LEVEZ L'ENCRE : Ateliers d'écriture réservés aux lycéens et +
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 Sans queue ni tête.

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AuteurMessage
Anaël
Commandant de Bord


Messages : 1775
Birthday : 21/01/1995
Âge : 21
Où suis-je ? : En Italie.

MessageSujet: Sans queue ni tête.   Ven 26 Aoû - 12:01

_____Le village est constitué d’une centaine de maisons, toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Elles sont de toutes les de toutes les formes et de toutes les couleurs, de toutes les tailles, éparpillées au hasard au sommet de la colline sacrée. Au début, l’architecte fou a voulu construire le Temple au sommet du plus haut pic de la plus haute montagne du plus haut continent mais la princesse Chaow Vatulibre, qui a le vertige, a décrété que le Temple serait érigé sur la colline – qui devint au passage sacrée – qui se situe à cinq minutes du palais afin de pouvoir s’y rendre tous les quarante-deuxièmes jeudis de l’an. D’ailleurs, le Temple est de loin la construction la plus ratée, si tant est qu’il est possible de comparer ces… originalités. Non pas qu’il soit particulièrement hideux en lui-même mais, avec sa façade impeccablement lisse et désespérément plate, sa forme ostensiblement carrée, ses angles parfaitement droits et ses imposantes colonnes de marbre impitoyablement verticales auxquelles s’ajoutent une façade triangulaire sur laquelle une somptueuse sculpture représente le Maître aux prises avec les pignoufs, il a toutes les allures de panthéon grec. Or, un panthéon grec au milieu de toutes ces constructions en forme d’escargot-hélicoptère, de montgolfières pyramidales et autres arcs-en-ciel gélatineux, ça fait un peu tache. Moi, je préfère les rondeurs, le volume, les excentricités et les extravagances. Je fais l’apologie de la surprise, du nouveau, du mélange et du hors-piste. S’éloigner des sentiers battus, tracer sa propre voie, tester de nouvelles combinaisons à la recherche de nouveaux goûts et de nouvelles couleurs, faire des découvertes novatrices et révolutionnaires, voilà ce qui avive mon âme d’aventurier. Certes, on n’a pas toujours le résultat escompté et l’on peut se retrouver avec de mauvaises surprises, mais quel enjeu ! On a jeté des pierres à Passou Latire qui postulait l’existence des microbes et inventa le vaccin. On a calomnié Lilégae qui pensait que la terre était ronde et construisit les premières lunettes. On a ri au nez de Xamwell et de ses théories farfelues auxquelles on doit tant. De même, je suis sûr qu’on a jeté des pierres à la première personne qui décida de mélanger du chocolat avec des bananes ou de la confiture avec du bleu, du poulain et du jambon ! Vous imaginez la tragédie si personne ne les avait suivis ? Si personne n’avait essayé ? Il n’y aurait pas de chocolat-banane !

_____Je n’en peux plus de ce monde plat et monotone où se répètent sans cesse les mêmes actions, les mêmes nouvelles, les mêmes quêtes. Les mêmes quotidiens, en somme ! Voilà pourquoi je me suis rendu au sommet de cette colline sacrée où, parait-il, chaque maison, chaque rue, chaque habitant possède une personnalité, une identité insondable qui lui est propre et qui seule peut justifier l’existence de l’individualité, mais je m’égare… Me voilà enfin qui entre dans le Temple, c’est là que se situe le tableau des primes et des missions données par l’Immortelle. Qui je suis ? Mais, rien qu’un petit aventurier de rien du tout de classe R minus mineur ; j’aurais trop honte pour vous prononcer mon modeste nom. En fait, je viens juste de passer mon diplôme d’aventurier et de m’enregistrer mais j’ai bien peur d’avoir eu la note minimale… Mais ce n’est pas grave ! Un jour, je deviendrais un aventurier de classe SS plus majeur, ce serait trop la classe ! Si je vais devenir célèbre ? À vrai dire, cela ne m’intéresse pas. Je suis juste à la recherche d’aventure, de sensations, d’extraordinaire ! Je veux me sentir vivre, je veux sentir mon cœur qui palpite ! Oui, voilà, je cherche un soupçon de liberté, un endroit où je pourrais être moi, où je pourrais me réaliser. Pardon ? Oui, bien sûr, parce que voyez-vous, c’est comme ça que je suis.

