui arrivaient jusqu'à la nuque, regroupés en une petite queue de cheval. Il portait un chapeau haut de forme et un costume noir élégant. Il me salua de la tête et esquissa un petit sourire que je n'arrivai pas à décrypter. Je sortis dans le jardin.
Aucun nuage ne voilait le ciel, qui était d'un bleu intense. Une foule de gens, sans doute la majeure partie du Refuge, se promenait sous la chaleur de l'astre rayonnant. Je m'approchai d'une jeune femme aux habits luxueux. Elle était assise sur un banc et son ombrelle reposait sur son épaule. Je lui demandai mon chemin et elle m'indiqua sans hésitation un petit passage sous un arc fleuri. Elle devait sans doute être une habituée du jardin. Je la remerciai et suivis le chemin qu'elle m'avait indiqué. Quelques minutes après, j'arrivai devant une fontaine de marbre. Elle portait bien son nom puisque elle était composée de trois marbres : blanc, rouge et noir. Des enfants jouaient autour de celle ci en s'éclaboussant et j'esquissai un sourire. Je cherchai des yeux le bureau d'Hätlan, mais ne vis qu'une petite maisonnette en bois. Je m'étonnai que le bureau d'Hätlan lui même soit en bois. Cela me parut même invraisemblable, et pourtant, je toquai à la porte. En attendant une réponse, qui me parut une attente vaine, je remarquai que le pavillon n'avait pas de fenêtre. À ma plus grande surprise, j'entendis un léger « Entrez ».
Je poussai la porte.
Un grand bureau était placé au milieu de la salle. Il était richement décoré. Hätlan était assis derrière, l’air rêveur. Les murs étaient peints en blanc et ornés de tableaux de paysages. Mais ce qui attira le plus mon attention fût la grande verrière qui remplaçait le toit. Elle était invisible de l'extérieur mais offrait une luminosité invraisemblable. Hätlan baissa les yeux et me fit signe de m'asseoir sur la chaise en face de son bureau. Il prit enfin la parole : « Avez-vous une idée du nom que nous pourrions donner à la petite ? »

*
* *

Quelqu'un frappa à ma porte. Je me levai d'un bon, ne m'attendant pas à être dérangé si tôt. J'ouvris la porte et vis Yeïla qui se tenait là, plus splendide que jamais. Elle portait une magnifique robe et ses cheveux, attachés dans un chignon, étaient resplendissants.
« Êtes-vous prêt ? », me demanda-t-elle, de sa voix habituelle. « Ce costume vous va à ravir !
– Vous êtes également magnifique ce soir, Yeïla !
– Merci ! Mais ne nous attardons pas, la cérémonie commence dans quelques instants, et je n'aimerais pas arriver en retard. »
Nous descendîmes les grands escaliers de marbre et je suivis Yeïla dans les jardins pour enfin arriver dans une salle somptueuse : la salle de Réception.

Perdu dans la foule, je ne regardai d’abord que mes pieds et la main de Yeïla qui guidait la mienne. Je tentai maladroitement de me faufiler au milieu des rubans de soie colorée, des robes à volants, des bras entrecroisés, du tintement des verres et des parfums étourdissants, tandis que mon guide, imperturbable, continuait de tracer. Nous arrivâmes enfin, à force de coups de coudes et de contorsions, juste devant une estrade où était disposée une sorte de berceau circulaire très étrange, rempli de minuscules billes transparentes. Couronné d’un baldaquin sphérique – dont le matériau rappelait la porte en cristal de la chambre de la petite –, le « trône » s’érigeait majestueusement et dominait paisiblement l’assemblée. Hätlan s’avança alors sur la plate-forme et fit taire l’assistance d’un geste de la main. Yeïla me lança un dernier regard plein d’étincelles et l’orateur, d’un air dominateur, parla : « Vous savez sans doute pourquoi nous sommes réunis ici. La raison principale bien sûr, est de donner un nouveau nom à cette enfant, pour lui donner une nouvelle vie. » Il sourit légèrement : « N’allez pas croire les gens qui disent que cette petite fille est une enfant que j'aurais eu en ayant une aventure avec une jeune paysanne. Cette enfant n’est pas mienne, mais elle est bien fille d'une paysanne. Le père n'a pas encore été identifié légalement, même si j'ai déjà une idée de la personne que cela pourrait être. Cette petite a été sauvée par l'homme que voici. »
Il me pointa du doigt et me fit signe de monter sur l'estrade. Soudain intimidé par la foule de personnes qui se trouvaient dans la pièce, je montai près d'Hätlan et baissai les yeux d'un air consterné.
« Voici donc le jeune homme, qui a su ramener l'enfant en bonne santé, à ses risques et périls, pour la sauver de son père qui voulait la tuer... La mère m'avait demandé un agent pour qu'il ramène la petite. Elle est morte pour son enfant. Pourtant, cette petite fille a le droit de vivre dans l’ignorance pour les premières années de sa vie. Elle a le droit de vivre sans avoir ce poids sur son dos, c'est pour ça que je suis le seul à savoir le vrai nom de cette petite, et je crois que c'est le mieux, car, moins de gens le sauront, moins de chance elle aura de le savoir avant l'heure. C'est pourquoi j'ai décidé de lui attribuer ce prénom, avec l'aide de certaines personnes, comme Médissis – puisque j'ai pensé qu'il avait le droit de donner son avis –, et aussi ma femme ».
Il montra de la main une jeune femme qui était assise près de nous, et je reconnus celle que j'avais questionné dans le parc, l'après midi même. Elle me fit un geste de la tête, et je rougis, honteux de ne pas l'avoir reconnue.
« Le prénom que nous lui avons assigné est Amyla. J'espère que vous ne divulguerez jamais son secret, coûte que coûte, et que vous l'aimerez comme si elle était votre fille durant tout le temps qu'elle passera ici. »


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Blu.
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Julie
Commandant de Bord


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Où suis-je ? : Au Déf les racines

MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Ven 11 Nov - 13:06

II

La voix qui m'avait bercé pendant toute mon enfance m'annonçait que l'heure était venue.

