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 [Gwen] Juliette (Roman)

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Gwen
Passager


Messages : 19
Birthday : 23/11/1996
Âge : 20
Où suis-je ? : France

MessageSujet: [Gwen] Juliette (Roman)   Lun 20 Mai - 16:23

1
Un dérangeant retour vers le passé

____Cette nuit-là, elle resta longuement dans l’incapacité à trouver le sommeil. À chacune de ses tentatives, un nouveau flot de pensées la submergeait, troublant son esprit, altérant ses sens, dissipant sa torpeur. Elle soupira et se retourna vers l’homme allongé près d'elle. La lune éclairait faiblement les traits de son visage, des traits qu’elle connaissait par cœur. Son nez fin et droit, sa bouche pulpeuse, ses épais sourcils noirs… Il était tout ce qu’elle avait toujours souhaité, sans jamais réellement y croire. Elle partageait sa vie depuis seulement quelques mois, mais il lui semblait déjà qu’elle ne le quitterait plus.
____Rassérénée par sa présence, elle s’endormit, sans imaginer que le passé avait enfin décidé de ressurgir.

____Elle était jeune alors, elle ne devait pas avoir plus de dix-huit ans. Il faisait nuit depuis longtemps et pourtant, le sommeil ne la dérangeait pas : cela faisait plus de deux heures qu’elle demeurait, imperturbable, penchée sur ses leçons. Seul le grattement de sa plume troublait le silence de la petite chambre jusqu’à ce qu’un gloussement ne survienne, rapidement suivi par des paroles chuchotées avec empressement.
____La jeune fille soupira et une expression de dégoût envahit son visage: il était temps pour elle de rejoindre son lit. Son esprit était occupé par diverses formules de mathématiques et paradoxes économiques lorsqu’elle s’endormit enfin, après plusieurs heures de travail.
____Ce furent des cris et des pleurs qui la réveillèrent le lendemain. Une dispute avait dû éclater entre ses parents, ce qui ne l’étonnât guère. Après s’être séparés à maintes reprises, ils n’avaient pas eu de meilleures idées que de se remettre ensemble. Depuis, elle avait décidé de ne plus se mêler de leurs histoires comme elle l’avait fait auparavant.
____N’arrivant pas à se rendormir, elle se leva, déjà de mauvaise humeur. Ce matin, elle devait aider son père et son frère à la ferme afin d’avoir la paix. Elle détestait cette besogne qu’on lui imposait. À quoi bon s’anéantir physiquement lorsque notre intelligence nous permet de nous épargner tant de labeurs ?
____Elle soupira en enfilant sa combinaison de travail, et descendit à la cuisine afin de déjeuner. Elle marmonna un bref « Bonjour, m’man. » en passant devant sa mère aux yeux rougis par les larmes. Autrefois, elle l’aurait consolée. Cependant, il y avait bien longtemps qu’elles ne se comprenaient plus.
____— Juliette ! Juliette ! cria tout à coup une fillette âgée d’environ cinq ans en courant vers elle, les bras ouverts, prêts à étreindre la jeune fille.
____Elle avait été contre sa naissance. Sa famille n’avait jamais eu beaucoup d’argent, et elle ne voulait pas qu’un autre enfant subisse ce qu’elle avait connu. Pourtant, sa sœur était désormais la seule personne qui demeurait importante pour elle, sa seule source de bonheur. Il lui serait difficile de la laisser.
____— Je dois aller aider papa, mon ange.
____Et c’est le cœur lourd que Juliette rejoignit son père et son frère à la ferme. Elle passa de longs moments à nourrir les vaches, les veaux, à laver le sol… Autant d’activités qui lui semblaient tant inintéressantes qu’inutiles.
____Chacun de ses gestes était ponctué de critiques, mais aussi d’injures de la part de son frère et de son père. Ils aimaient lui rappeler qu’à leurs yeux elle n’était qu’une incapable, un membre inutile de la famille, une moins-que-rien. Et la jeune fille gardait le silence, se promettant de réussir, de leur prouver qu’elle valait mieux qu’eux tous réunis.
____Il était treize heures lorsque tous trois rentrèrent enfin. Sa mère, Sabine, avait déjà dressé la table et rempli leurs assiettes afin de ne pas avoir à subir les critiques acerbes de son mari. C’est donc en silence que commença le repas, personne n’osant parler de peur de déclencher une nouvelle dispute, jusqu’à ce que Juliette ose enfin suggérer :
____— Heu… Papa ? Maman ? Il faudrait voir pour mes études supérieures…
____Ses parents se regardèrent sans qu’aucun trait de leur visage n’exprime un soupçon d’intérêt. Il y eut un court silence avant que sa mère ne réponde enfin.
____— Oui, on sait. Tu en parles depuis des semaines.
____— Peut-être parce que c’est important ? répliqua Juliette, vexée par le mépris non dissimulé de ses parents.
____Aucun ne prit la peine de relever ses paroles. Ils n’avaient jamais compris pourquoi leur fille ne restait pas avec eux, à la ferme, comme son frère. Pourquoi elle n’aimait pas y travailler, comme son frère. Et pourquoi s’intéressait-elle tant à des choses qui leur semblaient abstraites et inutiles : l’économie, l’histoire, les mathématiques, la politique… tandis que son frère ne connaissait pas la signification de ses mots et n’y prêtait aucun crédit, sur l’exemple de ses parents.
____Très vite, la conversation aboutit à des sujets qui ne la concernaient nullement, mais qui semblaient ravir toute la famille, dont sa sœur. Elle quitta alors rapidement la table afin de retrouver la tranquillité de sa chambre et de s’éloigner au plus vite de cette famille qui, à ses yeux, n’aurait pas dû être sienne.

