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 Le non-muet

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Fred
Commandant de Bord


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MessageSujet: Le non-muet   Mar 2 Avr - 11:21

J’observe ma toile vierge depuis deux heures, le pinceau en main. J’ai beau me creuser la tête, rien ne vient. Cela fait longtemps que je peins et je n’avais encore jamais ressenti pareille frustration. Il me suffit d’habitude de balayer les alentours du regard pour trouver quoi peindre mais là... Là, c’est le vide.
Ma fenêtre est ouverte ce qui me permet de voir et d’entendre ce qui se passe dans la rue ; source d’inspiration généralement. La plupart de mes tableaux viennent de ce que les images ou les bruits environnants me font ressentir : un enfant faisant un caprice, sa mère qui essaie de le calmer, un mendiant quémandant de quoi se nourrir, un danseur répétant sa chorégraphie en plein air ou encore plein d’autres choses... Cependant là je bloque. Le marchand cherchant à vendre ses Mara-des-bois ne m’inspire pas et m’ennuie d’ailleurs, la vieille qui donne des miettes de pain aux pigeons, pareil, l’arbre qui refleurit non plus et de toutes manières inutile de continuer je crois que tout fini par me lasser, ici.
Je me suis immobile parce que désespéré par cette nouveauté. « Bouge toi, je pense, bouge toi fais quelque chose ! ». Mais quoi ? Cela fait longtemps que mon frère souhaite m’inviter dans sa maison, en campagne ; le moment de lui rendre visite est peut-être arrivé, de même que celui de quitter la ville.

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J'prends ma canne à garder la pêche pour attraper des poissons clowns
Et des casquettes ratons-laveurs, et toutes mes chaussettes assez cools
Des bretzels peace and love et mes patins à glace à la vanille
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Dernière édition par Fred le Mer 29 Mai - 18:17, édité 3 fois
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Fred
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MessageSujet: Re: Le non-muet   Dim 5 Mai - 11:59

Mon frère Célestin, cet être attentionné et posé qui ne s’énerve presque jamais ; sa femme Marie, toujours souriante mais qu’il faut éviter d’embêter. Ils sont chaleureux, souvent emplis de bonne humeur et mènent leur petite vie dans leur petit village éloignés de tout et heureux ainsi. Ils se sont rencontrés il y a huit ans et se sont mariés il y a trois ans. Ils ont songé à avoir des enfants mais comme tout n’est jamais parfait (même si sur le coup on aurait pu le croire), l’un d’eux s’est révélé être stérile. J’ai l’impression que mon frère ne se le pardonnera jamais et culpabilise vingt-quatre heures sur vingt-quatre à cause de cela ; ce qui les plonge d’ailleurs dans une spirale interminable, Marie se sentant coupable qu’il se sente lui même coupable à cause d’elle etc à n'en plus finir... C’est triste d’un côté. On dirait qu’ils voient l’autre comme de la porcelaine qu’il ne faut surtout pas brusquer sans quoi elle se briserait en dix mille morceaux et demeurerait irréparable. Mais c’est adorable, d’un autre.
Nous sommes posés dans leur jardin parce que nous sommes dimanche et que Marie pense que ce jour doit être consacré non pas à une quelconque puissance divine, mais au repos ou aux activités conviviales. Ainsi cette dernière est allongée sur un transat – le soleil est de retour, ils veulent profiter – et son mari essaie tant bien que mal de faire tenir le parasol de telle manière que son ombre puisse recouvrir le maximum d’espace depuis une demie heure (parce que monsieur a du réparer la baleine qui transperçait la toile aussi).
Mon frère, cette étrange personne maniaque et pointilleuse au possible et ce depuis sa plus tendre enfance. Je me souviens, quand il était au collège même son cahier d’exercices de mathématiques était parfait – un cahier d’exos de maths, qui sait tenir un cahier d’exos de maths ? Il n’y a qu’en peinture que je l’ai surpassé. J’étais l’artiste et lui était l’intelligent ; bien sur je savais calculer le nombre de mole d’atomes de fer dans telle quantité de tel produit et lui savait dessiner un arbre, mais il me fallait longtemps pour cela et il était incapable de choisir les nuances adéquates. Un peu comme moi, maintenant. J’ai peur depuis la dernière fois, de reprendre le pinceau. Célestin est venu vers moi pourtant, me demander si cela ne m’intéressait pas de dessiner telle plante ou telle fenêtre mais je n’ai pas envie de me sentir incompétent en essayant de faire ce que je fais depuis toujours. Ca me tétanise.

