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 Une échappée [Titre provisoire]

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Anaël
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Jeu 6 Aoû - 12:56

_____Hey, tu es encore là =D ! Youhou \o/. Alors j'étais persuadé que tu parlais de l'assiette XD ! Bon, sois plus claire ! Ahhhhh, les comparaisons s'appliquaient à l'odeuuur !! Oh, je n'avais pas compris x). Non, mais fais ce que tu veux ! C'est juste qu'il y avait soudainement une forte concentration de comparaisons et du coup je me suis dit qu'on pouvait en mettre une au paprika et une autre à l'odeur : redistribution des ressources =D. Mais après fais juste ce qui te semble être le plus naturel : ).

Eli a écrit:
Ah oui mais si tu me demandes de faire ça, je vais te faire un truc carrément cru à la limite du Despentes xD Je vais essayer.

_____Ben, ce n'était qu'une suggestion et je préfère rien plutôt que quelque chose de cru et d'artificiel : si ça ne vient pas de toi ce n'est pas la peine. J'ai cité ces deux phrases comme exemple parce qu'elles me semblaient particulièrement creuses. Enfin, pas creuses : orphelines, délaissées, abandonnées. Pauvres phrases. Mais bon, comme tu dis : tu n'es pas obligée de tout développer sinon on ne s'en sort pas ^^.

_____Bref, bon courage et merci de tes efforts =) !!

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Anaël
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Mer 12 Aoû - 15:43

_____Bon, tant que j'y suis : suite et fin de notre périple à Paris !! Et oui, mesdemoiselles (et messieurs, si vous nous rejoignez), l'échappée arrive enfin à son terme... ou presque. Il ne reste plus que le final ! C'était devenu une blague, c'était devenu un symbole, mais peut-être que, grâce à vous, nous arriverons au bout. Voici les instructions pour la chute :

_____Nos deux personnages sont dans le train après leur week-end à Paris. Toutes les contraintes liées à la nouvelles sont annulées. En particulier, je vous encourage à utiliser des dialogues et à donner une identité et un physique à nos deux compères. (Ces derniers ne doivent pas être atypiques.)

_____Attention, Il ne s’agit pas de présenter les personnages : on les connait déjà. Ce qui était interdit était d'évoquer un détail physique comme la longueur ou la couleur des cheveux. Maintenant c'est encouragé.

_____Le but est de contraster avec le reste de la nouvelle en présentant une scène que l’on pourrait trouver dans n’importe quel roman : Il n’y aura plus de réflexion du narrateur, la focalisation sera externe et les descriptions impersonnelles, courtes et objectives. La seule chose qui subsiste est le narrateur interne donc la présence de tu et de je (les prénoms n’apparaîtront que dans les dialogues). Du coup, je ne veux plus rien d’extraordinaire : c’est le règne du banal, du trivial et des tracas de la vie quotidienne qui nous rattrapent.

_____Dans l’idée, ce n’est pas très grave si tout est vide et qu’il ne se passe rien : regarder le paysage défiler, échanger quelques phrases fausses sur le week-end ou la suite, n’importe quoi… Je vous laisse inventer ! =)

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Modjita
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Sam 15 Aoû - 18:18

C'est stressant de proposer la fin (mais j'aime bien que ça soit des personnages apparemment banaux, donc voilà.)
Je me croyais inspirée mais je me suis vite rendue compte que je n'avais rien à dire, donc donc... Dis-moi pourquoi ce paragraphe sera débile =D


Places 32 et 33 ; nous y voilà. On est sur la même rangée, j'ai la place près de la fenêtre et toi celle côté couloir. Sur le quai une femme court, valise à la main, pour attraper le train ; tu te lèves -Vous voulez de l'aide pour monter madame ? Elle accepte et sourit, tes cheveux bruns frôlent tes joues quand tu te penches pour saisir la poignée. Tu as à peine le temps de te rasseoir que le train part. Je bâille.
-Tu veux qu'on s'achète à manger au wagon, pour pouvoir se coucher en arrivant ?
-Arrête de t'inquiéter Camille, de toute façons il y a un reste de riz au frigo.
Tu soupires en levant au ciel tes yeux noirs. Je réprime un rire et m'appuie contre la vitre, les mains au chaud dans un sweat gris. Dehors les immeubles ont laissé place à des pavillons, dans un jardin un groupe de gamins joue au foot et plus loin deux hommes se baladent. Le ciel est bleu et blanc ; un nuage à la forme d'un mouton, j'essaye de te le montrer mais tu as déjà fermé les yeux. Tu as gardé ton sac sur les genoux et tu as les mains posées dessus ; tu bouges un peu, ta tête penche à gauche.
Je sors un roman policier de mon sac, me cale dans mon siège et l'ouvre au marque-page. Encore deux heures jusqu'à Nantes.

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Fred
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Dim 16 Aoû - 3:15

"Ah purée !
- Qu'est-ce qu'il y a encore ? tu marmonnes en te redressant.
- Rien, rien, j'ai fait tomber mon marque-page sous mon siège. Je t'ai réveillé ?
- Non t'inquiète, je n'arrive jamais à dormir dans les trains de toute façon." Tu décales ton genou le temps que je ramasse mon marque-page.
"En fait il est de ton côté, tu peux essayer de le prendre s'il-te-plait ?
- Mmh.. Tiens.
- Merci."
Je me remets à lire. Comme à ton habitude quand tu t'ennuies, tu retournes le livre pour lire la quatrième de couverture.
"Eh mais je l'ai lu ce bouquin ! Tu vas voir la fin, c'est n'importe quoi.
- Mais t'es pas possible, je veux rien savoir !"
Tu prends un air satisfait, content d'avoir éveillé ma curiosité.
"Mmh Camille...
- Ouais ?
- Est-ce que c'est l'épicier, l'ombre que le témoin a vue ?
- Tu veux vraiment savoir ? Vraiment ?
- Oui.. Non. Oui ! Non. On l'apprend vite ou pas ?
- Ca dépend, t'en es où ?
- Page 74.
- Gné dans l'histoire, j'ai pas appris les pages par coeur !
- Ah pardon. Ben le policier vient d'interroger le témoin.
- Oh t'as le temps avant de savoir alors !"
Tu arbores un grand-sourire, l'air de dire héhé moi je sais. Je soupire.
"Dur dilemme hein ? Bon je te laisse lire, faut que j'aille aux toilettes."
Tu te lèves. Je ferme mon livre à cause de la migraine qui commence à venir, me demandant toujours si l'épicier est coupable. Je regarde les paysages défiler par la fenêtre en rêvassant. Tu reviens.
"Ben alors, tu veux pas savoir qui c'était cette fameuse ombre ?"
Je te lance un regard noir et tu t'affales sur moi pour réessayer de dormir. Je continue d'observer dehors pendant une, cinq, dix minutes et puis mince, de toute façon je n'ai jamais su supporter le suspens.
"Camille ?
- Mmh quoi ?
- Tu peux juste me dire si c'est l'épicier ?"

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J'prends ma canne à garder la pêche pour attraper des poissons clowns
Et des casquettes ratons-laveurs, et toutes mes chaussettes assez cools
Des bretzels peace and love et mes patins à glace à la vanille
Des visas à vie pour des paysages sans vis-à-vis


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Modjita
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Dim 16 Aoû - 3:37

ON VA Y ARRIVER LES GARS !



Suite à la faille pas spatio-temporelle du forum, je ne peux ni vous mettre un smiley de chiottes que vous ne verrez pas ni vous préciser derrière qu'il y a un smiley de chiottes que vous ne pouvez pas voir.

DOMMAAAAGE

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Anaël
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Lun 17 Aoû - 14:30

_____Bon alors, plein de choses à dire, la première : Vous être trop chouuuuu les fiiiiilles !! Bref. Je suis vraiment tout ému de voir que notre échappée va enfin se terminer, merci à toutes pour avoir participé, c'était vraiment génial =D ! Bref.

_____Franchement, le final n'est pas un exercice facile et il n'y a pas de ligne directrice donc c'est vraiment difficile de trouver des idées... surtout qu'une focalisation externe c'est quoi, au final ? Eh bien... Je dirais que c'est comme si tu voyais la scène de l'extérieur. Tu dis "je" mais tu n'es pas dans ton corps et tu n'as aucune idée de ce qu'il se passe dans ta tête. Concrètement, c'est rapporter les faits et gestes sans nécessairement les interpréter, le point de vue de la caméra. Je voulais aussi effacer le narrateur pour vraiment contraster avec le reste où il était omniprésent... Chercher un style épuré où les descriptions sont vraiment minimalistes et là, Fred l'immortelle revient parmi les siens. Le dialogue. Quoi de mieux pour contraster avec un texte où le discours direct était proscrit ? Aller, ça me plait bien tout ça, on peut en faire quelque chose : ) !

_____Donc, déjà, le texte de Modjita. Je pense que tu n'as pas assez bien effacé la présence du narrateur et puis. Laisse-toi pénétrer par l'esprit de What xD !

Modjita a écrit:
nous y voilà
Mais c'est débile !! Je ne sais pas trop comment expliquer mais je trouve que c'est en trop, en fait. Fais dans la simplicité : "Place 32 et 33, point." L'esprit de What, quoi !

Modjita a écrit:
On est sur la même rangée, j'ai la place près de la fenêtre et toi celle côté couloir.
Ok, pourquoi pas.

Modjita a écrit:
Sur le quai une femme court, valise à la main, pour attraper le train ; tu te lèves.
Tu vas trop vite. J'aurais préféré un truc dans le genre "Je vois une femme courir sur les quais, valise à la main. Sa valise est presque plus grande qu'elle et elle n'arrive pas à la monter dans le train.", comme ça tu justifies l'intervention de Camille. Après, je trouve que le "elle accepte et sourit" est superflu, comme le nous y voilà.

Modjita a écrit:
Tu soupires en levant au ciel tes yeux noirs.
Ouais alors j'ai voulu placer qu'elle avait les yeux noirs lalalaa ♫. Mais il ne faut pas les parachuter non plus, les descriptions physiques !

