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 [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)

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Anaël
Commandant de Bord


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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 19 Sep - 21:13

_____Arthur tente d’avoir un ton détaché, mais la forêt de Lanvergne est tristement célèbre, dans mon pays, à tel point que même un étranger comme lui en a entendu parler. Lyssa ne dit rien, mais je vois bien qu’elle essaie déjà de percer ce que cachent les ténèbres. Au loin, des pins se mélangent aux chênes et aux saules dans une curieuse harmonie, et des feuilles de toutes les couleurs s’offrent à nous du haut de leurs branches aux formes improbables. Des troncs évoquant des silhouettes humaines semblent se parler entre eux dans des craquements inquiétants amplifiés par la montagne tandis que des arbres aux feuilles noires comme l’encre se mêlent au vert des pins et aux différentes touches de couleur allant du jaune clair au marron foncé en passant par le rouge. Cette forêt ne possède pas de lisière à proprement dite : des arbres se dressent ça et là et se font de plus en plus denses jusqu’à former une véritable forêt, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un mètre entre deux tronc et que le sol soit entièrement recouvert de racines, elles-mêmes recouvertes de mousse. Enfin, si tant est qu’on puisse vraiment parler de « sol ».

_____À hauteur de genou se dressent des ronces, des fougères et autres baies inhospitalières qui nous préviennent de leur vénénosité par de vifs et chatoyants éclats hésitant entre le rouge, le jaune et le bleu, de grands champignons de toutes les formes et de toutes les couleurs poussent aux pieds des troncs, accompagnés de leurs petits frères de toutes les tailles, et les innombrables insectes grésillant sous nos pas émettent une inquiétante chorégraphie… Des tiges parsemées de feuilles s’enroulent autour des arbres et les relient entre eux pour bientôt nous barrer la route, nous forçant à nous pencher ou à les trancher. Des fleurs envahies de pucerons voient de grands insectes à la carapace rouge ponctuée de points noirs se poser sur leur tige, des colonies de fourmis s’attaquent aux coccinelles et de piailleurs acrobates aériens leur fondent joyeusement dessus en décrivant des cercles autour d’elles… L’araignée fuit en paniquant, un oiseau l’attrape en chantant, un renard saute en s’amusant, un mulot s’enfuie en courant, un loup s’approche furtivement d’une biche et de ses faons qui s’échappent en bondissant, puis il s’éloigne tristement avant d’égorger violemment un marcassin bien imprudent… les gazouillis et le bruit des insectes nous accompagnent tranquillement et nous croisons de craintifs écureuils qui nous observent en silence, bien à l’abri du haut de leur branche. Au bout d’un moment, nous bifurquons vers la droite, mais une immense toile d’araignée nous force à faire un petit détour, ce qui m’inquiète un peu parce que j’ai peur d’avoir perdu mes repères, avec tous ces changements de trajectoires. Pour moi, c’était simple : il suffisait d’aller tout droit… Mais comme j’ai perdu toute notion du « tout droit », il va falloir nous contenter d’aller vers le Nord. Un peu soucieux, je guide mes amis à travers une végétation de plus en plus épaisse, et des craquements inquiétants nous indiquent que nous ne sommes pas seuls alors que le chant des oiseaux s’achève soudainement. Nous ne ralentissons pas et la végétation finit par se désépaissir alors que nous atteignons un paisible ruisseau. Suivant son cours sur quelques centaines de mètres, j’annonce qu’on devra le traverser à la prochaine bifurcation pour pouvoir continuer vers le Nord.

« -Comment tu connais cette forêt ? », s’inquiète Morghane, « Je ne savais même pas qu’il y avait un ruisseau, ici…
-Normal, il n’était pas sur la carte. Et je ne connais pas cette forêt. »

_____À la bifurcation annoncée, le cours d’eau continue vers la gauche, et je prends de l’élan pour sauter par-dessus :

« -Si j’étais vous, j’éviterais de mettre un pied dans l’eau !
-Pourquoi, qu’est-ce qu’il y a, dans cette eau ? », s’inquiète Lyssa alors qu’Arthur me rejoint habillement.
« -Mais rien, il essaie juste de vous faire peur ! »

