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 Décrire pour englober

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MessageSujet: Décrire pour englober   Mar 18 Nov - 11:58

L’Atelier de Septembre-Octobre : Décrire pour englober


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_____Dans cette chambre, rien ne semblait dépasser. Les tee-shirts, les pulls, les pantalons, les culottes, les chaussettes, les robes, tout était aligné sur des portants, soigneusement rangé sur des cintres. Les livres, rangés par ordre alphabétique pour les plus récents, ordre de préférence ou encore de taille pour les plus anciens, occupaient une majeure partie de la pièce. Sur le bureau, les cahiers avaient été positionnés perpendiculairement aux coins, allant du plus petit au plus grand, et les rares stylos se tenaient tous bien droits dans le pot à crayons. Le mur était le seul élément permettant d'affirmer que cette chambre était bien habitée à plein temps, et les photos savamment disposées réchauffaient l'ambiance. Les rideaux, d'aspect rugueux, s'accordaient parfaitement aux teintes de la chambre, en harmonie avec les draps et la frise murale. Mais malgré le rangement excessif, on pouvait deviner un goût avenant pour la musique, comme le prouvaient le pupitre et la flûte, remisés dans un coin, et la lecture. Seuls objets n'étant pas 'classés', l'ordinateur et le roman, sans doute en cours de lecture, dénotaient dans cette ensemble trop parfait, digne de la couverture d'un magazine de décoration d'intérieur. S'il arrivait parfois que l'on ne fasse pas son lit le matin, elle s'empressait de remettre chaque pli à sa place dès son retour.
Loulounette



~


_____Il y avait les montagnes de désordre qui se dressaient effrontément sur mon bureau, sculptées par le temps et la précipitation, creusées par les avalanches, tassées par le rangement. Leur ossature n’était pas de basalte mais de graphite lové au cœur des crayons, de pierre ponce qui donne corps aux gommes, d’acier aiguisé des ciseaux. On y trouvait, pêle-mêle, carte de bus, taille-crayon, enchevêtré en vrac, câble USB, équerre, en imbroglio chaotique compas et chargeur de portable.
_____Et il y avait les montagnes. Les vraies, géants millénaires, immensités immortelles qui se dressaient devant moi sans pourtant parvenir à briser la mince pellicule de verre qui nous séparait.

_____Il y avait les arbres policés et rectangulaires qui donnaient forme à mon bureau. De leur vie passée ne subsistait que le parcours sinueux de nervures fragiles. En les suivant du doigt on se laissait surprendre par la brutalité du néant rectiligne que l’homme y avait imprimé.
_____Et il y avait les arbres, qui, dehors, dévalaient les montagnes comme une armée silencieuse. Rien ni personne ne pouvait les arrêter. Pourtant, tout entier dressés vers leurs cimes, ignorant les bassesses du béton qui m’emmurait, ils n’entendaient pas mes appels au secours.

_____Il y avait les feuilles, vierges, quadrillées, couvertes de gribouillis insignifiants, déchirées, couvertes d’autres gribouillis sans plus de sens, roulées en boule et jetées dans un coin. Il y avait les feuilles administratives, les formulaires épais, terrifiants, les feuilles de route et les feuilles de dessins fantaisistes, les feuilles à jeter et celles qu’il fallait rendre pour demain.
_____Et il y avait les feuilles, effrontément vertes et pimpantes qui se laissaient porter par le vent sans avoir à se soucier, elles, du temps qui passe et de celui qui ne passe pas. Les feuilles qui se laissaient bercer par la brise, loin, très loin de la rigidité implacable d’un bureau.
Artimeus