Modjita a écrit:
Je réprime un rire
Euh, je ne sais pas si j'aurais réagi comme ça, dans cette situation ^^. J'aurais sans doute secoué la tête dans le genre "Ah là là.", en poussant un petit soupir amusé ? Je ne sais pas, mais le rire réprimé c'est peut-être trop fort :/.

_____Oh, le nuage en forme de mouton ♥.

Modjita a écrit:
Encore deux heures jusqu'à Nantes.
Bon, c'est vrai que c'est une remarque du narrateur mais là elle est dans le bon ton donc j'aime bien : ) !

_____Du coup, en remettant les virgules au bon endroit, ça donne un truc comme ça :

Citation :
Places 32 et 33.Je suis assis près de la fenêtre et toi côté couloir. Je vois une femme courir sur les quais, valise à la main. Sa valise est presque plus grosse qu'elle et elle n'arrive pas à la monter dans le train.
"Vous voulez de l'aide pour monter madame ?"
Tes cheveux bruns frôlent tes joues quand tu te penches su la poignée ; je bâille.
"Tu veux qu'on s'achète à manger pour pouvoir se coucher en arrivant ?
-Arrête de t'inquiéter, de toute façon y'a un reste de riz au frigo."
Tu lèves tes yeux au ciel et je soupire en réprimant un sourire. Je m'appuie contre la vitre, les mains au chaud dans un sweat gris. Dehors, les immeubles ont laissé place à des pavillons. Dans un jardin, un groupe de gamins joue au foot et plus loin deux hommes se baladent. Dans le ciel, un petit nuage a la forme d'un mouton; j'essaye de te le montrer mais tu fermes déjà les yeux. Tu as gardé ton sac sur les genoux et tu as les mains posées dessus ; tu bouges un peu, ta tête penche à gauche.
Je sors un roman de mon sac, me cale dans mon siège et l'ouvre au marque-page. Encore deux heures jusqu'à Nantes.

Je trouve que ça colle assez bien avec ce que je voulais \o/ ! Qu'est-ce que tu en penses ?

_____Bon aller, au tour de Fred ! Euh, franchement c'est très bien, j'aurais juste supprimé deux ou trois interventions du narrateur pour l'effacer encore plus, comme par exemple "tu marmonnes en te redressant" ou "Comme à ton habitude blablabla". Par contre, il me faut quand même relever deux-trois trucs histoire d'eau :

Fred l'immortelle a écrit:
sûrement parce que tu as deviné que tu as éveillé ma curiosité
Je trouve ça un peu lourd. Tu prends un air satisfait, ok, mais peut-être quelque chose de plus court, genre "content d'avoir éveillé ma curiosité" ou un truc comme ça. Ou, plus simplement : "sûrement parce que tu as (réussi à) éveillé / éveiller ma curiosité"

_____'alaaa =) ! Merci de ta participation en tous cas, je pense qu'on peut s'arrêter sur ça !

Yeah, on va y arriver les filles =D !

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Modjita
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Lun 17 Aoû - 23:27

Citation :
Ouais alors j'ai voulu placé qu'elle avait les yeux noirs lalalaa ♫
Mais c'est débile !!
('scuse, c'est toujours jouissif de relever les fautes de quelqu'un qui passe à son temps à corriger les nôtres. Après la pèche au balcon... è.é)

Et sinon, j'obéis toujours au barreur, sinon je sais qu'il va me foutre à la mer (avec des chatouilles).
(Non, en vrai je suis totalement d'accord, de toutes façons quand tu revois un texte généralement il y a plus rien à dire après.)

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Anaël
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Mar 18 Aoû - 12:10

Modjita, je ne vois pas de quoi tu parles, làlàlààà ♪.

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Elisheba
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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Mer 19 Aoû - 3:00

Bon, puisqu'il est temps:

Nous nous sommes installés à table contre la fenêtre, notre place préférée. Je sais que tu as toujours aimé t’asseoir là, pour contempler la rue par la vitrine; tu dis souvent que c’est un écran sur la vie, un cinéma gratuit. Nos fauteuils sont suffisamment près, je peux sentir mon genou contre le tien. Le contact est chaud et appuyé mais il est agréable parce qu’il vient de toi. C’est une marque de ta présence, un moyen de prouver et de me promettre tout ce que ta bouche ne peut pas dire. Mais bien que ce geste soit fait délibérément, tu n’y prêtes pas attention et préfères regarder dehors. Pendant ce temps, tes mains jouent distraitement avec la nappe blanche, c’est comme si tu t’amusais à dessiner dessus; comme si tu cherchais à laisser ta marque sur la simplicité qui nous entoure. Car tout est simple, ici. Moderne et sans fioriture mais très éclairé, avec des murs clairs qui forment un cocon qui nous isole d’un extérieur menaçant. Ainsi nous sommes exilés, protégés, sauvés par ces remparts solides et imaginaires. Seule la baie vitrée peut nous tirer mentalement de cette bulle dans laquelle nous nous sommes réfugiés, avec la vision des gens pressés qui se baladent devant nous au sein du Paris que la société dévore. Tu ne trouves pas ça rassurant, toi, d’être là, hors de tout ça ? De pouvoir faire une pause, pour une fois ? Car vois-tu, ce soir rien ne peut plus nous toucher et surtout, rien ne saurait nous manquer à l’image de cette table à laquelle nous sommes assis : elle est complète et bien garnie.

Je nous ressers à boire, tu prends ton verre mais ne parle pas. Tu as toujours aimé t’exprimer avec les yeux plutôt qu’avec la voix, et là tu me regardes. Tes pupilles, éclairées par la couleur des lampions qui danse sur la table, brillent au-dessus du verre dans lequel tu bois avidement. Comme à chaque fois, il me semble que toute la tendresse du monde s’est condensée dans tes yeux et trop peu de gens ont ce regard-là. Mais ce soir il n’y a que toi et tout d’un coup, c’est comme si tout le reste avait disparu. Les discussions sont mises en sourdine et on n’entend même plus la dame de la table d’à côté qui parle fort et repose bruyamment son couteau sur le bord de son assiette vide.

D’ailleurs, nous n’avons pas encore touché aux nôtres. Elles sont simples mais bien agrémentées, pleines de couleurs chaudes. Un régal rien que pour les yeux. L’odeur rassurante des ravioles fromage-figues déposées au creux des assiettes et accompagnées d’un peu de paprika nous enveloppe comme un souvenir d’enfance et c’est comme l’étreinte d’une mère bienveillante, bien que, dans l’instant, je préférerais la tienne qui ne saurait qu’attendre encore un peu. En goûtant à mon plat, je me débats avec la chaleur trop soudaine qui irradie ma langue et ça te fait rire. Tu préfères cacher ton sourire derrière ta serviette ; tu n’as jamais voulu trop dévoiler tes émotions, même les plus infimes. Ton humeur est aussi blanche que l’endroit mais je crois que c’est ce qui m’attire, finalement, ainsi que le mystère tout entier qui accompagne ton être.

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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Mer 19 Aoû - 16:42

_____Hey, coool !! C'est déjà mieux comme ça =D. C'est marrant parce que tu as intercalé des phrases et du coup ça fait comme des bifurcations à l'intérieur du texte ^^. Bon, après il y a encore deux-trois trucs à redire, comme la répétition de "bien garnie" qui m'a un peu sauté aux yeux... Et là on veut un style assez léger (si possible, je n'impose rien) donc essaie d'aller chercher des phrases plus longues, qui se font dans la continuité et non dans la rupture. En clair, moins de points.

Eli a écrit:
il me semble que toute la tendresse du monde s’est condensée dans tes yeux et que trop peu de gens ont ce regard-là
Même remarque que la dernière fois, tu écris "il me semble que trop peu de gens ont ce regard-là et ça me surprend... Tu as le droit, mais pourquoi "il me semble" ? Trop peu de gens ont ce regard-là, point ! Bref, ça sonne bizarre et je le resignale vu que tu n'as pas donné d'explications la dernière fois (défends-toi !).

Eli a écrit:
je préfère la tienne qui ne saurait qu’attendre encore un peu
Ohh, donc là c'est clair que tu parles de l'étreinte, mais. Hum. L'utilisation du présent de l'indicatif est bizarre ici... Est-ce que tu la préfères là, maintenant ? Mais pourtant personne ne t'étreint. Du coup je mettrais plutôt un subjonctif ou un conditionnel pour signaler le désir, l'idée non concrétisée. (Du coup un conditionnel puisque la suite est au conditionnel peut-être ?)

Pour le reste, tu as rajouté des trucs pour étoffer le texte et pourquoi pas ! J'aimerais juste que tu éclaires ces deux points et que tu rendes ton écriture plus spontanée, si possible ^^. (Ne sais pas comment expliquer.)

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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Lun 24 Aoû - 0:32

Bon. Je viens de corriger le texte posté plus haut. Alors comment dire. J'ai tenté de corriger les coupures, les phrases etc etc mais j'arrive pas à faire plus, sinon ça coupe davantage. Heaven knows I've tried >_<

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MessageSujet: Re: Une échappée [Titre provisoire]   Dim 20 Sep - 18:35

_____Aïyou ! Avec un peu de retard, voici la version finale provisoire de notre échappée \o\ ! La mise en page me paraît un peu agressive mais on va dire que ça passe x). Merci à toutes celles qui ont participé et à ceux qui ont suivi le projet =D !


