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 [Ewilan] Une maladie en cache une autre (Nouvelle)

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Ewilan
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Où suis-je ? : Tu vois le rocher là bas ?

MessageSujet: [Ewilan] Une maladie en cache une autre (Nouvelle)   Jeu 26 Juil - 17:08

Nuit noire. Un regard vers la fenêtre. Plus rien n'est comme avant. Je ne suis plus comme avant. La vie change, emmenant avec elle tous mes espoirs. Ma vie est finie.

Longuement, je plonge mon regard vers la fenêtre. Je souffre. J'ai mal. Je voudrais tant que quelqu'un s'occupe de moi. Qu'on me prête attention. Demain, au petit matin, je quitterai ma ville et tous mes amis pour aller finir...

-"AXELLE ! recouche-toi ! Tu es trop pâle pour rester debout... Allez, zou au lit !"

- "Marraine, je profite encore du peu d'énergie qu'il me reste avant d'aller mourir..."

-"Ma chérie, tu vas t'en sortir. Non, ne pleure pas. C'est rien. ça va passer. Personne n'a encore dit que ta maladie était inguérissable. Tu vas triompher, tu verras...!"

Les larmes perlent aux coins de mes yeux. Je les retiens. Ma marraine me regarde, m'embrasse sur le front et quitte la pièce. Aussitôt qu'elle ait tourné les talons et claqué la porte de ma chambre, mes larmes éclatent. Vient ensuite le tour de mes tremblements... je maitrise plus rien. Je hurle. Mes saignements reprennent de plus en plus. Mes yeux se voilent. Au loin, j'entends ma marraine crier... puis j'ai la vague impression qu'elle décroche le téléphone pour appeler les secours, ensuite, elle se rue dans ma chambre, me prend dans ses bras.... puis après, c'est le vide. Je me souviens pas.



Lorsque je me réveille, je suis dans une chambre blanche, une chambre sordide. Je suis à l'hôpital, aucun doute là-dessus. Je n'arrive pas à distinguer le décors. Mes yeux sont encore trop fatigués. J'ai encore merdé. J'ai laissé mon corps reprendre le dessus. Je m'étais juré de ne plus l'écouter. Je me hais. J'avais tout pour être heureuse. Une simple erreur de ma part, et tout a basculé. Je crois que ça a commencé quand j'ai cessé de manger. Pas parce que j'avais en tête un quelconque régime. Non, tout simplement parce que j'avais plus faim. Je me sentais de plus en plus fatiguée. Personne n'a trouvé ce que j'avais. Certains croyaient que je faisais une dépression, d'autres que c'était une manière de me rendre intéressante... Le pire, c'est le regard de mes parents, quand ils ont découvert la vérité. J'étais leucémique et porteuse du sida. Je fais pas les choses à moitié ! Je me souviens du regard ahuri de ma mère, je me souviens (j'en garde la marque) de la torgnolle de mon père. Je me souviens d'eux conduisant à toute bringue avant d'aller percuter un énorme poids lourd. J'ai vue arriver l'accident mais je me suis tue. Pourquoi ? je ne voyais pas l"utilité de dire quelque chose. J'avais peur de la réaction de mes parents. En l'espace de quelques instants, j'étais devenue la pire des ados. Quand la voiture a pillée net.... j'étais préparée. Je suis sortie de la voiture , un peu commotionnée mais sans plus. Je vacillai. Je lançai un regard vers la voiture... je ne distinguai pas mes parents. Puis sont arrivés les pompiers, le samu et tout le tralala. Lorsqu'ils ont sortis les corps de la voiture, d'un simple coup d'oeil, j'ai compris que mon destin allait être modifié. Je ne pleurais pas, j'étais plutôt soulagée d'en avoir fini avec mes tortionnaires, une fois pour toute. Je pensais que, pour une fois, la chance avait changé de camp. Les pompiers me demandèrent comment je me sentais... Un simple mot a le pouvoir de tout changer, un simple mot. Alors, je répondis, le plus naturellement du monde , que je me portais très bien. Ce qui était loin d'être vrai. Mais j'avais déjà causé assez de tort. Dans mon esprit, je prenais tout juste conscience que je venais de commettre un meurtre. Au lieu d'en ressentir du gêne, de la honte ou de la culpabilité, je me sentais plutôt fière. J'avais réussi, pour une fois, à mener quelque chose jusqu'à son terme. Ma conscience avait beau me hurler que c'était un crime, je m'en fichais. J'étais libre. Je songeai à appeler ma famille, puis me ravisai. Ils seraient trop heureux de me rendre ce service, de m'humilier... J'avais pas envie non plus de voir leurs sales gueules. La seule possibilité qui s'ouvrait à moi, c'était ma marraine. Une fois que j'eus passé mon coup de fil, je suis allé m'assoir sur la chaussée. J'attendis, j'attendis. Au loin, une petite lueur gonfle sur la route. C'est elle. A peine, a-t-elle posé le pied à terre que je cours vers elle. Cette fois, les larmes coulent. Telles deux désespérées de la vie, nous nous précipitons l'une vers l'autre, et nous étreignons.