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 19 Sep - 21:15

_____Dans cette eau, il y a peut-être des Kordilos, des petits reptiles qui, de la base du coup jusqu’à celle de la queue, font la taille d’un chat, mais possèdent une tête et une queue particulièrement allongées. Ils sont dangereusement rapides et agiles, et hantent les cours d’eau de la plupart des régions humides. On est dans une région humide, et je ne me risquerais pas à vérifier s’il y en a ou non, dans cette eau. En fait, une fois que leurs deux rangées de dents se sont refermées sur vous, vous n’avez plus grand-chose à espérer, si ce n’est une mort rapide. D’ailleurs, j’espère que Mylène est morte lorsque la gueule du monstre s’est refermée sur elle, parce que, de toutes les morts possibles et imaginables, ça doit vraiment être horrible de mourir dans le tube digestif d’un Kantathrodon… Chassant cette idée de ma tête, je me contente de rassurer Lyssa en disant qu’on a vu bien pire, et les filles nous rejoignent sans à-coup.

« -Bon, j’ai une question existentielle. », annoncé-je calmement.
« -Ah oui ?
-C’est où, le Nord ? »

_____Morghane sort sa boussole dans un sourire avant de pointer la direction du doigt :

« -Par là. »

_____Après l’avoir remerciée, nous continuons notre périple en allant tout droit dans la direction annoncée, la végétation se faisant de moins en moins dense jusqu’à laisser la lumière la pénétrer entièrement… Rapidement, les arbres laissent place à l’herbe et aux arbustes, et une douce pente accélère nos pas, nous guidant à l’extérieur de cette forêt maudite :

« -Eh bien, on n’a pas disparu, finalement. », remarque Arthur.
« -Qu’est-ce que t’en sais ? Si ça se trouve, on a été téléporté dans un autre univers ! »

_____Ma remarque stupide ne fait rire personne, mais je vois que l’ambiance s’est détendue. Non loin de là, une colline se dessine avec quelques maisons éparpillées sur son flanc, et, au milieu des nombreux champs, sur le sommet de la colline se dresse une noire citadelle, Mut’sev.
« -Bon, pause ! », supplié-je en m’asseyant.
Mes amis acquiescent, et nous profitons de la pente pour nous trouver une position confortable. Lyssa fouille son sac pour nous balancer les restes pourrissants de son jambon, ce qui lui vaut un "Charmant !" ironique de la part d’Arthur, et Morghane nous sort des biscuits salés de sa conception. Assez succulents, d’ailleurs, et plutôt bien conservés. De mon sac, je sors des gourdes d’eau que je fais tourner entre ces incorrigibles bois-sans-soif, et je désaltère ma propre gorge en rêvassant d’un vrai repas. Au bout de quelques minutes, mes mollets et mes pieds cessent de me faire souffrir, et mes autres muscles se détendent lentement alors que je m’allonge confortablement dans l’herbe, poussant un léger soupir d’aise.

« -Debout, fainéant, le village est de ce côté-là ! »

_____Nous nous sommes suffisamment reposés et reprenons la route, conscients d’en avoir quasiment terminé avec cette tâche de messagers. Nous sommes bien ignorants. Une fois à l’intérieur du village, nous consultons Lyssa qui nous guide jusqu’à la seule auberge du coin, et nous commandons une succession improbable de mets. C’était ça, le code ? Je dévisage une Morghane soucieuse et un Arthur rieur, mais je finis par me dire que la nourriture sera toujours meilleure que le jambon de tout à l’heure. Lorsque le serveur arrive, il est bredouille, à mon grand dépit, mais il s’approche rapidement de nous en nous observant minutieusement, comme pour juger notre valeur. Il dégaine alors une épée restée invisible et, devant nos yeux ahuris, avant que quiconque n’ait esquissé un geste, l’abat sur Lyssa. Le temps s’arrête. C’est assez difficile à expliquer, mais le temps s’arrête. Pendant un court instant, je vois cette lame, je vois Lyssa, et je sais ce qu’il va se passer. Non, je n’ai pas peur, je ne crie pas et je n’éprouve rien. Non, je ne bouge pas, je n’ai pas le temps de bouger, de tendre la main ou de l’aider, tout se passe si vite… La seule chose qui me traverse, pendant cet étrange instant pétrifié dans l’éternité, c’est la certitude de la mort. Pourquoi est-ce que cette mort ne m’accable pas, pourquoi est-ce que je ne suis pas détruit par cette lame qui s’abat, je le sais. Simplement, pendant ce court moment, mon cœur n’a pas le temps de comprendre. Mes yeux m’informent, mais mon corps ne réagit pas. Je ne peux rien faire, pas même regretter. L’épée rebondit violemment sur la joue de Lyssa qui ne recule pas. Nous restons coi un instant, et c’est Arthur qui réagit le premier alors que la lame de notre serveur, qui devait s’abattre sur l’épaule de mon amie, dévie mystérieusement de sa trajectoire pour pulvériser le plancher.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 19 Sep - 21:23

