LEVEZ L'ENCRE : Ateliers d'écriture réservés aux lycéens et +
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 Chapitre un

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Anaël
Commandant de Bord


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Âge : 21
Où suis-je ? : En Italie.

MessageSujet: Chapitre un   Mar 26 Fév - 14:44

Demeure d'Aldare le barde, 1018 :


_____Chers amis, bienvenue en mon humble demeure ! Je m'appelle Aldare, pour vous servir ! En cette belle année 1018, tout semble aller pour le mieux. Bon, c'est vrai qu'il y a quelques échanges un peu musclés entre certains groupes armés car vous vous doutez bien que, même en temps de paix, la guerre reste présente ! Mais bon, tout cela n'est que broutilles quand on compare ça à ce qu'il se passait avant, avant que nos héros ne reviennent glorieux de la grande quête qui rétablit l'équilibre du monde...

_____Je fais partie de la guilde des Chanteliers qui réunit des musiciens en tout genre, tous plus farfelus les uns que les autres. Nous chantons, dansons et jouons de multiples instruments, et je ne vous cacherai pas que certains utilisent même la magie... La classe !

_____Mais assez parlé de moi et place au conte ! Vous êtes très chanceux, vous savez ? Aujourd'hui, je vais vous raconter l'histoire des Seize. Oui, LA grande histoire, celle qui est à la base de tout, l'épopée même qui permit de ramener l'artéfact et mettre fin aux troubles qui risquaient de détruire notre monde !!

_____Il y a très longtemps, bien avant que vos parents ne viennent au monde, ce dernier était en proie au chaos. Des barbares, des voleurs et des monstres parcouraient impunément sa surface et y faisaient régner la terreur et la désolation, c'était l'anarchie ! Las de ces innombrables injustices, un groupe de téméraires aventuriers consulta l'Oracle pour savoir comment retrouver la bénédiction des Dieux Créateurs et ainsi mettre fin à cette période terrible qui précéda la notre.

_____Seize, ils étaient seize. L'Oracle leur dit que, dans un lointain pays, par-delà les interminables plaines du Nord, plus loin encore que les cimes qui dévoraient le ciel, se trouvait un autre monde, et que c'était là que se trouvait la clef de la sérénité. Oui, ils y trouveraient la paix, avait déclaré l'Oracle. Sans se décourager, les aventuriers se mirent en quête de ce monde si éloigné que rien de ce qui lui appartenait n'était parvenu jusqu'à nous !

_____Sans relâche, ils parcoururent la terre entière, bravèrent mille dangers par-delà monts et vallées, terrassèrent le terrible Léviathan des mers, le Cyclope géant gardien des montagnes, l'hydre monstrueux qui hantaient les marais et même le mythique colosse qui gardait le sentier des Vagabonds... Ils furent chassés, poursuivis, emprisonnés, torturés, malmenés, se sont échappés et ont affronté une armée entière pour finalement se retrouver devant le Temple.

_____Car c'était là, avait dit l'oracle, c'était là que se trouvait la relique sacrée, ce qui pourra leur apporter la paix. Ne craignant rien, les vaillants aventuriers s'emparèrent de la relique, mais un terrible piège se referma sur eux : huit d'entre eux trouvèrent la mort dans les plus atroces souffrances, devant le regard impuissant de leurs camarades et amis... Respectant leur volonté et afin que ce sacrifice n'ait pas été vain, les survivants fuirent avec la relique et retraversèrent le monde entier pour la ramener jusqu'à nous ! Depuis, la paix et la quiétude a été rétablie dans le monde, et nos héros, bénis du don d'éternité par les Dieux, continuent d'être célébrés encore et toujours, légende vivante d'un autre temps, souvenir glorieux d'une tragique épopée !

_____Voilà, voilà, j'espère que cette histoire vous a plu. Surtout, n'hésitez pas à venir dans mon humble demeure pour écouter d'autres histoires plus incroyables les unes que les autres... Demain, je vous raconterai le combat contre le Léviathan !!! Ne manquez pas ça...