Je posai mon livre sur ma petite table de chevet et me levai de mon lit, passant mes mains sur les draps blancs, pour effacer l'empreinte que mon corps avait laissée. Je m'approchai de l'armoire en cerisier où étaient entreposés tous mes habits. Sur la porte, s'étendait un long miroir qui me permit de regarder si mon allure n'était pas trop déplorable, et si mes cheveux ne s'étaient pas emmêlés durant mon cours repos. Ma chevelure brune, m'arrivant jusqu'à la ceinture, était attachée dans un chignon mais quelques mèches rebelles s'étaient échappées. Mon visage au teint hâlé me rappela le temps passé avec mes amis près le lac. Le manque de protection m'avait brûlé la peau et j'avais dû porter une épaisse cire sur le visage pendant une bonne semaine. Pourtant, j'aimais bien cette couleur qui était restée, elle était originale, comparée aux autres jeunes filles de mon âge qui avaient la peau blanche et limpide. Un autre avertissement me ramena sur terre. J'époussetai ma robe et mis mes ballerines préférées qui avec l'âge s'étaient usées, mais que je m'obstinais à mettre, malgré l’exaspération d’Awin qui voulait que je les jette.

J'entendis Oyta crier une dernière fois mon nom, et je sortis précipitamment de la chambre pour descendre quatre à quatre les escaliers et sauter sur cette dernière pour l'enlacer de toutes mes forces. « Amyla !! Crois-tu que ce sont des manières de se comporter pour une belle jeune fille comme toi ? ». Je lui présentai ma plus belle grimace et elle soupira une énième fois. Écartant soudain les bras et prenant une pause théâtrale, ma nourrice regarda le ciel d’un air excédé et mima : « Bonjour, Monsieur Hätlan, je vous présente la fille que j’ai élevée durant treize années, et qui n’a pas réussi à remporter l’Examen. Non, Monsieur ! Elle sait manier les armes, elle est intelligente et résistante, mais pour ce qui est de l’obéissance ! C’est ce qui l’a perdue ! » Oyta fit une révérence, soulevant à pleines mains sa robe de lin. « Non non, Monsieur Hätlan, ne vous étonnez pas si elle vous tire la langue, Mademoiselle est connue pour son insolence légendaire et sa transgression incessante des règles les plus évidentes… Et c’est une fille de chef ? Je vous crois bien, cher Monsieur... Mais ce n’est pas ce qui l’a fait réussir à… » ; l’oratrice pila net.
Ses joues virèrent à l’écarlate – ce qui n’est pas une mince affaire pour quelqu’un qui a la peau mate comme le bois – et j’éclatai de rire en voyant l’homme qui avait déboulé dans le couloir et s’apprêtait à nous croiser.
Cheveux gris soigneusement nattés à l’arrière de la tête, yeux pâles prolongés de rides malicieuses, et légère cicatrice sur le coin de la tempe, mon oncle s’avançait d’un pas nonchalant, promenant une canne dont il n’avait pas besoin.

J’avais toujours craint et admiré Médissis. C’était un grand missionnaire que tout le monde respectait : depuis ma naissance, il avait guidé pas moins de seize ambassades, ce qui lui valait le valeureux titre de Rei’reg, le plus haut poste de missionnaire.
En effet, le missionnaire de base débutait en tant que « Tad’los » puis pouvait évoluer, en valeureux « Tnah’tab », si il avait effectué une action héroïque ou mémorable. Je savais ça. Tout le monde le savait ici, depuis tout petit. Les « Rei’reg », quant à eux, inspiraient l’estime et la déférence à la simple évocation de leur position. Je supposais connaître seulement trois personnes de tout le Refuge qui portaient ce titre, mais certains disaient qu’il y en avait plus. Malheureusement, de bouche à oreille, le chiffre variait. Celui-ci n’étant pas officiel et devant rester secret, l’on n’avait droit qu’à des hypothèses. J’étais quasi-sûre que mon oncle faisait partie de ces Rei’reg.
Et maintenant, celui-ci marchait royalement à ma rencontre, tenant sa canne avec élégance, la tête haute. Arrivé près de nous, il s’inclina et nous fîmes de même. Il me regarda. « Amyla. C’est aujourd’hui que tu passes l’Examen ?
- Oui, mon oncle.
- Tu as encore grandi depuis mes deux semaines d’absence ! Comment veux-tu qu’Hätlan te reconnaisse quand tu le reverras ? » sourit-il.
« J’espère simplement que mon père appréciera celle que je suis devenue, » rétorquai-je.

Une ombre imperceptible passa dans les yeux nuageux de Médissis.
Je fronçai les sourcils mais ne le questionnai pas.
Je sentis la tension s’établir petit à petit et Oyta se racla la gorge.
« Il faut y aller », dit-elle simplement en lançant un regard profond à Médissis. « L’Examen va bientôt commencer. »

La tradition veut que les enfants destinés à être missionnaires soient confiés à une nourrice à l’âge de six mois, et ceci jusqu’à celui de treize ans. Les parents ne revoient leur fille ou leur fils qu’une fois que celui-ci est formé. Cette éducation sans accroche familiale permet aux futurs Tad’los de se forger un mental plus dur et une plus grande résistance aux émotions. D’après l’une des seules choses que je savais de son enfance, Médissis avait été élevé de cette façon là. Awin, mon frère, également. Lui avait pu voir Hätlan un an plus tôt, après avoir victorieusement remporté le titre de missionnaire. Il m’avait en cachette décrit à quoi ressemblait notre père, malgré les réprimandes que cela pouvait occasionner. Quelle hâte j’avais de le rencontrer quand j’aurais fini les épreuves !