_____Mais que vois-je ? L’intérieur du Temple est tout à fait sidérant. Le plafond est une sombre voûte parsemée de milliers de lumières : chandelles, chandeliers, chenilles et lucioles côtoient lustres et libellules, bougies et baleines, cierges et sauterelles. Tel un océan d’étoiles, il s’étend à l’infini et que miroitent les doux et chaleureux éclairements qui descendent jusqu’à nous et rebondissent dans toutes les directions : sur le tapis rouge brodé or aux motifs impériaux et tarabiscotés qui éclairent et qui réchauffent car ils sont tissés en laine de mouton nuageux de braise, sur les colonnes de pierres blanches incrustées de diamants, de rubis, de saphirs, de perles précieuses, de lampoules et autres pierres iridescentes, sur les merveilleux miroirs qui multiplient magiquement la luminosité mirobolante grâce à leurs verres malicieux et leur cadre en or mât taillé en rayons de soleil, les clairs et joyeux tableaux qui représentent un personnage, une fable, un conte, une histoire de leurs couleurs vives et bariolées, les murs d’ivoire, les bustes en craie, les flamands roses… Les torches, les immenses vitraux, les rosaces, les fenêtres, tout contribue à ce qu’une atmosphère envoûtante et lumineuse règne dans ce temple pour le moins harmonieux. Sur ma droite, d’innombrables tapisseries narrent avec amour et respect l’interminable bataille des plaines où la Grande Prêtresse Hadilatim Delum’tyl conquis, au prix de nombreux sacrifices, l’exclusivité du droit de cueillette de pyrphidées sur la façade Nord la Pleine Fleurie, tous les jeudis de quatorze heures à dix-sept heures.

_____Au centre du Temple se trouve la statue de l’être suprême triomphant de l’huître violette de la damnation en chevauchant la sainte licorne rose invisible. Elle se tient fièrement, dressée sur son destrier – en l’occurrence, on a plutôt l’impression qu’elle flotte dans le vide par je-ne-sais quel prodige, sa main gauche portant un rond bouclier doré qui lui protège la poitrine et sa main droite brandissant la glorieuse épée de lumière qu’elle pointe vers le ciel. Sur son torse majestueux, sa tête est cour… Mais que vois-je ?! Je me disais bien qu’il manquait quelque chose à cette sculpture de la plus grande qualité ! Mais quelle horreur, mais quelle profanation ! Sur ses épaules, son cou flegmatique se tend seul vers le plafond, car il manque tout simplement ce qui était dessus : on a volé la tête de Fred.

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Les relations seules comptent pour l'homme. Mes relations, c'est toi.

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Elisheba
Passager


Messages : 685
Birthday : 26/09/1996
Âge : 20
Où suis-je ? : Dans la kinésphère

MessageSujet: Re: Sans queue ni tête.   Lun 5 Sep - 15:47

_____Je reste cloué sur place, beaucoup trop sidéré pour faire le moindre pas. Mais que s’est-il bien passé ? Qui a bien pu avoir cette idée farfelue ? Et pourquoi avoir dérobé la tête de la statue représentant un être si vénérable, si puissant ?! Je m’indigne devant un tel manque de respect et regarde autour de moi. Le Temple est toujours aussi vide, comme si les habitants des environs n’osaient pas y entrer de peur de troubler le repos de Fred l’immortelle. Et si personne n’avait rien remarqué ? Et si j’étais le seul à m’être rendu compte de la catastrophe ? Sans plus attendre, je sors de l’édifice en courant et descends la colline jusqu'au village. Il faut absolument que je prévienne les habitants de la disparition de la tête de Fred ! Alors je me hâte le plus possible et... Tiens, justement, j'aperçois quelqu'un au loin. La silhouette marche d'un bon pas vers moi, elle semble avoir quelque chose d'important à faire. Néanmoins, je m'approche pour l'aborder et me retrouve face à un homme. Il a l'air grand et loyal. Un brin d'herbe pend entre ses lèvres et il s'en débarrasse pour me parler :
— Tu cherches quelque chose, étranger ?
Je lui explique mon problème sans m'attarder sur les détails et lui demande si quelqu'un au village saurait quelque chose.
— Effectivement, me répond mon interlocuteur. Je connais peut-être quelqu'un au village qui saura ce qu'il faut faire. Je veux bien te la présenter mais j'ai quelque chose d'autre à faire avant, alors si t'as pas peur de te mouiller... Rends-moi service. Va te baigner dans la rivière.
Je marque un temps devant le ridicule de la demande mais accepte sans hésiter tout en sachant que mes compétences en nage laissent à désirer. De toute façon, qu'est-ce qui pourrait mal aller ?
— Parfait, déclare l'inconnu. En route ! Ah au fait, je m'appelle Enntival.
Sans plus de cérémonie, il tire une paire de lunettes de soleil de sa poche, les perche sur son nez et continue son chemin. Je reste coi devant son indifférence. Ne vient-il donc pas avec moi ? Non? Tant pis ! Je le regarde s'éloigner avant de reprendre la route à mon tour.

_____Quelques minutes après, j'arrive à la rivière. C'est un très joli point d'eau dans lequel quelques roches aiment se mirer. Le courant est modéré, ça ne devrait pas être sorcier de me baigner.
J'escalade les quelques roches qui me séparent de l'eau et me prépare à y entrer. J'avance un pied et, tout d'un coup, sens ma semelle glisser sur la mousse. Je tombe et me retrouve tête la première dans la rivière. L'eau fraîche me mord à vif, j'émerge mais le courant me pousse et je dois m'accrocher en soufflant bruyamment. Fatigué de lutter, je décide de nager jusqu'au bord, là où le courant est un peu plus calme. Je pousse sur les bras, pousse sur les jambes, force un tout petit peu... puis un peu plus... puis beaucoup, tout ça pour me rendre compte que je fais du surplace. Décidément, soit je suis vraiment malchanceux, soit cette rivière maudite refuse de me laisser avancer ! Qu'à cela ne tienne, je résiste au courant maléfique !

