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 [Elia Nakha] Le marionnettiste (Roman)

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Elia Nakha
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MessageSujet: [Elia Nakha] Le marionnettiste (Roman)   Sam 10 Nov - 20:02

Une lueur, étincelle à peine visible, une silhouette gracile, un feu dans le regard. Un coup d'estoc en plein cœur par un maniement rapide et soigné du poignet. Blessure fatale donnée par l'art de la mort. S'en préserver n'est qu'une faiblesse impossible.


Le mur était maculé de sang encore frais. Les gouttes éparses perlaient lentement entre les jointures. Le bruit étouffé d'une lame retiré d'un coup sec se fit entendre. Au loin, le silence, lentement brisé par le son mat d'un corps sans vie tombant sur le sol glacé. Elle avait agit en silence, sans bruit. Vive et efficace, elle devait être une ombre à peine visible, une ombre en plein travail. Elle s'en retourna, laissant derrière elle le corps à son dernier souffle et repartit aussi vite qu'elle était apparue.

C'est dans son ombre virevoltante entre les murs, qu'une épaisse fumée acre s'élève du corps aux bras écartés, les paumes vers le ciel dans l'attente d'une bénédiction jamais acquise. Un sursaut à la poitrine, un spasme, des tremblements et un léger filet de sang perlant au coin de ses lèvres entrouvertes. C'est ainsi que l'âme quitte enfin ce corps désarmé, le laissant enfin reposer en paix.



*******



Ses yeux noirs perçaient le lointain à la recherche d'un mouvement suspect dans la pénombre. Aux aguets, elle se préparait physiquement et mentalement à sa mission. Elle tendit et détendit ses membres en souplesse, sans bruit tout en gardant son attention fixée sur la maisonnée. Du haut de la tour de guet où elle s'était positionnée, elle dominait toute la scène. De la cours aux toits lourdement gardés, elle avait une vue imprenable sur chacune des fenêtres faisant le coin du bâtiment. Des gardes faisaient des allers et retours réguliers, laissant peu de place pour se faufiler entre les rebords des fenêtres et la gouttière. Les ruelles avoisinantes étaient, elles aussi, très bien gardées mais la jeune femme avait réussi à passer sans problème. Sa combinaison de peaux noires cachait ses faits et gestes dans la pénombre. Seul son visage était découvert mais elle savait le cacher aisément dans les ombres vibrantes que laissaient derrière elles les lumières des gardes contre les tréteaux et les bâtiments.
Le froid commençait à lui engourdir les mains et lui rosir les joues. Elle se tenait toujours droite, cachée derrière le pilier en bois qui soutenait la charpente de la tour. Un regard en contrebas l'avertit du prochain changement de la garde.
Elle raffermit ses appuis pour être certaine que le froid n'avait pas paralysé ses jambes, serra les mains où ses doigts commençaient à gercer et attendit un dernier instant que la relève entre dans la tour pour enjamber la barrière. D'un mouvement, elle se retourna, sauta et attrapa la corniche avant de se rétablir sur le toit de la vigie. Un dernier regard sur le manoir lui apprit que les gardes venaient de tourner au coin : elle avait quelques secondes devant elle. Elle prit de l'élan, sauta en souplesse et atterrit sur le balcon supérieur du manoir.

Silencieuse, elle avança méthodiquement jusqu'à une cachette qu'elle avait pris le temps de répérer et d'étudier. Personne ne l'ayant remarquée, elle reprit sa respiration avant de se glisser sous un bloc de pierres usé par le temps puis passer par une fissure plus travaillée à mains d'hommes que par les intempéries. Elle atterrit dans une antique chambre de bonne ou la moisissure avait élue domicile ainsi qu'une grande famille d'insectes. A pas feutrés, elle sortie de la pièce froide et atterrit dans un couloir sombre. Une lueur au bout du couloir éclairait faiblement les alentours. Elle continua son avancée, tout sens en alerte, prête à se cacher au premier bruit de pas. Elle traversa le couloir, déboucha sur un vaste escalier qu'elle descendit avant de se retrouver dans une salle obscure. Décorée de tentures sombres et de tableaux vieillis par le temps, la pièce n'était pas accueillante. Une odeur de moisissure se répandait dans les mouvements de la jeune femme et lui donnait la nausée. Celle-ci s'attarda sur les visages pâles d'une grande famille qui posait sur elle un regard vide et écaillé. Les tableaux prenaient la poussière et sous leurs traits jadis lumineux venaient ternir la froideur d'une époque obscurcie. Il ne faisait pas bon rester ici et elle le savait. Elle porta son regard aux seuls tableaux à se montrer sous la couleur de la lumière qui paraissaient encore plus gris que dans ses souvenirs. La déchéance du monde s'agrippait à tout, même à chaque parcelle de mobilier encore en état raisonnable.

La jeune femme s'attarda à observer ses peintures vieillissantes, imaginant les peintres de l'époque travaillant avec ardeur et poésie pour créer les plus beaux portraits. Soudain, surprise par des voix qui s'élevaient dans le couloir avoisinant, elle prit une porte sur sa droite et la referma rapidement. Les voix se rapprochaient de la salle des portraits. Elle retint son souffle, tendant l'oreille en espérant que l'on ne l'est pas entendue.
Trois voix distinctes chuchotaient précipitamment et, au son des pas, il sembla à la jeune femme qu'une personne suivait en silence. Elle ne s'attarda pas sur leur sujet de conversation. Elle attendit que le son de leurs pas disparaissent à nouveaux avant de sortir de sa cachette. Elle délaissa les murmures antipathiques des deux jeunes femmes et parti dans l'autre sens, vers sa mission. Elle ne connaissait pas tous les couloirs ni toutes les pièces de la maisonnée mais elle avait un sens inné de l'orientation qui la conduisit rapidement vers le lieu de son rendez-vous.