J'entends des pas dans le couloir. Je me redresse un peu. Un infirmier en blouse blanche entre dans ma chambre.

-"Alors, mademoiselle Axelle, comment vous sentez-vous, ce matin ? Appréciez-vous votre chambre ? êtes-vous à votre aise ?"

J'ai envie de l'envoyer paître. Je sais pas ce que je fous ici. Moi, je voulais mourir près de la mer. Pour l'avoir vu au moins une fois dans ma vie.

-ça vous interesse ? Non, alors faites pas semblant. De toute façon, et vous le savez aussi bien que moi, je vais crever ici. Alors, autant en finir rapidement."

-"Je comprends que vous soyez désespérée, mais mon devoir est de vous soigner"

-"Vous voyez, vous le dites vous même: soigner. Je veux pas vivre si je dois subir des traitements."

-"Mademoiselle, sachez...."

-"PUTAIN MAIS VOUS ALLEZ FERMER VOTRE GUEULE ! FAUT VOUS LE DIRE COMMENT ? EN RUSSE ? ALLEZ, CASSEZ VOUS, JE VEUX ETRE SEULE. J'EN AI MARRE DE VOTRE PITIE A DEUX FRANCS SIX SOUS. " Sur les derniers mots, ma voix se brise. Peu importe, il a compris le message. Il débarrasse le plancher. C'est pas trop tôt.

Un toc-toc timide à la porte ramène la fureur sur mon visage. Je hurle un bref "ENTREZ". Merde, c'est encore un médecin. Mais ils vont pas me laisser quitter cette vie minable en paix ?

-Axelle, sache que tu as fortement choqué notre stagiaire. Il a pas pour habitude d'être malmené. Avant que tu dises quoi que ce soit, je ne te fais pas la leçon, je constate juste des faits. Mais ça va l'aider à grandir. J'espère. Et toi ? Je sais, ça se lit sur ton visage, que t'as pas envie de parler de ta vie, de tes goûts. Libre à toi. J'aimerais te préconiser de bons conseils, t'assurer que tu vas guérir... mais ça serait te mentir. Et je sais qu'en te faisant cela, tu ne me tiendrais pas en très haute estime. "

Je souris. Il me plait bien ce médecin. Je tremble. Je pleure.

-"Il n'y a nul honte à pleurer, tu sais après on se sent mieux. J'ai bien compris que tu es une jeune fille très timide. Alors j'aimerais que nous passions un marché... J'aimerais que tu me racontes comment tu as attrapé cette saloperie. Quelles étaient tes relations avec ce copain ? Pourquoi tu n'as rien dit. En bref, j'aimerais que tu me dévoiles un pan de ta vie. Et toi, que veux-tu en contrepartie ?"

Ma voix est faible. Je me force à l'augmenter. "Je voudrais être tenue au courant de l'évolution de ma maladie, savoir combien de temps il me reste..."