Pressée par Oyta, je me dépêchai vers la porte principale. Les couloirs étaient relativement peu fréquentés à cette heure de la matinée, tout le monde vaquant à ses occupations habituelles.
Les autres enfants devaient déjà être dans le stade d’entraînement. D’habitude, nous nous levions à l’aube et courions en binôme le long du fleuve jusqu’au stade, qui se trouvait à environ une heure d’ici. Puis nous devions enfiler notre tenue de combat lestée sans nous arrêter de courir et faire face à notre binôme avant d’engager la lutte à mains nues. Je souris en pensant à cela, car si je remportais l’Examen, je n’aurais plus à effectuer cette partie du programme si pénible.
Cependant, je savais qu’il ne fallait pas que je m’enthousiasme trop. Durant ces vingt-cinq jours décisifs, Ithlos choisirait parmi les trente-sept combattants cinq d’entre nous.

Je suivis Oyta vers l'entrée, puis nous sortîmes dans le jardin, pour traverser le chemin si familier que je pratiquais depuis toute petite. Nous marchions toute les deux, silencieuses, moi un peu stressée par ce qui m'attendait, et Oyta ne voulant sans doute pas me déranger.
Soudain, une voix me fit me retourner : « Amyla !! Attends-moi ! »
C'était Leyna, ma meilleure amie, qui passait elle aussi l'Examen, et qui paraissait aussi, voire plus angoissée que moi. Je m'arrêtai pour l'attendre, et quand elle nous rattrapa, elle me prit par la main et la serra fortement. Je fis de même avec Oyta, et nous repartîmes, toutes les trois, direction le Stade.

*
* *

Après quelques minutes de marche, l’homme de marbre, fièrement dressé devant les hautes grilles du portail, se présenta devant mes yeux. C'était une grande statue d'Ithlos, dieu vénéré des arts martiaux qui surplombait l'entrée du Stade. Brandissant un arc aux lignes courbes, le combattant suivait du regard la pointe sa flèche, les sourcils froncés. Ses jambes robustes, ses bras nerveux et son torse musculeux semblaient figés dans leur élan de pierre. Sa mâchoire puissante était tendue par la concentration, dans un air autoritaire et viril qui m’avait toujours impressionnée. « Je t’en prie, Ithlos, soutiens-moi dans ma quête et n’oublie pas que je te serai à jamais fidèle… », adressai-je fébrilement à la sculpture. Après avoir jeté un dernier coup d’œil à ma nourrice, qui m’avait lâché la main et me regardait m’éloigner, j’entrai dans le Stade et cherchai mes camarades des yeux.

Près des barres de gymnastique, je reconnus les visages familiers de mes compagnons. Ils avaient tous un air grave et anxieux, et aucun ne parlait. Tous attendaient nos entraîneurs, qui nous citeraient les différentes épreuves de l'Examen.
Tenant toujours la main de Leyna, je me rapprochai de nos amis, et nous nous plaçâmes près d'eux, aussi silencieuses que la nuit qui tombe. Ils nous saluèrent d'un signe de tête, et je leur souris pour seule réponse.

Je voyais dans leurs yeux l'inquiétude que nous ressentions tous : qui aurait l'honneur de devenir Tad'los ? Notre classe comportait trente-sept élèves, et seuls cinq pourraient réussir l'Examen. Le choix serait difficile car nous étions tous très bons. Ainsi, nous devrions laisser derrière nous l'amitié qui nous avait liés depuis notre plus tendre enfance, pour ne penser qu'à notre but : réussir cet Examen et devenir un Tad'los. Et, malgré la grande fraternité qui nous liait, nous serions capables d’oublier cette dure réalité, car c'était un objectif que nous ne pouvions atteindre que par nous-mêmes, en solitaire, et il ne faudrait ni avoir de la compassion, ni penser aux autres, pour qu'enfin notre rêve devienne réalité.

Tout le monde avait le trac, mais on attendait encore une dernière personne, et nos professeurs.
Ce silence et cette attente nous rongeaient de l'intérieur, on voulait tous en finir, commencer tout de suite, mais là, j'avais envie de prendre mes jambes à mon cou, et d'oublier cette oppression.
Mais bien sûr, c'était impossible.
On ne savait pas si on allait attendre une heure, ou dix minutes...
Le dernier était déjà arrivé depuis longtemps maintenant, et nous regardions tous une fenêtre éclairée où l’on devinait les ombres de M. Heylos, l'entraîneur de combat à mains nues, Mme. Slaïno, la redoutée professeur de musique et M. Fäolen, le jeune moniteur de course et saut d'obstacle.
Nous avions tous les yeux rivés sur cette vitre, synonyme de l'épreuve à venir, de notre angoisse, et de notre avenir.

Soudain, la porte du bâtiment des professeurs s’ouvrit et sortit Mlle. Erbsä, une jeune femme aux yeux noirs, les cheveux toujours noués, qui nous apprenait à manipuler les armes. Elle lança un regard circulaire à l’assemblée des élèves et hurla « Rang ! » ; sur cette syllabe, nous nous alignâmes avec une rapidité et une précision parfaites.

Une des choses que je n’appréciais pas, c’était le côté assez militaire de ces enseignements ; d’accord, nous étions faits pour devenir guerriers, mais de là à toujours devoir faire comme tout le monde… Les nombreuses contestations que j’adressais aux professeurs depuis toute petite, ne voulant pas obéir aveuglément à des ordres absurdes, m’avaient souvent valu quelques tours de terrains en plus. Maintenant, les enseignants ne me traitaient plus d’insolente, car je savais tenir ma langue. Mais je n’en pensais pas moins.