~


_____Autour de la table ronde en bois, usée par le temps et marquée de zébrures involontaires, quatre chaises, placées de manière irrégulière, montaient la garde dans une longue veille monotone. Vu d'en haut, ce plan de travail circulaire pouvait se diviser en quarts inégaux. Sur le premier quart reposait un épais bottin rectangulaire recouvert d'un tissu opaque, qui servait autrefois de rehausseur aux enfants maintenant grands. A droite du vieil annuaire inutile était posée, en suspens, une lampe de bureau à l'abat-jour longiligne et aux formes tremblantes dont le câble, débranché, avait été enroulé autour du cou. Toujours dans le sens des aiguilles d'une montre, le troisième quart de la table disparaissait sous un amas de sacs vides et inutilisés, qui avaient échoué et gisaient là depuis des années. Par-dessus cet empilement approximatif, une grande mallette, éventrée, ouvrait sa gueule béante dans un dégoulinement figé. Le dernier quart était consacré à l'ordinateur qui, au centre, tentait d'immortaliser ce guéridon désert.
Julie



~


_____Le bureau avait dû insidieusement passer du "bordel agréable" au "bordel bordélique" pour se retrouver dans cet état-là.

_____Un ordinateur fièrement ouvert au milieu dominait l'ensemble, dont la lumière bleutée de l'écran éblouissait ; juste à sa gauche, un cahier à la couverture violette tentait de garder le dessus sur des feuilles de brouillons, de définitions ou de vocabulaire, et parvenait tant bien que mal à garder sa leçon visible et lisible, écrasant pour cela sans pitié le dessin d'une tête de cheval qui se détruisait peu à peu, faute d'un produit pour immobiliser le trait dessiné rapidement, ainsi qu'un classeur vert dont quelques feuilles indisciplinées dépassaient. On ne pouvait distinguer qu'ensuite le disque dur noir qui émergeait vaguement dans le fatras, les feuilles de papier millimétré, l'otipax, le feutre orange, l'attache pour la carte de bus, le tas de pièces de un ou deux centimes, le livre de théâtre, et enfin, avec juste un coin de la couverture qui apparaissaient sous des pages d'anglais, le documentaire "La vérité sur la viande".

_____Si l'on s'attardait encore, on pouvait comprendre que le minuscule bout noir qui apparaissait juste au-dessus du livre n'était pas l'ombre de deux feuilles mais un coin d'un portable, relié à l'ordinateur par un câble vert qui passait au-dessus d'un bic noir sans bouchon. Ce câble était branché à une prise USB de l'ordinateur portable blanc, voisin de la prise du fil blanc d'un casque qui était utilisé. Juste à côté, une souris noire attendait patiemment son tour en se reposant sur une feuille à grands carreaux plié en deux et à moitié écrasé sous l'ordinateur, improvisé tapis de souris. Les feuilles blanches, sur lesquels on distinguaient des lettres imprimées dont le langage était dur à discerner -anglais encore ?-, auraient pourtant pu faire un meilleur tapis de souris, mais elles étaient, avec un paréo, coincées sous une pochette noire d'ordinateur, lui-même écrasé sous un roman et un agenda, position qui faisait se dresser d'indignation la protection d'écran blanche coincée entre les deux.

_____Une fois passé en revue tous les éléments du bureau, l'erreur était de se retourner. Car alors... on survolait une bibliothèque, un lit, quelques cahiers et manuels dispersés au pied de ce dernier, deux Cheval Pratique et une lampe posée sur un bureau, pour se retrouver face à un autre bureau, croulant sous divers manuels scolaires, classeurs, parfois cahier ou pochettes, feuilles volantes ou magasines. Et on se rappelait le terme de "bordel agréable" du début.
Modjita



~


_____Entourée de quelques nuages blancs, la pleine lune s’élève et englobe le port de son manteau d’argent. De grandes ombres se dessinent. Il y en a trois en arrière-plan, percées chacune de quarante-huit trous de lumières, fenêtres jaunes donnant sur une autre vie. La ville est grande. Il y a des gratte-ciels, de puissants buildings des immeubles par milliers. Tout est grouillant, dense, présent avec un calme froid et figé, immobile. Il est seul. Il s’avance lentement sur sa petite barque. Il est debout, à l’arrière, s’appuyant sur le long morceau de bois qui lui sert à progresser. Il porte un chapeau de paille qui dissimule ses traits et accentue encore l’obscurité de la nuit. Devant lui un immense voilier rouge ressort des ténèbres en créant des vaguelettes, son ombre fantomatique se reflétant silencieusement sur les eaux du port de Hong Kong. Et alors, il pense.