_____Un immense hall de gare. Des gens qui s’activent, ils marchent tellement vite, ils sont nombreux… Nous sommes dans un film qui passe en accéléré, quand la bande son donne des bruitages bizarres et inintelligibles que je ne supporte pas et que les images se fondent et se mêlent dans la kyrielle étrange du temps qui passe… Alors c’est ça, Paris ? Je me demande comment c’est, dehors… Je ressens. Une telle oppression. Tous ces gens… Ça rend vraiment mal à l’aise. Je me sens comme… dans un mixeur, comme si le monde entier se mettait à tourner autour de moi, tourner, tourner… Ça me rappelle les manèges de la foire, les lumières qui scintillent dans la nuit, quand nous dansions dans le ciel main dans la main, quand le monde nous appartenait, se révélait à nous comme un océan de couleurs au-dessus duquel nous volions, et cette musique… La main qui se presse contre la mienne… Je sens ta main. Tu me souris. Non, je ne me sens pas bien. Il faut qu’on sorte, respirer. Ah, l’air libre, enfin. Ça me fait plaisir d’échapper à tant d’activités. Le monde tourne au ralenti. J’ai l’impression de sortir d’une singularité spatio-temporelle, et chaque seconde semble s’étirer à l’infini, suspendue dans l’éternité. Dans la rue les gens marchent et discutent, ils téléphonent, les mendiants jouent de la musique, les voitures passent… Il y règne une ambiance… assez exquise. Ça me rappelle la place de la cathédrale, ces endroits touristiques où d’autres miséreux jouent de l’accordéon, de la guitare, chantent des chansons populaires… ça me fait vibrer. J’aurais envie de m’asseoir devant eux, me blottir contre toi et les contempler toujours, te laisser me faire découvrir la beauté de la vie, toutes ces choses que mes yeux ne voient pas mais que toi, toi tu as le don de voir ; oh comme j’ai de la chance que tu veuilles les partager ! Je me souviendrai des fois où tu m’as montré la beauté dans une rue, un passant, un paysage, un instant… dans des choses simples de la vie… Oui, il suffit de regarder, regarder pour y voir de la beauté. C’est comme dans un tableau où se cachent mille couleurs, mille interprétations. J’aurais beau le contempler, le réfléchir, l’examiner, je ne finirais jamais d’y déceler d’autres significations, d’autres motifs, d’autres formes, ces couleurs qui se fondent et qui dansent, m’entraînant avec elles. Mais toi, toi tu vois tout d’un seul coup : ton regard englobe le monde dans sa totalité ; tu dois être Dieu pour tout voir à ce point.

_____Je sais que tu ne crois pas en Dieu. Tu me l’as dit un moment où je contemplais des vitraux bleus comme la prière et les personnes à genoux devant. Regarde ! Dans cette église aussi, les gens sont capables d’aimer une statue. Moi, je trouve ça merveilleux. Tant de curieux intéressés, par une œuvre d’art ! Tu aimes l’art, l’art et ses multiples secrets, l’art et ses facettes colorées, mais tu as toujours abhorré l'art associé à la religion. Moi, ça ne me dérange pas. Tout me parait à sa place – ces vases à moitié pleins, ces murs jaillissant du sol, ces peintures pieuses – tout me parait équilibré - ces masses humaines qui transitent d’un lieu à l’autre – tout me parait rationnel …  On ne peut pas dire que je croie vraiment en Dieu. Je pense qu’il existe un dieu avec une petite majuscule, qu’il doit être perché sur un des nuages que j'aperçois là-haut, et nous jeter un coup d’œil de temps en temps, quand il s’ennuie. J’adore cette idée qu’il puisse nous observer comme des pions d’échiquier. C’est vrai, j’ai trop tendance à penser, il y a tellement de choses à songer … Oh, comme cette image est claire ! Mais Dieu n’est pas dessus. L’image la plus commune qu’on se fait de lui est celle d’un grand-père à la longue barbe dans laquelle est entremêlé tout le savoir de l’univers. Oui, c'est peut-être comme ça que je le vois : Dieu doit être une entité infiniment sage et calme, capable de rester en paix dans la plus grande des tempêtes.

_____Le vent commence à souffler. Une petite brise une bourrasque, un slamino une stèche, un crivetz. La tempête se déclare. Les voitures qui filent à toute allure, nous éclaboussant de gerbes d'air et de poussières, m'assourdissent horriblement. Et parmi cet incessant défilé d'automobilistes et de motards, entre ce fouillis de feux tricolores et de panneaux de signalisation bariolés, de lignes blanches et jaunes balafrant le sol de leurs interdictions absurdes, à travers les files embouteillées et contractées, ce vacarme énervé des véhicules qui jaillissent, innombrables, à côté des piétons affolés qui courent et qui dansent, poursuivis par je ne sais quel démon voleur de temps, aux pieds d'une incroyable compétition de tours et de bâtiments écrasants, inébranlables, toujours habillés d'une kyrielle de panneaux publicitaires géants et changeant sans cesse, sans cesse vantant les vertus d'un incroyable produit tout en couleurs qui s'impose à nous dans une explosion d'informations avant d'être remplacé par le suivant, au cœur de la capitale, encerclés de magasins et de restaurants, de boutiques et de grandes surfaces, de centres commerciaux et d'appartements, je ressens l'insignifiance d'un corps malmené, tiraillé, agressé par le monde entier. Une tornade tumultueuse, un typhon, déchaînement tourmenté, débordement houleux raz-de-marée fracas tohu-bohu frénétique, ouragan cyclonique déferlant sans répit sans pitié, n'ayant que faire de ma frêle figure exposée à sa colère... La calme violence de Paris.

_____Les jolis arbres qui se dressent en haie d'honneur des deux côtés de l'avenue des Champs-Elysées, le rythme paisible et faussement serein des péniches évoluant sur la Seine, le Soleil qui nous assaille avec indifférence ; refusant de transiger malgré l'air lourd et irrespirable ; les brises fraîches et salvatrices. Là réside le calme. Du calme. Loin, loin des cris et des klaxons, loin du Soleil qui nous assomme, je me sens revivre. L'air que je respire, les pas exempts de leur mille voisins, le silence précaire procuré par les murs épais de l'Arc de Triomphe, l'absence des couleurs criardes des panneaux et des enseignes qui grouillent sur les trottoirs et pullulent sur les arrêts de bus, tout ça me semble d'une irréelle beauté. C'est le moi qui se laisse vivre, un relâchement. Ah, pouvoir, ne serait-ce qu'un instant, profiter d'une once d'intimité, de solitude ! Mais déjà nous arrivons sur le toit.

_____Le temps a stoppé sa course. Il s’étire comme la pâte qu’on étale sur une grande planche, souple et fluide. L’air s’est distendu et je contemple avec délectation la mégalopole qui, en-dessous de nous, étend ses méandres à perte de vue. Tu reprends ton souffle, toi aussi. En silence. Je vois ton thorax qui se soulève et se relâche avec régularité. En contrebas, l’allée des Champs-Élysées déroule sa grâce, affiche l’élégance de ses grandes lignes droites tracées à la règle, somptueuse sous les pieds des passants qui se pressent et piétinent sans le voir le goudron qui les porte. Je parcours avec ravissement l’alignement incertain des toits de Paris, l’harmonie qui se dégage de ce méli-mélo opportun ; le noir profond des longues ardoises, la pâleur des terrasses couleur de craie, l’ocre éteint des tuiles sagement rangées se côtoient dans une poésie sublime et je respire avec allégresse la sérénité qui m’emplit les poumons. Du haut du majestueux Arc, devant les splendeurs de Paris, le badaud anodin se sent gonflé d’une euphorie inaltérable, victorieuse, superbe.
La première fois que nous avions été à Paris, tu te souviens, nous avions ressenti cet émerveillement mêlé d’orgueil depuis le haut de la tour Eiffel. Je me rappelle avoir réalisé que certains clichés disposent d’une popularité méritée : je comprenais, en admirant avec jubilation les feux d’artifice qui dansaient au-dessus de nous, pourquoi tant de touristes hébétés avaient élevé ce panorama au rang d’incontournable, de must be seen du week-end entre amoureux. Je sentais mes tempes battre au rythme des explosions tandis que mes yeux filaient d’une étincelle à l’autre, tentaient avec espoir d’englober d’un coup toutes les images que l’instant pouvait offrir ; m’agrippant à la rambarde, j’enregistrais délicieusement chaque seconde de cette danse épileptique, de ce ballet furieux où les couleurs se mêlaient dans des tâtonnement convulsifs, affolantes de vitalité, soulevant avec elles des torrents de fumée qui se dégageaient dans des sifflements suraigus et me faisaient perdre peu à peu le contrôle de mes mains tremblantes d’extase sur le garde-fou de fer forgé ; j’exultais. Les couleurs surgissaient dans le ciel sombre et affrontaient avec éclats le silence de la nuit, contrastant avec la présence calme de la ville en contrebas. Dans un bruit assourdissant, les lumières s’élançaient et tentaient d’animer les maisons endormies qui gisaient, impassibles, dans leur morne torpeur. Nous étions plongés dans la folie des flammes qui fusaient dans un grondement strident, rouge vif et or, fascinés par les piques qu’ils lançaient désespérément à la tranquillité de l’imperturbable.

_____Nous avions presque les pieds dans le vide et des feux-signes courbes et ondulés projetaient leurs fumées, essoufflés, au-dessus de nos épaules. J’ai senti ton corps susurrer un sursaut, puis ton bras s’est replié sous le mien et tu as pressé ma main. J’ai cru que mon contact faisait refluer les feux-follets. Les éclairs s’enchaînaient avec une violence faisant plisser les yeux. Lumière trop vive. Toi, tu avais déjà jugé ça dangereux, et mon bras était devenu ton refuge. Je me sentais comme une garnison fièrement campée sous les bombardements.

_____Les dernières chassaient les précédentes avant de s’évanouir à leur tour. Mortes-nées, épuisées-apparues. On pouvait les entendre à peine crier et disparaître. Imaginez un combat fantastique avec des explosions, des mêlées, des croisements et des entrechocs. La tour Eiffel nous élevait au plus près de l’ahurissante lutte et, sous le plafond du monde ruisselant de gerbes de lumière, plusieurs dieux aux affronts ténébreux, front contre front, juraient par la voix rauque des orages. Sans s’accorder de pause, ils firent croiser leurs traits de guerre et les passèrent au travers des corps lunaires de leurs adversaires. Ils s’évanouirent tel un nuage de poussière doré.

_____L’épouvantable confrontation avait-elle duré ? Il faudrait me donner à revivre ces instants ou croire aux ténèbres obscures. Le tonnerre avait fusionné avec le silence trouble. Les lumières s’étaient dissipées laissant de pâles empruntes dans nos mémoires.