La Tnah’Tab avança vers nous d’un pas sûr de petit soldat, puis déplia un parchemin qu’elle lut devant nous d’une voix forte :
« Mes enfants,
Vous vous êtes entraînés dur, depuis vos premiers pas, afin de suivre les meilleurs enseignements que l’on puisse trouver dans le Refuge et de décrocher le merveilleux titre de Tad’los.
Cette session dure tout le mois de Tahïm. Vous serez durant l’aventure confrontés à de nombreuses épreuves qui évalueront vos capacités physiques et mentales. Tout élève inscrit accepte les risques de graves séquelles ou de mort à l’issue de cette session. Ceux qui ne sont pas d’accord avec cette condition peuvent partir sur le champ.
Je vous rappelle enfin que vous êtes tous là pour la même raison : gagner.
Seuls cinq d’entre vous auront la chance d’obtenir l’Examen.
Alors, mettez tous les moyens en votre possession afin d’atteindre cet objectif.
Je vous souhaite bonne chance à tous,
Hätlan. »

Un murmure général ébranla le groupe, mais Mlle. Erbsä ne nous laissa pas le temps de finir : « Silence ! », cria-t-elle. « Que ceux qui ne veulent plus participer à l’épreuve se rangent du côté droit ! ». Quatre enfants semblèrent hésiter, puis se désolidarisèrent de l’attroupement. Elle fit parcourir un papier afin que les élèves signent leur accord de participation. Nous étions à présent trente-trois. « Les autres… Suivez-moi. », souffla l’entraîneuse, et le simple effet de cette parole presque chuchotée me fit sursauter.

Nous rentrâmes dans le gymnase, où nous avions l'habitude de nous entraîner au combat d’épée et à la lutte à mains nues. Par terre, trente-trois sacs remplis à craquer étaient disposés de façon ordonnée. Comme si la personne qui les avait placé là savait que quatre d'entre nous se désisteraient.
Au fond de la salle, nos professeurs étaient groupés, nous fixant de leurs yeux froids. Il y avait M. Restmê, qui nous apprenait à monter à cheval, ainsi que M. Ihbol, Mme Saruïo, M. Tuilôm, professeurs d'endurance, de survie et de stratégie guerrière. Il y avait aussi le professeur Gueräto, femme d'un certain âge, dont les savoirs étaient nombreux. Elle nous apprenait l'astrologie, l'astronomie, l'histoire, et les sciences de la nature, car il ne suffit pas d'avoir des qualités physiques pour être un bon guerrier, mais aussi de la culture.

Mlle. Erbsä s’avança vers eux et leur parla à voix basse. Puis ils s’avancèrent vers nous, et Mme Saruïo commença : « Vous êtes tous venus ici pour passer une épreuve. Cette épreuve déterminera ce que vous valez ! Alors pensez, pensez avec votre tête, mais aussi avec votre cœur ! Car des décisions trop réalistes ou trop réfléchies peuvent aussi vous coûter la vie. Ceci ne veut pas dire que vous devez tout faire par instinct, mais réfléchissez bien avant d’agir ! Je ne peux que vous souhaiter bonne chance, et vous dire que vous pouvez tous y arriver, si vous avez confiance en vous. »
Ces paroles nous réconfortèrent. Mme Saruïo avait toujours été douce et attentionnée à notre égard, ce qui n’était pas le cas de tous les professeurs. La plupart étaient très sévères et avaient quelques fois des comportements qu’on pourrait qualifier d’inhumains.

M. Ihbol prit ensuite la parole, après avoir chuchoté quelque chose à M. Tuilôm qui sourit amèrement : « Vous serez répartis par groupes de trois. Quand je vous appellerai, rangez vous face aux sacs alignés ici ».
S’ensuivit une longue énumération.
Chaque nom qui sortait des minces lèvres de notre professeur d’endurance résonnait dans ma tête, comme un coup de marteau sur une enclume.

« Amyla, fille de Gaeïa et de Hätlan ! ».

Je me glissai vers le gros sac de toile solide qui m’attendait. Je regardai à ma gauche, puis à ma droite.
Je me retrouvais avec Ganto, un grand jeune homme à la musculature bien développée, sur lequel Leyna jetait ses vues depuis plus d’une année ; et Rajan, un brun timide qui ne m’avait jamais battu en combat à mains nues. Cette répartition était loin d’avoir été faite au hasard ; apparemment, les professeurs avaient calculé leur coup. Je connaissais presque pas les deux garçons de mon groupe.
En espérant que nous nous entendrions bien.

« Une seule indication avant que vous partiez chacun avec votre sac : trouvez la Mucca Plata. C’est le but de cette épreuve… Vous avez vingt-cinq jours. »

Rajan et moi, nous nous regardâmes. Ganto m’adressa un sourire hésitant. Nous prîmes nos sacs. Ils semblaient peser un âne mort, quoiqu’un âne mort ne fût sans doute pas aussi lourd.
Tout le monde sortit du gymnase, sans trop savoir où aller, encore abasourdi par la consigne de Ihbol.
Nous nous suivions plus ou moins, quand la terrible Mme. Erbsä hurla : « Séparation !! ». Automatiquement, nous nous dispersâmes. Ganto, Rajan et moi nous dirigeâmes vers l’entrée du Stade et nous arrêtâmes devant la Statue de Ithlos.

« Il vaudrait mieux que nous vérifiions ce que nous avons dans nos sacs », dit Rajan de sa voix frêle. « Nous n’allons sûrement pas porter tout ça pendant des semaines ! ». Surprise par le discernement du garçon, je m’exécutais et ouvris l’énorme cabas. Des choses, toutes plus ou moins utiles, s’amassaient pêle-mêle dans un fouillis incroyable. « Souvenez-vous de ce que la prof de survie nous disait : toujours emporter le strict minimum. », continua Rajan. Quoique de constitution fragile, ce gringalet pourrait peut-être beaucoup nous servir, après tout. Il écoutait en cours et avait retenu l’essentiel.
Au bout de quelques minutes, il nous sembla que notre tri était avisé et suffisant. À côté de nos besaces maintenant presque vides s’empilaient des tentes (« nous pourrons nous contenter d’une seule », avait dit Rajan), des ustensiles de cuisines de toutes sortes (« ne gardons que le nécessaire ; un grand couteau, une marmite, c’est déjà suffisant, qu’allons-nous faire de tout le reste ? »), de la viande fraîche (« nous devrons chasser et faire sécher la viande pour qu’elle soit plus légère ; là, elle est difficile à conserver et nous ralentira énormément »), ainsi que d’autre objets tout à fait saugrenus comme une paire de babouches, une boîte de sachets de thé vert, un ballon en cuir ou encore un vase en céramique.
Au final, à nous trois, il nous restait une tente, trois épées dans leurs étuis que nous attachâmes à notre ceinture, plusieurs flacons contenant des substances précieuses que nous ne pourrions pas retrouver dans la nature (d’après la mémoire encyclopédique de Rajan), et quelques autres outils occasionnels. Nous déposâmes les objets que nous n’emportions pas au pied de la Statue, en guise d’offrande. Nous avions maintenant des sacs plus faciles à porter. Mais il nous restait encore une grande inconnue : où aller ?
Nous décidâmes que la meilleure solution était de chercher quelqu'un qui pourrait nous renseigner sur cette « Mucca Plata ». Mais que pouvait être cet objet, plante, animal, ou autre chose encore ? Nous n'avions là qu'un nom qui était peut-être le moins employé, ou alors quelque chose de très secret, car aucun de nous n'avait entendu parler d'une « Mucca Plata ». Ganto nous raconta que son oncle, étant jeune, avait voyagé par le monde, et qu'il connaîtrait peut-être la Mucca.