_____Autour d’eux, l’univers. Une éternité d’étoiles jaunes et bleues, vertes et marron, plongées dans l’infinitude d’un fond blanc parsemé de cartes postales, d’autocollant, de photographies et d’un album de Tahigo. À gauche de l’interrupteur un dessin tentaculaire et sans queue ni tête qui semble courir et voler, une armée de post-it qui défile en rangs serrés, un porte-clefs Tom&Jerry qui pend tristement de la serrure, une poignée de porte qui supplie « Ouvre-moi ! », le tout sur un fond bleu monochrome condamnant les sombres secrets d’un placard poussiéreux. En bas un oreiller, ou peut-être une serviette, une couverture. Un boudin une bouche avec une bave verte et des dents visqueuses grouillant à même le sol, rampant désespérément à la recherche de ceux qui pourront les soulager. Mais ce sont les yeux aveugles et froids de la prise électrique qui sont les plus terrifiants. Sa tête est carrée, parfaitement d’équerre. Son visage est un cercle sans défaut, ombragé quelques fois par la lumière descendante des feux du matin. Il est seul, il est triste, il ne peut parler. Au milieu de son front une épine argentée.

_____Bien sûr, le lit. Un bois massif, simple et rectangulaire qui soutient un matelas encombré de couvertures déformées, repliées, ondulées. Le parquet blanc est jonché de feuilles de papiers. Copies simples feuilles de brouillons, polycopiés agrafés déchets à recycler. Feuilles transparentes, aussi. Et puis des tâches. Bizarres. Nul ne sait ce qu’elles sont n’y d’où elles viennent. Ce qu’elles deviendront ni où elles iront. Quel avenir pour ces tâches ? Café renversé ou chocolat au lait, rayures sur le parquet traces noires laissées par les chaises. Toutes s’en iront. Certaines reviendront. C’est ainsi. À même le sol vivent également un magasine publicitaire ventant les mérites de Télécom Paris Tech, un petit sac rose Vicomte A. qui a été offert à Anne-Sophie pour Noël, un effaceur, le N version XXL de Welcome Anaël et la deuxième partie de la carte des alentours de la Ville Imprenable. Entre les fils électriques et si vous cherchez vraiment bien, vous trouverez peut-être mes chaussons. Si vous cherchez.

_____À gauche du lit, cachée par le conduit vert de la cheminée, une invisible bibliothèque trônant dans un recoin minuscule. Des livres des bandes dessinées, des tiroirs vides ou abandonnés, des essais de philosophie. Des ouvrages alignés sur la verticale ou l’horizontale. Des choses qui ne seront plus jamais lues ni ouvertes. Délaissées là, oubliées de tous, elles existent. Prennent la poussière en silence sur leurs étagères, attendant patiemment le jour de leur retour triomphal dans l’attention du lecteur qui un temps pourtant les avait aimées.

_____Sur les murs il y a des posters, des affiches d’album des souvenirs de voyage, des dessins des croix gammées, des citations un calendrier, une enveloppe un album de Marie-Mai. Sur la fenêtre un panda collé sourit à Cavendish Timothée.

_____Mais outre le school bus qui traîne sur le rebord à côté de l’insigne de mon ancien lycée, outre la serviette froissée dont personne ne sait ce qu’elle pourrait bien faire là et la boîte de nettoyants optique inutilisée depuis l’an deux mille, il y a cette fenêtre. Et les années passées à la contempler. Car derrière, il y a le monde. Le soleil qui se couche et se lève. Les collines et les forêts, les arbres les jardins les enfants qui courent et qui jouent, les balançoires les sapins les trottoirs les gamins, les rues et les parkings, les habitations et les maisons, les bâches vertes et le cours des saisons.