_____Les murs au bas de la rue avaient eux-mêmes rendu les larmes.

_____Je me souviens. Après le spectacle, les couleurs avaient continué de se battre. Les bougies gonflaient leurs lueurs. Les lampadaires s’étiraient sans arriver à se faire toucher les leurs. Sur Terre, il faisait jour, et dans le ciel nocturne on avait vu naître un deuxième soleil.

_____Les étoiles suivaient à la trace de blanches traînées fantomatiques, derniers soupçons intimes d’une nation en fête. Le ciel, à certains endroits quadrillés et opaque à d’autres, recueillait les soupirs. Nos pas nous portant toujours plus loin vers l’éloignement, une dernière pensée s’est agrippée, comme une paillette égarée. Elle chuchotait : Au fond, un feu d’artifice c’est comme une vie passée en accéléré. Nous naissons, nous brillons puis nous rejoignons le néant pour laisser place aux autres.

_____La place. C’est quelque chose qui manque, ici. Tous les bâtiments se touchent et s’embrassent, ne laissant pas d’espace pour le vent la lumière. De là-haut je les vois – ces figures abstraites et lointaines qui se dressent en surnombre, là, fiers, éternels, forêt de toits levés vers la grâce du ciel. Mais en bas, je n’y pense plus. Les poubelles et les poubelliers, les autobus et les embouteillages, les touristes et leurs cartes postales. Les traces de vie. Tout s’efface sous nos pas pressés ; on ne voit plus rien quand on est occupé.

_____Qu’est-ce que tu vois ? Cette rue si simple, si crue, belle sans avoir été déguisée, belle parce que riche en hommes, en présence humaine ; pas seulement de ces petits commerçants qui nous sourient en nous présentant leurs bricoles, pas seulement de ces mystérieux appartements fermés, à l’abri du regard, mais aussi dans la présence même de ces tags, ces dessins clandestins et psychédéliques qui enchantent les trottoirs, les murs les rideaux de fers condamnant l’entrée d’une demeure invisible. Oui, ici, dans ce trou de misère à côté des beaux quartiers, quelqu’un est venu, en silence, et les a dessinés. Figure solitaire bravant l’interdit ou bande de canailles venant hanter la nuit, elle fit naître la couleur et la joie dans un mélange incompris de violence et d’immobilité, de coups irréguliers tracés à la hâte, à l’œil ; de là naquit la beauté. Par la seule force du talent elle vit le jour, marque indélébile d’un passage éphémère. Et derrière a vécu quelqu’un, et derrière un autre y vivra. Ces gens, tous ces gens qui sont passés par là, ces passants, ces commerçants des rues qui luttent contre l’oppressante hégémonie du supermarché, ces employés de bureau qui n’ont pour refuge que cette ruelle délabrée, abandonnée des soins publiques, ces artistes urbains qui se sont exprimés à coups de bombes, de pinceaux et de plumes ; tous ont une histoire, le lieu même a son histoire ; et je trouve ça beau. Se dire que ces gens-là, ils ont une histoire, des espoirs, des attentes sur lesquelles ils ont vécu, cette tension qui les a poussés à continuer et qui les pousse encore aujourd’hui, jusqu’au bout, à ne jamais abandonner, je trouve ça beau. Et je me sens ivre de faire parti du monde. Car ce monde est beau. Le vois-tu, vois-tu comme le monde est beau ? Et c’est grâce à toi. Grâce à lui. Oui, lui dont j’ai croisé le chemin ce matin, et qui m’avait souri. Déjà j’oublie son visage. Mais il participe à la richesse du cosmos. Tous ceux que je rencontre chaque jour mais à qui je n’adresserai jamais la parole, toutes ces petites parcelles de mystère et d’histoire, tout vient s’additionner dans ma tête pour créer un prodigieux univers du possible… Et si je le recroisais un jour, par hasard, si, par l’un des nombreux miracles que Dieu fait, nous devions nous rencontrer, nous assiérions-nous dans un coin paisible de la rue pour qu’enfin me soit révélé son secret ? Oui, toi, dis-moi : quelle est ton histoire ?

_____Tu marches à mes côtés. Trop lentement à ton goût, mais trop vite au mien. Nous sommes perdus dans les petites ruelles de Paris où une nappe de brouillard, sombre et malodorante, empêche toute perception. Ton nez retroussé se plisse joliment et tes yeux fouillent vainement cette brume obscure, cherchant un chemin. J'avance à petits pas de fourmi. Ce phénomène météo m'inquiète, il me rappelle un cours d'histoire sur les volcans.

_____Un passant nous indique gentiment comment sortir de ce labyrinthe et nous voilà enfin à l'air libre. Tu as encore l'impression de marcher sur des pavés alors que nous avons rejoint une rue bétonnée. Tes chaussures te font mal, tu peux sentir toutes les coutures de ces tennis soi-disant confortables. Le temps s'est rafraîchi et, dans le ciel, tu commences à apercevoir la lune, ronde et jaune. Elle sera pleine ce soir. Tu repenses à cette carte postale aux bords jaunis qui traîne dans la cuisine, et tu superposes son image à celle-ci. Tu as du mal à te souvenir de qui elle vient mais la photo, elle, aurait aussi pu être prise aujourd'hui.  Nous arrivons au bord d'un canal et tu aperçois une petite rue sur la droite, qui serpente entre les dernières échoppes ouvertes. Nous nous y engageons et nous arrivons au bout de ce qui s'avère être une impasse. Sur notre droite, un petit restaurant.

_____Tu me lâches la main et te redresses pour essayer de trouver une table. Alors j'essaye de t'imiter pour ne pas sentir la boule qui enfle dans ma gorge. J'admire les mains liées et les regards embrasés des amoureux, l'adresse des serveurs qui dansent dans la foule ; je hume l'odeur d'un plat coloré, goûte toute la saveur d'un je t'aime murmuré dans une intimité violée, sens la chaleur qui vient de la cuisine et souris à une petite fille qui tripote les rubans de sa robe. J'imagine, la vie de la gothique seule au bar, les pensées de l'homme en costume dans le noir, j'intercepte un regard triste et plonge dans la félicité d'une famille… Mais la lumière est trop vive et je cligne des yeux.
Une épaule me bouscule, je recule d'un pas, trébuche et me heurte à un vieux couple. Leur odeur de parfums trop chers me prend à la gorge, la fille au ruban crie, un rire trop fort s'élève, je perds encore l'équilibre, sens des dizaines de peaux frôler la mienne, bats des mains, me rattrape à un manteau en vison, grimace en sentant la peau morte portée comme un trophée, essaye de m'en éloigner, halète pour tenter d'échapper aux odeurs étouffantes qui se mêlent pour hurler dans mon crâne ; j'ai envie de serrer ma tête dans mes mains pour échapper au rire qui continue de percer l'air, j'écrase des pieds et me heurte à des regards désapprobateurs en reculant, je suffoque derrière la boule qui obstrue maintenant ma trachée, cherche désespéramment quelque chose à quoi m'accrocher, juste un endroit où me réfugier, même un simple coin vide, échapper aux haleines qui se mêlent à la sueur et aux eaux de toilette dans la chaleur des corps emmêlés qui se serrent et s'écrasent, je me sens à la fois éléphant disgracieux et lapin effrayé, je m'asphyxie les sens et n'arrive même plus à lever ma tête pour fixer quelque chose de stable, je hoquette…

_____Enfin, tu baisses les yeux.

_____Ton regard me cherche un instant, croise le mien qui te fixe, et tu t'avances. C'est incroyable comme les gens s'écartent sans s'en rendre compte… Tu me tends la main, je m'y agrippe, on n'a rien à dire. Tu sais toujours ce qu'il faut faire.

_____Je me blottis contre toi, tes bras m'arrachent aux sables mouvants et je peux enfin lever la tête. L'air libre… Ton souffle me chatouille et tu es là. Tu es toujours là.

_____Tu tires une chaise comme tu ferais la révérence. Tes doigts frôlent mes épaules et retirent le dernier filtre. Tu poses mon manteau sur le dossier et t’assieds en face.
Sur la table en verre limpide jouent des arabesques métalliques ramifiées à la façon des plantes grimpantes. Au centre le noyau, entrelacement végétal, disperse ses ornements. Nous assistons en bordure, chacun de notre côté, aux naissances coïncidentes de deux bourgeons. La comparaison avec une table de jardin me vaut tes quolibets malicieux. Mais tu rajoutes que les lanternes descendues à la tombée du jour ressemblent à des fruits équatoriens retenus au plafond par des lianes de longueurs inégales.

_____Les lampions, rassemblés par îlots de quatre, sont percés de petits œillets, si bien que la lumière se propage par fragments, filandreuse. Un éclairage diffus, rescapé de l’obscurité, transparaît derrière les grandes baies vitrées, et tu souris en faisant le rapprochement avec de grands miroirs d’eau.

_____Le magnétisme est chez toi une qualité. Ni le serveur ni ses manières de dandy jules vernien ne s’y trompent. Treize mots modulés comme une chanson douce. Bienvenus Madame, Monsieur, que pouvons-nous vous offrir qu’il puisse vous ravir ? La maîtrise, l’expérience et la perfection de qui se trouve dans son milieu naturel. Une odeur de safran émane de ses gestes fluides et dans ses paumes, me semble-t-il, des tatouages au henné brillent et disparaissent par intermittence. Mais je n’ai guère le temps de m’en enquérir d’avantage : le maître d’hôtel nous tend deux cartes. Jardin d’Asfar.

Les paradis terrestres sont cachés.

Salade safran du Gâtinais : Feuilles rouges sanguines, brins verts longilignes, fleurs mauves symétriques, grains topaze ponctués de noix indéfinissables et délicieuses.