_____Maharet grimaça. Cela faisait des mois qu’elle errait sans but dans cette forêt, à fuir son village, à fuir son passé où elle avait tout perdu… La douleur l’envahit, impérieuse, déchirante. Elle s’agenouilla lentement et porta une main sur sa cheville gauche qu’elle frotta frénétiquement : elle se l’était encore foulée… La douleur s’estompa peu à peu. Elle avait l’habitude. Elle se releva et continua son chemin, ce chemin qui ne la menait nulle part depuis si longtemps…

_____L’agréable bruit de la rivière l’accompagnait paisiblement alors qu’elle sortait de la forêt pour déboucher sur une très belle plaine éclairée par un magnifique Soleil d’été. Devant elle s’étalait un modeste village, un vrai, comme celui qu’elle avait quitté il y a quelques mois ! Ces maisons en torchis, ces places, ces rues, ces cris qu’elle pouvait presque deviner de là où elle se trouvait, tout cela lui rappelait trop son enfance et ses nombreuses années d’insouciance !

_____Elle baissa les yeux. Non, ce n’était plus pour elle. Elle devait faire une croix sur son passé. Aucun village ne voudrait l’accueillir, elle le savait. Partout où elle irait, sa réputation la précéderait. Personne ne pouvait l’aider. Personne ne voulait l’aider. Elle soupira. Cet appel. Depuis trop longtemps elle errait seule et isolée. Depuis trop longtemps elle n’avait pas eu le loisir de se reposer vraiment, de passer une vraie nuit ou de boire autre chose que de l’eau de pluie, non, elle ne pouvait ignorer cet appel. Elle avait besoin de voir du monde, de se soigner et de se reposer, elle avait besoin de rentrer dans ce village. Elle hésita encore un instant, mais elle savait qu’elle allait finir par céder. Elle sourit. Oui, elle allait rentrer dans ce village…



_____Le Soleil se couchait paresseusement alors que la soirée touchait à sa fin. Les insectes grésillaient obstinément, des cris fusaient et la nuit succédait au jour à la lisière de cette vieille forêt. Dans sa cabane miteuse et exigüe, Aldare le barde termina ses écrits. Il sourit. Le combat contre le Léviathan était son préféré, le plus épique, le plus excitant, remplis de suspens et de rebondissements ; il adorait le raconter. Dire que ces aventuriers armés de flèches et d’épées avaient pu braver tous ces dangers… parfois, il était fasciné par les histoires qu’il contait, elles lui paraissaient si irréelles… Il s’adossa sur le dossier de sa chaise et son regard se perdit, parcourant son humble demeure : une étagère, un bureau encombré sur lequel s’amoncelait une montagne de papier, une étagère qui croulait sous le poids des livres, un lit défait, voilà ce qui faisait désormais sa vie. Il soupira. Il était nomade, après tout, un homme du voyage. Il aimait aller de ville en ville pour conter ces histoires dont sa tête était emplie, il aimait partager sa culture, la transmettre. Il n’y avait pas de place pour le luxe. Peu à peu voilà par les ombres, le portrait d’une femme semblait le suivre du regard. Il lui sourit. Lui qui aimait conter des histoires, il n’avait jamais raconté la sienne.

_____Soudain, on toqua à sa porte, il leva les yeux, surpris, et vit entrer la plus inattendue des visiteuses : une jeune femme, richement vêtue, décorée de bijou et dont la robe brodée or portait les symboles prestigieux de la noblesse. Il en resta bouche bée. Éclairés par la faible lueur de son chandelier, les reflets rouges de sa robe incrustée de rubis n’en apparaissaient que plus imposants tandis que ses cheveux roux répondaient à la discrète mais sublime améthyste renfermée par ses boucles d’oreilles dorées… Au-delà de cet étalage de richesse, le barde pouvait sentir une véritable présence, une véritable puissance qui émanait de cette personne à la démarche fière et assurée.