« -Quel est ce maléfice ? », s’écrie notre adversaire alors qu’Arthur lui fonce dessus.

_____Un couteau de lancer dans chaque main, il fait disparaître rapidement la distance entre lui et le serveur, empêchant ce dernier de manier se lame. En croisant les bras, la vipère noire fend l’air mais rate sa cible qui s’est jetée sur le côté, prenant une menaçante pause de combat. Elle botte, feinte puis frappe le poignet gauche d’Arthur, le désarmant sur le coup, avant de botter à nouveau et de plonger sa lame vers son ventre. Arthur tombe en arrière mais dévie la lame de son deuxième couteau, et une flèche vient pulvériser l’air à l’endroit où se trouvait la tête du serveur. Celui-ci l’a penchée sur le côté au dernier moment, et il se précipite vers Morghane qui le regarde avec des yeux exorbités, abattant son arme sur elle. Une nouvelle fois, l’épée ricoche comme si elle avait frappé la roche, mais l’homme ne décourage pas pour autant : il feinte, botte, fait de grand moulinets avec son épée et l’abat de nouveau, mais Arthur s’interpose et pare la lame de son ridicule couteau. Faisant peser tout son poids sur son arme, notre ennemi désarme Arthur d’un grand geste mais doit se réfugier sous une table pour éviter une flèche mortelle. Il se dirige alors vers moi, seule personne désarmée avec Morghane, mais celle-ci a repris ses esprits et s’interpose, un sabre d’abordage à la main. Virevoltant rapidement, notre homme change sans cesse de position, faisant preuve d’un jeu de jambe hallucinant, ce qui décourage Lyssa d’envoyer une troisième flèche qui pourrait tout aussi bien tuer Morghane. Ne sachant que faire, je m’empare d’une assiette et la balance en direction de l’homme, mais celui-ci tourne autour de Morghane et se fait un rempart de son corps.

_____L’assiette se fracasse bruyamment sur une table, mais il ne perd pas sa concentration. Avec une précision terrifiante, il gagne du terrain sur l’amirale et, d’un moulinet rapide comme l’éclair, la déleste de son sabre. Triomphant, il sourie à une Morghane désarçonnée et tente de l’abattre, mais celle-ci se jette à terre pour offrir un angle en or à une archère qui n’en demandait pas tant. Avec une précision divine, Lyssa s’empare d’une flèche, la place sur sa corde et la tire, décochant en un clin d’œil un trait destiné à frapper l’homme en plein cœur. Avec un réflexe foudroyant, l’homme se décale vers la droite et dévie la flèche de sa lame, saute sur le côté, surgit devant moi et abat son arme, mais je l’esquive en me précipitant en arrière, puis je réplique d’un direct du gauche qu’il évite en sautant sur le côté. Sans me laisser décourager, je le repousse de toutes mes forces puis pose une main à terre pour lui asséner un coup de pied au visage, un mouvement qu’il n’avait pas prévu. Mon corps entier se soulève gracieusement et mes jambes tournoient dans les airs, mais l’homme se saisit de ma cheville, empêchant mon talon d’atteindre sa cible. À ce moment-là, je me retourne pour lui présenter mon dos, posant alors ma deuxième main à terre avant d’abattre mon autre cheville sur son torse. Avec un mouvement de recul, mon adversaire surpris encaisse le choc tandis que je tire de toutes mes forces sur son bras gauche qui tient ma cheville, pliant mes bras et posant les épaules au sol pour mieux le tirer à moi. Ma jambe gauche se replie, mon poids se répartit sur mon dos et je prends appui sur le sol en tirant sur mon adversaire pour mieux pouvoir me relever, tendant son bras gauche qui finit par me lâcher et faisant basculer mon poids sur ma jambe gauche. Celle-ci se déplie alors, aidée de ma deuxième jambe fraîchement libérée, me faisant bondir, le bras encore replié et le poing fermé, vers un adversaire encore désarçonné qui n’a pas pu lire dans mes mouvements.