_____Nous sommes sur une terrasse qui donne sur la mer. Il fait noir. La lueur blafarde du Soleil couchant éclaire doucement ton visage ombragé, te donnant un air fantastique : tu es un fantôme surgissant de l’oubli ; tu as transcendé la mort juste pour me retrouver. Des tables nappées de blanc ont poussé sur le sol comme des champignons, erratiques, dispersées çà et là, à l’intérieur : deux ici, trois par-là, cinq agglutinées près de l’entrée… Mais nous sommes seuls. Notre champignon est un îlot qui nous coupe entièrement du monde, nous en sépare par des kilomètres de terres et de chemins cahoteux, de galets et de murs mystérieux – sobres, sombres, décorés de quelques peintures que je peine à distinguer. Une fontaine de lumière est pendue au plafond, nous arrosant sereinement de son liquide vitreux. Elle est d’un saphir translucide, presque transparent… C’est un flocon, un flocon si léger qu’il peut flotter dans les airs, un nuage de verre qui se prélasse dans ce ciel d’un jaune blême et nacré, qui s’allie avec ces petites lanternes rouges pour créer cet obscur éclairage si mystique, si fascinant que je me croirais dans un autre monde.

_____Oui, nous avons traversé le portail. Une brume chaleureuse nous entoure d’effluves alléchants qui me font saliver : une odeur timide, sucrée. Je ne sais pas où je suis mais je m’en moque parce que je pense à toi. Entre les cris des mouettes et les complaintes des embruns, entre la douce mélodie des bises et les sifflements rauques des  moteurs, entre toi et moi résonne le silence. Nous, en hauteur, bien à l’abri des tracas parisiens, là, au sommet du monde, face à face nous nous oublions. L’eau peut continuer de couler sous le pont, les garçons de s’agiter dans cet univers désert qui se désagrège et se métamorphose : moi je suis avec toi, les fesses bien enfoncées dans ma chaise rembourrée cuir, les pieds nus posés sur le lisse parquet en bois, là, au milieu des galaxies qui n’appartiennent qu’à moi, qui ne sont faites que pour moi, que pour toi, que pour que toi et moi puissions nous rencontrer et nous unir.

_____Mais il n’y a rien entre nous, rien que cette île minuscule où reposent un verre et une assiette. Quatre couverts et deux serviettes. J’aimerais la renverser, qu’elle disparaisse pour que je puisse me mettre avec toi, me blottir contre ton corps et y rester pour toujours mais elle reste, elle persiste notre petite embarcation, elle refuse de couler de nous emporter dans les profondeurs de l’inconnu…

_____Rouge. Luisant et lustré, plat et circulaire. Blanc poudré. Marron glacé, crémeux, saupoudré de pics vertigineux. Noirs. Parsemés tout autour de cette construction impossible qui trône au sommet de cette montagne démesurée… Une tour si belle, si fragile, un chef-d’œuvre d’architecture si beau si délicat que nous hésitons avant de l’entamer. Les sept merveilles… Dessert de crème fruité. Un cylindre parfait qui s’élève sur plusieurs étages de rouge et de noir, de gâteau et de chantilly, de chocolat et de fruits exquis… un pur régal !

_____Nous nous sommes installés contre la fenêtre, notre place préférée. Je sais que tu as toujours aimé t’asseoir là pour contempler la rue par la vitrine ; tu dis souvent que c’est un écran sur la vie, un cinéma gratuit. Nos fauteuils sont suffisamment près, je peux sentir mon genou contre le tien. Le contact est chaud et appuyé mais il est agréable parce qu’il vient de toi : c’est une marque de ta présence, un moyen de prouver et de me promettre tout ce que ta bouche ne peut pas dire. Mais bien que ce geste soit délibéré, tu n’y prêtes pas attention et préfères regarder dehors. Pendant ce temps, tes mains jouent distraitement avec la nappe blanche, c’est comme si tu t’amusais à dessiner dessus ; comme si tu cherchais à laisser ta marque sur la simplicité qui nous entoure. Car tout est simple, ici. Moderne et sans fioriture mais très éclairé, avec des murs clairs qui forment un cocon qui nous isole d’un extérieur menaçant. Ainsi sommes-nous exilés, protégés, sauvés par ces remparts solides et imaginaires. Seule la baie vitrée peut nous tirer mentalement de cette bulle dans laquelle nous nous sommes réfugiés, avec la vision des gens pressés qui se baladent devant nous au sein du Paris que la société dévore. Tu ne trouves pas ça rassurant, toi, d’être là, hors de tout ? De pouvoir faire une pause, pour une fois ? Car vois-tu, ce soir rien ne peut plus nous toucher et surtout, rien ne saurait nous manquer à l’image de cette table à laquelle nous sommes assis : elle est complète et bien garnie.

_____Je nous ressers à boire, tu prends ton verre mais ne parle pas. Tu as toujours aimé t’exprimer avec les yeux plutôt qu’avec la voix, et là tu me regardes. Tes pupilles, éclairées par la couleur des lumignons qui dansent sur la table, brillent au-dessus du verre dans lequel tu bois avidement. Comme à chaque fois, il me semble que toute la tendresse du monde s’est condensée dans tes yeux, et trop peu de gens ont ce regard-là. Mais ce soir il n’y a que toi et d’un coup, c’est comme si tout le reste avait disparu. Les discussions sont mises en sourdine et on n’entend même plus la dame de la table d’à côté qui parle fort et repose bruyamment son couteau sur le bord de son assiette vide.

_____D’ailleurs, nous n’avons pas encore touché aux nôtres. Elles sont simples mais bien agrémentées, pleines de couleurs chaudes. Un délice rien que pour les yeux. L’odeur rassurante des ravioles fromage-figues déposées au creux des assiettes et accompagnées d’un peu de paprika nous enveloppe tel un souvenir d’enfance et c’est comme l’étreinte d’une mère bienveillante – bien que, dans l’instant, je préférerais la tienne qui ne saurait qu’attendre encore un peu. En goûtant à mon plat, je me débats avec la chaleur trop soudaine qui irradie ma langue et ça te fait rire. Tu caches ton sourire derrière ta serviette ; tu n’as jamais voulu trop dévoiler tes émotions, même les plus infimes. Ton humeur est aussi blanche que l’endroit mais je crois que c’est ce qui m’attire, finalement, ainsi que le mystère tout entier qui accompagne ton être.

_____Places 32 et 33. Je suis assis près de la fenêtre et toi côté couloir. Je vois une femme courir sur les quais, valise à la main. Sa valise est presque plus grosse qu'elle et elle n'arrive pas à la monter dans le train.

— Vous voulez de l'aide pour monter, madame ?

_____Tes cheveux bruns frôlent tes joues quand tu te penches sur la poignée ; je bâille. Tu as à peine le temps de te rasseoir que le train part.

— Tu veux qu'on s'achète à manger pour pouvoir se coucher en arrivant ?
— Arrête de t'inquiéter, de toute façon y'a un reste de riz au frigo.

_____Tu lèves tes yeux au ciel et je soupire en réprimant un sourire. Je m'appuie contre la vitre, les mains au chaud dans un sweat gris. Dehors, les immeubles ont laissé place à des pavillons. Dans un jardin, un groupe de gamins joue au foot et plus loin deux hommes se baladent. Dans le ciel, un petit nuage a la forme d'un mouton ; j'essaye de te le montrer mais tu fermes déjà les yeux. Tu as gardé ton sac sur les genoux et tu as les mains posées dessus ; tu bouges un peu, ta tête penche à gauche.

_____Je sors un roman de mon sac, me cale dans mon siège et reprends ma lecture. Encore deux heures jusqu'à Nantes.

— Ah purée !
— Qu'est-ce qu'il y a encore ?
— Rien, rien, j'ai fait tomber mon marque-page. Je t'ai réveillée ?
— Non t'inquiète, je n'arrive jamais à dormir dans les trains de toute façon.

_____Tu décales ton genou le temps que je ramasse mon bout de carton.

— En fait il est de ton côté, tu peux essayer de le prendre s'il-te-plait ?
— Mmh.. Tiens.
— Merci.

_____Je me remets à lire.

— Eh mais je l'ai lu ce bouquin ! Tu vas voir : la fin, c'est n'importe quoi.
— Mais t'es pas possible, j’veux rien savoir !"

_____Tu prends un air satisfait, contente d’avoir éveillé ma curiosité.

— Mmh Camille...
— Ouais ?
— Est-ce que c'est l'épicier, l'ombre que voit le témoin ?
— Tu veux vraiment savoir ? Vraiment ?
— Hum, oui… En fait non. Oui ! … On l'apprend vite ou pas ?
— Ça dépend, t'en es où ?
— Page 74.
— Gné dans l'histoire, j'ai pas appris les pages par cœur !
— Ah pardon. Ben le policier vient de l'interroger, là.
— Oh t'as le temps avant de savoir alors !

_____Tu arbores un grand sourire, l'air de dire héhé moi je sais. Je soupire.

— Dur dilemme hein ? Bon je te laisse lire, faut que j'aille aux toilettes.

_____Tu te lèves. Je ferme mon livre à cause de la migraine qui commence à venir, me demandant toujours si l'épicier est coupable. Je regarde les paysages défiler par la fenêtre en rêvassant. Tu reviens.

— Alors, tu veux pas savoir qui c'était cette fameuse ombre ?

_____Je te lance un regard noir et tu t'affales sur moi pour essayer de dormir. Je continue d'observer dehors pendant une, cinq, dix minutes et puis mince, de toute façon je n'ai jamais su supporter le suspens.

— Camille ?
— Mmh quoi ?
— Tu peux juste me dire si c'est l'épicier ?