_____Il sursauta. Il n’attendait personne de spécial aujourd’hui et s’était attelé à réhabiliter les enluminures des livres du siècle d'Or. Il croisa son regard, un regard déterminé, affolé et perdu. Elle n’était pas si assurée qu’elle le laissait supposer avec sa tenue impeccable et sa fière allure, non : elle était venue parce qu’elle avait besoin de lui. Il lui sourit. Elle lui rappelait ces contes qu’il s’imaginait lorsqu’il était enfant, ceux où il fallait sauver la princesse et où il était le prince…

« - Bienvenue en mon humble demeure gente dame. Je suis sincèrement désolée de me présenter ainsi devant vous. Je ne m'étais pas préparé à une venue si... singulière. D'où venez-vous ? »

_____À cause de la faible luminosité, il ne parvenait pas à reconnaître les insignes brodés sur sa robe. La jeune femme hocha la tête pour répondre à sa bienvenue et s’avança lentement. L’atmosphère était lourde. Il pouvait sentir un profond chagrin émaner de cette personne apparemment insensible.

« - Bonjour, Aldare le barde. J’ai beaucoup entendu parler de vous. »

_____Celui-ci l’invita à s’assoir d’un geste, sans vraiment être surpris que son invitée connaisse son nom.

« - Je suis Lyssa, de la maison des Coligny. Vous n’en avez peut-être pas entendu parler mais il s’agit d’une famille très puissante. Ce village, cette forêt, et même cette cabane où vous demeurez appartiennent à ma famille. »

_____Si elle avait voulu l’impressionner, c’était réussi. Le barde déglutit. Les Coligny. Une des plus puissantes familles du royaume si ce n’est la seule… À y regarder de plus près, il reconnut enfin les insignes brodées sur cette robe. Il se trouvait en la présence de nulle autre que l’unique héritière de la très grande maison des Coligny. Lyssa plissa les yeux.

« - Je suis venue vous voir parce que j’ai besoin d’aide. » Elle marqua une pose, interrogation discrète adressée à son hôte. Il déglutit. Pouvait-il vraiment lui refuser quoi que ce soit si sa famille possédait jusqu’à l’étagère où il avait entreposé ses livres ? « Ma famille est tombée. Mes parents sont en fuite, je suis en fuite. Des ennemis puissants ont envahi notre maison et des pilleurs ont saccagé tout ce que nous possédons. De puissants seigneurs se sont ligués contre nous. »

_____Aldare hocha la tête. Il n’était pas spécialement surpris par cette nouvelle. Il savait que cinq seigneurs avaient formé une alliance, récemment, et qu’ils avaient de très grandes ambitions. Il savait que de puissantes maisons étaient entrées en guerre depuis plusieurs semaines… ainsi les Coligny avaient-ils perdu la guerre… intéressant. Une nouvelle période de troubles avait commencé. Le barde ne savait pas où cela les mènera, mais il savait que la chute des Coligny n’était pas une bonne nouvelle pour lui. Les Cinq étaient mauvais et avides. On racontait qu’ils avaient pour ambition de renverser le roi. Il préférait être sous la juridiction des Coligny plutôt que sous celle des Cinq…

« - Lorsque je suis entrée dans le village, il était désert. Les volets étaient clos et les étagères vides. »

_____Le barde frissonna. Le ton tressaillant de la noble n’annonçait que de bien tristes nouvelles…

-« Une attaque de brigands. La ville a été pillée. Il y a eu des morts, des orphelins avant l’heure. Des maisons brûlées. »

_____Son regard était vide et inémotif, mais le barde savait qu’elle souffrait énormément.

« - … Un peu de thé, pour vous réchauffer ? »