_____Je déplie le bras gauche pour mettre tout mon poids dans ce puissant coup de poing qui porte toute ma rage et toute ma force, mais je n’ai pas pu me soulever suffisamment et l’atteins finalement au nombril. Surpris, tiré vers l’avant par ma jambe droite qu’il avait attrapée, l’homme encaisse le coup de plein fouet et en a le souffle coupé. Mon poing douloureux s’enfonce en profondeur jusqu’à ce que sa peau soit aussi dure que l’os, et mon homme s’écrase lourdement contre le mur, son corps dessinant une véritable onde de choc en se dépliant sur sa surface avant que l’arrière de son crâne ne se cogne violemment contre lui. Épuisé, à bout de souffle et sans volonté, je m’écroule à ses pieds pendant qu’il reste sonné un instant, mais il se reprend beaucoup trop rapidement : menaçant, il brandit son arme que je vois déjà traverser ma poitrine, et je me redresse avec peine en m’appuyant sur le mur, prêt à affronter la mort avec dignité. Une flèche lui transperce le poignet droit et un couteau se fiche dans son épaule gauche. Dans un cri de douleur, il lâche son épée et se plie en avant tandis que Morghane déboule pour lui shooter violemment sur le front, provoquant un craquement inquiétant à mesure que sa jambe imprime sa trajectoire sur sa tête… Une vision incroyable m’est alors offerte. Un homme, d’un poids respectable, entame un impressionnant vol plané avant de valdinguer entre les chaises et de pulvériser une table en s’étalant de tout son long avec une lourdeur inégalée. Le pied de la table se brise sur le coup, sa tête percute brutalement le sol et un verre d’alcool, une bouteille de rhum et une carafe d’eau s’effondrent sur lui avec fracas.
Je me redresse péniblement pour aller vérifier son pouls, mais je n’y crois pas trop :

« -Il est mort.
-Faut voir ce que tu lui as mis dans la tronche ! Où est-ce que tu as appris à faire ça ?
-Moi ? Rien… c’est Morghane qui l’a éclaté… t’as vu ce coup de pied ? De quoi tuer un bœuf ! »

_____Immédiatement, l’attention d’Arthur se reporte sur Morghane. Elle est tendue, affolée ; elle craint quelque chose, comme si le plafond risquait de lui tomber dessus à tout moment… je ne l’ai jamais vue comme ça ! Son regard est inquiet, il parcourt rapidement la pièce pour y déceler le moindre piège, mais j’ai l’impression que c’est surtout mon regard, le piège. Lorsque ses yeux se posent sur les miens, je la trouve différente et indescriptible… quelque chose a changé.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 21 Sep - 18:35

« -Pourquoi tu l’as tué ?! … il savait forcément quelque chose ! On fait quoi, maintenant ? »

_____Elle reste mystérieusement silencieuse. D’un seul coup, je me rappelle de la présence du barman, et lui adresse un sourire niais en lui disant :

« -Bon alors, le repas, il arrive ? »

_____Lyssa hausse les sourcils d’un air exaspéré alors que Morghane s’assoie sur une chaise placée à côté de nous, elle aussi épuisée. Arthur fait le tour de l’auberge pour ramasser les flèches et les couteaux abandonnés, et il grimace en pensant à l’argent qu’il nous faudra débourser à l’aubergiste… Non, on n’est pas comme le roi, on paie ce qu’on prend et ce qu’on casse, mais quand même… Dès fois, il doit se dire qu’il préférerait ne pas avoir à payer des sommes aussi exorbitantes.