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Elisheba
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MessageSujet: Re: Le non-muet   Sam 18 Mai - 18:39

__-Et n'oublie pas, me dit Célestin, troisième rue à gauche!
Je lui fais un signe de la main pour approuver, puis je m'éloigne et descends la rue. Je n'ai pas l'habitude; ici tout est silencieux et je marche avec pour seule compagnie le bruit de la nature environnante. C'est tout aussi reposant qu'angoissant, je trouve.
Le chemine dans le village sans un mot en repensant à mes peintures. J'ai fini par avouer à mon frère que je ne trouvais plus l'inspiration. Il a d'abord eu l'air surpris, puis son visage a pris un air sincèrement désolé. Après avoir engagé une longue conversation à ce propos, il m'a parlé d'un homme qui peignait dans la rue et qu'il croisait souvent.
__-Tu verras, m'avait-il dit, il est un peu bizarre mais qui sait, il t'apportera peut-être quelque chose?
Il avait sûrement raison. Et c'est pour cela que je marche dans le village maintenant: je veux rencontrer le rencontrer.

Bien décidé à le trouver, je prends la troisième rue à gauche comme me l'a indiqué Célestin et déboule sur une sorte de petite place. Là, je vois un homme assis au soleil, pinceau à la main. Un chevalet lui fait face et sa main s'active dessus avec des gestes rapides et précis. Je m'approche doucement, persuadé que l'étrange artiste qui me fait face est celui dont on m'avait parlé la veille.
Je m'arrête à un mètre de lui et l'observe. Il ne m'a pas encore remarqué, redresse d'une main le chapeau de paille qui protège ses yeux du soleil. Puis il trempe son pinceau sur sa palette tâchée de peinture qui se mélange en volutes colorées. Doucement, il trace des touches orangées sur sa toile, traces qui s'animent et qui donnent un camaïeu chaleureux. Puis il change de couleur, en choisit une plus foncée qui s'étale et fait paraître sur la toile une envolée d'oiseaux. Les traits sont légers et les couleurs sont si harmonieuses qu'on croirait qu'elles jouent ensemble et s'assemblent pour créer quelque chose de merveilleux. Porté par sa verve, le peintre donne vie à un paysage qui semble donner pour moi un ballet de couleurs, de sensations, de matières.
Tout est tellement beau et tellement vivant que je ne parviendrais pas à détacher mes yeux de la toile quand bien même je le voudrais (et quelle étrange idée serait-ce de le vouloir).

C'est alors que le peintre pose son pinceau, se tourne vers moi et me fixe de ses yeux clairs. Une lueur indescriptible s'allume dans son regard; quelque chose de doux et d'amical. Je remarque que les traits de son visage sont agréables, quoi qu'il ait l'air bien plus jeune que ce que je pensais. Là, je réalise que cet homme n'est pas comme tout les autres. Il semble lui manquer quelque chose.

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Je ne savais pas que c'était impossible, alors je l'ai fait ~
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Fred
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MessageSujet: Re: Le non-muet   Dim 2 Juin - 12:57

En fait, à la place du premier passage que j'avais écrit pour le non muet, je propose ça =>