_____La jeune femme hocha timidement la tête et replongea dans ses noires pensées.



_____Shenko marchait péniblement depuis de longues heures sur ce sinueux chemin lorsqu’il les sentit. Des relents de magie, de puissants relents. Un puissant sorcier était à l’œuvre, ici. Il accéléra. Ses jambes le faisaient souffrir, sa vue se troublait et il sentait peu à peu la fatigue lui venir mais il l’ignora. Il avait connu de nombreuses nuits sans sommeil, jadis, il avait du combattre mille dangers en étant si fatigué qu’il aurait pu s’endormir sur place, il avait fait tout ce chemin pour parvenir jusqu’ici… il n’allait pas s’écrouler de fatigue maintenant ! Il consulta sa carte. La ville qu’il souhaitait atteindre n’était plus qu’à quelques heures de marche. Si le Soleil avait été un peu plus haut dans le ciel, il aurait sûrement pu l’atteindre. Il sourit. La pensée qu’il atteindrait bientôt son objectif le revigora, et il partit de plus belle.

_____Des traces de pas, sur le chemin. Une dizaine de personnes. Elles étaient fraîches. Il entendit un bruit sourd, et des cris de surprise. C'est là qu'il les vit. Un groupe de huit qui s'attaquait à un homme seul, et quel homme ! De lui se dégageait une certaine grâce mêlée à un soupçon de froideur, une beauté sublime et fatale, une chaleur dangereuse et mordante qui séduit immédiatement Shenko. Il fronça les sourcils. L'un des brigands s’apprêtait à lancer un sort, il le sentait. Les relents de magie étaient de plus en plus puissants, presque oppressants. Il avait le cœur serré. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été confronté à un tel niveau... le pauvre humain allait être réduit en poussière. Il regarda le brigand. D'un seul coup, il le détesta. Ses envies de meurtre, son air mauvais, la joie perverse qu'il éprouvait à utiliser de son pouvoir, tout le révulsait, en lui. Il ne méritait pas de vivre. Shenko prit sa décision rapidement. Il allait sauvait cet homme. Et tuer ce brigand.

_____Il se concentra et chercha à puiser dans le peu d’énergie qu’il lui restait. Des innombrables techniques qu’il maîtrisait jadis, seules quelques unes étaient restées, mais elles suffiront. Il se glissa parmi les ombres pour se déplacer derrière le sorcier, c’était le moyen le plus rapide de mettre fin au combat : supprimer l’adversaire. Il disparut. Comme à chaque fois, il fut envahi par le vertige, il entendit des cris, il vit du sang, des morts… Un appel mielleux et pervers lui commandait de rester, de rester dans le domaine des ombres pour s’y laisser dévorer par la folie des esprits qui avaient longtemps été ses camarades… Shenko secoua la tête.

« -Chef, derrière vous !! »

_____Le cri du brigand ramena Shenko à la réalité. Il prit une grande inspiration et garda son calme. Les années l'avaient quelque peu rouillé, il avait surestimé ses capacités. Le chef se retourna, surpris par cette soudaine apparition, et le jeune homme, que Shenko avait voulu sauver, en profita pour lui bondir dessus. Ils tombèrent tous deux à terre. Shenko regarda autour de lui. Cinq brigands, tous innocents et naïfs. Le vrai danger, c'était leur chef. C'est sur lui que Shenko posa le regard.

_____Aux prises avec celui qu’il avait voulu détrousser, le brigand avait du mal à incanter et à composer les signes nécessaires à son prochain sortilège, mais Shenko comprit qu’il finirait par y parvenir. Pendant de précieux instants, il resta là à les contempler se battre et fut surpris de voir dans le jeune homme un adepte de Kahmu, le puissant et redoutable dieu de la guerre… Comment une personne de cet acabit avait-elle pu se retrouver démunie face à de vulgaires brigands ? À y regarder de plus près, leur chef était tout sauf vulgaire. Le sort qu’il s’apprêtait à lancer, Shenko le reconnut : ses instincts lui crièrent qu’il était en danger et sa raison lui dicta de fuir, de fuir le plus loin possible pour ne pas être réduit en cendre. Il se précipita vers le prêtre et posa sa main sur son épaule, juste à temps. Le sorcier cria quelque chose, le prêtre murmura une prière et Shenko l’emmena avec lui dans le domaine des ombres, le temps d’un éclair.