N'ayant aucune meilleure idée, nous suivîmes son conseil, et prîmes le chemin vers la forêt qui nous amènerait à Teint'an, petite forteresse de pêcheurs près du fleuve Hyen'men, aussi appelé le Fleuve Écarlate, pour les reflets rougeoyants qui se dessinaient sur ses courants tous les soirs. Nous connaissions la forêt par cœur, car c'est souvent là que nous nous entraînions, et où Mme Gueräto nous montrait les qualités de chaque plante, de chaque arbre. Malgré notre connaissance des lieux, les bois n'en étaient pas moins grands, et lorsque nous découvrîmes la fin de la forêt, l’après-midi était déjà bien avancée. Nous avions quand même pu chasser deux lièvres et avions cueilli quelques fraises des bois, ce qui nous ferait un bon dîner. Nous avions mangé quelques pousses de rhubarbe sur le chemin, mais nous n’avions pas voulu faire de feu pour cuire quoi que ce soit dans la forêt, car il faisait assez chaud, et nous ne voulions pas incendier une forêt le premier jour.
Nous marchâmes encore longuement, traversant monts et collines. L’endroit était désert, mis à part les animaux qui broutaient l’herbe verte de ces contrées. Les gens n’avaient pas l’habitude de sortir des villages où ils habitaient, sauf pour cultiver les plantations, mais ils le faisaient dans des terres plus propices à l’agriculture et ces collines vertes ne servaient qu’à l’alimentation des animaux de la forêt et des entourages, et du bétail, qu’on libérait au printemps, et qu’on venait chercher en automne. Ces champs n’étaient donc qu’un lieu de passage et il était rare de voir autres que des messagers ou des guerriers.

Quand la nuit vint à tomber, nous traversions encore ces collines où seuls quelques arbres isolés avaient poussé dans l’herbe folle. Nous ne distinguions pas encore le fleuve. Et le plus important, nous devions trouver un endroit abrité. Non n’avions pas peur du climat, car nous étions au milieu du printemps, ni des voleurs occasionnels, qui ne venaient jamais sur ces terres, mais nous craignions surtout les loups de la forêt que nous avions quitté auparavant, mais qui n’étaient en fait pas si loin.
Rajan eut la fameuse idée de nous faire un petit nid sur un arbre. Décidément, ce jeune homme était plein de ressources ! Et après avoir trouvé un arbre auquel il serait facile de grimper, et où nous pourrions nous reposer dignement, il prit la tente et un bout de ficelle, et nous improvisa une surface plane assez douillette entre les branches de l’arbre. Nous montâmes nos affaires dessus, sauf la viande que nous avions récoltée le matin, et nous partîmes chacun de notre côté chercher des brindilles.

Finalement, mon groupe était assez bien formé, et il me plaisait. Les garçons étaient sympathiques, et marcher près d’eux était à la fois amusant et captivant, car chacun racontait des histoires ou des anecdotes qui faisaient oublier que nous marchions depuis tôt le matin. En plus, durant la traversée de la forêt, Rajan nous avait appris des tas de facultés qu’avaient les plantes que nous croisions au quotidien, mais que nos professeurs ne nous avaient pas appris, car elles étaient inutiles pour devenir un guerrier. Par exemple, nous apprîmes qu’en broyant des pétales de rose et de calicéa sur les feuilles d’un tilleul, celles-ci devenaient d’un bleu pétard, ou que le seul fait de mélanger dans un plat des racines de cactus avec de l’agave lui donnaient un goût singulier de carotte. Que des informations singulières et inutiles, mais néanmoins drôles et insolites. Combien de temps Rajan passait-il à la bibliothèque ? Ce qui m’étonna le plus, c’est que Rajan, que je connaissais comme un garçon timide, n’avait pas arrêté de parler durant toute la journée !

Le feu enfin allumé, nous pûmes cuire nos lièvres, et les manger goulûment, avant d’engloutir les fraises que nous avions cueillies. Il ne restait plus de provisions, mais ces collines étaient remplies d’animaux sauvages, et nous ne prendrions pas plus de deux jours pour arriver à Teint'an. La journée n’avait pas été dure, mais bien longue ! Après nous être accommodés à notre bivouac improvisé, nous nous endormîmes sans peine, bercés par le hululement d’un hibou.