« -Peut importe combien nous lui donnons, la couronne lui promettra plus. », lui rappelle Lyssa.
« -Ouais. Mais, à ce moment-là, nous serons loin. »

_____Très loin, de préférence…

« -Euh, Arthur ?
-Oui ?
-Tu veux bien rattraper l’aubergiste, avant qu’il ne revienne avec des soldats ?
-Ah, oui, ok. »

_____Il s’en va avec précipitation, et un cri de douleur fuse au bout de quelques minutes. Lorsqu’Arthur revient, il tient l’aubergiste par la main et le tire dans notre direction.

« -Bon, je crois qu’il n’y avait personne d’autre. »

_____Je hoche la tête avec reconnaissance, et adresse un regard désapprobateur à notre aubergiste :

« -C’est quoi, ton nom ?
-Rolland.
-Bon, euh… je crois que tu as besoin d’être accompagné pour nous apporter un repas, n’est-ce pas, Arthur ?
-Pourquoi moi ?
-Je… je sais qui vous êtes. Vous en voulez à la couronne, n’est-ce pas ? Je ne vous aiderai jamais ! »

_____Irrité, je lance une bourse sur le guichet et l’assoie de force sur une chaise avant d’entreprendre de l’y attacher.

« -Bon, très bien. T’auras qu’à dire qu’on t’a pas laissé le choix… Tu vois cette bourse ? Y’a assez d’argent pour payer les réparations et le repas. Voir un peu plus. Pour ta discrétion. Alors, tu vois, mes copains et moi, on va se servir, et toi tu vas te taire, ça marche ? On n’est pas des voleurs, on n’a rien saccagé : on paie tout. Mais en échange, tu n’essaie pas d’appeler à l’aide, tu n’essaie pas de prévenir qui que ce soit, et tu gardes ta bouche fermée jusqu’à ce qu’on s’en aille, d’accord ?
-Allez vous faire foutre !
-Arthur, tu es volontaire pour aller chercher la nourriture. »

_____Ce dernier me lance une petite aiguille que je regarde avec curiosité :

« -L’aiguille du sommeil, » me dit-il, « un jour de beaux rêves. »

_____Un jour, c’est bien plus qu’il en faut. Je plaque ma main sur la bouche de l’aubergiste pour étouffer ses cris, puis je lui plante l’aiguille dans le bras, à l’endroit que m’a désigné Arthur avant de disparaître. Après s’être débattu quelques instants, il finit par se calmer et à tenir des propos incohérents avant de se mettre à ronfler bruyamment. Consterné, je lui pose la bourse entre les jambes puis entreprends de le placer à l’étage, mais monter une chaise dans les escaliers n’est déjà pas facile ; alors avec un homme dessus ! Heureusement, Lyssa et Morghane viennent me prêter main forte, et l’aubergiste ronfle tranquillement dans une chambre alors que nous regagnons le réfectoire. Épuisé, j’ai le temps de me dire que c’est une bonne chose qu’il n’y ait jamais personne qui vienne dans cette auberge lorsque quelqu’un franchit le battant de la porte. Je me précipite pour lui bloquer la vue et, devant son timide "L’auberge de l’ours brun ?", je lui annonce qu’on est fermé jusqu’à nouvel ordre et le pousse rapidement dehors. Il n’y a pas d’autre auberge, dans le coin. Il va devoir compter sur la générosité des habitants, autant dire qu’il va dormir à la belle étoile.

_____Rapidement, j’affiche le panneau "Fermé", j’éteins les torches qui éclairent l’entrée de l’auberge et entreprends de fermer tous les volets pendant que Morghane allume les bougies et que Lyssa fait le tour des chambres pour être sûre qu’on n’aura pas d’autre mauvaise surprise. À part un voyageur terrifié venu passé la nuit, nous sommes seuls. Une bonne chose qu’Arthur nous ait laissé son veston suréquipé. Sans attendre, nous décidons d’aller l’aider dans le choix de la nourriture et revenons avec un succulent morceau de viande saucée, une baguette de pain, une véritable palette de fromage frais, un appétissant gâteau jaune aux fruits rouges, des pruneaux, des boissons et une montagne de pâtes beurrées. Nous nous attablons joyeusement, affamés et épuisés par la succession des événements : ce n’est pas souvent que nous avons eu le temps de souffler. Je n’avais jamais imaginé manger un jour avec Morghane, Lyssa et Arthur, mais il faut croire que le destin nous réserve bien des surprises : depuis que nous avons retrouvé Morghane, l’amirale des troupes de Délos cohabite plutôt bien avec les deux compatriotes des Vertes Vallées et moi-même : nous formons une bonne équipe. Discutant de façon plutôt détendue, nous ne parvenons pas à oublier la gravité de la situation, et c’est sans grand appétit que je termine mon repas sur cet étrange gâteau au goût exotique.

