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 Thème du 2 avril au 13 mai 2013

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Dans quel contexte le mot magrusinage est d'après vous le plus mis en valeur ?
Magrusinage en Polynésie d'Elshalan
33%
 33% [ 5 ]
C’était un vendredi. d'Anaël
7%
 7% [ 1 ]
Propagande de Lyadrielle
27%
 27% [ 4 ]
Un Mensonge à Dévoiler d'Ewilan
20%
 20% [ 3 ]
Souvenir qui dérange de Fred
13%
 13% [ 2 ]
Total des votes : 15
 

AuteurMessage
Tildu
Commandant de Bord


Messages : 429
Birthday : 06/05/1996
Âge : 20
Où suis-je ? : Ici...ou ailleurs

MessageSujet: Thème du 2 avril au 13 mai 2013   Mar 2 Avr - 22:23

Ho ho ho !
Encore bonjour jeunes matelots. L'heure est grave... Non, sérieusement, quelle peine de voir le bateau stagner, sans horizon...et la cause principale, ce capitaine, trop souvent absent qui lègue la barre et qui oublies son devoir !
Je vous avoue, les temps sont durs ces derniers temps, Julie est en pleine prepa, moi même me fait surprendre par le travail à fournir en première S, et nous n'avons plus autant le temps de nous consacrer à ici. Cela doit faire bientôt un an que l'une ou l'autre n'avons pas écrit de texte par ici...
Par chance, les matelots rament, les commandants dirigent, et le navire, plus lentement peut être, continue certes d'avancer...(oulah, je viens de voir un faute horrible, pardonnez moi si il y en a d'autre...)
Des fois aussi, je reçois un petit mail me disant qu'un nouveau marin vient de rejoindre l'équipage, et je lâche un petit sourire.
Enfin, quand je vois des petits M.P. sympa d'Zois'O ou des messages désespérés d'une Fred qui attend le thème du Casino, je me dis que ce transatlantique/paquebot/pirogue/canot (vive les dictionnaires de synonymes !) a le droit d'avancer.

Je reviens donc après ce long détour qui n'avait rien à voir avec le Casino pour vous présenter un petit thème. Pour moi, c'est aussi une façon de voir qui il reste à bord, de pouvoir connaître le style des "nouveaux", de retrouver celui des "anciens". Alors, je vais mettre un  petit mot dans le message d'accueil et sur la page Facebook, pour que le maximum d'entre vous puissiez participer. Alors, biensûr, si vous trouver le thème à chier peu instructif, que vous n'avez vraiment aucune idée ou que le temps vous manque ( ce que je comprendrai farpaitement), après un ou deux siècles, je pense que je vous pardonnerai de ne pas avoir participé, mais n'hésitez surtout pas à laisser un petit mot par ici pour dire que vous n'y participerez pas (oui oui le truc qui sert à rien, mais vous comprenez pas, je fais un atroupement de foules !) En plus, j'ai essayé de comprendre toutes les vacances des trois zones scolaires (je sais même pas si y en a de toutes les zones, mais on sait jamais). Donc mon message c'est " INSCRIVEZ VOUS !"

Bon, pour en revenir au faits, mon petit thème, tout droit volé d'un atelier d'écriture est le suivant :

Citation :
"Utilisez le mot MAGRUSINAGE pour recréer un fait historique"

Vous me dites si c'est pas clair, mais sinon, je ne veux pas vous induire des idées en essayant d'expliquer...En tout cas, je sais pas si ça vous inspire, mais j'ai trouvé ça pas mal comme idée, et ça change un peu des thèmes de d'habitude ! J'essairai moi même de participer !

N'oubliez pas de vous inscrire donc, et de m'envoyer le texte (à Tildu si possible) avant le disons...5 mai !
Et encore merci à tous d'avoir pris quelques minutes pour lire tout ça ! Et bonne chaaance !

Edit 5 Avril : Rooh ! Vous m'embêtez ! Magrusinage est un mot inventé, et vous devez lui trouver un sens...c'est ça votre travail ! Si le mot existait, je vous macherais le travail non mais !

_________________
"All we have to decide is what to do with the time that is given us. "
J.R.R. Tolkien


Dernière édition par Tildu le Ven 5 Avr - 18:45, édité 1 fois
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Capitaine
Admin Fondateur


Messages : 88

MessageSujet: Re: Thème du 2 avril au 13 mai 2013   Mar 14 Mai - 18:16

Bonjours matelots !
Désolé pour ce retard prolongé, mais je voie que ça a pu en inspirer d'autre à écrire des textes ! Et quelle inspiration ! Vous en avez écrit du magrusinage !
Un grand merci aux participants et bonne chance !

PS : J'espère que j'ai tous les textes, vu que j'ai pas croisé Julie, sinon envoyez moi un mp !


Magrusinage en Polynésie

Cette histoire se passe en 382 après J.C. Alors que Valentinien II devient empereur à Rome, un Polynésien du nom de Tahu allait faire quelque chose de tout à fait exceptionnel. Un acte novateur eu audacieux, qui allait révolutionner beaucoup de choses.

Tout commença un matin de Juillet. Rien ne laissait présager que ce jour-ci allait être différent des autres.
Tahu, comme d'habitude, se leva à l'aurore. La petite île qu'il habitait était tout à fait accueillante. La mer y était rarement agité, le ent ne faisait jamais s'envoler les parasols, et des cocotiers lui donnaient facilement des noix, ce qui lui fournissait un peu de variété dans ses cocktails.