_____Sur la commode au pied du conduit se trouve une sautillante armée de minions, un effaceur bleu, un bout de carte des alentours de la Ville Imprenable enseveli sous des feuilles de notes et d’idées d’histoire, d’ébauches de scénarios gribouillis quand il est tard. Des cahiers de brouillons de notes et des carnets. Des recueils de rimes de réflexions et d’idées. Une autre boîte de nettoyants optiques. Sous un cahier un jeu échecs qui lui-même écrase une revue un article de science deux cahiers vingt-et-un/vingt-neuf sept une pile de papiers. On peut voir qui dépasse le bout d’une règle bleue avec marqué « Thomas » dessus. Sa fête est le trois juillet. Peut-être un ami d’Anne-Sophie… Sur le recueil de rimes la carte européenne d’assurance maladie. Le tout recouvert de la pochette de mon ordinateur portable. Et puis, à côté, occupant le dernier centimètre carré de cette commode surpeuplée, deux jeux de cartes qui écrasent un marque-pages « matière recyclée ».

_____Au milieu de la chambre, il y a une table avec une chaise. Et sur cette table, un bordel indescriptible à côté duquel la petite commode ressemble plus à la chambre de Loulounette qu’à quelque chose de mal rangé. Parce que dans cette chambre grouillante d’histoire, sur cette table et sur mon bureau, au cours d’un long processus de sédimentation s’opérant au fil des siècles, des couches géologiques se sont déposées. Un docteur en archéologie pourrait dater les objets en fonction de leur profondeur. Par exemple, le livre de grammaire que vous ne voyez pas parce qu’il est sous mon classeur de physique de l’année dernière, il date de mon année de sup. Si vous regardez bien, il y a deux piles de papier qui débordent de sous le classeur. Ce sont les exercices à faire pendant les vacances, et l’énoncé de mon dernier DS de maths. Sur mon cahier de khôlles que je tenais l’an dernier se trouve mon deuxième trieur, lui-même enterré sous un amoncellement de feuilles d’exercices et de planches d’oraux, avec dessus une copie double, séquelle du devoir maison que j’ai fini la veille. Il y a bien sûr des stylos des feutres des cartouches, un compas des marqueurs, des effaceurs, des crayons un dictionnaire bilingue de poche, des stabilos un tube de colle des post-it pratiques pour repérer le début d’un nouveau chapitre dans un classeur, la boîte du compas, deux autres paquets de post-it pratiques, le bout de carton dont l’un d’entre eux est issu, une paire de ciseaux, mon téléphone portable, un truc pour faire des trous sur les feuilles et comme ça on peut les mettre dans un classeur et des bouchons de stylos qui traînent un peu partout.

_____Sur les devoirs d’informatiques donnés à l’X, à côté du livre de grammaire que vous ne voyez pas parce qu’il y a mon classeur de physique dessus, il y a un bouquin d’informatique pour tous sur lequel se trouve mon dixième cahier de maths. Mais vous ne voyez rien de tout ceci car par-dessus se trouve mon premier trieur, lui-même caché par un aide-mémoire Caml. Au milieu de la table, il y a mon classeur de physique de cette année, un bloc-notes et une chemise à papiers. Sur le classeur de physique qui est ouvert parce que je suis censé réviser le DS de la rentrée, à l’intérieur, donc, il y a un cahier marron avec marqué « dp/dz=ρg » dessus, et une feuille de brouillon avec des calculs de moments cinétiques. Le classeur ouvert s’appuie sur mon classeur de maths sur lequel se trouve ma trousse éventrée dont le contenu s’est éparpillé un peu partout. Du classeur de maths, nettement moins garni que le classeur de physique, on peut voir dépasser une énième pile de feuilles et une pochette transparente, chose très habituelle au final. Au coin à gauche, il y a bien sûr des piles de feuilles, mais aussi et surtout des polycopiés intitulés « Thermochimie du premier principe », à moitié dissimulés par mon douzième cahier de maths ainsi qu’une feuille d’exercice sur les groupes. Il y a dans le coin une boite à lunettes et un appareil photo, et si vous creusez un peu vous trouverez peut-être la source de toutes ces pochettes transparentes.