____— Juliette…
____La jeune femme avait du mal à ouvrir les yeux et son esprit était encore ensommeillé, occupé par ses songes, cependant elle reconnaissait cette voix.
____— Juliette… Ça va ?
____Enfin, ses paupières se soulevèrent, lentement. Autour d’elle, il faisait encore nuit. Tom était penché sur elle, les yeux plissés, le regard anxieux. Il était si beau, en ce moment, à la lueur du clair de lune, qu’elle aurait voulu se jeter dans ses bras. Cependant, elle ne comprenait pas ce qu’il se passait.
____— Désolé, dit-il très vite en voyant le regard interrogateur de sa compagne. J’ai cru t’entendre pleurer, ça m’a réveillé.
____Juliette passa ses doigts sur ses joues. Très vite, elle se rendit compte que celles-ci étaient humides.
____— Oh !
____Enfin, tout lui revint. Son rêve n’en était pas un : c’était un souvenir. L’un de ceux qu’elle cherchait à oublier depuis tant d’années, comme elle avait oublié sa famille auparavant pour parvenir à ses fins.
____Troublée, elle se blottit contre le dos de Tom qui, déjà, s’était rendormi. Épuisée par sa journée et son sommeil agité, elle se rendormit seulement quelques minutes après lui, protégée par sa chaleur et sa présence.
[Le chapitre n'est pas complet, j'ai pas voulu vous décourager dès le début. Bonne lecture ! :)]
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Gwen
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Où suis-je ? : France