Oui, un détail important. Les Polynésiens, avant l'arrivée des Européens conquérants, menaient une vie magnifique : cocktails toute la journée, emplois simples, baignade en fin d'après-midi, sable blanc... Leurs paillotes étaient fraîches la journée, douces dans la soirée, et disposaient de tout le confort nécessaire : un hamac en tissu rembourré, une table, une boite avec de la glace pour garder le poisson ( et les cocktails ) au frais, de l'eau courante, amenée grâce à des bambous et des pompes marchant à l'énergie solaire, et même une petite pièce aérée ou aller faire ses besoins naturels.
Ils avaient tous des chaises longues, passaient d'agréables soirées à boire où à danser en pagne, et profitaient d'une vie agréable.
Le grand luxe.
Le problème est qu'ils ont caché tout ça aux Européens, afin que ces derniers n'aient pas envie de rester. Mais ils sont restés quand même, empêchant les Polynésiens de ressortir chaises longues et parasols.



Mais ne laissons pas s'échapper les anchois ( expression polynésienne signifiant « revenons à nos moutons » ). Tahu, donc, s'était levé tranquillement, avec le soleil. Il revêtit un pagne pas trop sale qui traînait au pied du hamac, et s'éclipsa discrètement, laissant la charmante demoiselle se réveilleur seule. Ils s'étaient rencontrés la veille, à la fête d'anniversaire de Omuha, et avaient terminés la nuit ensemble, mais Tahu ne comptait pas prolonger la relation.
Il arriva rapidement à sa propre paillote, une belle petite cabane près de la plage. Il la partageait avec sa grande sœur, Aleihu, qui arrivait en même temps que lui. Elle non plus n'avait passé la nuit à la maison.
- Pas de commentaires, lui dit-elle en voyant son sourire moqueur.
Tahu acquiesça, et allait rentrer quand il reçut une noix de coco sur la tête ( pour ceux qui n'ont jamais essayé, ça fait mal )
Il cria et s'effondra, à moitié assommé. A travers les étoiles qui embrouillaient sa vision, il aperçut cependant sa sœur se moquer ouvertement de lui, avant d'être elle aussi frappée de plein fouet par un projectile de cocotier.
Tahu eut juste le temps de se demander si le bruit creux venait de la noix de coco ou du cerveau de sa sœur avant de prendre une deuxième noix de coco et de s'évanouir.

En haut du cocotier le tireur, un capucin rigolard, sautilla et descendit afin d'aller piller la réserve de cocktails du frère et de la sœur assommés sur le seuil de leur maison.





Tahu émergea quelques heures plus tard, alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Uun regard par la porte ouverte lui suffit pour comprendre ce qu'il s'était passé : leur réserve de cocktails était totalement dévastée.
- Oh là là, Tahu... gémit Aliehu... Comment on va faire ? On organise l'anniversaire de Jihehe après-demain !
- On rachètera des cocktails, la rassura Tahu.
- Et avec quel argent ? Je te rappelle que tu as dépensé tout nos réserves du mois pour t'acheter des skis nautiques !
Tahu grimaça au rappel de ce détail. Il avait oublié que le bateau à moteur n'existait pas encore, et s'était retrouvé avec une paire de skis inutiles.
- Je vais aller pêcher, et ramener du poisson. On le revendra.


Et voici comment, dix minutes plus tard, Tahu était sur sa barque, à une centaine de mètres de la plage, ses filets à la main. Il se préparait à les lancer, attendant le bon moment.
Vlan ! Tahu lança les filets sur un banc de maquereaux... et lança dans le même temps la glacière à cocktails ( vide ) qui était accrochée aux filets et qu'il n'avait pas vu.
- Oh non, marmonna-t-il quand il vit la boite couler. Quel magrusinage.

Magrusinage était encore le mot utilisé pour désigner le fait d'envoyer une glacière par le fond pendant une partie de pêche.

Conscient de la réaction de sa sœur s'il perdait une glacière un jour comme aujourd'hui, il enleva son pagne et plongea pour récupérer la précieuse boîte.
Heureusement, le fond n'était pas loin, et il eût tôt fait de récupérer la boite et de la remonter dans sa barque.
Ce n'est que quand il fut rhabillé et confortablement installé dans son canot qu'il remarqua que la boîte n'était pas vide. Elle contenant une bête étrange, sorte de gros poisson rouge-brun avec des pattes et d'énormes pinces, qui faillirent couper un doigt au jeune pêcheur quand il tenta de la sortir.
- Oh ! Trop bien, une nouvelle bête ! Je la connaissais pas, celle-ci ! Se réjouit Tahu. Je vais pouvoir la vendre très cher au marché !
Il remballa ses filets et allait commencer à ramer quand quelque chose le fit s'arrêter. Il attrapa la boite contenant la bestiole étrange, et la regarda attentivement.
- Comment je pourrais appeler ça ? Mmmm... Je sais ! Ce sera un TABOURET !


Tahu vendit la bête au marché, et récolta assez d'argent pour faire une soirée incroyable. Il expliqua aussi comment il l'avait pêché, répandant cette technique parmi ses amis pecheurs.
C'est ainsi que « magrusinage » devint le nom officiel de la pêche au homard*, une invention incroyable qui permit la création de plats toujours plus audacieux basés sur cet animal étrange, et agrémenta les repas d'innombrables familles.
Nul doute que sans ce magrusinage de Tahu, le monde n'aurait pas pu connaître les délices du homard, et qu'un immense pan de la cuisine des fruits de mer n'aurait jamais existé. Cet événement est donc considéré, par les historiens, comme l'événement le plus important dus IV° Siècle.
Et vous en connaissez maintenant le déroulement.

* Le tabouret a été renommé homard quelques mois plus tard, car le mot tabouret avait déjà été attribué, dans Le Grand Atlas de la Connaissance, à une plante venimeuse d'Amérique du Sud.



C’était un vendredi.


_____En cette belle journée d’après-guerre, la reconstruction était à son comble, les otaries sautaient dans leurs cerceaux et la production industrielle était à son apogée. Le jeune Robert Magway, producteur de magret de canard et directeur de la très fleurissante industrie R.Mag.-usinage, s’en frottait d’ailleurs les mains : quelle délicieuse journée au fin goût lipidique pour engraisser son porte-monnaie !