_____Mais le plus important dans tout ça c’est peut-être mon réveil. Même s’il y a marqué 6 :30 dessus et que j’aurais préféré que ça soit 10:30, j’y tiens beaucoup, à ce réveil. C’est lui qui m’a accompagné durant toutes ces journées de travail, m’encourageant silencieusement au fil des heures. C’est à travers lui que j’ai vu les journées défiler, moi, qui étudiais là au milieu de ce foutoir, j’y avais un point de repère : l’heure qui tourne, dernier ancrage avec la réalité d’aujourd’hui. Et ce réveil qui m’accompagne depuis trois ans déjà, trois ans de labeur à travailler d’arrache-pied sur cette même table, j’aime le consulter pour savoir l’heure, avoir une mesure de mon accomplissement. C’est comme ça.

_____Vous pensez peut-être que ma chambre est mal rangée ? Vous n’avez pas vu mon bureau.
Anaël



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_____ S’asseoir devant ce bureau revient à en être prisonnier, car nos sens sont éblouis par les éboulis à l’aise de matières et de curiosités.

_____ Sur les rebords arrondis, nos doigts glissent au gré du vernis. Très vite sont-ils arrêtés par une foule armée de papiers décoiffés, froissés ou rangés, pointus et coupants. Fort d’une expérience désagréable, il est peu recommandé de s’y frotter. La main est alors entraînée vers des asiles plus hospitaliers : la douce âpreté d’un chiffon à nuage, l’irrégularité des touches d’une calculette, la rondeur des anneaux d’un classeur et la chaleur d’une ampoule à économie d’énergie.

_____ Si l’on pouvait s’élever dans les airs, on observerait de haut, comme sur un planisphère, les contours floutés par la poussière. On considérerait le miroir de verre comme l’océan et alors il serait facile de reconnaître, des îlots et leurs continents. Le premier dressé au Nord-Centre est, de tous les massifs, le plus élevé. Construite par empilements successifs de disques et de cassettes accumulées là à portée de ciel, cette montagne s’adosse par son flanc ouest à une robuste bouteille dont le sommet, blanchi comme de la neige est chapeauté d’un volant. Un cadran ouvert sur les marais la relie à la colline, sa voisine du Nord-Est, penchée au-dessus de la falaise marquant la fin du monde. De consistance très proche du premier, ce continent est fondé sur une base de vinyles s’élevant en CDs jusqu’à mi-hauteur des plus hautes chaînes montagneuses et finit en tête de boîte en papier. Le reste du bureau, en relief est peu fourni : Quelques lacs d’équerres, des icebergs pots-à-crayons, deux antennes tubes-de-colle, et une sculpture métallique en forme de Suède. La lampe, dont la tête est penchée avec fatigue, ressemble au soleil luisant aux bords des tropiques du cancer. Au total, six continents, dispersés aux quatre points cardinaux, profitent de ses bienfaits. Sur leur matière quadrillée ont poussé des exercices, des équations et des champs dont le maïs est dissertation. Le dernier et sixième continent, dont les frontières frôlent le cercle polaire au Nord-Ouest, est de tous le moins éclairé : son allure de radeau abrite les objets dont on ne veut pas se débarrasser ou qu’on se promet de jeter. En somme, les déchets oubliés. Enfin, les terres du Sud, souvent balayées par un vent musculaire, n’ont pas de place constante : c’est ce qui donne sens au terme « tectonique des plaques ».

_____ Si l'on avait pu réduire notre taille à l'échelle de ce monde, on aurait pu s'assoir sur le corps fantomatique d'une trousse sondant en bon iceberg les fonds océaniques. Celle-ci dont les effluves d’encres amers charrient le goût métallique des mines de stylos à billes deviendrait alors centre de curiosité. L’odeur de plumes, apaisante, se distinguerait de celle, synthétique, des quinze stabilos de couleurs conservés en boite. A ceci s’ajouterait l’arôme mat de la colle et l’indéfinissable parfum des pelures de crayon. Cependant, le plus étonnant en inspiration serait le contenu de la petite boîte de porcelaine située, à vu de nez, au plus éloigné de l’odorateur. Mélange de terre portugaise et de grains de pastel, il suffirait de passer son museau au-dessus pour éternuer comme s’il avait été question de renifler le chiffon à poussière.