_____Cette fois-ci, il n’y resta qu’une fraction de seconde, un instant si court que même les esprits les plus attentifs ne le remarquèrent pas. La marche de l’ombre avait été conçue pour cela. Lorsque Shenko comprit que, à chaque seconde passée dans le domaine des ombres, son âme et son esprit étaient un peu plus dévorés par la puissance corrupteur de ce dernier, il avait mis au point des compétences qui lui permettait de n’y restait qu’un temps infinitésimal, si ridiculement minuscule qu’il n’en subirait pas les conséquences. La marche de l’ombre était de celle-là. Elle lui permettait de se déplacer dans l’espace en passant par le domaine des ombres puis de revenir à son point de départ dans les trente secondes qui suivraient. C’était grâce à ça qu’il avait sauvé le prêtre.

_____Il croisa son regard hébété. Il devait le prendre pour un fou, mais peu lui importait. Seule son envie d'aider cette personne avait émané de ce flux continuel qui torturait son cerveau.



_____Du haut d’une colline, Elissanne observait le paysage qui s’offrait à elle. Le vent leva sa cape et elle prit une profonde inspiration. Elle descendit de mon perchoir et continua son chemin. Sa destination était la guilde des gardiens de Sakya, et, pour cela, elle avait du traverser le petit village qui se trouvait désormais derrière elle.

_____Jamais elle ne pourrait oublier ce qu’elle y vit : Tristesse, solitude, misère. Comment en étaient-ils arrivés là ? Un jour, une fois sa mission terminée, elle irait les aider, elle en fit le serment.

« - Je suis envoyée par mon maître Galdor Elwë. », dit-elle au garde qui contrôlait l’entrée du château. » Et voici une lettre qui prouve que je suis attendue.

_____Sans détourner son regard de son visage, le garde lui indiqua la direction du hall de la guilde, la première étape de sa mission. Elle lui sourit et se dirigea vers le hall, traversa un couloir et atterrit dans une salle. Elle était magnifique. Elle fut émerveillée par le décor reflétant l’histoire de la guilde la plus puissante que le monde ait jamais porté, bien que les tableaux furent un peu trop guerriers à son goût. Elle constata également qu’il y avait juste énormément de monde. L’entrée du hall était relativement petite et, avec autant de monde elle risquait d’y passer la journée ! Cela ne l’enchantait guère, mais elle devait remplir cette mission confiée par son maître.

_____Un homme s’approcha, la tirant de sa solitude.

« - Vous êtes Elissane Lee Mary de la guilde des Prêtres, je présume ?
- C’est exact. Puis-je vous demander comment le savez-vous ?
- Je sais tout ce qui concerne notre maître, je sais qui a un entretien avec lui. De plus je ne pouvais pas me tromper avec le tatouage sur votre nuque.
- Je vois, dis-je en portant la main sur le fameux symbole qui représentait un tourbillon d’étoiles.
- Le maître va vous recevoir bientôt. Vous êtes dans le haut de sa liste, conclut-il en disparaissant dans la foule. »

_____Cela la rassura et elle poussa un soupir de soulagement : elle n’allait pas attendre si longtemps que ça, en fin de compte. Plus vite elle en aurait fini avec cette mission, plus vite elle pourrait aider ces habitants. Soudain, elle se sentit mal-à-l'aise… toutes ces personnes… elles discutaient et riaient, sans sembler se préoccuper du triste sort qu’avaient subi les villageois. Un puissant sentiment d’injustice l’envahit et elle se mit à détester tous ces gens bien nés, ingrats et suffisants…

_____L'inconnu se prénommait Ary. Il était venu, comme nombre de ses camarades, demander de l'aide aux gardiens. Les villages alentours manquaient de plusieurs ressources fondamentales que le mauvais temps leur avait volées. D'autres commerçants ou bourgeois recherchaient plutôt la grâce d'un homme puissant ou un conseil judicieux qui pouvait les sortir de l'impasse dans laquelle ils s'étaient fourrés.