_____Tout le monde produisait et consommait, les industries vomissaient des produits dont s’empiffrait la population avant de les évacuer par les voies naturelles et les autorités sanitaires s’inquiétaient beaucoup du grave déficit publique qu’impliquaient les crises de foie, le diabète et l’obésité qui les mettaient à mal au gré du temps malgré leurs efforts pour lutter contre la surconsommation de stérols vasoconstricteurs et autres graisses de cheval.

_____Des procédures judiciaires étaient d’ailleurs en cours pour stopper l’usinage du magret, mais d’ici à ce qu’on interdît le canard, Magway aurait le temps de faire fortune. L’arrêté préfectoral allait lui tomber dessus comme un pois tombe sur une sardine.

_____Le canard fut interdit de consommation, les invendus immenses, le ministère proposa un redressement productif qui consistait à licencier tout le monde, le chômage passa à 615%, les manifestants protestèrent contre le prix du pétrole, la nouvelle frontière de Kennedy fut sabotée, le Davy Jones chuta de 25% et les actions sociales du rigoureux gouvernement néo-lébéral empira encore les choses. Bientôt, tout le monde se retrouva dans la rue, les 747 explosèrent et plus personne n’entendit parler du magret avant 1960.

C’est ainsi que la crise de 29 fut provoquée par le magrusinage.


Propagande

La salle était faiblement éclairée et beaucoup d’étudiants baillaient quand certains dormaient. Je me tenais près de la fenêtre, calmement installée près de mon amie qui écoutait attentivement le professeur. Une bonne élève, ça ne s’invente pas mais je la respectais pour cela. Et bien quoi ? Comment expliquer le fait que j’ai passé mes examens sans encombre le semestre dernier ? Son aide m’a été très précieuse.

- Et selon vous, Miss Dawson, comment Georges a-t-il réussi à remporter la victoire ?

Et, évidemment, les questions barbantes me retombaient toujours dessus. Qu’est-ce que j’en savais moi, de ces histoires vieilles de plusieurs siècles qui m’ennuyaient profondément ? Je n’ai jamais aimé les histoires de batailles et de guerres, les combats entre hommes m’ont toujours dégoûté. Contrairement à ma grande sœur, qui aimait écouter les journaux spécialisés qui déblatéraient constamment des âneries sur l’utilité de la guerre. Vous y croyez, vous, à tout ça ? Surtout que ce n’étaient pas des passe-temps que l’on autorisait aux jeunes filles. Notre société, plutôt conservatrice, interdisait d’ailleurs à la gente féminine de sortir seule, de pratiquer certaines activités, voire même de travailler. Souvent, j’avais l’impression que l’on m’étouffait. Rien que de penser à ma tante, j’avais envie de …

- Alors, cette réponse, ça vient ?

Désespérée et fermement décidée à ne pas répondre, je tournais mon regard vers Amélia. Celle-ci me regarda, impassible. Ne pas répondre à une question était synonyme de blasphème à ses yeux. Pourquoi est-ce que je l’aimais bien déjà ?

- Et bien, il a dû avoir assez de courage pour aller se jeter sur ses adversaires, comme tous les autres.

Franchement, je n’en avais aucune idée et vu que je n’avais rien écouté à son cours, depuis plus d’une heure, je ne savais même pas de quoi on parlait.

- Miss Dawson, vous me rendrez un devoir, pour demain, sur l’histoire du clan Heresfield, compris ?

Quoi ? Mais je n’aurais jamais le temps. Alors que j’allais m’insurger pour ce traitement injuste, Amélia posa sa main sur mon poignet : « Tu te tais », semblait-elle dire. Une vraie conditionnée celle-là. A regret, je ne dis rien et acquiesçai, pas du tout satisfaite. Encore plus en colère, la suite du cours me passa par-dessus la tête. A quoi bon, de toute façon ? Je ne pourrai jamais travailler, je devrai tenir une maison et donner des héritiers à un homme qui se fichera de moi. Ces cours sur les histoires des différentes familles aristocratiques de la région ne m’intéressaient pas. Je voulais et rêvais d’autre chose.

Quand la classe fut enfin terminée, Amélia et moi décidâmes de rentrer chez moi pour le déjeuner. Sa robe était très protocolaire mais les couleurs qu’elle avait choisies lui allaient à ravir. Ce violet et ce bleu rehaussaient son teint alors que ma robe grise me rendait plutôt austère.

- Quand te décideras-tu à aller faire les boutiques ? me demanda mon amie, apparemment peu approbatrice quant à ma tenue.
- Je ne sais pas.
- Clara, que t’arrive-t-il donc ? Je t’ai connue plus sérieuse et plus enjouée. Je me souviens quand nous allions faire les boutiques toutes les deux : tu adorais ces robes à col en dentelle et toutes rouges.
- Je te rappelle que ma mère est morte, Amélia.
- Il y a bientôt un an et un mois. Ta période de deuil est maintenant terminée. Tu ne devrais plus porter de robes aussi ternes. Tu sais très bien que …
- Oh pitié, arrête. On dirait ma tante.

A l’évocation de cet être infâme, mes poings se resserrèrent quelque peu. Quand je pense que ma tante n’avait même pas pleuré la mort de sa sœur et qu’elle s’était fichue de moi quand j’avais refusé de l’accompagner à ses dîners ‘aristocratiques’, un mois plus tôt. Ma mère était tout pour moi mais elle a été tuée. Tout ça parce qu’elle voulait nous sauver nous, les femmes.