Il reprend la parole :

-"Je te propose de commencer demain. Maintenant, je te laisse méditer"

-"NON... restez, je vous en prie..."

-"Tu sais, si tous mes patients me demandaient de rester avec eux... je ne pourrais pas travailler. Je reviendrais te voir en début d'après-midi."

-"Est-ce que je peux vous écrire sur mon histoire ? A l'oral , j'ai peur de ne pas y arriver"

Il me regarde, toujours souriant. Puis me souffle un "oui". Au travers de mon rideau de larme, je le vois quitter ma chambre et refermer doucement la porte derrière lui.



Je me redresse dans mon lit, je bouge mes muscles endoloris. Je me lève. Fais quelques pas. Manque de tomber. Mais petit à petit, j'arrive à agripper mon sac... Je farfouille dedans. C'est bien ce qui me semblait. J'ai encore mon bloc de dessin et ma trousse. Pour écrire le peu que j'ai à écrire, ça suffira bien.

Péniblement, je rejoins mon lit. Je me hisse dedans avec difficultés. J'ai honte de l'admettre, mais je souffre bien moins quand mes jambes sont allongées. Je cale ensuite le bloc note sur mes genoux, et m'empare d'un crayon.



18 janvier 2011

Aujourd'hui, Jacky m'a encore proposé de venir chez lui. Je sais pas pour quelle raison j'accepte. Pourquoi aujourd'hui alors que ça fait des semaines qu'il me pose inlassablement la même question ? Je sais aussi qu'en venant de chez lui, je ne serais plus pucelle et, à dire vrai, cela m'attriste un peu. Je ne serais plus jamais la même. J'aimerais vraiment ne pas y aller. Mais si je fais ça, il me tuera, j'en suis certaine ! Et puis, l'éclat de ses yeux quand il me fixe... Enfin, au bout de 17 ans, quelqu'un a pour moi un véritable amour, ça m'intrigue un peu. Alors, non, je peux pas lui faire ça... Ainsi, lorsqu'il me récupère devant ma salle, après la fin des cours... et que je vois son visage illuminé, je n'ai nul envie de le rendre malheureux. Main dans la main, nous prenons le chemin de son appart. Je me sens bien. Après quelques minutes de route, nous arrivons enfin chez lui. Il m'ordonne de lâcher sa main. J'obtempère. Peut être a-t-il honte de moi. Il s'empresse d'ouvrir la porte d'entrée, puis me pousse à l'intérieur. Première porte à gauche. C'est là. Il déverrouille. Me regarde dans les yeux. Murmure un timide : "pardonne-moi". Je ne comprend pas. Je ne veux pas comprendre. Il poursuit : "je t'expliquerai un jour...promis". A la fin, de son monologue, il m'enferme à double tour dans son appart. Je n'ai plus peur. Je crois qu'il me fait une blague. Je suis sotte, conne, niaise et stupide. Pour faire passer le temps, j'observe le décors. Devant moi, un immense salon-cuisine. Tout de suite à ma droite, une porte. ça doit être sa chambre ? Oserais-je pousser le battant ? Délicatement, je pose la main sur la poignée, et d'une simple pression de doigts, j'ouvre la porte. Un mec est allongé tout nu, sur le lit. Je recule. Un rictus vient se dessiner sur son visage balafré . D'un bond, il saute du lit et se précipite vers moi. Tétanisée, je bouge plus. Il est en face de moi. Je ne veux pas qu'il me touche... il m'enserre violemment...