Déjà deux heures que je la toise, le pinceau en main. Elle est posée sur le chevalet et sa blancheur me nargue, m’obstine. J’ai beau me creuser la tête, rien ne vient. C’est la première fois que je connais ce blocage, ressens cette frustration qui commence à me ronger de l’intérieur. D’habitude pourtant, et ce depuis tout petit, il me suffit de balayer les alentours du regard pour trouver quoi peindre mais là... Là c’est le vide.
Ma fenêtre est grand ouverte ce qui me permet de voir et d’entendre ce qui se passe dans la rue ; source d’inspiration généralement. La plupart de mes tableaux sont venus de ce que les images ou les bruits environnants me font ressentir : j’ai peint le caprice d’un enfant, imaginé le gâteau au chocolat et à la framboise qu’il désirait tant ; j’ai peint le regard de sa mère qui ne pouvait le lui offrir, étant obligée de faire attention à ses dépenses ; j’ai peint un mendiant partageant un pain avec son chien et les quelques euros que certains passants avaient déposés ; j’ai peint la cruauté d’une femme qui dictait à son fils de ne « jamais s’approcher des gens comme ça » ; j’ai peint le grand jeté du danseur qui aime s’entrainer en plein air, sa légèreté naturelle ; j’ai peint les inconnus qui ont croisé mon chemin, un vol d’oiseau, un nuage semblable à une tortue et tellement d’autres choses encore ! Cependant là je bloque. Le marchand cherchant à vendre ses Mara-des-bois ne m’inspire pas et sa pub incessante et quotidienne m’ennuie d’ailleurs, la vieille qui donne des miettes de pain aux pigeons est trop lente, l’arbre qui refleurit non plus et de toutes manières inutile de continuer je crois que j’ai fini par me lasser de tout ici.
J’essaie. Je tends la main, mets un coup de pinceau me disant que peut-être une forme ou quelque chose provoquerais un déclic mais rien, rien. Juste un trait rouge vaguement courbé au coin supérieur gauche de ma toile.
Je me tiens immobile, le regard fixé sur mon pinceau, perdu. Tout me désespère. Je m’embrouille, je m’emmêle et il y a cette voix dans ma tête qui tente de me secouer, « bouge toi, bouge toi, ne reste pas comme ça ! Réagis, fais quelque chose ! » ; oui mais quoi ? Je pense à mon frère et à sa femme qui ont toujours tenté de m’arracher à ma ville, à mon art, au moins le temps d’un week-end pour que j’aille les voir. Je me lève, rince machinalement mon pinceau et le range avec les autres dans ma mallette. Je fourre cette dernière ainsi que quelques affaires dans ma voiture, hésite quelque peu à prévenir de ma venue puis me dit qu’une surprise leur ferait surement très plaisir (de plus, mon téléphone se trouve au fin fond du coffre).

Vous me dîtes si vous préférez cette version ou l'auuuuutre (sujet discussions)

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MessageSujet: Re: Le non-muet   Mar 9 Juil - 19:59

Aucune réponse. Il pose ses yeux sur sa peinture après m’avoir légèrement dévisagé comme pour s’échapper. Je me demande si je dois partir ; il n’a visiblement pas envie de discuter avec moi, ni même de me dire bonjour. Pourtant quelque chose m’oblige presque à rester ici. J’ai l’impression qu’il pourrait être ma dernière chance, aussi cul-cul que cela puisse paraître. Je me sens idiot d’ailleurs, à m’éterniser ici en espérant qu’il arrête de m’ignorer. Je toussote de manière à le faire réagir comme les personnes acharnées à vouloir se faire remarquer. Il lève son regard, ferme quelques instant les yeux en se concentrant et semble prendre une décision, se lève puis se met à marcher en direction d’une maison qui doit être la sienne puisqu’il y rentre librement. Il en ressort une ou deux minutes plus tard, avec un paquet en papier kraft contenant sans doute une toile. Il la pose sur son chevalet en posant l’autre sur le kraft. Je soupire et décide de me retirer ; je n’obtiendrais surement rien de lui. Je me retourne et me mets à marche lorsque l’on me tapote sur l’épaule. Je croise alors son regard. Il est semblable au mien, j’ai l’impression. On peut y lire une envie inassouvie, comme un manque qui ne sera jamais comblé. Pour moi, il s’agit de l’absence d’inspiration, mais pour lui ? D’un signe de tête il me demande de le suivre et d’observer la toile qu’il a rapportée. Y est peint son visage auquel il manque des lèvres.
Il dévisage sa propre peinture en crispant ses lèvres et serrant les poings. Je vois alors sa rage de ne pouvoir rien faire contre son silence éternel. Il demeure ainsi et je devine qu’il m’a déjà oublié. Alors que je me mets en route, il s’écroule sur son siège et se frotte le visage. Il a toujours connu ce que je vis maintenant et m’a d’ailleurs amené ici. Comment lui expliquer ce qui m’arrive ? Car oui, j’ai besoin de le lui dire. J’ai la niaise impression qu’on pourrait s’entraider.
Je rentre chez mon frère, me pose à la table de la salle à manger. Je me mets à lui écrire une lettre et demain, je la lui apporterai.

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