Femme d’un illustre docteur, mon père, ma mère avait beaucoup appris à ses côtés. Des hommes comme mon père, il en existait peu à l’époque du Grand Changement. Les femmes, déjà peu considérées, avaient vu leur condition sociale diminuer quand des centres étranges avaient commencé à émerger un peu partout dans le pays. Ces centres ou, comme on les appelait à l’époque, des magrusinages, n’étaient pas là pour faire joli. On s’en servait pour des choses terribles. On y emmenait les femmes afin de leur apprendre les bonnes manières. Enfin, c’était ce qu’on disait et beaucoup y croyaient ou voulaient y croire. Le pire était que, même plusieurs années après cela, certaines familles y envoyaient encore leurs filles. En revenant, elles avaient alors l’âge de se marier et savaient se comporter de manière impeccable et très protocolaire. Personne ne pouvait se plaindre d’elles tellement elles étaient parfaites, toutes bien formatées. Je les haïssais toutes et ma tante faisait partie de celles-là. Elle y avait été envoyée à l’âge de 6 ans, âge que je trouve bien trop jeune pour qu’on lui inflige pareilles tortures.
Ma mère, au contraire de ces autres gamines, avait réussi à s’enfuir du centre. Quand elle m’avait raconté cette histoire, j’avais été très impressionnée. Comme aucune des jeunes filles ne se comportait mal, il n’y avait pas beaucoup de personnes dédiées à leur surveillance. Sa sœur n’avait pas voulu l’accompagner alors ma mère est partie seule, prenant son courage à deux mains. Elle avait alors 9 ans et avait déjà un caractère très fort, le mien.

Quand les magrusinages furent créés, des mouvements anti-magrusinages avaient vu le jour partout dans le pays, souvent portés par des femmes. Nombre d’hommes s’étaient pourtant alliés à elles, à l’époque, et ensemble ils combattaient pour le droit de liberté et celui d’expression. Mais ils furent tous tués, maltraités et torturés : démentir les idées du gouvernement ne devait pas faire partie des idéologies des citoyens. Certains furent envoyés dans d’autres centres : les agrusinages, ancêtres des ‘centres de torture féminine’, comme j’aimais à les appeler. De ces centres, ne sortaient que de bons citoyens, prêts à aider le gouvernement, à accepter toutes ses idées et à punir ceux qui ne voulaient pas respecter les lois. Le frère d’Amélia y avait été envoyé parce qu’il défiait un peu trop son père. Amélia, elle aussi, a été conditionnée et envoyée en magrusinage quand ils étaient encore tous en activité. Je ne la détestais pourtant pas, je n'y arrivais pas. Jesavais que ce qu'elle disait ou faisait, ne venait pas vraiment d'elle. Mais elle n'y était restée que quelques années, contrairement à ma tante qui semblait y avoir passé toute sa vie.

Des magrusineurs, après la fuite de ma mère et quelques autres incartades commises par d’autres jeunes filles, furent créés pour surveiller les centres et pour qu’aucune des jeunes filles envoyées ne puisse fuir. Ils étaient d’abord humains, armés de fusils, de matraques, comme les policiers d’antan mais ils évoluèrent vite en machines, robots ou sondes, étudiant le moindre geste des jeunes filles, passant au crible leurs pensées, leurs angoisses et ne les autorisant pas à critiquer le système.

Comme ma mère, d’autres familles s’insurgeaient contre ces pratiques ignobles et beaucoup de pères voulaient protéger leurs enfants. Des manifestations débutèrent mais, comme autrefois, le gouvernement avait prévu la contre-attaque et nombreux furent ceux envoyés en prison ou tués, par erreur, soit disant. Mon père avait été en prison mais compte tenu de son rang et de sa réputation dans la médecine, avait été vite libéré. Souvent, je me disais que j’étais contente d’être née dans une telle famille qui faisait honneur à mes principes.

Mais ma mère a dû en payer le prix. Il y a un an, un grand conflit a eu lieu. Des centres ont été brûlés, des familles ont été tuées et des jeunes filles ont été libérées dans la nature, seules et bien trop jeunes pour savoir quoi faire surtout quand on vous avait ramolli la cervelle à coups d’idées, de préjugés et de faux semblants.

Ma mère était à la tête d’un des mouvements anti-magrusinage et avait réussi à sauver plusieurs centaines de jeunes filles qu’elle avait ensuite envoyées dans les hôpitaux que possédaient alors mon père. Avec des psychologues, les médecins essayaient d’aider ces enfants perdus et nombreux furent ceux libérés de l’emprise du mal qui les rongeait.

Mais ma mère fut tuée pendant un de ces affrontements : transpercée de 18 balles. Sa mort a été un coup dur porté à mon père et à moi. Elle m’avait toujours soutenue et ne voulait pas que je devienne une personne conditionnée. Elle voulait sauvegarder ma différence et m’avait désinscrite des cours dispensés aux jeunes filles. Elle préférait m’enseigner les mathématiques et la physique, comme la médecine, avec l’aide de mon père et de quelques-uns de ses assistants.

Mais il a fallu qu’elle parte, qu’elle me laisse seule, seule avec sa sœur, complètement endoctrinée.

Les magrusinages n’avaient pas été complètement disparu. Je savais qu’il en restait encore un dans la ville et un peu plus, vers le nord du pays. Tous n’avaient pas été détruits pendant les affrontements et les survivants étaient encore en marche car certaines familles n’avaient rien compris. J’étais d’ailleurs sûre que le gouvernement cherchait à en construire de nouveaux. Mais bien plus que les agrusinages, nous devrions alors tous y passer, dès la naissance.

Ce sera alors à mon tour de monter au front, de faire honneur à ma famille et à leurs idées. Et si j’étais amenée à mourir, alors je mourrai en paix.

- Bonjour, Clara. Bonjour, Amélia. Retirez vos chaussures et changez-vous pour le déjeuner. Nous vous attendons dans la salle à manger.

Ma tante avait fait irruption dans ma chambre, comme ça. Elle me regardait d’un air sec et froid, comme d’habitude. Aucune imperfection notable sur son visage ou dans sa manière d’être. Toujours gracieuse, toujours aussi détestable.