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<div style="margin-left:30px; margin-right:30px;">
[justify][color=#bbddfa]_____[/color]Un immense hall de gare. Des gens qui s’activent, ils marchent tellement vite, ils sont nombreux… Nous sommes dans un film qui passe en accéléré, quand la bande son donne des bruitages bizarres et inintelligibles que je ne supporte pas et que les images se fondent et se mêlent dans la kyrielle étrange du temps qui passe… Alors c’est ça, Paris ? Je me demande comment c’est, dehors… Je ressens. Une telle oppression. Tous ces gens… Ça rend vraiment mal à l’aise. Je me sens comme… dans un mixeur, comme si le monde entier se mettait à tourner autour de moi, tourner, tourner… Ça me rappelle les manèges de la foire, les lumières qui scintillent dans la nuit, quand nous dansions dans le ciel main dans la main, quand le monde nous appartenait, se révélait à nous comme un océan de couleurs au-dessus duquel nous volions, et cette musique… La main qui se presse contre la mienne… Je sens ta main. Tu me souris. Non, je ne me sens pas bien. Il faut qu’on sorte, respirer. Ah, l’air libre, enfin. Ça me fait plaisir d’échapper à tant d’activités. Le monde tourne au ralenti. J’ai l’impression de sortir d’une singularité spatio-temporelle, et chaque seconde semble s’étirer à l’infini, suspendue dans l’éternité. Dans la rue les gens marchent et discutent, ils téléphonent, les mendiants jouent de la musique, les voitures passent… Il y règne une ambiance… assez exquise. Ça me rappelle la place de la cathédrale, ces endroits touristiques où d’autres miséreux jouent de l’accordéon, de la guitare, chantent des chansons populaires… ça me fait vibrer. J’aurais envie de m’asseoir devant eux, me blottir contre toi et les contempler toujours, te laisser me faire découvrir la beauté de la vie, toutes ces choses que mes yeux ne voient pas mais que toi, toi tu as le don de voir ; oh comme j’ai de la chance que tu veuilles les partager ! Je me souviendrai des fois où tu m’as montré la beauté dans une rue, un passant, un paysage, un instant… dans des choses simples de la vie… Oui, il suffit de regarder, regarder pour y voir de la beauté. C’est comme dans un tableau où se cachent mille couleurs, mille interprétations. J’aurais beau le contempler, le réfléchir, l’examiner, je ne finirais jamais d’y déceler d’autres significations, d’autres motifs, d’autres formes, ces couleurs qui se fondent et qui dansent, m’entraînant avec elles. Mais toi, toi tu vois tout d’un seul coup : ton regard englobe le monde dans sa totalité ; tu dois être Dieu pour tout voir à ce point.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je sais que tu ne crois pas en Dieu. Tu me l’as dit un moment où je contemplais des vitraux bleus comme la prière et les personnes à genoux devant. Regarde ! Dans cette église aussi, les gens sont capables d’aimer une statue. Moi, je trouve ça merveilleux. Tant de curieux intéressés, par une œuvre d’art ! Tu aimes l’art, l’art et ses multiples secrets, l’art et ses facettes colorées, mais tu as toujours abhorré l'art associé à la religion. Moi, ça ne me dérange pas. Tout me parait à sa place – ces vases à moitié pleins, ces murs jaillissant du sol, ces peintures pieuses – tout me parait équilibré - ces masses humaines qui transitent d’un lieu à l’autre – tout me parait rationnel …  On ne peut pas dire que je croie vraiment en Dieu. Je pense qu’il existe un dieu avec une petite majuscule, qu’il doit être perché sur un des nuages que j'aperçois là-haut, et nous jeter un coup d’œil de temps en temps, quand il s’ennuie. J’adore cette idée qu’il puisse nous observer comme des pions d’échiquier. C’est vrai, j’ai trop tendance à penser, il y a tellement de choses à songer … Oh, comme cette image est claire ! Mais Dieu n’est pas dessus. L’image la plus commune qu’on se fait de lui est celle d’un grand-père à la longue barbe dans laquelle est entremêlé tout le savoir de l’univers. Oui, c'est peut-être comme ça que je le vois : Dieu doit être une entité infiniment sage et calme, capable de rester en paix dans la plus grande des tempêtes.

[color=#bbddfa]_____[/color]Le vent commence à souffler. Une petite brise une bourrasque, un slamino une stèche, un crivetz. La tempête se déclare. Les voitures qui filent à toute allure, nous éclaboussant de gerbes d'air et de poussières, m'assourdissent horriblement. Et parmi cet incessant défilé d'automobilistes et de motards, entre ce fouillis de feux tricolores et de panneaux de signalisation bariolés, de lignes blanches et jaunes balafrant le sol de leurs interdictions absurdes, à travers les files embouteillées et contractées, ce vacarme énervé des véhicules qui jaillissent, innombrables, à côté des piétons affolés qui courent et qui dansent, poursuivis par je ne sais quel démon voleur de temps, aux pieds d'une incroyable compétition de tours et de bâtiments écrasants, inébranlables, toujours habillés d'une kyrielle de panneaux publicitaires géants et changeant sans cesse, sans cesse vantant les vertus d'un incroyable produit tout en couleurs qui s'impose à nous dans une explosion d'informations avant d'être remplacé par le suivant, au cœur de la capitale, encerclés de magasins et de restaurants, de boutiques et de grandes surfaces, de centres commerciaux et d'appartements, je ressens l'insignifiance d'un corps malmené, tiraillé, agressé par le monde entier. Une tornade tumultueuse, un typhon, déchaînement tourmenté, débordement houleux raz-de-marée fracas tohu-bohu frénétique, ouragan cyclonique déferlant sans répit sans pitié, n'ayant que faire de ma frêle figure exposée à sa colère... La calme violence de Paris.

[color=#bbddfa]_____[/color]Les jolis arbres qui se dressent en haie d'honneur des deux côtés de l'avenue des Champs-Elysées, le rythme paisible et faussement serein des péniches évoluant sur la Seine, le Soleil qui nous assaille avec indifférence ; refusant de transiger malgré l'air lourd et irrespirable ; les brises fraîches et salvatrices. Là réside le calme. Du calme. Loin, loin des cris et des klaxons, loin du Soleil qui nous assomme, je me sens revivre. L'air que je respire, les pas exempts de leur mille voisins, le silence précaire procuré par les murs épais de l'Arc de Triomphe, l'absence des couleurs criardes des panneaux et des enseignes qui grouillent sur les trottoirs et pullulent sur les arrêts de bus, tout ça me semble d'une irréelle beauté. C'est le moi qui se laisse vivre, un relâchement. Ah, pouvoir, ne serait-ce qu'un instant, profiter d'une once d'intimité, de solitude ! Mais déjà nous arrivons sur le toit.

[color=#bbddfa]_____[/color]Le temps a stoppé sa course. Il s’étire comme la pâte qu’on étale sur une grande planche, souple et fluide. L’air s’est distendu et je contemple avec délectation la mégalopole qui, en-dessous de nous, étend ses méandres à perte de vue. Tu reprends ton souffle, toi aussi. En silence. Je vois ton thorax qui se soulève et se relâche avec régularité. En contrebas, l’allée des Champs-Élysées déroule sa grâce, affiche l’élégance de ses grandes lignes droites tracées à la règle, somptueuse sous les pieds des passants qui se pressent et piétinent sans le voir le goudron qui les porte. Je parcours avec ravissement l’alignement incertain des toits de Paris, l’harmonie qui se dégage de ce méli-mélo opportun ; le noir profond des longues ardoises, la pâleur des terrasses couleur de craie, l’ocre éteint des tuiles sagement rangées se côtoient dans une poésie sublime et je respire avec allégresse la sérénité qui m’emplit les poumons. Du haut du majestueux Arc, devant les splendeurs de Paris, le badaud anodin se sent gonflé d’une euphorie inaltérable, victorieuse, superbe.
La première fois que nous avions été à Paris, tu te souviens, nous avions ressenti cet émerveillement mêlé d’orgueil depuis le haut de la tour Eiffel. Je me rappelle avoir réalisé que certains clichés disposent d’une popularité méritée : je comprenais, en admirant avec jubilation les feux d’artifice qui dansaient au-dessus de nous, pourquoi tant de touristes hébétés avaient élevé ce panorama au rang d’incontournable, de must be seen du week-end entre amoureux. Je sentais mes tempes battre au rythme des explosions tandis que mes yeux filaient d’une étincelle à l’autre, tentaient avec espoir d’englober d’un coup toutes les images que l’instant pouvait offrir ; m’agrippant à la rambarde, j’enregistrais délicieusement chaque seconde de cette danse épileptique, de ce ballet furieux où les couleurs se mêlaient dans des tâtonnement convulsifs, affolantes de vitalité, soulevant avec elles des torrents de fumée qui se dégageaient dans des sifflements suraigus et me faisaient perdre peu à peu le contrôle de mes mains tremblantes d’extase sur le garde-fou de fer forgé ; j’exultais. Les couleurs surgissaient dans le ciel sombre et affrontaient avec éclats le silence de la nuit, contrastant avec la présence calme de la ville en contrebas. Dans un bruit assourdissant, les lumières s’élançaient et tentaient d’animer les maisons endormies qui gisaient, impassibles, dans leur morne torpeur. Nous étions plongés dans la folie des flammes qui fusaient dans un grondement strident, rouge vif et or, fascinés par les piques qu’ils lançaient désespérément à la tranquillité de l’imperturbable.

[color=#bbddfa]_____[/color]Nous avions presque les pieds dans le vide et des feux-signes courbes et ondulés projetaient leurs fumées, essoufflés, au-dessus de nos épaules. J’ai senti ton corps susurrer un sursaut, puis ton bras s’est replié sous le mien et tu as pressé ma main. J’ai cru que mon contact faisait refluer les feux-follets. Les éclairs s’enchaînaient avec une violence faisant plisser les yeux. Lumière trop vive. Toi, tu avais déjà jugé ça dangereux, et mon bras était devenu ton refuge. Je me sentais comme une garnison fièrement campée sous les bombardements.

[color=#bbddfa]_____[/color]Les dernières chassaient les précédentes avant de s’évanouir à leur tour. Mortes-nées, épuisées-apparues. On pouvait les entendre à peine crier et disparaître. Imaginez un combat fantastique avec des explosions, des mêlées, des croisements et des entrechocs. La tour Eiffel nous élevait au plus près de l’ahurissante lutte et, sous le plafond du monde ruisselant de gerbes de lumière, plusieurs dieux aux affronts ténébreux, front contre front, juraient par la voix rauque des orages. Sans s’accorder de pause, ils firent croiser leurs traits de guerre et les passèrent au travers des corps lunaires de leurs adversaires. Ils s’évanouirent tel un nuage de poussière doré.

[color=#bbddfa]_____[/color]L’épouvantable confrontation avait-elle duré ? Il faudrait me donner à revivre ces instants ou croire aux ténèbres obscures. Le tonnerre avait fusionné avec le silence trouble. Les lumières s’étaient dissipées laissant de pâles empruntes dans nos mémoires.