La suite, vous la devinez sûrement. C'est pas sorcier. Et oui, la gentille Axelle s'est fait violer et, comme ci ça ne suffisait pas, le mec lui a refilé le sida. Mon histoire elle est pourrie. Vous m'en voulez. Vous avez du imaginer une foule de détails sordides. Je vous détrompe. Il n'y a rien de plus. Juste qu'après cette séance de torture, le mec a enfilé son jean, son polo, et a quitté l'appartement en prenant soin de refermer derrière lui. Etouffant mes larmes, je me réhabillais. Je savais que si je laissais libre cours à mes larmes, j'allais périr ici. Soudain, je sentis comme une odeur de brûlé. Il me semblait même entendre quelque chose cramer. A toute vitesse, je me précipitai dans la cuisine. Trop tard, le feu l'avait envahi. Je retournai dans la chambre. M'emparai d'une chaise et la balançai dans la fenêtre. Sous le choc, celle-ci éclate. Je pus ensuite me glisser péniblement à travers l'ouverture et, comme si de rien n'était, je regagnai la rue tout en prenant soin d'éviter l'attroupement formé devant la porte d'entrée. J'étais dans une ruelle peu éclairée. Mais je ne pouvais pas rejoindre la grande place. Tous les badauds verraient bien que j'étais une rescapée... je voulais pas répondre aux multiples questions. Je voulais pas. Alors, bien que prendre cette rue me rallonge de mon chemin, je l'empruntai tout de même. J'arrivai chez moi une demi-heure après. Je suis toute seule quand je rentre. Mes parents rentrent tard, le soir........ quand ils rentrent. Profitant, de ce moment de répit, j'allai dans la salle de bain... Là, je me douchai. L'eau bouillante me redonnait des forces. Enfin, c'était l'impression que j'avais.
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Ewilan
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MessageSujet: Re: [Ewilan] Une maladie en cache une autre (Nouvelle)   Jeu 26 Juil - 17:25

Pourtant, c'était pas sorcier de leur dire la vérité, diriez vous ?
Après cet évenement, mon état s'est fortement dégradé. Je ne faisais plus rien.
C'est ma marraine qui m'obligea à faire des examens approfondis. C'est là qu'ils décelèrent que j'avais une leucémie couplée du sida. Ma marraine n'était pas avec moi. Je n'osais pas lui dire la vérité. C'est un aide-soignant qui s'en est chargé. Pendant le trajet, ma marraine me demanda de dire la vérité à mes parents. Seuls eux pourront m'aider. Me faire soigner. Je leur ai dit. Tout ce que j'ai récolté c'est une baffe et du mépris. Mes parents m'ont attaché dans la voiture. Je supposai qu'on allait à l'hôpital. On y est jamais arrivés. Il y a eu un accident. Ils sont morts tous les deux.
C'est ma marraine qui a pris soin de moi. Je ne voulais a aucun prix retourner vivre avec "ma famille" parce que je les haissais et que c'était réciproque.
Quelques temps après, accompagnée de ma marraine, j'ai consulté un médecin. Il m'a prescrit des médicaments. Ça, c'était il y a pile un mois. Un peu avant avant les vacances, le 19 février, je dirais.
Je ne suis plus retournée en cours. J'avais trop honte et trop peur de croiser Jacky. Je n'ai jamais dévoilé la vérité. Vous êtes le seul à savoir ce qui s'est véritablement passé ce jour là... je ne veux pas tâcher la réputation de Jacky. Rongé par un sentiment de culpabilité, celui-ci s'est jeté sous les roues d'un tramway. Je suis allée à son enterrement. Le soir même, je recevais sa lettre d'excuse: Je vous l'insère ici