MessageSujet: Re: [Gwen] Juliette (Roman)   Sam 25 Mai - 18:08

____Le lendemain, Juliette eut beaucoup de mal à quitter la torpeur dans laquelle la maintenait la fatigue. Il semblait cependant qu’elle ne gardait aucun souvenir des évènements nocturnes. Après quelques minutes, elle chercha Tom de la main. Cependant, ses doigts fins ne rencontrèrent que les draps de soie qui tapissaient leur lit : elle était seule. Elle soupira. Tous deux étaient tant occupés par leurs métiers respectifs qu’ils passaient peu de temps ensemble, et elle le regrettait profondément.
____Contrairement à la plupart des autres jours, ses rendez-vous débutaient seulement à dix heures. Ainsi, elle prit le temps de passer au café de la rue afin de prendre en thé en lisant le journal du jour. Comme d’habitude, partout, des enfants étaient assassinés, de l’argent détourné, des femmes violées… Très vite, elle referma le journal en soupirant, blasée par le monde où elle vivait.
____Elle resta plusieurs minutes à observer la foule qui allait et venait dans la rue, d’un air pressé, presque affolé. Pour elle qui avait grandi à la campagne, ce spectacle restait toujours fascinant, bien qu’elle vive en ville depuis ces dix-huit ans. Enfin, elle quitta le café et rejoignit son cabinet.
____Elle passa une heure à relire le dossier d’un de ses clients, un adolescent de treize ans. Il n’était pas rare qu’elle défende de jeunes délinquants, pourtant chaque nouvelle histoire la touchait particulièrement. Bien souvent, ces enfants étaient fragiles, élevés dans une famille atypique qui n’avait pas su les éduquer correctement…
____— Comme la mienne… murmura-t-elle.
____Heureusement, Juliette n’eut pas le temps de penser davantage à sa famille. Déjà son secrétaire pénétrait dans son bureau afin de la prévenir de l’arrivée de l’adolescent, avant de quitter la pièce. Juliette prit une profonde inspiration afin de trouver du courage et quitta son bureau afin d’accueillir l’adolescent et sa mère.
____Les clients défilèrent avec une lenteur assommante. Tout l’endormait : les couleurs sombres de son bureau, le bruit lancinant de l’horloge, les piles de dossiers ennuyeux qui l’entouraient et, par-dessus tout, les paroles qu’elle échangeait avec ses clients. Cela faisait seulement trois ans qu’elle était avocate, et elle ne s’attendait pas à ce que lassitude la prenne aussi vite. Il lui semblait que sa place n’était pas ici, dans ce bureau funeste, à tenter de régler — à très modeste échelle — les injustices de la vie. Elle espérait seulement que ce sentiment ne durerait pas.
____À treize heures, enfin, elle partit rejoindre Tom au restaurant situé à seulement deux rues de son cabinet. Lorsqu’elle le vit assis, habillé de son costume sombre qui mettait en valeur ses yeux noirs, elle ne put s’empêcher de sourire de bonheur. Elle n’aurait jamais cru avoir la chance d’épouser un homme qui lui semblait tellement merveilleux, et dont même les défauts possédaient un certain charme.
____— Vous attendez quelqu’un ? lui demanda-t-elle, radieuse.
____Il leva la tête vers elle et son regard témoignait de tant d’amour qu’elle ne put s’empêcher de poser ses lèvres sur les siennes, malgré le monde qui les entourait. Cependant, ce baiser se devait d’être fugace et elle se retrouva, à regret, assise en face de lui, loin de la chaleur de son corps et du réconfort que celle-ci lui apportait.
____— Alors chérie, comment s’est passée ta journée ?
____Juliette décida de ne pas faire part de sa lassitude à son compagnon, d’autant plus que celle-ci était sans doute passagère. Ainsi, elle lui raconta avec enthousiasme les affaires sur lesquelles elle travaillait, l’adolescent sur qui le travail de l’éducatrice semblait bénéfique et dont la défense progressait, le père qui reverrait sans doute prochainement ses enfants…
____Tom adorait l’écouter parler de son métier. Il était évident qu’elle pensait sincèrement faire le bien autour d’elle, et que cette situation la comblait profondément : sa passion se révélait dans chacun de ses gestes, chacun de ses mots, chacun de ces regards enflammés. Elle parlait de ses clients comme elle parlerait de ses enfants si elle en avait eu.
____— Tu ferais une excellente mère.
____Très vite, la voix de Juliette se brisa et il lui sembla que ses yeux devinrent soudainement plus brillants. Il n’avait pas eu le temps de retenir ses mots. Il ne s’était pas même rendu compte qu’ils les avaient sur les lèvres, prêts à blesser sa femme et à provoquer une nouvelle dispute.
____La maternité avait toujours été l’un des sujets à ne pas aborder avec Juliette, ce qui blessait profondément son mari. Contrairement à elle, lui avait toujours souhaité avoir des enfants et n’avait pas encore renoncé à cette idée.
____— Chérie… Je suis désolée, mais c’est ce que je pense et… J’aimerais fonder une famille avec toi, j’aimerais concrétiser notre amour, et je ne comprends pas les raisons de ton refus…
____Une larme courut le long de la joue d’Juliette, s’écrasant sur sa main. Le silence se fit plus pesant. Il formait une barrière invisible mais puissante entre eux, une barrière qui empêchait que l’un ou l’autre ne reprenne la parole. Le silence les séparait.
____Ceux des tables alentour commençaient à faire des commentaires, observant la scène du coin des yeux, si bien que Tom se pencha et murmura :
____— S’il te plaît, commandons. Je dois retourner à l’agence à quatorze heures trente. On parlera de tout ça ce soir, souris.