- J’ai jeté toutes vos robes noires ou grises, Clara. Vous vous devez d’être ravissante et d’attirer les regards. Vous avez l’âge de vous marier, voyez-vous.

Voyant que je ne répondais pas, elle resta imperturbable et continua :

- Bien. Je vous attends donc en bas.

Quelle garce celle-là. Je ne comprenais pas pourquoi mon père lui avait permis de rester ici. En fait, depuis la mort de maman, il n’était plus le même. Il restait toujours tout seul, dans son bureau. Je les avais perdus tous les deux.

Mais je ferai en sorte qu’ils renaissent.

- Allez, viens, Amélia. Cette pimbêche doit enfin comprendre ce qu’être une vraie Dawson veut dire.


Un Mensonge à Dévoiler

La sonnerie sonne enfin…Antoine attrape son sac, fourre pêle-mêle ses affaires de cours, et se rend, heureux, comme tous les jours chez sa grand, prêt encore une fois à la laisser papoter, et à essayer de ne plus tenir compte de sa maladie….Foutue maladie….Foutu accident ! Ses parents morts, mémé avait totalement déraillé, et en était resté au fait qu’Antoine avait six ans….Cela faisait bientôt dix ans que durait cette comédie. Il ne savait pas si sa grand-mère s’était prise au jeu, où s’il elle était vraiment atteint d’un trouble mental. Les médecins s’étaient penchés sur son cas, mais sans aucune réponse à y apporter…Comme toujours….les maladies inconnues de l’homme sont encore inguérissable chez les patients….Seul le fait d’accompagner la personne jusqu’au bout du tunnel peut encore servir, lui rendre un peu la mémoire…la faire revivre. Mais lui, sans sa grand-mère, il serait seul…Plus de famille, pas de frères et sœurs, personne à qui se confier, sauf peut-être Alya…Sa grand-mère est la lueur dans sa vie , son point d’accroche, celle qui l’aide à avancer envers et contre tous, se fichant des convenances, se fichant de tout…
Marchant assez rapidement, il parcourt les ruelles de sa ville. Le soleil se reflète sur les façades, les gens rient, des draps séchent….la vie reprend. Le printemps enveloppe les habitants de sa douce chaleur….
Cela le fit sourire. Enfin quelque chose à raconter. Il se surprit à parler, comme si il était face à elle….Il lui aurait raconté le temps, la vie de Ster-Issan, leur petit village, les ragots des commerçants….Tout ça quoi…Il lui aurait raconté la vie. Il lui raconté Alya, son amour…Tout ça quoi, Mais elle ne l’écoute pas. Ne l’écoute plus. L’a-t-elle seulement un jour écouté ? Comment lui faire comprendre qu’il est en première, et qu’il maitrise, on ne peut plus parfaitement, le français, les maths et tout ce qui va avec. Dur d’expliquer ça à une mamie qui reste persuadé que son seul petit fils vient de fêter ses six ans….C’est le monde à l’envers !
Au fur et à mesure qu’il se rapproche du petit pavillon miteux, son moral se dissipe au fil du vent. Arrivé à la porte, il ne lui reste plus que le courage pour frapper deux coups secs. Sans attendre la réponse, qui ne viendrait jamais, il pousse la porte et pénétré à l’intérieur.
La première chose qu’il fit, fut d’allumer la lumière. Mémé Gatô prenait de plus en plus plaisir à vivre dans le noir….Cela faisait combien de temps qu’elle n’était pas sorti ? Deux ans, cinq ans ? Il ne savait plus. Passé un cap, il vaut mieux ne plus compter….Il s’avança vers le salon, et découvrit, comme d’habitude, sa grand-mère assit dans un petit fauteuil, un drap noué autour de sa taille, qui regardait dans le vide. Il s’approcha et déposa un baiser sur sa joue. Elle frémit un peu, bougea sa tête, le regarda, et prit la parole.
« Coucou mon Antoine, ça va, aujourd’hui je vais te raconter une histoire ; « il y a fort longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine…. »
« rhoo mémé je le connais ton refrain, il y a fort longtemps dans une galaxie lointaine…Change de disque un peu…je commence à avoir ma surdose des contes de fées mielleux, et des films à deux balles….Sérieux, avec tout ce que tu as vécu, tu pourrais pas me raconter quelque chose qui puisse me servir dans mes cours d’histoire….Comment vivais tu l’esclavage ? As-tu découvert l’Amérique ? Des choses comme ça tu vois, enfin des trucs ayant du sens ! » S’exclame le jeune garçon d’une quinzaine d’année.
Un éclat de tristesse passa dans les yeux de sa mémé. Aussitôt le chagrin envahit le jeune garçon. Lui qui s’était promis de ne pas laisser les mots dépasser sa pensée. Tétanisé, ne sachant que faire, il regarda sa grand-mère, guettant auprès d’elle du réconfort.
« M’enfin Antoine je ne suis pas si vieille que ça » murmura sa grand-mère en retour. Les mots prononcés avec aigreur par son petit-fils lui transpercèrent le cœur. Elle le regarda encore une fois, et finis par admettre, qu’il avait raison. Mais que raconter quand on a eu une vie plate comme un chemin terreux, sans aucune bosse, rien qui puisse nous faire dériver… Que raconter à l’enfant qui vous tient compagnie, qui vous soutien, alors que vous lui mentez depuis dix ans...Que dire à cet enfant qui n’en ai déjà plus un….La vérité ? Avant de mourir, seule, comme une loque dans son lit…»
Des larmes apparurent aux coins de ses yeux…Attristé Antoine se précipita vers elle, et la serra dans ses bras. Longtemps.
« Excuse-moi Mamie, excuse-moi »
Sa grand-mère le regarda avec haine …
Violence.
Désespoir.