Coucou,
Je sais, tu me hais. Avant de froisser cette lettre, prends la peine de me lire, s'il te plait. Je ne savais pas. Mon pote voulait juste te faire une blague. Le truc c'était que tu le vois nu en entrant dans la pièce, et lui à ce moment là, il t'aurait prise en photo. Je voulais te faire rire... je voulais que tu apprécies la vie. Je sais, c'était une blague pourrie, nulle... Je voulais vraiment t'attendrir avant de ... enfin, tu vois ce que je veux dire. Je savais que tu angoissais en songeant à ce moment là... je savais... Je voulais que tout soit parfait. Après la blague, tu aurais dû aller voir mon pote, vous auriez pu parler ensembles... jusqu'à mon retour. Je sais pas ce qu'il lui a pris... il était dans un état normal quand je l'ai laissé... C'était mon meilleur pote, c'est mon meilleur pote... ça n'ote rien à ce qu'il a fait... je lui en veux terriblement de t'avoir fait souffrir... Il n'avait pas le droit. Tu étais ma moitié... on était fait pour être ensemble... on se complétait si bien...
Aujourd'hui, encore, une question me turlupine. Pourquoi n'as tu rien dit ? Pour sauvegarder ta fierté ? pour ne pas me nuire ? Tu aurais dû aller le balancer... Tu aurais dû. Tu ne l'as pas fait... Digne en toute les circonstances... Et si tu t'étais fait violer dans la rue ? Tu serais aller le dire ? Je présume que non. Parce que, bien que je t'aime Axelle, je sais que tu es horriblement lâche, mais niveau lâcheté, moi j'atteins le sommet. Tu vois, j'ai même pas le courage de venir te parler en face. J'espère que quand tu recevras cette lettre, j'aurais disparu de la surface de la terre. Je te jure, Axelle, c'est une blague qui a mal tourné... Je te le jure. Je t'aimais vraiment trop pour te faire souffrir.



Je n'ai jamais su qui était mon violeur. Et je n'ai pas envie de savoir. J'aimerais sincèrement que vous gardiez cette histoire pour vous. Une fois que je ne serai plus de ce monde, je vous autorise à la publier.

Pour revenir à ce que je disais, hier, mon état s'est fortement aggravé... Alors, au lieu de rejoindre l'hôpital le lendemain matin, je l'ai rejoint le soir même.

Je veux en finir avec la vie, c'est pas une idée en l'air. J'y est longuement réfléchi. Je veux partir, définitivement.

Vous allez me juger. Jeune, puérile. Peu importe. Vous êtes le seul en qui je fais un peu confiance.


On toque à ma porte. Je n'ai le temps de rien répliquer. La porte s'ouvre sur une jeune demoiselle portant un joli plateau repas. Elle me le pose sur mon lit. Me demande si je veux de l'aide. Je veux pas d'aide. Elle a l'air de comprendre. Elle s'en va.
Il est midi.


En attendant la visite du médecin, j'écris, à la va-vite, sur papier, un compte-rendu de ma vie familiale. Peut-être qu'en lisant cela, il comprendra ma vision des choses... j'espère. Sinon, il risque de me prendre pour un psychopathe.

Tout a commencé, enfin c'est les souvenirs que j'ai, quand mon père a commencé à me battre. Chaque soir, après le raclée, je pleurais. Ma mère me chuchotait, au creux de l'oreille, que c'était une preuve d'amour. J'y ai cru. J'avais huit ans.
A dix ans, ma mère me faisait travailler... j'aidais aux tâches ménagère.
A treize ans, je faisais tout dans la baraque, tandis que ma mère se vautrait dans un fauteuil en regardant des émissions puériles. J'étais jeune, j'étais naïve. J'ai honte de ne pas avoir réagi plus tôt. Si vous saviez comme j'ai honte. Enfin bref, c'est à mes 16 ans que tout s'est détérioré. Je ne foutais plus un pied dans la maison. Je dormais chez ma marraine. J'étais bien. Plusieurs fois, elle avait voulu contacter des associations pour m'aider. Plusieurs fois, je l'en avais dissuadé. Non pas que j'étais masochiste. Mais que c'étaient mes parents. On n'a pas le droit d'infliger du mal à sa famille, me disais-je sans cesse. Je savais que c'était éronné. Qu'on se doit de dénoncer les gens qui nous font du mal. J'ai pas pu. Il me semble que ça ne m'atteignait pas. Je vivais sans vivre vraiment. J'étais pas franchement heureuse, mais j'étais pas non plus franchement malheureuse. Et je savais qu'il y avait des gens en plus grave situation. Alors je me taisais. Pour leur donner la chance que je n'ai pas eu. Lorsque je lis ces lignes, je me sens idiote... Ils ne voulaient pas de fille, ça, je l'avais bien compris. Vous voyez, je suis pitoyablement pathétique. Je m'écoeure moi-même en lisant ces lignes. Je dois vraiment être au plus mal pour me confier ainsi. Je n'ai plus peur de me confier. Une fois qu'on a écrit quelques mots, le reste vient tout seul... et ça soulage vraiment.