_____ C’est peut-être par un bruyant éternuement que vous auriez pu briser le silence retenu de ce bureau. Quelle que soit sa composition, et la manière dont il est arrangé, le cinquième sens ne peut se manifester qu’en votre présence. Fermez les yeux et écoutez : le frôlement agité d’une feuille, l’immuabilité stridente d’un ultra-son, le cliquetis d’un walkman faisant marche arrière, le criquettement d’un morceau de scotch qu’on étire et le rythme paisible de votre respiration.
Zois’O



~


_____Sur le bureau blanc usé par le temps figuraient des graffitis, vieilles cicatrices laissées par les nuits d'ennui et d'insomnie, quelques taches de peintures ou d'encre colorée que le bois avait fini par épouser. Abandonnées négligemment, quelques feuilles auxquelles la caresse du crayon avait donné vie attendaient patiemment d'être à nouveau l'objet d'une attention. Dans un coin, une pile de romans prenaient la poussière, écartelés par les marque-page et abîmés par la lecture excessive. Le premier livre de la pile, à la couverture bleue et dont le titre était écrit en cyrillique, s’était couvert de poussière après un mois d’absence de sa propriétaire.

_____A côté, un tas de lettres en désordre formait un impressionnant tapis multicolore. Enveloppes bleues, blanches, oranges et rouges côtoyaient papier de soie émeraude et cartes postales pour créer un amas de souvenir. Inutile de voyager ; la simple lecture d’une lettre ou d’une carte postale suffisait à amener à soi un fragment du monde : Paris, New York, Moscou, Hawaï, Londres, Barcelone, Berlin, Tokyo, en passant par Vantaa et les petites villes de France. Le tout était surplombé de trois photos. La première représentait deux vieux amis, un garçon aux cheveux châtains et une petite fille à la robe blanche, tous deux assis dans un arbre. La deuxième, beaucoup plus grande, laissait entrevoir une trentaine d’amis qui étaient partis ensemble en vacances dans la Ville aux Belles Etoiles. Enfin, la dernière, déchirée dans les coins, représentait deux jeunes punks, une jeune femme à l’air assuré et une autre beaucoup plus timide, souvenir d’une vieille histoire berlinoise.

_____A droite du bureau, adossés au mur, deux vinyles se dressaient comme pour s’élever du joyeux bazar qui s’étendait à leurs pieds. Leurs pochettes, toutes deux bariolées et sur lesquelles figuraient encore le prix en livre sterling, étaient constellées des signatures des membres de leurs groupes rencontrés un soir au détour d’un bar du Camden Town de Londres. Pour les accompagner, un tourne-disque plutôt neuf mais déjà utilisé à l’excès attendait d’être réutilisé ou emprunté par une cousine complice. Glissé à côté, un papier officiel usé réclamait le titre de Prima Ballerina tandis que près de lui, un vieux CV de danseuse venait mourir dans le vide qui le jouxtait.

_____Comme un serpent discret, un ruban rose cheminait sur le bazar ambulant et dominait le tout. En le suivant, on arrivait à une vieille paire de chaussons de danse dont l’usure laissait voir la résine des pointes. Le satin couleur saumon, brûlé par les pirouettes et abîmé par les glissades, avait été retiré puis recousu pour plus d’accroche puis s’était déchiré par lui-même. Le bout des chaussons, recouvert de sang, avait laissé une traînée de colophane toxique que personne n’avait osé nettoyer. Une des semelles, qui portait les sutures de la couture rapide et nerveuse des danseuses, s’était mollement détachée comme si elle voulait signifier son abandon, donnant davantage aux chaussons l’apparence d’un cadavre décharné que le temps décomposait malheureusement sur place.