Lui resta figé….Attendant la claque, la remontrance, la colère…
Seul le mépris fut au rendez-vous. Seul le silence accepta de tenir le rôle de Sage.
Et pour briser cette atmosphère sordide, la grand-mère prit la parole

« J’avais dix-neuf ans, j’entamais la vie riant et rigolant, sans me douter que je serais à jamais plongé dans un des drames les plus affreux de l’histoire…On n’est pas sérieux quand on a dix-neuf ans , n’est-ce pas Antoine ?
« Mamie, c’est « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans et qu’on a… »
« Crois-tu un seul instant, que je sois trop sénile pour me rappeler les vers de ce poète qui bercèrent mon adolescence ? Le crois-tu un seul instant ? Si tu le crois, alors tu n’es plus digne d’être mon petit-fils. En attendant, je souhaite te conter mon histoire, même si elle risquer de choquer tes chastes oreilles…Ecoute moi bien Antoine avant que je ne dépérisse totalement….Ancre ces mots dans ton esprit…Rend moi hommage dans dix, quinze ans…
C’était l’hiver, pendant la guerre, il faisait froid, il faisait sombre….Les bombes pleuvaient quotidiennement sur notre petit village….Les bâtiments s’étaient écroulé, et le peu d’hommes restants qui auraient pu être en mesure de les reconstruire, avaient été envoyé au combat, pour se faire descendre comme tant d’autre. Il ne restait plus que dans notre petit village provincial qu’une poignée de femmes et d’enfants. Ma mère en faisait partie. Elle restait prostrée dans son fauteuil, attendant le retour de mon père, disparu comme tant d’autre, sur ce maudit champs de bataille. Et moi, comme une idiote, je vadrouillais avec mes potes, et lançais de stupide défi pour faire passer le temps :
« Demain, si la maison de mademoiselle Aliasit explose, j’embrasse Angio »
« Si ma mère se lève de son fauteuil, je m’offre à Jiya »
Tu vois, ces paris stupides qu’on fait, quand l’insouciance berce notre jeunesse…

« Mémé, tu peux pas arriver à l’essentiel » se risqua à demander Antoine.
« Mais mon petit, l’essentiel arrive, je ne peux tout de même pas le lâcher comme cela, comme un cheveux sur la soupe, ne crois-tu pas ? » répondit en souriant sa grand-mère …
Il ne répondit rien, à cette remarque qui sonnait si juste dans sa bouche. Il ne répondit rien, car pour la première fois depuis longtemps, des flammes venaient orner ses yeux si ternes…Il la voyait revivre, et pour rien au monde, il n’aurait voulu casser ce moment. Il l’a regarda juste, un grand sourire éclairant son visage, et à travers cette mimique, mémé Gatô reconnut son petit-fils, et dans lui, les traits de son défunt enfant …Des larmes de joie vinrent illuminer son visage. Elle les ravala bien vite, car ce n’était pas le sujet de l’histoire.
« Quand un de ces paris étaient gagnés, nous en refaisions d’autres…Cela nous permettait de ne pas croire à la réalité qui s’offrait pour nous. Cela nous permettait d’espérer…De vivre en dehors des clous. D’ignorer la guerre qui semait chaos et ravage autours de nous.
Comme chaque soir, après avoir échappé aux bombes, et aux soldats qui patrouillaient, je rentrais clandestinement chez moi. Passant par les petites ruelles, m’infiltrant dans certaines maisons afin d’éviter de me faire surprendre, je me croyais Fantomette, aux prises de dangereux bandits. Je me croyais invincible. C’est alors que je tombais sur lui. Un tout petit être, dans un manteau trop grand, qui sanglotait à fendre l’âme. Timidement, je regardais ce petit être se débattre avec la vie, ne sachant nullement ce que je devais en faire…Il était si beau, si mignon…Je ne pus me résoudre à le laisser mourir ici, dans cette cave terreuse et insalubre. Je le pris dans mes bras, et étouffa un gémissement. Sapristi, il était très lourd. Je ne perdis pourtant pas espoir, et cahin cahant réussit à le trainer jusqu’à chez moi. Ma mère m’injuria, et m’ordonna de replacer ce gamin à sa place, c’est-à-dire aux mains des nazis de notre ville….Car à tous les coups, hurla ma saleté de mère, ça d’vait être un juif. Outré par ces insinuations, j’empoignais l’enfant par la main, et le conduisit dans ma chambre. Ce n’était pas le moment de me disputer avec ma mère. J’aurais peut-être besoin d’elle dans les heures à venir. Voyant la saleté que dégageait ce bambin, je m’emmenais dans la salle de bain, fit chauffer ma ration d’eau, et le lavais…Quelle ne fut pas ma surprise, de constater, que sans tous ces kilos de vêtements, le petit être qui se tenait devant moi, était une minuscule fillette ouvrant de grands yeux ébahi…La rassurant du mieux que je pouvais, j’achevais sa trempette, l’enveloppais de serviette, et la couchais dans mon lit. Ses yeux se fermèrent presque aussitôt et elle glissa vers un sommeil certain. Des émotions que je croyais enfouis à jamais dans mon corps, choisirent ce moment pour se manifester, déverrouillant mon cœur, chargé de chagrin. Je laissais aller mes larmes, ma tristesse….et pis exténuée, je me couchais près de la gamine…
Des coups violents à la porte, me réveillèrent au beau milieu de la nuit, la fillette endormi à côté de moi, se réveilla en sursaut et ne put réprimer un hurlement. Je lui demandais de se taire, me levais, attrapais au hasard quelques vêtements, empoignais la fille par la main, et m’enfuyais avec elle par la fenêtre.
Antoine regarde sa grand-mère….il est captivé par le récit, et n’ose plus dire un mot, de peur que cette flamme de contentement qui illumine les yeux de mémés, s’efface…Il ne dit rien, mais d’un geste du menton, l’incite à poursuivre :