Dernière édition par Ewilan le Ven 27 Juil - 0:52, édité 6 fois
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Ewilan
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MessageSujet: Re: [Ewilan] Une maladie en cache une autre (Nouvelle)   Jeu 26 Juil - 17:45

Je m'ennuie. J'attends avec impatience la visite de mon médecin. Je ne sais pas son nom, ça m'ennuie. J'éprouve une sorte de confiance innée.Oui, je sais, la confiance c'est pas innée. Mais c'est tout de même l'impression que j'ai.

Un timide toc-toc me fait sursauter. C ' est lui. A peine est il rentré que je lui tends ma confession.

-"Déjà ?" s'exclame t'il ? "Va falloir que je m'active pour avoir quelque chose à te raconter. Bon, je crois pas t'avoir donné mon nom, mon âge, et ma profession. Je suis médecin-câlin...tu te demandes sûrement ce qu'est que cela. Simplement, c'est un médecin qui s'occupe des patients en phase terminale...Un médecin qui les câline, un médecin qui les fait partir plus serein, en entente avec la vie. Un véritable médecin. Sinon, je m'appelle Jérôme Jargt..Je sais c'est dur à prononcer...de toute façon, mes patients m'appellent Jérôme: libre à toi de faire comme eux. J'ai 38 ans, je le vis plutôt bien...remarque que j'ai pas encore passé la crise de la quarantaine...on verra dans deux ans..."

Il me fait rire. il est touchant, drôle, sincère. Il est attentionné. Il est mon contraire.

-"c'est pas trop dur comme métier ? Vous vous attachez pas trop ?"

-"c'est pas ça le plus dur, c'est facile de voir partir les vieillards...ils ont fait leur temps...Alors que les nourrissons, les bambins, les ados et les jeunes adultes, c'est extrêmement difficile. Mais j'ai l'intuition que mon métier apporte de la joie aux patients. C'est là le principal."



Dernière édition par Ewilan le Jeu 26 Juil - 19:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Ewilan] Une maladie en cache une autre (Nouvelle)   Jeu 26 Juil - 18:44

Je reprends la parole : "Vous me diriez quand ce sera la fin ? vous me le direz ?"

Il m'observe attentivement et répond : "si tu veux, ici le client est roi"

Je ris, et voir sa tête éberluée me fais rire encore plus. Il doit penser que je suis folle. Il quitte ce matin une patiente au fond du trou, et maintenant, il l'a voit hilare. Mais il ne dit rien. Il attend que ,je me calme. Il a juste un sourire qui se dessine sur ses lèvres et qu'il essaie de retenir. Je me tais. Je baisse les yeux, telle une enfant prise en faute. Le silence est étrangement malsain. Je relève les yeux. Je croise le regard de Jérôme. Il pleure. Prenant sur moi, je me force à me lever, et viens me blottir auprès de lui.

-"Axelle ? tu ne trouves pas ça bizarre de venir consoler le médecin ? C' est toi qui va partir et c'est moi qui pleure. C'est le monde à l'envers. Je ne sais même pas pourquoi je pleure."

il a besoin de réconfort. On est tous deux paumés...lui dans un métier qui le rend heureux tout en le faisant souffrir, moi parce que je ne sais quel chemin emprunter pour partir en toute sérénité. Je peux au moins lui apporter cela.

Il sèche ses yeux. Ses larmes se tarissent. Plonge ses yeux dans les miens. Il ne dit rien. Il m'observe. Moi, je suis comme, dirait-on , figée. Il hausse les épaules, et tourne les talons. Il va partir. Je vais être a nouveau seule...à nouveau. Il est parti. Il a dit qu'il repasserai chaque jour à la même heure. Je l'attends.