_____A côté, une boîte ouverte laissait entrevoir quelques bobines de fils roses, blancs et noirs, accompagnées d’aiguilles bien luisantes et d’un dé à coudre. Le couvercle de la boite, qui ne fermait plus depuis longtemps car le mécanisme s’était déformé au fil de ses voyages dans un sac, supportait le poids d’un couteau à la lame fine mais précise qui servait plus à déchirer les fils et les cuirs qu’à se défendre des jeunes femmes malencontreuses qui venaient attaquer la loge de la première danseuse. Bien utilisée, la lame pouvait découper les semelles les plus fines et les satins les plus fragiles.

_____Enfin, un briquet rouge dérobé à Berlin et sur lequel figurait le proverbe « Es ist nicht alles Gold, was glänzt » (« Tout ce qui brille n’est pas or ») achevait d’apporter la dernière touche vive à la guerre que semblaient se livrer les objets sur les quelques centimètres de vide qui restaient sur le bureau.
Elisheba



~


_____Bien que ce fût un après-midi, la pièce était déjà parcourue par une triste obscurité due à un ciel gris et menaçant. Sur une étagère était posée une lampe puissante éclairant un coin du lit, mais celle-ci ne constituait pas la seule source de lumière. Avaient en effet été posées sur le sol trois bougies, dont une qui s’était éteinte de fatigue – peut-être fallait-il d’ailleurs songer à les ramasser avant que quelqu’un n’eut ouvert la porte, renversant ainsi les petites flammes qui se seraient propagées, brulant alors tout le sol fait de bois. Pour cela, il aurait bien évidemment fallu que la larve humaine occupant cette chambre eut trouvé la foi de quitter son lit, ce qui aurait constitué une espèce de phénomène exceptionnel et miraculeux. Cette larve n’avait toujours pas défait son sac de voyage qui, depuis trois jours, trainait par terre, et en plein milieu de la pièce qui plus est afin d'éviter qu’elle n’oublie de le faire. A côté de cette valise, on trouvait des cahiers et feuilles ayant été abandonnés après avoir demandé un effort intellectuel qui, bien que minime, dépassait les capacités cérébrales d’une jeune fille ayant bien trop peu dormi la nuit dernière.

_____Sur les étagères d’à côté étaient délicatement posées, au milieu d’un bazar innommable, une photo noire et blanche, souvenir d’une journée ensoleillée d’un bel d’automne, une autre floue sur laquelle on discernait le mouvement courbé de deux robes de la Renaissance se relevant brusquement, puis une de deux jeunes adultes un peu bêtas que l’on aurait internés à cause de leurs grimaces dans un ancien temps.

_____Le manque de luminosité était également dû aux murs, certes à l’origine blancs, mais qui avaient été recouverts depuis de tout plein de fouillis ; par là quelques cartes postales provenant des quatre coins du globe, par ici des jolies enveloppes ne méritant certainement pas d’être enfermées dans des tiroirs étroits et surchargés, un peu plus loin, des articles découpés dans des magazines et ayant été la cause d’une crise de nerfs du frangin, et surtout des photos entremêlées sur un tableau de liège, jolies petites captures de moments passés.

En dessous de ce tableau se dressait un bureau si bordélique que sa description donnerait le tournis à quiconque la lirait. Pour ordre idée, il était en pire état que le lit. Celui-ci avait été noyé sous un mélange de crayons, papiers, magazine rendant hommage à deux trois artistes, hérisson en peluche, texte à apprendre à propos du conflit Israélo-Palestinien, tablatures d’un groupe dont le nom porte à confusion et magnifique guitare qui poussait trop souvent notre larve humaine à procrastiner.
Fred



~


_____Mon bureau vient d’être rangé, mais il est loin d’être parfait. Je collectionne feuilles, papiers et désordre complet : le pot à crayons est plein et contient une multitude de stylos multicolores. Tous semblent me regarder fièrement et n’attendent qu’à être utilisés. Alors, en attendant, ils séjournent sagement dans l’espoir de mon retour. Parmi le bazar ambiant, on y retrouve tout et n’importe quoi : de la poussière, des chiquettes de papier que le temps a abandonné, quelques gadgets stupides. J’ai une boite de Ferrero rochet que j’ai rempli d’autres stupidités. Elle est pleine à craquer et contient aussi bien des fournitures de bureau que des petits souvenirs précieux comme inutiles. Mes clés USB traînent partout. Il y en a dans la boite ou à côté de la boite. Je passe mon temps à les chercher, guère de quoi s’étonner. Sur la boite, il y a deux rouleaux de scotch, dont un qui est totalement fini, mais que je laisse là, sans me préoccuper de sa présence pourtant néfaste. Puis, il y a cette petite gomme rose en forme de chien que j’ai acheté au marché de Noël en Allemagne. Enfin, mon appareil photo, parce qu’il doit y avoir la place, est posé là.