_____Ary triturait son chapeau, regardant un peu partout autour de lui. Il voyait passer de belles femmes aux parures dorées ou tout de dentelle, cachées derrières des éventails raffinés ou des capes colorées. Il se demandait toujours ce que ce genre de personnes pouvait avoir à demander au maître. Des bêtises, sans doute. Les hommes au bras de ces dames semblaient très sérieux et jetaient des regards peu amènes aux plus pauvres, dont Ary.

_____Quand ce dernier posa les yeux sur la prêtresse, il n'en crut pas ses yeux. Sa femme était gravement malade depuis plusieurs jours et les mauvaises récoltes n'arrangeaient rien. Les religieux du bourg avaient quitté leurs églises pour s'installer dans des quartiers plus riches où la populace pouvait subvenir à leurs besoins et Ary en avait été plus que mortifié. Abandonnés et livrés à eux-mêmes, les villageois avaient décidé de venir en masse pour demander de l’aide au maître qui les avait toujours soutenus.

_____Quand Ary croisa le regard énigmatique de la jeune femme, il la fixa un moment avant de se lancer. Peut-être pourrait-elle l'aider ? Il ne reconnaissait pas très bien le tatouage mais reconnaissait les positions et les attitudes des gens de l’ordre.

« - Madame, » commença-t-il doucement, « avez-vous un instant à m'accorder ? »

_____Il se sentait honteux mais n'avait plus le choix. Cette jeune femme avait surement beaucoup de choses à faire ici et ne devait pas perdre du temps avec les gens comme lui, mais il n'avait pu se retenir. Aussi attendait-il qu'elle daigne s'intéresser à lui.

_____Son regard. Elle ne pouvait l’ignorer. Ses yeux étaient remplis de souffrance, d’épuisement et de tristesse. Elle sut qu’elle représentait peut-être son unique espoir. Elle parcourut la salle du regard. De toutes ces personnes, aucune ne semblait avoir remarqué la détresse de cet homme. Elle était la seule, la seule à pouvoir le secourir. Elle s’approcha de lui pour s’enquérir de son problème. De nouveau, il eut le regard empli de tristesse, mais elle senti l’espoir pointer sur son visage :

« - Ma femme … Sauvez ma femme », supplia-t-il.

_____Il était maigre, ses yeux étaient creusés. Il devait veiller sur sa femme depuis des jours et des nuits.

« - Quel est votre nom ?
- Ary, madame.
- Emmenez-moi auprès de votre femme, Ary. »
Ses yeux scintillaient. L’Espoir renaissait en lui. En quittant la salle, elle tourna son regard vers le grand escalier : « Avec un peu de chance je serai revenu avant que l’on m’appelle. », pensa-t-elle.

_____La maison d’Ary était dans le village qu’elle avait traversé, celui-là même qu’elle s’était promis d’aider une fois sa mission remplie. En entrant dans la modeste demeure, elle comprit pourquoi cet homme était si triste. Sa femme n’en avait plus pour longtemps. La magie de la prêtresse lui permit de sentir l’aura sombre autour d’elle, une aura qu’elle ne connaissait que trop bien. Sa sacoche s’illumina. Elle en sortit sa sphère cristalline, l’objet céleste qui affichait le visage des blessés et des personnes sur le point de mourir, permettant aux prêtres d’interagir avec eux. Le visage de cette femme apparut. Les yeux d’Ary se voilèrent. Le pouvoir de sa sphère était connu. Galdor Elwë lui avait raconté une fois que leurs pouvoirs étaient connus jusque par-delà les montagnes. Si Ary connaissait son pouvoir, il savait ce que cela signifiait. Sa résolution de la sauver ne fut que plus grande.

« - Je suis désolée mais je vais devoir vous demander de me laisser seule avec votre femme. Vous n’allez pas aimer ce que vous allez voir.
- Allez-vous la sauver ? »

_____« Je ne sais pas. », pensa-t-elle. Elle se rapprocha de sa femme et lui demanda de nouveau de sortir. Il l’embrassa sur le front et sortit. La prêtresse soupira un bon coup. C’était la première fois qu’elle se voyait obligée d’utiliser une potion de guérison. Elle devait prier les Dieux de l’Amour pour venir en aide à ce couple. L’amour d’Ary allait l’aider à la sauver, mais il ne suffirait pas si son esprit venait à trembler. « Je dois être forte. » se dit-elle pour s’encourager.