*
* *

Quand je me réveillai le lendemain, deux yeux parsemés de paillettes dorées me fixaient avec lassitude. L’adolescent qui me regardait – qui n’était autre que Ganto – se releva et tourna la tête vers Rajan en criant : « C’est bon, elle s’est enfin réveillée ! ».
Ahurie, je me redressai en sursaut et j’aurais basculé par-dessus bord si Ganto ne m’avait retenue de ses bras vigoureux en éclatant de son rire sonore : « Ça nous est arrivé à tous les trois ! Rajan, si tu nous perches dans les arbres encore une fois, je te trucide ! Tu veux notre mort ou quoi ? ». Vexé, le jeune homme ne répondit pas, finissant de boucler les sacs dix pieds plus bas.
Je constatai avec stupéfaction que les affaires étaient faites et que des restes de petit-déjeuner carbonisés traînaient sur le foyer éteint. « Bon, je laisse mademoiselle se préparer, mais ne prends pas trop de temps ! », railla Ganto.
Je fronçai les sourcils. Comment avais-je fait pour dormir d’un sommeil aussi profond ? Peut-être m’étais-je sentie protégée, entourée de ces deux gaillards et à l’abri des bêtes sauvages. En tous cas, il me semblait n’avoir jamais passé meilleure nuit.
J’enfilai mes vêtements en hâte et descendis avec la souplesse d’un singe. Rajan et Ganto m’attendaient déjà. J’étais tout de même un peu mal à l’aise. Moi qui d’habitude surpassais les garçons à la course, étais plus forte que la moitié d’entre eux à la lutte à mains nues, je me ridiculisais, retardant tout le monde, parce que j’avais dormi trop longtemps. D’un geste rageur, je repris mon sac que Ganto s’apprêtait à porter par galanterie. Je n’étais pas plus faible qu’eux !
Sur la route, on me tendit une cuisse d’oie sauvage rôtie, et quelques fruits des bois. Je m’excusai d’avoir tant dormi, et fis promettre à Ganto de ne pas hésiter à me secouer la prochaine fois.

Nous suivîmes notre route, tout droit entre les collines. Maintenant que nous n'étions plus protégés par l'ombre des arbres de la forêt, surtout à l'heure la plus chaude de la journée, nous regrettions le lac près du refuge où nous aimions passer nos journées de temps libre. Comme nous l’avions imaginé, nous ne croisâmes personne sur notre chemin, et ce n’est que vers la fin de l’après-midi, que nous découvrîmes derrière une colline le petit port de pêche. Il n’était pas encore très proche, mais nous pourrions y arriver le lendemain dans la matinée.
Nous décidâmes de faire halte, et la soirée fut joyeuse. Épuisés, nous nous endormîmes rapidement, sans prendre la peine de nous confectionner un abri, car l’endroit avait l’air sûr.
Le matin, je me réveillai à l’aube, et pus réveiller mes deux compagnons, qui auraient aimé dormir plus ; mais j’avais trop hâte d’arriver à Teint’an. Nous reprîmes donc notre marche, rêvant au lit qui nous attendait dans le village. Nous arrivâmes bientôt au bord du Hien’men, et après nous être désaltérés, et nous être baigné dans son eau cristalline, nous suivîmes le long du fleuve, jusqu’à Teint’an.

La forteresse était gigantesque, toute en pierre. On apercevait les deux grandes tours du château, où habitait le gardien de la forteresse. Pour rentrer dans le village, il fallait passer par une grande porte en bois, ouverte la plupart du temps, et qui restait davantage un vestige des temps passés qu’une véritable défense de la ville. Les postes de vigies étaient eux aussi vides, ou habités par des familles, et la sécurité se résumait à quelques gardes. On avait souvent proposé de détruire la muraille de pierre qui entourait la forteresse, mais Han’tun, le gardien, avait décrété que ceci était le symbole de la ville, et que tant qu’il serait en vie, on laisserait chacune de ces pierres où elles étaient. Personne ne s’en plaignait : les plus vieux, malgré la paix qui régnait désormais, se sentaient plus en sécurité, eux qui avaient vécu dans la période du Désespoir, et les plus jeunes qui étaient nés entre ces murs s’en étaient habitués.
En arrivant devant la porte, un garde, si l’on pouvait l’appeler ainsi, car il n’était pas armé, et avait l’air bien plus de discuter avec les gens que de garder la porte, nous salua de la main. Cela nous faisait bizarre de venir armés, alors que tout le monde ici avait l’air pacifique et bienveillant. Pourtant, pendant notre expédition, nous ne savions pas où nous devrions aller. Si nous traversions le fleuve, ce serait une autre histoire.
Nous rentrâmes dans la ville, pleine de joie et de bruits. De nombreux étalages étaient disposés dans les rues, et les gens criaient et riaient de tous les côtés. La rue était emplie de parfums et de couleurs, qui se mélangeaient dans une atmosphère festive. Des fruits multicolores, des poissons pêchés le matin même, des tissus somptueux, des confiseries succulentes… Je humai à pleins poumons les parfums acres des épices venus du bout du monde, dont des jeunes femmes en costumes colorés ventaient le goût relevé et les vertus stimulantes. Rajan s’extasia devant un étalage de bibelots exotiques, et faillit se laisser convaincre d’acheter une babiole parfaitement inutile par un vieux commerçant au ventre rebondi et à la moustache touffue, qui apparemment maîtrisait toutes les ficelles de l’art de l’arnaque.
C’est Ganto qui interrompit le débat en nous rappelant notre objectif : trouver son oncle pour qu’il nous en dise plus sur la Mucca Plata. Aucun de nous n’était sorti de l’enceinte du Refuge, sauf pour quelques rares expéditions en cours. Ganto ne savait donc pas où se trouvait son oncle exactement, mais ce dernier lui avait toujours dit : « Un jour quand tu seras grand, tu pourras venir à la maison tant que tu veux, je t’accueillerai à bras ouverts. J’habite à Teint’an, la ville-forteresse, dans une jolie rue derrière l’enseigne de l’horloger, pile face au fleuve. Ma maison ne te sera jamais fermée. Passe me voir ! ».