_____Il y a cette boîte que j’utilise pour ranger mes bijoux et sur laquelle se trouve un petit chat en savon imprégné de particules de poussière collantes. (hé oui) Juste à côté, sur l’une de mes enceintes, un galet marqué d’une étoile de mer n’a pas bougé depuis dix ans ! Et puis, ces quelques boites que voilà renferment un peu de parfum. Mais l’objet fétiche que je préfère n’est autre que ce calendrier de bureau qui m’offre, chaque jour une nouvelle image, une nouvelle citation que je partage parfois. Pour terminer, au bout de mon bureau se trouvent tout une panoplie d’objets plus encombrants que superflus : gel hydroalcoolique, mousse coiffante et gants en latex (J’ignore qui a mis ça là, il y a aujourd’hui trois années lumières) Et il y a le reste, éparpillé un peu partout sans ordre ni fonction, ma boite de lunettes (sans les lunettes) se fond dans la masse, parmi les boites de médicaments et les échantillons divers à moitié consommés. À ma gauche, quelques magazines y ont trouvé leur place et masquent sans regrets la paperasse du dessous, une trousse mobile est pleine à craquer, en dessous de mon sous-main gisent montagnes russes de papier et voilà que ce foutu mini mars revient encore à moi et qui, depuis plus d’un mois, déjà, ne demande qu’à être consommé. Là, juste devant moi, une brochure est ouverte à la page 28 et me nargue à l’idée de la lire. Enfin, mon bureau me supplie de le ranger encore, mais c’est plus fort que moi, je n’aime pas ce qui est rangé !

_____Si je tourne la tête, la bibliothèque me fait face. En accord avec sa fonction, elle est remplie de livres de toutes catégories et de toutes les couleurs. Tout en bas, les classiques tombent les uns sur les autres, tandis que l’étage du dessus semble bien plus à l’aise, bien que fort compressé. Il semblerait entendre les livres scolaires hurler à mes oreilles de les sortir de là tant l’étouffement est fort, tant ils aimeraient prendre l’air de temps en temps. Mais, rien à faire, cet alignement parfait m’apparaît comme la plus belle chose qui soit. Le troisième étage est plutôt particulier, mes cahiers et livres de cours y sont chez eux et regrettent de n’y rester si peu. (Ils ne sont pas les seuls !) Les voisins du dessus sont plutôt mécontents, les magazines s’aplatissent les uns sur les autres tandis que les livres de poche ne trouvent plus de place et sont près à dégringoler, emportés par la loi de la gravité. Au-dessus, pourtant, ces livres enfantins sont bien contents d’y être. Tout colorés et vivants, ils arpentent une modestie parfaite dans leur assortiment. Un peu plus haut encore, les Tom-Tom et Nana s’adorent. Ce sont eux les plus grands, les plus imposants. On y voit quelques séries incomplètes, parfois même des intrus gênés d’y être. Enfin, tout en haut, si bien que je suis obligée de lever la tête, les plus grands livres du monde se dressent. Le dictionnaire est le plus robuste et les autres sont au régime. Loin d’être parfaits, ils tiennent de manières précaires et ont besoin des uns et des autres pour se soutenir. C’est comme dans la vie en fait. Comme ce bureau qui ne veut rien dire, mais qui n’est autre que mon bureau, autre que moi qui y passe des heures durant sans chercher à comprendre, sans plus me poser de questions, car celui que je viendrai à remplacer ne connaîtra que ce même désordre et cette même disparité.
Dreamland



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