18 mars

Voilà deux semaines que je suis à l'hôpital. Je m'en veux marraine, te t'avoir ordonné de ne pas venir me voir. Je veux que tu gardes dans ton esprit, la petite fille joyeuse que j'étais. Je ne suis plus toute seule. J'ai fait la connaissance d'un médecin formidable: Jérôme. Je te raconterai tout ça à mon retour. Je ne sais pas comment il s'y prend, mais il arrive à détruite mes soupçons..aujourd'hui, j'ai prit conscience qu'il existait un espoir et que j'ai le droit d'en profiter. J'aimerai vivre. Tu sais, ces mots là, j'arrive pas à les prononcer, mais maintenant je les écrit. Chaque jour, Jérôme m'apporte mes résultats d'analyse et nous en discutons ensemble. Je te vois d'ici pousser des hauts cris: il n'est pas en tort. C'est moi qui lui ai fait la demande. je veux savoir. Je ne veux plus jamais être dans l'ignorance. Comme tu vois, la jeune fille timide que j'étais à laissé place à une jeune fille forte. Je me bat, pour ma vie, pour toi...


Aujourd'hui, Jérôme m'a dit que mes résultats d'analyse étaient positifs. Je suis contente. A lui, j'ai pu dévoiler la vérité. J'espère que tu ne m'en veux pas trop. Toi tu avais compris que je faisais mon deuil. Raconter ma terrible histoire m'a fait du bien, m'a soulagée. Cette histoire, tu ne le connaîtras jamais. Parce que j'ai affreusement honte, honte. J'ai aussi peur que tu me juges, que je perde ton amour...même si tu m'assureras qu'il n'en sera jamais rien...je ne veux pas voir le desespoir sur ton visage. Tu me comprends ? Ici, personne ne me connaît. C'est mieux. Chaque jour, je marche dans ma chambre. Mes jambes sont encore lourdes mais elles progressent elle aussi...

Je demanderai qu'on poste cette lettre cet après midi. Maintenant, je dois te laisser. C'est l'heure de ma balade au royaume des analyses.

Je t'aime, Marraine. Je t'aimerai toujours.


Cela me fait bizarre de mentir à la seule personne qui m'ait prodiguée de l'amour.....mais je veux qu'elle garde de moi, un très bon souvenir. je sais que je ne vais pas m'en sortir. Même si je le repète de temps en temps pour faire plaisir à Jérôme. Pour lui, la guérison se fait lorsque le patient est intimement persuadé qu'il va guérir. Mais y'a pas d'espoir. Si il y en avait un, je ne serais pas dans son service. Il y a une faille dans ta solution, Jérôme. Et je suis sûre que tu le sais bien. Tu ne le dis pas c'est tout, parce que le dire, c'est en prendre conscience . Je sais. C ' est dur. Tu sais, (oui, quand tu n'es pas là, je m'autorise à te tutoyer..) la première fois que tu m'as vue...tu m'as appelé par mon prénom...cela m'a fait plaisir...j'avais l'impression de revivre...enfin, on se souciait de moi. Oui j'exagère. Enfin, je peux bien, parce que de toute façon, cette lettre t'est destinée...je ne me berce pas d'illusion. C'est inutile. Je me prépare , c'est tout. Peut être que j'aurais eu une chance de guérison, si je n'avais eu qu'une seule maladie. Peut être. Parce que c'est le fait d'avoir le SIDA qui a acceléré ma leucémie. Les médecins étaient stupéfiés de voir, que jusqu'à là, ma leucémie était quasiment invisible...il se peut que je débloque. Que tout cela ne soit que pure coïncidences...mais je en crois pas.

19 mars

J'ai reçu une lettre de ma marraine. Jérôme lui a remis en main propre. Je sais maintenant, que ma marraine accepte mon choix. Elle vient cependant tous les jours prendre de mes nouvelles auprès des médecins.

J'ouvre la lettre

"Ma chère Axelle.