« C’est alors que je tombais sur une vieille bâtisse, à moitié en ruine…Négligeant toute prudence, je me précipitais à l’intérieur, et tombais sur un affreux désordre. Ici ou là trainaient des bras, des jambes….Des squelettes éclatés venaient finir ce joli tableau. Stupéfaite, je m’arrêtais sur le seuil, voulant faire volte-face, et m’éloigner de cette demeure sordide. Une poigne solide m’arrêta…N’osant plus me retourner, je fermais les yeux, attendant le coup de feu fatidique. Il ne vint pas. Je les rouvris alors. Devant moi se tenait un jeune homme :
Il se présenta comme étant Hannibal Lecter, celui-là même qui deviendra le célèbre cannibale de tous les temps. Il m’expliqua que les nazis avaient tué sa sœur, et que lui, pour rétablir la balance, tuaient les nazis….Cercle sans fin mais au combien jouissif m’expliqua ce cher Hanni. Réprimant un hoquet de terreur, je voulus m’enfuir. Il me serra le bras, si fort que je crus qu’il allait éclater, et me donna cet ultimatum…Si tu veux conserver ta vie ainsi que celle de ta môme, alors je t’ordonne de m’obéir. Jure moi de ne pas hurler quand je dézinguerai un de ces fumiers, jure moi de ne pas me dénoncer, jure moi de m’aimer et je jure en retour de vous protéger. N’ayant aucune autre alternative, j’acceptais cette proposition, heureuse au fond de moi, d’avoir quelque chose à raconter à mes potes...
Antoine regarda sa grand-mère, afin d’essayer d’apercevoir dans ses yeux la flamme du mensonge. A son grand damne, il n’aperçut que la lueur de la vérité….Curieux, il se rapprocha d’elle….elle repris la parole :
« Tous les jours nous changeâmes de lieu, nous apprîmes à nous aimer. A tuer ceux qui croisaient notre route, et qui prenaient plaisir à dénoncer les pauvres gens aux nazis. Nous apprîmes à cacher des juifs, des tziganes…Nous apprîmes à nous révolter, et organisâmes de petits attentats…Nous apprîmes à nous battre pour notre vie, et celle des autres. Nous apprîmes à garder sauvagement notre liberté…Nous apprîmes à la fin de la guerre que les juifs étaient déportés dans les camps où ils mourraient. Nous apprîmes à ne plus nous laisser contrôler. Nous apprîmes à cuisiner l’homme tordu, le pervers, qui ne vit dans le but que de faire du mal à l’autre. Hanni m’expliqua, argumenta les différentes façons de faire cuire la cervelle, le foie, le cœur…Je lui appris comment assaisonner tout ça, à notre sauce…et pis le temps passa. Nous fîmes la rencontre de l’amitié puis de l’amour. Il m’aima puissamment, amoureusement…Dans ses bras je me sentais la reine du monde, et il planta le jour de son départ, cette petite graine qui deviendra mon fils. Sentant son départ approcher, et sentant son envie de ne pas me mêler à sa vie de vagabond, je lui obéis, ne lui demandant qu’en retour, de déposer cette petite sur les marches du commissariat. Je ne sais s’il le fit…Mais je l’espère…Il partit un beau matin, heureux, tenant dans sa main ce minuscule être….La liberté guidait son cœur et son corps, et moi à travers la fenêtre, je souriais, mélancoliquement, m’efforçant de graver ses souvenirs à jamais dans ma mémoire. Au bout de quelques mètres, Hannibal s’arrêta, se retourna, fit demi-tour, et vint m’enlacer une dernière fois. Je le serrais fort. Il me chuchota que nous garderions le contact à travers le journal « Usinage des Mots D’amour »…il signerait Telcer, annagramme de Lecter, et commencerait sa lettre par « Ma Magrusinage », et moi, je ferais l’inverse, commencerais par Telcerusinage, et finirais par Magru, mon nom de famille raccourci au possible, et qui sonnait si bien dans sa bouche. Peu de temps après, Hannibal fut arrêté, et notre correspondance reprit le dessus. Nous écrivîmes régulièrement des mots d’amour, que tu trouverais niaiseux…je décidais de tout stopper à la mort de tes parents, n’ayant plus de force, et étant totalement dévastée. Hanni respecta mon choix, et me renvoya une dernière annonce…Ainsi notre histoire se finit.
-« Mémé, c’est pour ça que tu signes tes objets de déco « Magrusinage ? »
« Oui, mon enfant, et à travers ce mot, j’ai développé une pratique…Celle de limer et poncer nos défauts, jusqu’à récolter chez l’autre un amour pur et sincère….Un amour tel que nous l’avons vécu avec Hanni. L’Amour avec un grand A. Je te souhaite la même chose, mon ange…J’ai fait de cette pratique mon métier, j’encourageais les gens à se laisser aller, à dévoiler leurs pensées, et je m’efforçais de leur trouver des solutions, gardant en tête le souvenir d’Hanni….Essayant de me comporter comme il aurait voulu, essayer du mieux possible d’aider mes patientes…L’amour qu’il m’a donné m’a envoyé la force d’avancer sans lui, d’élever mon fils sans la présence d’un père, et continuer à vivre comme si de rien n’était, de continuer à espérer qu’un jour il vienne me chercher »
« Vous ne vous êtes jamais fait prendre ? Personne n’a su qui tu étais ? » Questionna Antoine.
« Les hommes de lois de l’époque ne sûres jamais qui était son amante, et aujourd’hui, j’en éprouve une immense fierté. Nous aurions pu nous aimer encore vingt ans de plus, mais tu sais, toi comme moi, qu’on se doit de ne pas abuser des bonnes choses. A travers lui, j’ai vu grandir mon fils, lui cachant cette terrible vérité, et maintenant, lorsque tu viens me voir, je le reconnais à travers toi. Tu as son nez, ses yeux, cette robustesse….J’ai l’impression qu’il me regarde…et qu’il me gronde pour t’avoir mené en bateau toutes ses années…En son hommage, j’ai décidé aujourd’hui, pour soulager ma conscience, de te raconter la vérité, telle que je la perçois » murmura sa grand-mère.
Un silence clôt la fin de son récit. Antoine est ébahit devant cette histoire…Lui qui prenait sa mamie pour une moins que rien, il s’aperçoit soudainement qu’elle mérite de rentrer dans la légende, qu’elle a parfaitement sa place aux côtés d’Hannibal Lecter.
Il n’en revient pas. Sapristi, comme le monde est petit…Arf quelle belle histoire à raconter aux copains demain matin….Excité comme pas deux, Antoine dit au revoir rapidement à sa grand-mère, et court chez sa chérie. Il sonne à la porte (la dégonde presque) se rue dans le couloir qui mène à la chambre de sa fiancé, manque de faire tomber le chat appuyé sur la rambarde d’escalier, finis par se prendre les pieds dans le tapis, et s’étale à plats ventre devant le seuil de sa porte…Celle-ci s’ouvre. Des yeux le dévisagent. Il se redresse d’un bond, embrasse son aimée, et lui raconte l’histoire. A sa façon. Souriante, elle le regarde, des promesses d’amour pétillantes pleins les yeux…et lui pose cette question, qui lui restera en tête durant la fin de ces jours
« Antoine, comment peux-tu être certains qu’elle dise la vérité, tu le sais comme moi qu’elle ne va pas bien ? »
« Si ce fait n’a jamais excité, Alya, je n’en ai que faire. Ce qui me reste, c’est qu’aujourd’hui, ma grand-mère était heureuse, vivante…Qu’elle a pris plaisir à me raconter une belle histoire, et surtout, qu’elle m’ait avoué qu’elle me mentait depuis longtemps, trop longtemps. Je ne lui en tiens pas rigueur. Je comprends ce qu’elle ressent. Elle était triste, n’aimait plus la vie. Mais aujourd’hui Alya, c’est différent, elle m’a regardé avec des yeux nouveaux, et a pris conscience de mon âge…Elle brillait Alya, je ne sais pas comment le dire, elle revivait…. »
Alya le regarde souriant, n’osant rien dire, pour ne pas souffler la flamme qui brûle dans les yeux et la voix de son chéri…C’est la première fois qu’elle le voit heureux, épanouie…Elle n’avait jamais réussi jusqu’à présent, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Elle comprend maintenant ce qui lui opprimait le cœur, et elle est contente que sa grand-mère ait déverrouillé cela….Elle est heureuse….
A travers ce silence, il revoit le sourire de sa grand-mère, il l’a revoit raconter avec charme et poésie le passé de sa jeunesse. Délicatement, il emporte ce souvenir et le cache au plus profonde de son cœur. A jamais.