_____Elissane sortit une de ses potions de guérison. Il ne lui en resterait que trois. Il faudrait qu'elle aille en reprendre un de ces jours, surtout si les gens affluaient autour d'elle dès qu'ils reconnaissaient l'ordre auquel elle appartenait…

_____La jeune femme entama quelques prières de sa confection, les mots s'entremêlant en une drôle de mélodie. La sphère s'était mise à voleter au-dessus du lit. Une fois les prières terminées, elle plaça ses deux mains au-dessus du corps de la malade et déplaça ses paumes de sorte à le parcourir dans son intégralité afin de découvrir d'où venait le mal. Ce que la jeune femme découvrit lui fit mal : la femme malade était enceinte depuis ce qui semblait être une semaine. Une potion de guérison suffirait-elle pour aider ces deux êtres ?

_____Elle s'y risqua et fit avaler à la malade la potion tout en récitant des paroles sacrées. La sphère voletait toujours près d'elle, toujours aussi éclatante.

_____Après plusieurs minutes douloureuses, Elissane s'écarta. La sphère avait cessé de l'aveugler mais le visage de la malade demeurait affiché. « Il doit lui rester quelques blessures superficielles », se dit-elle. Mais elle était trop fatiguée pour s’occuper de ça tout de suite. Elle avait tout de même réussi à sauver la femme et un léger sourire s'afficha sur ses fines lèvres. « Le bébé n'a rien », vérifia-t-elle en passant les mains sur le corps de la malade. Satisfaite, elle voulut se lever mais, sous le choc de la fatigue, elle s'effondra sur le sol.



_____Elwing s’avança dans la forêt d’un pas discret. Les traces de pas qui labouraient la terre étaient toutes fraîches. Sa cible ne devait pas être loin. Des pates griffues, une masse imposante, des poils noirs et effrayants pour des dents comme des couteaux, voilà ce qu’elle traquait. Le roi en personne lui avait donné une mission. Anéantir cette créature qui semait la terreur parmi les paysans et décimait leur bétails. Elle ne devait pas être loin. Soudain, un bruissement dans la forêt, une ombre furtive, un mouvement suspect, rapide, imperceptible, mais qui ne lui échappa pas. Vive comme l’éclair, elle décocha presque immédiatement une flèche mortelle vers cette masse noire qui venait d’apparaître, mais ne toucha que le bras de la créature.

_____Elle resta silencieuse un court instant. Le monstre en question ne ressemblait à rien de connu. Mi humain, mi félin, il était intégralement couvert de poils noirs comme la nuit, et un sourire carnassier semblait s’afficher sur son visage. Elle tressaillit. La patte droite de son adversaire était blessée, il était handicapé. Elle encocha une nouvelle flèche, prête à en découdre, prête à abattre ce monstre qui lui vaudrait la reconnaissance du roi… elle ne pouvait déjà plus attendre. Elle pourrait enfin se faire un nom, elle pourrait enfin obtenir la reconnaissance des siens ! Elle était lasse de toujours remporter les concours de tir à l’arc, et même si c’est cela qui l’avait fait repérée par le roi, elle n’avait jamais vraiment eu de vrai combat. C’était là, c’était son jour, sa gloire.

_____Le monstre était rapide. Il se déplaçait tantôt comme un homme et tantôt comme un tigre, tantôt il bondissait et sautait dans tous les sens, habile comme un singe et parfois il galopait et lui sautait à la gorge, tous crocs dehors, à la manière des plus redoutables félins. Elwing esquiva la première attaque et encocha une autre flèche. Le monstre se préparait à sauter. Oui, qu’il vienne : elle le criblera de flèches et ramènera sa dépouille auprès du roi !

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