J'ai été émue en lisant ta lettre. Je te savais forte. Cela fait plaisir de voir que je ne me suis pas trompée. Je ne t'en veux pas...avoir dit la vérité à un médecin, c'est mieux. Eux ne te connaissent pas et ne te jugeront pas. Avec moi, il y aurait eu ce risque. Ici, sans toi, tout est gris. J'ai hâte que tu viennes égayer la maison. Le chat tourne en rond. Il s'ennuie de toi...et il est pas le seul. J'ai voulu discuter avec ton Jérôme. Je me suis faite renvoyer. il a dit que son devoir était d'être avec les patients, pas en train d'expliquer la situation aux parents. Pour lui, c'est au patient de dire, s'il le souhaite, la vérité à sa famille. J'ai été agréablement surprise qu'il me prenne pour ta mère. Je m'en suis voulu tous les jours, de te laisser avec ce troupeau d'abrutis. je voyais bien, que tu étais en manque d'amour, et que tes parents....enfin entre toi et eux c'était pas vraiment l"éclate.

Aujourd'hui, ton bahut a appelé. Ils voulaient savoir si tu serais d'attaque pour le bac...je rêve. Tu es à l'hôpital et eux ne se préoccupent....ok, j'arrête, je sais que tu n'aimes pas quand je m'énerve...alors promis, en attendant ta guérison, je me retiendrais.

Je t'aime ma Axelle. Bats toi ! Je t'aime

Ta marraine


Je referme la lettre. Je la plie en quatre et la pose bien délicatement sur ma table de chevet. Une violente douleur au niveau de mon estomac, me sors de ma torpeur. Je vomis. J'appuie sur la pompe. personne ne vient. Je réappuis...ah si la porte s'ouvre. Jérôme entre. D'un regard, il comprend la situation, il cours près de mon lit, me prend dans ses bras. Il y fait bon. Tout en évitant le vomi, et me tenant doucement, il sors de la pièce, et se précipite dans le couloir. Il hurle. Des médecins arrivent au pas de course et ainsi escortée, j'arrive dans la salle d'analyse. Tendrement, Jérôme me dépose . Autours de moi, les infirmiers s'activent. Prises de sang, prise de tension se succèdent...

Quelques heures après Jérôme me ramène dans mon lit. Et tout de go, me demande ?

-"quel est ton dernier souhait" ?

Il le sait, je le sais, nous le savons tous deux que c'est la fin ...

Je réponds alors "voir la mer"

-"c'est comme si c'était fait,me répond il "

Il me reprend dans ses bras, et m'accompagne jusqu'à sa voiture. Il me dépose sur le siège passager...puis il prend le volant. Quelques minutes après, nous sommes à la gare. Pendant que j'attends dans la voiture, pour ne pas m'essouffler, Jérôme achète les billets. Il m'accompagne. ça y est, il revient. Il me prend par la main, et ainsi accrochés, nous montons dans le train. Quelques heures après, je vois la mer par la fenêtre. Je suis heureuse.

La gare est au bord de l'eau. Nous n'avons que 500 mètres à parcourir. L'un à côté de l'autre nous nous allongeons sur le sable. je pose ma tête sur sa poitrine. Doucement, il pose sa main sur mes cheveux, me caresse la joue

D'une voix à peine audible, je chuchote: "merci pour tout. Merci de m'avoir fait prendre conscience, que je n'étais pas quelqu'un de misérable. merci...ne me pleurez pas...en l'espace d'un temps restreint, vous êtes devenus quelqu'un en qui j'avais confiance, en qui j'ai confiance, en qui j'aurais toujours confiance..."

Je ferme les yeux. Ma respiration ralentie. Je crois que j'ai appris une chose. ça sert à rien de méditer le passé, Jérôme m'a fait prendre conscience qu'il faut avancer vers le présent.

Une chaleur irradie mon être. Je sens que Jérôme me dépose sur la joue, un baiser. Lui aussi murmure:

"-Merci Axelle. De n'avoir pas été comme les autres...merci".

Plus rien ne lui répond. Il tient une poupée entre ses bras. Il le sait. Doucement, il pose la main sur sa poitrine. Celle ci ne vibre plus. Elle est partie, reposée, sereine...il a accompli sa mission...n'est-ce pas là le principal ?





FIN












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