Demandant aux passants où se trouvait la boutique de l’horloger, de fil en aiguille, nous arrivâmes devant la maison de l’oncle de Ganto.
C’était un grand bâtiment de riche artisan (l’oncle était l’architecte le plus réputé de la contrée), majestueux, mais pas tape à l’œil. Accolé à la maison, en biais, un escalier menait à un perron coquet, ombragé par les vignes de raisin noir. La porte et les volets bleus trouaient les murs en terre cuite, recouverts d’une couche de blanc. L’ensemble donnait un rendu très lumineux.
Ganto s’avança timidement sur le pavé, puis gravit les hautes marches et toqua. Un homme, bien portant pour son âge avancé, entrebâilla la porte avant de l’ouvrir franchement et de soulever Ganto avec énergie. « Ganto, mon neveu, comme tu as grandi ! Enfin tu es venu ! Ça me fait tellement plaisir !! ». Il lâcha prise, le laissant reprendre son souffle, puis il se tourna vers nous. Son air étonné fut chassé par un large sourire et il dit de sa voix rauque de bon mangeur : « Je ne sais pas ce que vous faîtes ici, mais vous êtes sûrement des amis de Ganto. Entrez, je vous prie, nous allons vous servir quelque chose à boire. Myrta ? Viens voir qui est là !! ». Une femme fluette aux yeux rieurs nous accueillit chaleureusement, sûrement la tante de Ganto, puis nous invita à la suivre.
L’intérieur de la bâtisse était encore plus surprenant et somptueux que sa façade. Nous traversâmes une grande salle aux plafonds hauts, bordée de part et d’autre de rangées de livres aux reliures luisantes. Nous montâmes plusieurs escaliers abrupts (l’oncle de Ganto, qui avait conçu cette maison lui-même, avait soif de hauteur). Puis il me sembla que nous passâmes dans une grande pièce de vie, richement meublée de fauteuils chatoyants. Enfin, nous arrivâmes sur une immense terrasse pavée, qui dominait la ville et surplombait le fleuve aux reflets étincelants. Rajan, Ganto et moi ouvrîmes des yeux ronds à la vue de ce panorama digne d’une gravure ancienne.

L’oncle de Ganto nous pria de nous asseoir devant une table en fer forgée, recouverte de mosaïques magnifiques, et la femme nommée Myrta nous servit une étrange boisson aux couleurs orangées, qui était à la fois délicieuse et rafraîchissante. Elle nous expliqua, après s’être assise près de nous, que ce breuvage, à base de fleurs qu’on cueillait au bord du fleuve, était une spécialité de la région. Après nous être réhydratés, l’oncle de Ganto, qui se nommait Atambë, nous proposa de faire le tour de la ville, afin de découvrir cet endroit merveilleux.
Au fil des rues, il nous montra les plus belles maisons, dont la plupart, d’ailleurs, avaient étés dessinées de sa main. Nous parcourûmes ruelles et ponts, car le village était traversé par une petite rivière qui se jetait dans le fleuve. Nous découvrîmes le Palais du gardien des lieux, entrâmes dans quelques sanctuaires aux sculptures divines colorées. Finalement, il nous proposa de nous rendre à une petite plage, près du port rempli de bateaux. Nous le suivîmes donc pour arriver sur une petite crique où nous pûmes assister au coucher de soleil sur le fleuve, qui comme son nom l’indiquait, était d’un rouge flamboyant. Émerveillée par ce paysage, je ne pus décoller mes yeux que lorsque le soleil disparut derrière une colline, et que les étoiles jonchèrent peu à peu le ciel obscur.

Atambë nous ramena chez lui, où sa femme nous fit goûter à des poissons fabuleux. Puis Myrta m’amena vers une chambre accueillante ornée d’un lit gigantesque et d’une coiffeuse en bois blanc et aux lignes arrondies. Je la remerciai et ouvris la grande fenêtre qui donnait sur un petit balcon et sur le fleuve. L’eau était calme, et jonchait d’étoiles qui se reflétaient sur l’eau sombre.
Après avoir admiré ce paysage envoûtant, je me déshabillai et me faufilai dans le lit douillet. Ma dernière pensée avant de m’endormir fut que cette épreuve n’était pas aussi compliquée qu’elle en avait eu l’air, même si pour l’instant, notre destination à partir de ce point était inconnue. Il nous fallait demander à Atambë, peut être que lui saurait…

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Ven 11 Nov - 15:45

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* *

Je fus réveillée par le bruit de couverts s’entrechoquant et des discussions à voix basse. Ne voulant pas sortir trop tôt de ce lit douillet, au creux duquel il me semblait avoir passé la meilleure nuit de ma vie entière, je savourai un instant encore la profondeur du matelas sous mon dos, la délicatesse des oreillers de soie, la douce caresse du drap blanc qui recouvrait mon corps, l’épaisseur de la fourrure à poils longs dans laquelle je m’étais blottie. Au bout de quelques minutes, je me décidai enfin à sortir de ce cocon idyllique et enfilai rapidement mes affaires. Je sortis de ma chambre en finissant de boutonner ma chemise.

Dans la salle à manger, assis à même le sol, les quatre convives déjeunaient sur une table basse. D’énormes coussins étaient disposés sur le tapis multicolore et je m’installai à côté de Rajan, après avoir salué et remercié nos hôtes pour cette nuit merveilleuse. Myrta me servit du lait frais et me présenta une corbeille de fruits, puis en excellente maîtresse de maison, me proposa quelques pâtisseries parfumées à la fleur d’oranger, tout juste sorties du four.
« Et saurais-tu où nous pouvons la trouver, cette pierre ? », demanda Ganto à son oncle. Je tendis l’oreille. Rajan me fit discrètement comprendre que Ganto avait déjà abordé le sujet de la Mucca Plata.
« C’est une roche très rare qui ne se trouve que dans les régions montagneuses. J’ai lu qu’il y a quelques siècles, il y a eu une regain d’intérêt pour elle, et que d’immenses zones d’extractions ont été établies dans les hauteurs. Je crois que la mode et l’engouement pour cette pierre l’ont quasiment fait disparaître de la nature. Il te faudra plutôt chercher du côté des marchands ambulants, ou questionner les passants. Au pied du Mont Zahbrèn, à quelques jours de marche d’ici seulement, les habitants pourront sûrement mieux te renseigner que moi. ». Ganto haussa les sourcils et se tourna vers moi.
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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Dim 4 Déc - 22:04

«T'as bien dormi ?», me demanda-t-il, un sourire aux lèvres.
- Je crois que je n'avais jamais aussi bien dormi ! Je vous remercie de votre accueil si chaleureux...», adressai-je à l’oncle de Ganto.
«Mais, on ne peut pas trop s'attarder ici. On est pas en vacances, je te rappelle !», me coupa Rajan.
Et c'était la triste réalité. Il était vrai que pour le moment, nous considérions davantage ce petit voyage comme des jours de détente que comme un vrai défi.