Souvenir qui dérange

Magrusinage. Ce mot me fait encore frissonner d’horreur, bien que cela fasse près de soixante ans ; soixante ans passés à survivre dans la noirceur que des souvenirs ont implanté dans mon esprit plutôt qu’à vivre. Déjà en primaire il nous effrayait, mes camarades et moi. Il est vrai que nous en avions seulement peu entendu parler, mais ce peu suffisait à nous faire redouter le moment où nous devrions partir. Nous ne savions même pas en quoi cela consistait mais le découvrîmes à nos quinze ans.
Les officiers de la garde étaient venus nous chercher chez nous ; nous n’eûmes même pas le temps d’écouter les conseils de nos pères ou de dire au revoir à nos mères qui étaient en pleurs. Eux savaient où ces cars militaires nous conduiraient mais étaient défendus de nous en parler sous peine de mort immédiate.
Nous arrivâmes dans un camp où tout semblait être droit, ordonné, organisé. Nous fûmes répartis dans des cabanes, six dans chacune. Dans celles-ci étaient installés un lavabo, six duvets et des toilettes placées dans un endroit plus petit que mon ancien placard à balai. L’odeur était nauséabonde et dormir par terre ne nous enchantait gère ; nous y étions pourtant contraints.
Au moment où je faisais connaissances avec ceux de ma cabane, un garde vint nous conduire dans un entrepôt contenant des pièces de fer et des outils. Là, je compris le mot magrusinage : j’avais atteint l’âge pour aller construire ma grue à l’usine. Nous avions huit semaines pour la monter dans des conditions insoutenables. Six gringalets pour une grue de trente mètres pour satisfaire sa Majesté sous peine d’être envoyer en prison (lesquelles faisaient surtout penser à des camps de concentration). Un repas par jour, une douche par semaine, réveil à quatre heures, couché à vingt-deux heures. Nous n’en pouvions plus.
Nous voulûmes nous enfuir, pauvres inconscients. Notre plan avait beau avoir été vu et revu, nous fûmes surpris aux environs d’une heure devant les grilles.
Je revois encore Daniel et Georges en train de se faire torturer et achever sous nos yeux pour nous faire la leçon.

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MessageSujet: Re: Thème du 2 avril au 13 mai 2013   Sam 1 Juin - 14:47

Bon, allez. Je vous dis qui a écrit quoi, même si vous n'étiez pas loin du tout, vu que vous avez trouvé ! (Sauf Val', tu t'es fait un petit mélange, mais on t'en veut pas !)

Donc alors,

Elshalan a écrit Magrusinage en Polynésie,
Anaël a écrit C'était un vendredi.,
Lyadrielle a écrit Propagande,
Ewilan a écrit Mensonge à dévoiler,
Et enfin Fred a écrit Souvenir qui dérange !

C'est donc Elshalan qui a gagné, suivi de Lya, Ewilan, Fred et enfin Anaël ! Merci d'avoir participé, et quand un peu d'imagination vient à mes vieilles neurones, je vous concocte un nouveau thème...

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MessageSujet: Re: Thème du 2 avril au 13 mai 2013   Sam 1 Juin - 18:50


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MessageSujet: Re: Thème du 2 avril au 13 mai 2013   Aujourd'hui à 22:59

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