[color=#bbddfa]_____[/color]Les murs au bas de la rue avaient eux-mêmes rendu les larmes.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je me souviens. Après le spectacle, les couleurs avaient continué de se battre. Les bougies gonflaient leurs lueurs. Les lampadaires s’étiraient sans arriver à se faire toucher les leurs. Sur Terre, il faisait jour, et dans le ciel nocturne on avait vu naître un deuxième soleil.

[color=#bbddfa]_____[/color]Les étoiles suivaient à la trace de blanches traînées fantomatiques, derniers soupçons intimes d’une nation en fête. Le ciel, à certains endroits quadrillés et opaque à d’autres, recueillait les soupirs. Nos pas nous portant toujours plus loin vers l’éloignement, une dernière pensée s’est agrippée, comme une paillette égarée. Elle chuchotait : Au fond, un feu d’artifice c’est comme une vie passée en accéléré. Nous naissons, nous brillons puis nous rejoignons le néant pour laisser place aux autres.

[color=#bbddfa]_____[/color]La place. C’est quelque chose qui manque, ici. Tous les bâtiments se touchent et s’embrassent, ne laissant pas d’espace pour le vent la lumière. De là-haut je les vois – ces figures abstraites et lointaines qui se dressent en surnombre, là, fiers, éternels, forêt de toits levés vers la grâce du ciel. Mais en bas, je n’y pense plus. Les poubelles et les poubelliers, les autobus et les embouteillages, les touristes et leurs cartes postales. Les traces de vie. Tout s’efface sous nos pas pressés ; on ne voit plus rien quand on est occupé.

[color=#bbddfa]_____[/color]Qu’est-ce que tu vois ? Cette rue si simple, si crue, belle sans avoir été déguisée, belle parce que riche en hommes, en présence humaine ; pas seulement de ces petits commerçants qui nous sourient en nous présentant leurs bricoles, pas seulement de ces mystérieux appartements fermés, à l’abri du regard, mais aussi dans la présence même de ces tags, ces dessins clandestins et psychédéliques qui enchantent les trottoirs, les murs les rideaux de fers condamnant l’entrée d’une demeure invisible. Oui, ici, dans ce trou de misère à côté des beaux quartiers, quelqu’un est venu, en silence, et les a dessinés. Figure solitaire bravant l’interdit ou bande de canailles venant hanter la nuit, elle fit naître la couleur et la joie dans un mélange incompris de violence et d’immobilité, de coups irréguliers tracés à la hâte, à l’œil ; de là naquit la beauté. Par la seule force du talent elle vit le jour, marque indélébile d’un passage éphémère. Et derrière a vécu quelqu’un, et derrière un autre y vivra. Ces gens, tous ces gens qui sont passés par là, ces passants, ces commerçants des rues qui luttent contre l’oppressante hégémonie du supermarché, ces employés de bureau qui n’ont pour refuge que cette ruelle délabrée, abandonnée des soins publiques, ces artistes urbains qui se sont exprimés à coups de bombes, de pinceaux et de plumes ; tous ont une histoire, le lieu même a son histoire ; et je trouve ça beau. Se dire que ces gens-là, ils ont une histoire, des espoirs, des attentes sur lesquelles ils ont vécu, cette tension qui les a poussés à continuer et qui les pousse encore aujourd’hui, jusqu’au bout, à ne jamais abandonner, je trouve ça beau. Et je me sens ivre de faire parti du monde. Car ce monde est beau. Le vois-tu, vois-tu comme le monde est beau ? Et c’est grâce à toi. Grâce à lui. Oui, lui dont j’ai croisé le chemin ce matin, et qui m’avait souri. Déjà j’oublie son visage. Mais il participe à la richesse du cosmos. Tous ceux que je rencontre chaque jour mais à qui je n’adresserai jamais la parole, toutes ces petites parcelles de mystère et d’histoire, tout vient s’additionner dans ma tête pour créer un prodigieux univers du possible… Et si je le recroisais un jour, par hasard, si, par l’un des nombreux miracles que Dieu fait, nous devions nous rencontrer, nous assiérions-nous dans un coin paisible de la rue pour qu’enfin me soit révélé son secret ? Oui, toi, dis-moi : quelle est ton histoire ?

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu marches à mes côtés. Trop lentement à ton goût, mais trop vite au mien. Nous sommes perdus dans les petites ruelles de Paris où une nappe de brouillard, sombre et malodorante, empêche toute perception. Ton nez retroussé se plisse joliment et tes yeux fouillent vainement cette brume obscure, cherchant un chemin. J'avance à petits pas de fourmi. Ce phénomène météo m'inquiète, il me rappelle un cours d'histoire sur les volcans.

[color=#bbddfa]_____[/color]Un passant nous indique gentiment comment sortir de ce labyrinthe et nous voilà enfin à l'air libre. Tu as encore l'impression de marcher sur des pavés alors que nous avons rejoint une rue bétonnée. Tes chaussures te font mal, tu peux sentir toutes les coutures de ces tennis soi-disant confortables. Le temps s'est rafraîchi et, dans le ciel, tu commences à apercevoir la lune, ronde et jaune. Elle sera pleine ce soir. Tu repenses à cette carte postale aux bords jaunis qui traîne dans la cuisine, et tu superposes son image à celle-ci. Tu as du mal à te souvenir de qui elle vient mais la photo, elle, aurait aussi pu être prise aujourd'hui.  Nous arrivons au bord d'un canal et tu aperçois une petite rue sur la droite, qui serpente entre les dernières échoppes ouvertes. Nous nous y engageons et nous arrivons au bout de ce qui s'avère être une impasse. Sur notre droite, un petit restaurant.

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu me lâches la main et te redresses pour essayer de trouver une table. Alors j'essaye de t'imiter pour ne pas sentir la boule qui enfle dans ma gorge. J'admire les mains liées et les regards embrasés des amoureux, l'adresse des serveurs qui dansent dans la foule ; je hume l'odeur d'un plat coloré, goûte toute la saveur d'un je t'aime murmuré dans une intimité violée, sens la chaleur qui vient de la cuisine et souris à une petite fille qui tripote les rubans de sa robe. J'imagine, la vie de la gothique seule au bar, les pensées de l'homme en costume dans le noir, j'intercepte un regard triste et plonge dans la félicité d'une famille… Mais la lumière est trop vive et je cligne des yeux.
Une épaule me bouscule, je recule d'un pas, trébuche et me heurte à un vieux couple. Leur odeur de parfums trop chers me prend à la gorge, la fille au ruban crie, un rire trop fort s'élève, je perds encore l'équilibre, sens des dizaines de peaux frôler la mienne, bats des mains, me rattrape à un manteau en vison, grimace en sentant la peau morte portée comme un trophée, essaye de m'en éloigner, halète pour tenter d'échapper aux odeurs étouffantes qui se mêlent pour hurler dans mon crâne ; j'ai envie de serrer ma tête dans mes mains pour échapper au rire qui continue de percer l'air, j'écrase des pieds et me heurte à des regards désapprobateurs en reculant, je suffoque derrière la boule qui obstrue maintenant ma trachée, cherche désespéramment quelque chose à quoi m'accrocher, juste un endroit où me réfugier, même un simple coin vide, échapper aux haleines qui se mêlent à la sueur et aux eaux de toilette dans la chaleur des corps emmêlés qui se serrent et s'écrasent, je me sens à la fois éléphant disgracieux et lapin effrayé, je m'asphyxie les sens et n'arrive même plus à lever ma tête pour fixer quelque chose de stable, je hoquette…

[color=#bbddfa]_____[/color]Enfin, tu baisses les yeux.

[color=#bbddfa]_____[/color]Ton regard me cherche un instant, croise le mien qui te fixe, et tu t'avances. C'est incroyable comme les gens s'écartent sans s'en rendre compte… Tu me tends la main, je m'y agrippe, on n'a rien à dire. Tu sais toujours ce qu'il faut faire.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je me blottis contre toi, tes bras m'arrachent aux sables mouvants et je peux enfin lever la tête. L'air libre… Ton souffle me chatouille et tu es là. Tu es toujours là.

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu tires une chaise comme tu ferais la révérence. Tes doigts frôlent mes épaules et retirent le dernier filtre. Tu poses mon manteau sur le dossier et t’assieds en face.
Sur la table en verre limpide jouent des arabesques métalliques ramifiées à la façon des plantes grimpantes. Au centre le noyau, entrelacement végétal, disperse ses ornements. Nous assistons en bordure, chacun de notre côté, aux naissances coïncidentes de deux bourgeons. La comparaison avec une table de jardin me vaut tes quolibets malicieux. Mais tu rajoutes que les lanternes descendues à la tombée du jour ressemblent à des fruits équatoriens retenus au plafond par des lianes de longueurs inégales.

[color=#bbddfa]_____[/color]Les lampions, rassemblés par îlots de quatre, sont percés de petits œillets, si bien que la lumière se propage par fragments, filandreuse. Un éclairage diffus, rescapé de l’obscurité, transparaît derrière les grandes baies vitrées, et tu souris en faisant le rapprochement avec de grands miroirs d’eau.

[color=#bbddfa]_____[/color]Le magnétisme est chez toi une qualité. Ni le serveur ni ses manières de dandy jules vernien ne s’y trompent. Treize mots modulés comme une chanson douce. Bienvenus Madame, Monsieur, que pouvons-nous vous offrir qu’il puisse vous ravir ? La maîtrise, l’expérience et la perfection de qui se trouve dans son milieu naturel. Une odeur de safran émane de ses gestes fluides et dans ses paumes, me semble-t-il, des tatouages au henné brillent et disparaissent par intermittence. Mais je n’ai guère le temps de m’en enquérir d’avantage : le maître d’hôtel nous tend deux cartes. Jardin d’Asfar.

Les paradis terrestres sont cachés.

[u]Salade safran du Gâtinais[/u] : Feuilles rouges sanguines, brins verts longilignes, fleurs mauves symétriques, grains topaze ponctués de noix indéfinissables et délicieuses.