Après avoir longuement remercié Atambë et Myrta, et leur avoir promis de repasser, nous nous dirigeâmes vers Astlat, petite ville au pied du mont Zahbrèn où nous avait conseillé l'oncle de Ganto de nous rendre. La route n'était pas très longue, deux jours de marche nous séparaient de notre but, et nous éloignant du fleuve, nous suivîmes le chemin commercial qui nous menait vers la ville d'Astlat. Nous pûmes faire le trajet avec un jeune marchand, qui apportait des épices à la cité voisine.
«Vous recherchez la Mucca Plata ?», s'intéressa-t-il après que nous lui ayons raconté notre histoire. «J'en ai déjà entendu parler...». Il resta pensif. «Vous ne connaissez pas la légende du roi Harim ?»
Nous fîmes un signe de négation de la tête, et il nous raconta son histoire : «Dans les contrées lointaines, de l'autre côté du grand fleuve écarlate, vivait un roi du nom d'Harim. C'était un homme bon, aimé par son peuple, mais quand il vint à mourir, il fit appeler ses trois fils, Hamed, Hilto et Helzoun, et leur dit : “La vie n'est plus pour moi une bonne occupation. Je vous laisse à vous, qui êtes jeunes et forts, le soin d'en profiter. Mais je veux à tous les trois vous donner un héritage pour que jamais vous ne m'oubliiez.
À toi, Hamed, mon fils aîné, je te donne mon royaume et mon château, tu deviendras le roi de ces terres. Règne bien et justement.
Hilto, tu auras toi toutes mes richesses, et trésors cumulés pendant ces années, et à épouser la fille du grand Sultan du royaume du Désert.
Et quant à toi, Helzoun, je te donne ma bague d'or blanc, surmontée de la Mucca Plata.“
Et le roi mourut. Les deux frères aînés se moquèrent bien de leur petit frère. L'un avait le pouvoir, l'autre la richesse, mais qu'avait Helzoun, un objet qui n'avait eu qu'une valeur sentimentale pour leur père mais qui ne valait rien ! Celui ci, pourtant, ne se plaignait pas, et, comprenant que le château appartenait désormais à son frère, il partit et on ne le revit plus dans le royaume.
Hamed, de son côté, régna durement sur son peuple, et, dit-on, fut le plus tyran de tous les rois de l'époque. Un rébellion se forma contre lui, et une nuit, il fut assassiné mystérieusement alors qu'il était parti chassé. Hilto vécut dans un grand château à l'orée du Désert et fut le plus riche commerçant de tout le royaume, mais il rêvait de pouvoir. À la mort du Sultan, il voulut revendiquer son droit à la couronne, étant le mari de la princesse, mais un cousin éloigné prit le trône, et Hilto mourût d'une grave maladie qui frappait la région. Helzoun, quant à lui...», termina de nous raconter le jeune homme, «il avait traversé le fleuve et rejoint nos contrées. On dit qu'il eu une vie longue et heureuse, en petit paysan, et qu'à sa mort, il légua la bague à son fils, qui la donna à son fils... et c'est ainsi que la bague fut passée de génération en génération jusqu'à la fin des temps...».

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Ven 24 Fév - 21:15

Le vendeur reprit son souffle et nous comprîmes que son récit était terminé. Nous nous trouvions dans une plaine recouverte de quelques rares buissons. Un doux soleil plongeait le paysage dans une atmosphère irréelle.

«Et l’héritier actuel de cette fameuse bague, vous ne savez pas où on peut le trouver ?» demandai-je à tout hasard.
Le marchand ambulant haussa les épaules.

Ce fut sa dernière réponse. J’entendis soudain le vol d’une flèche siffler à mes oreilles pour s’enfoncer avec un bruit sourd dans le ventre de notre compagnon. Sa monture poussa un hennissement de panique. Ganto, pris d’un pressentiment, avait tourné la tête avec une rapidité époustouflante. Il savait d’où venait le tir. Une nouvelle flèche vint s’abattre dans l’un des gros sacs de blé qui protégeaient les flancs du cheval, qui par réflexe accéléra le pas. C’était un cheval de marchand, aux pattes courtes, peu rapide mais fort et endurant. Il ne nous mènerait pas loin, même déchargé de son énorme poids. «Nous ne sommes pas encerclés,» dit Ganto. «C’est une seule et même personne qui a tiré». Nous n’eûmes pas le temps de réfléchir davantage. Un cavalier surgit d’un des massifs à toute vitesse, brandissant son arc en notre direction.

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Sam 25 Fév - 23:32

Haha ! T'es marrante, il faut que je réponde à ça ! Ça va être marrant ! En tout cas merci d'avoir répondu (j'attends Heya !) et pis voilà ! Je m'y met dès que j'ai un temps (maintenant c'est le bon moment, jsute à la rentrée...pfff....j'espère que tu ne devras pas attendre jusqu'au prochaines vacances !

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Dim 26 Fév - 14:33

Mais quoi, c'est pas inspirant ? Je croyais, j'avais mis de l'action et tout... Je suis triste =(
Et sinon, ah oui Heya, jte fais ça dès que j'ai le temps !!

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Dim 26 Fév - 14:59

Mais si c'est inspirant, je dis juste que ça va être marrant à trouver la suite !! (il faut juste que je me creuse un peu la cervelle !)

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MessageSujet: Re: RÉSERVÉ TILDU-JULIE : Perdu dans la forêt [ Titre Provisoire ]   Aujourd'hui à 11:09

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