*******



Il n'avait que quinze, vingt ans et une fatigue visible lui faisait paraître presque quinze ans de plus. Une longue toge noire l'habillait tout entier. Seuls ses bras nus laissaient percevoir des cicatrices récentes, traces d'un combat se menant à l'intérieur de son corps. Le regard dans le vague, il observait une sphère étrange et tachetée de blanc posée sur une table basse. Sous la bulle bleutée, des maisons, des villes, des forêts et des clairières s’agglutinaient de part et d'autre. D'un mouvement de la main, l'homme fit dévier les habitations et d'autres apparurent.
Il était anxieux et perplexe à la fois, réfléchissant à des choses que la jeune femme, cachée dans l'ombre d'une tenture, n'aurait jamais pu imaginer. Moya. C'était son prénom. Fine, aux courbes légères, elle ne bougeait pas d'un pouce. Voilà une heure qu'elle devait être cachée derrière les lourds rideaux qui entouraient la salle sombre. Il n'y avait aucune lumière aux alentours. Seule la sphère imprégnait la salle d'une clarté ténue. Ses yeux s'étaient habitués à la pénombre. Elle percevait chaque mouvement de l'homme et attendait le bon moment. Il n'y avait personne dans les environs. Seuls restaient dans cette pièce froide un homme proche de la mort et une jeune femme écoeurée de ce qu'elle allait devoir faire.



*******



Un monde de torpeurs s'était installé dans ce manoir. Silencieuse, comme à son habitude, elle avait traversé de nombreux couloirs et pièces mal éclairés. Elle avait laissé derrière elle les comploteurs, les hommes de mains et ces gens qui se nourrissaient à la bouche de leur maître en minaudant de fausses modesties. A aucun instant personne aurait pu deviner qu'elle était là, cachée, invisible. Seul cet homme qui lui tournait le dos aurait été capable de sentir sa présence. Il était sa cible. Intelligent, calculateur, il savait sentir ce qui l'épiait et venait le déranger dans ses recherches.

Sans bruit, Moya porta sa main à sa hanche droite, la posant délicatement sur un poignard attaché à sa ceinture. Elle le sorti sans bruit de son fourreau avant de se décaler de quelques centimètres. Les lourdes tentures ne bougèrent pas pendant son déplacement méthodique. Chaque pas avait été repéré et calculé. Elle avançait lentement, le regard fixé sur sa cible. Celle-ci relâcha son attention de la sphère, bougea la tête d'un mouvement sec et renifla l'air. Il s'arrêta dans l'attente d'un bruit qui confirmerait ses pensées mais rien ne vint. Il retourna à nouveau à la contemplation de sa sphère, portant une main distraite sur sa surface.
Moya, qui s'était figée, reprit doucement sa lente procession pour se poster, à la gauche de sa cible, toujours cachée, sa main prête à jouer de son arme.

Les mains courant sur la sphère, il semblait absorbé par ses réflexions. Moya respira lentement sans bruit, se préparant à son attaque imminente. Elle plia les jambes, tourna son poignet et se remémora son propre plan qu'elle avait mis des jours à préparer.

« Je ne pensais pas que tu reviendrais me voir si tôt, Moya Al Abdrimal ! »

Non sans surprise, la jeune femme sortit lentement de sa cachette, son arme à la main, prête à s'en servir. Elle fixait sa cible avec intensité. Concentrée et prête à sauter au moindre mouvement, elle ne bougeait pas. L'homme lui tournait le dos. A aucun instant il ne s'était retourné. Toujours concentré sur sa sphère il parla, comme s'il parlait à un ami de longue date.

« Tu aurais du me prévenir, Moya, j'aurais allumé quelques chandelles pour toi. Je sais que tu n'es pas très habituée à l'obscurité. Je t'aurais même envoyé un serviteur pour qu'il t'ouvre la porte et t'amènes jusqu'à moi. Tu as du encore réfléchir longuement à ce plan et je suis certain que tout aurait été plus facile si tu t'étais annoncée. »

Il était habituel que les échanges prennent une longueur épouvantable. L'homme aimait se distraire de la présence de la jeune femme. A chacune de ses visites, il lui parlait, se moquait d'elle et jouait avec ses nerfs. L'homme se retourna, le visage dans l'ombre et regarda attentivement la femme qu'elle était devenue.
« Les années te vont à ravir Moya : l'âge ne d’atteint pas. C'est un plaisir de le voir.»
Il avait parlé tout en évaluant son adversaire. Une jolie femme aux cheveux et aux yeux d'un noir de jais. Ses courbes étaient fines et légères. Ses pieds prenaient appui sur le sol froid, sans bouger, prêts à s'élancer à tout moment. La jeune femme le fixait en essayant de lire la plus profonde de ses pensées, cherchant à savoir ce qu'il préparait.
Elle entra dans son jeu.
« _ Que savez-vous de la beauté ? La seule que vous pouvez concevoir est celle qui s'approche du pouvoir, celle qui vous donnera ce que vous convoitez.
_ Le pouvoir est la seul chose en ce moment qui vaut le mérite de se battre.
_ Donc, vous serez prêt à mourir de votre plein gré, pour le pouvoir.
_ Ce n'est qu'un jeu, chère Moya, et tu sais que j'y gagne beaucoup. Je savais que tu viendrais. Abdrimal est tout aussi calculateur que moi et sait à quel moment il doit se débarrasser de moi. Une fois de plus mes calculs sont exacts. Je suis quand même surpris que tu sois là si tôt, cette fois-ci. Commencerais-tu à apprécier ton travail ? »
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[Elia Nakha] Le marionnettiste (Roman)
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