____Elle regagna son cabinet peu après quatorze heures et à sa grande surprise, ce fut un soulagement. Le déjeuner avait été long et elle se sentait coupable d’avoir peiné Tom par ses réactions. À peine arrivée dans son bureau, elle sortit son téléphone portable et lui envoya un bref message: « Je suis désolée. Je t’aime. »
____Contre toute attente, son après-midi fut pire que sa matinée. En effet, elle ne reçut pas de réponse de Tom, ce qui ne fit qu’augmenter son inquiétude, et elle s’était entretenue avec un nouveau client dont l’affaire semblait très difficile. Ainsi, pressée de rentrer et de retrouver Tom, elle emporta ce soir-là quelques dossiers à retravailler chez elle.
____Il était négligemment assis sur le canapé, le visage impassible, lorsqu’elle pénétra dans l’appartement. Cependant, ses yeux semblaient vitreux et elle comprit bien vite qu’il avait pleuré. Par sa faute. Cette simple constatation lui retourna l’estomac. Il n’eut aucune réaction en la voyant approcher. Son visage resta fermé. La tendresse n’occupait plus sa voix lorsqu’il lui dit platement, presque par politesse :
____— Salut, chérie.
____Ravalant ses larmes, elle déposa ses dossiers sur la table basse et s’assit à ses côtés. Elle n’osait pas parler la première, mais le silence qui s’intensifiait la mettait mal à l’aise. Elle rassembla donc son courage et engagea la conversation :
____— Tu n’as pas eu mon message ? Je suis désolée…
____— Je sais… murmura-t-il, impuissant.
____Elle se rapprocha de lui et l’étreignit, cachant son visage dans son cou. Elle aimait tant l’odeur qui s’en dégageait et le réconfort qui s’en apportait. Tendrement, il posa la main sur ses cheveux longs et les caressa. Ils s’aimaient, nul n’aurait pu en douter en cet instant.
____— C’est juste que… (Sa voix se brisa et une larme échappa à son contrôle.) J’ai peur que tu ne m’aimes pas suffisamment, que tu ne veuilles pas d’une famille avec moi… C’est peut-être stupide, mais…
____Il ne put poursuivre sa phrase. Il semblait si vulnérable, si fragile en cet instant que Juliette en fut touchée : elle ne l’avait vu que rarement pleurer, contrairement à lui. Elle soupira et l’embrassa sur la joue, avec une infinie tendresse. Elle se devait de lui dire la vérité à propos de son refus. Elle inspira alors profondément et le regarda enfin dans les yeux :
____— Je ne veux pas fonder une famille pour le moment, alors que je n’ai plus la mienne…
____Il soupira ostensiblement et sa détestation pour sa belle-famille ne fit qu’augmenter, bien qu’il ne l’ait jamais rencontrée.
____— Alors que proposes-tu ?
____— Donne-moi du temps.
____Il ne réfléchit que quelques secondes. Il se sentait pour le moment incapable de la quitter. Alors, pour toute réponse, il lui sourit avant d’embrasser ses lèvres, rendant ainsi concret leur accord. L’équilibre restait cependant précaire, et ils le savaient.
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