[color=#bbddfa]_____[/color]Nous sommes sur une terrasse qui donne sur la mer. Il fait noir. La lueur blafarde du Soleil couchant éclaire doucement ton visage ombragé, te donnant un air fantastique : tu es un fantôme surgissant de l’oubli ; tu as transcendé la mort juste pour me retrouver. Des tables nappées de blanc ont poussé sur le sol comme des champignons, erratiques, dispersées çà et là, à l’intérieur : deux ici, trois par-là, cinq agglutinées près de l’entrée… Mais nous sommes seuls. Notre champignon est un îlot qui nous coupe entièrement du monde, nous en sépare par des kilomètres de terres et de chemins cahoteux, de galets et de murs mystérieux – sobres, sombres, décorés de quelques peintures que je peine à distinguer. Une fontaine de lumière est pendue au plafond, nous arrosant sereinement de son liquide vitreux. Elle est d’un saphir translucide, presque transparent… C’est un flocon, un flocon si léger qu’il peut flotter dans les airs, un nuage de verre qui se prélasse dans ce ciel d’un jaune blême et nacré, qui s’allie avec ces petites lanternes rouges pour créer cet obscur éclairage si mystique, si fascinant que je me croirais dans un autre monde.

[color=#bbddfa]_____[/color]Oui, nous avons traversé le portail. Une brume chaleureuse nous entoure d’effluves alléchants qui me font saliver : une odeur timide, sucrée. Je ne sais pas où je suis mais je m’en moque parce que je pense à toi. Entre les cris des mouettes et les complaintes des embruns, entre la douce mélodie des bises et les sifflements rauques des  moteurs, entre toi et moi résonne le silence. Nous, en hauteur, bien à l’abri des tracas parisiens, là, au sommet du monde, face à face nous nous oublions. L’eau peut continuer de couler sous le pont, les garçons de s’agiter dans cet univers désert qui se désagrège et se métamorphose : moi je suis avec toi, les fesses bien enfoncées dans ma chaise rembourrée cuir, les pieds nus posés sur le lisse parquet en bois, là, au milieu des galaxies qui n’appartiennent qu’à moi, qui ne sont faites que pour moi, que pour toi, que pour que toi et moi puissions nous rencontrer et nous unir.

[color=#bbddfa]_____[/color]Mais il n’y a rien entre nous, rien que cette île minuscule où reposent un verre et une assiette. Quatre couverts et deux serviettes. J’aimerais la renverser, qu’elle disparaisse pour que je puisse me mettre avec toi, me blottir contre ton corps et y rester pour toujours mais elle reste, elle persiste notre petite embarcation, elle refuse de couler de nous emporter dans les profondeurs de l’inconnu…

[color=#bbddfa]_____[/color]Rouge. Luisant et lustré, plat et circulaire. Blanc poudré. Marron glacé, crémeux, saupoudré de pics vertigineux. Noirs. Parsemés tout autour de cette construction impossible qui trône au sommet de cette montagne démesurée… Une tour si belle, si fragile, un chef-d’œuvre d’architecture si beau si délicat que nous hésitons avant de l’entamer. Les sept merveilles… Dessert de crème fruité. Un cylindre parfait qui s’élève sur plusieurs étages de rouge et de noir, de gâteau et de chantilly, de chocolat et de fruits exquis… un pur régal !

[color=#bbddfa]_____[/color]Nous nous sommes installés contre la fenêtre, notre place préférée. Je sais que tu as toujours aimé t’asseoir là pour contempler la rue par la vitrine ; tu dis souvent que c’est un écran sur la vie, un cinéma gratuit. Nos fauteuils sont suffisamment près, je peux sentir mon genou contre le tien. Le contact est chaud et appuyé mais il est agréable parce qu’il vient de toi : c’est une marque de ta présence, un moyen de prouver et de me promettre tout ce que ta bouche ne peut pas dire. Mais bien que ce geste soit délibéré, tu n’y prêtes pas attention et préfères regarder dehors. Pendant ce temps, tes mains jouent distraitement avec la nappe blanche, c’est comme si tu t’amusais à dessiner dessus ; comme si tu cherchais à laisser ta marque sur la simplicité qui nous entoure. Car tout est simple, ici. Moderne et sans fioriture mais très éclairé, avec des murs clairs qui forment un cocon qui nous isole d’un extérieur menaçant. Ainsi sommes-nous exilés, protégés, sauvés par ces remparts solides et imaginaires. Seule la baie vitrée peut nous tirer mentalement de cette bulle dans laquelle nous nous sommes réfugiés, avec la vision des gens pressés qui se baladent devant nous au sein du Paris que la société dévore. Tu ne trouves pas ça rassurant, toi, d’être là, hors de tout ? De pouvoir faire une pause, pour une fois ? Car vois-tu, ce soir rien ne peut plus nous toucher et surtout, rien ne saurait nous manquer à l’image de cette table à laquelle nous sommes assis : elle est complète et bien garnie.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je nous ressers à boire, tu prends ton verre mais ne parle pas. Tu as toujours aimé t’exprimer avec les yeux plutôt qu’avec la voix, et là tu me regardes. Tes pupilles, éclairées par la couleur des lumignons qui dansent sur la table, brillent au-dessus du verre dans lequel tu bois avidement. Comme à chaque fois, il me semble que toute la tendresse du monde s’est condensée dans tes yeux, et trop peu de gens ont ce regard-là. Mais ce soir il n’y a que toi et d’un coup, c’est comme si tout le reste avait disparu. Les discussions sont mises en sourdine et on n’entend même plus la dame de la table d’à côté qui parle fort et repose bruyamment son couteau sur le bord de son assiette vide.

[color=#bbddfa]_____[/color]D’ailleurs, nous n’avons pas encore touché aux nôtres. Elles sont simples mais bien agrémentées, pleines de couleurs chaudes. Un délice rien que pour les yeux. L’odeur rassurante des ravioles fromage-figues déposées au creux des assiettes et accompagnées d’un peu de paprika nous enveloppe tel un souvenir d’enfance et c’est comme l’étreinte d’une mère bienveillante – bien que, dans l’instant, je préférerais la tienne qui ne saurait qu’attendre encore un peu. En goûtant à mon plat, je me débats avec la chaleur trop soudaine qui irradie ma langue et ça te fait rire. Tu caches ton sourire derrière ta serviette ; tu n’as jamais voulu trop dévoiler tes émotions, même les plus infimes. Ton humeur est aussi blanche que l’endroit mais je crois que c’est ce qui m’attire, finalement, ainsi que le mystère tout entier qui accompagne ton être.

[color=#bbddfa]_____[/color]Places 32 et 33. Je suis assis près de la fenêtre et toi côté couloir. Je vois une femme courir sur les quais, valise à la main. Sa valise est presque plus grosse qu'elle et elle n'arrive pas à la monter dans le train.

— Vous voulez de l'aide pour monter, madame ?

[color=#bbddfa]_____[/color]Tes cheveux bruns frôlent tes joues quand tu te penches sur la poignée ; je bâille. Tu as à peine le temps de te rasseoir que le train part.

— Tu veux qu'on s'achète à manger pour pouvoir se coucher en arrivant ?
— Arrête de t'inquiéter, de toute façon y'a un reste de riz au frigo.

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu lèves tes yeux au ciel et je soupire en réprimant un sourire. Je m'appuie contre la vitre, les mains au chaud dans un sweat gris. Dehors, les immeubles ont laissé place à des pavillons. Dans un jardin, un groupe de gamins joue au foot et plus loin deux hommes se baladent. Dans le ciel, un petit nuage a la forme d'un mouton ; j'essaye de te le montrer mais tu fermes déjà les yeux. Tu as gardé ton sac sur les genoux et tu as les mains posées dessus ; tu bouges un peu, ta tête penche à gauche.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je sors un roman de mon sac, me cale dans mon siège et reprends ma lecture. Encore deux heures jusqu'à Nantes.

— Ah purée !
— Qu'est-ce qu'il y a encore ?
— Rien, rien, j'ai fait tomber mon marque-page. Je t'ai réveillée ?
— Non t'inquiète, je n'arrive jamais à dormir dans les trains de toute façon.

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu décales ton genou le temps que je ramasse mon bout de carton.

— En fait il est de ton côté, tu peux essayer de le prendre s'il-te-plait ?
— Mmh.. Tiens.
— Merci.

[color=#bbddfa]_____[/color]Je me remets à lire.

— Eh mais je l'ai lu ce bouquin ! Tu vas voir : la fin, c'est n'importe quoi.
— Mais t'es pas possible, j’veux rien savoir !"

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu prends un air satisfait, contente d’avoir éveillé ma curiosité.

— Mmh Camille...
— Ouais ?
— Est-ce que c'est l'épicier, l'ombre que voit le témoin ?
— Tu veux vraiment savoir ? Vraiment ?
— Hum, oui… En fait non. Oui ! … On l'apprend vite ou pas ?
— Ça dépend, t'en es où ?
— Page 74.
— Gné dans l'histoire, j'ai pas appris les pages par cœur !
— Ah pardon. Ben le policier vient de l'interroger, là.
— Oh t'as le temps avant de savoir alors !

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu arbores un grand sourire, l'air de dire héhé moi je sais. Je soupire.

— Dur dilemme hein ? Bon je te laisse lire, faut que j'aille aux toilettes.

[color=#bbddfa]_____[/color]Tu te lèves. Je ferme mon livre à cause de la migraine qui commence à venir, me demandant toujours si l'épicier est coupable. Je regarde les paysages défiler par la fenêtre en rêvassant. Tu reviens.

— Alors, tu veux pas savoir qui c'était cette fameuse ombre ?

[color=#bbddfa]_____[/color]Je te lance un regard noir et tu t'affales sur moi pour essayer de dormir. Je continue d'observer dehors pendant une, cinq, dix minutes et puis mince, de toute façon je n'ai jamais su supporter le suspens.

— Camille ?
— Mmh quoi ?
— Tu peux juste me dire si c'est l'épicier ?[/justify]
</div>

_________________


Les relations seules comptent pour l'homme. Mes relations, c'est toi.

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