_____Mais alors que suis au summum de mon effort, quelque chose plonge dans la rivière à quelques centimètres de moi. Puis il y a un deuxième plongeon, un troisième, un quatrième et des petits bruits de pieds sur les rochers. Intrigué, j'observe sans comprendre d'où vient le phénomène. C'est alors que je me rappelle avoir déjà vu cela quelque part... Oui, sur la façade du Temple ! Ces choses qui me sautent dessus, ce sont des pingouins roses invisibles, ce sont... des pignoufs !
Au moment où je réalise la chose, l'un d'eux me saute dessus, pile en visant la tête. Il m'emporte sous l'eau avec lui et je dois me débattre pour remonter à la surface.
Une fois la tête hors de l'eau, je regarde autour de moi et, en me repérant  à l'onde que les pignoufs créent en se déplaçant dans la rivière, je comprends que je suis encerclé. Justement j'en aperçois un qui s'approche, je lève le bras et abats mon poing sur le malheureux. Je ne sais pas si j'ai réussi à l'assommer mais l'onde a disparu. D'autres reviennent à la charge et je sens que l'on me mord le mollet. Que ces créatures sont fourbes ! Elles savent qu'elles sont invisibles et en profitent pour attaquer sous l'eau lorsqu'on s'y attend le moins, évidemment.

_____Je nage jusqu'à un endroit plus stable en ignorant les morsures répétées des pignoufs. L'eau se colore de rouge, c'est que ça pince fort, ces bestioles ! Mais je me tiens enfin solidement et, debout avec un pied dans l'eau et l'autre sur le bord de la rivière, j'use de toutes mes forces pour frapper, attraper et envoyer valser au loin les créatures qui viennent à moi... en vain car j'ai beau essayer, je n'attrape et ne frappe rien du tout !! Malheureusement pour moi, les pignoufs arrivent par vague et tandis que certains se contentent de l'eau, d'autres sortent et attaquent sur la terre ferme en abattant leurs ailes sur moi – chose qui, là d'où je viens, semble étrange et inimaginable.

_____Et alors, comment suis-je censé faire pour me débarrasser de ces horreurs ambulantes qui me mordent, sautent sur moi et me frappent avec une force inconsidérée ? Comment font-elles pour résister alors que je tape le plus fort possible et à l'aveugle ? J'imagine qu'elles doivent être en trop grand nombre pour moi. Néanmoins, je continue de me défendre en utilisant la sensibilité de mes poings pour savoir si je touche juste. Je m'acharne sur un pignouf en particulier puisque je ne peux pas tous les toucher et, lorsque ce dernier semble être à bout de force, il change d'attaque en envoyant tourbillonner ses ailes. Je recule et sors totalement de la rivière, obligé de battre en retraite. Ma vision se trouble au fur et à mesure que mes forces m'abandonnent ; je vois rouge mais frappe encore même si je suis complètement submergé par la vitesse et la force des coups de mes adversaires qui me touchent de toute part. Cependant, je ne tarde pas à réaliser que les pignoufs sont rapidement fatigués et surtout étourdis par leur propre attaque car leur précision s'en ressent. Faut-il profiter de la situation pour frapper à mon tour ? Je le crois bien !

_____Mais alors que je rends les coups, je ne sens plus rien au bout de mes poings. Plus rien à envoyer balader, plus de coups d'ailes et j'aperçois quelques ondes qui s'éloignent de moi dans la rivière. Les pignoufs sont définitivement en train d'abandonner le combat. Je reste là, immobile et intrigué de la disparition soudaine de mes adversaires. Alors que j'essaie de comprendre la situation, une voix retentit derrière-moi :
— On voit que tu t'es jamais baigné dans la rivière, toi !
Je me retourne, seulement pour voir Enntival debout sur un rocher, me toisant à travers ses lunettes de soleil. Ses bras sont croisés, il n'a pas du tout l'air concerné par l'état dans lequel je suis. Encore tout étourdi par ma mésaventure, je m'apprête à l'accabler de reproches et à lui demander pourquoi il m'a affublé d'une mission aussi futile que dangereuse mais il ne m'attend pas pour déclarer d'un air très sérieux :
— C'était pour que tu arrêtes de me déranger.
Là c'est trop. Il s'est moqué de moi depuis le début ! Mon poing me démange étrangement...
— T'as de la visite ! coupe Enntival avant que je n'agisse.
Je me retourne et reste bouche bée : un énorme dragon est en train de faire trempette dans la rivière, éclaboussant toute la végétation alentour. Je regarde derrière-moi pour voir la réaction de mon interlocuteur mais il n'y a déjà plus personne. Enntival s'est enfui.

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Je ne savais pas que c'était impossible, alors je l'ai fait ~
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