« -C’était quoi, la viande ?
-J’en sais rien, mais c’était délicieux. Tu sais quoi ? Quand tout sera terminé, je reviendrai dans cette auberge pour leur demander la recette de la sauce ! »

_____Assez rapidement, nous décrétons qu’il est grand temps de lire la lettre, comme l’a suggéré Morghane, et c’est avec une grande curiosité mêlée à de la colère que nous apprenons la vérité.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 21 Sep - 18:37

______Le chef des rebelles, un certain Emeric, n’a jamais fait confiance aux Vertes Vallées, et surtout pas à Lyssa qui jouit à son goût d’une trop grande influence, étant celle qui a rassemblé la plupart des rebelles. Du coup, il a inventé cette histoire de message pour l’éliminer. Original. La lettre demande aussi à son destinataire, un certain « Épine de fer », de rejoindre son chef au plus vite avec le bâton des rois. En d’autres termes, l’Épine de fer était censée s’emparer d’un artefact qu’une armée entière n’a pas pu dérober. Classique. Emeric se doutait bien que je serais avec Lyssa, et que Morghane serait avec moi, c’est pourquoi la lettre demandait à l’Épine d’éliminer l’amirale pour s’emparer de l’Egide. Astucieux. Depuis le début, il tire les ficelles pour s’emparer de tous les artefacts : il a engagé des mercenaires pour éliminer la famille royale et les lui rapporter, mais c’est à son bras droit, le sans scrupules 1’, qu’il a confié la tâche de voler le collier divin. On avait tort depuis le début : la princesse ne s’est pas échappée, elle a été enlevée par Vincent. Emeric pense que, s’il possède le collier, il va pouvoir faire en sorte que le cristal de vision s’inscrive dans ses yeux : n’est-il pas censé exaucer tous les vœux, après tout ? En s’emparant de tous les artefacts, il serait devenu le maître incontesté du Royaume, et le fait que le roi tienne encore son bâton n’est qu’un petit contretemps dans ses plans : avec le cristal, l’Egide et le collier, le chef des rebelles n’aura rien à craindre du bâton. Il pourra l’arracher lui-même des mains de son souverain, et mettre fin à la guerre.

______Dégoûté, je vois bien ce qu’il y a derrière ces belles intentions, désormais : on va passer d’un tyran à un autre, et ce sera tout ! Pour rien. On a fait tout ça pour rien. Et en plus, ça a foiré. N’a-t-on jamais été que des marionnettes ? Maintenant que j’y repense, je me dis que la course céleste n’a été qu’une occasion de voler l’Egide, rien d’autre ! Mais quelle était la finalité de voler cet artefact alors que la famille royale était incapable de s’en servir ? Ce sera indispensable à la suite des opérations, m’a-t-on dit, mais on n’avait pas précisé que, pour moi, la suite des opérations consistait à mourir. On peut comprendre que l’Egide soit un enjeu stratégique important, dans cette guerre, surtout quand on a vu les miracles que Morghane en a tirés : plus d’une fois, elle nous a sauvé la mise et nous serions tous morts sans son incroyable réflexe de sauver Lyssa. L’Épine de fer nous aurait massacrés avant même que nous aillons esquissé un geste. Mais pour parvenir à ses fins, Emeric a besoin que le Royaume s’effondre, comme ça, personne ne pourra contester sa légitimité au trône. Il a besoin de l’opération raz-de-marée. Ne cherchez pas : il est aussi fou que Cassandora. Une fois l’opération déclenchée et le Royaume englouti par la vague, le chef des rebelles a l’intention de semer la discorde parmi les vainqueurs pour les faire s’entre-tuer et ressortir, seul, en vainqueur. La mort de Morghane et de Lyssa aurait divisé Délos et les Vertes Vallées, entraînant, par le jeu des alliances, un conflit d’une ampleur insoupçonnable. Les Vertes Vallées sont alliées depuis longtemps à un pays de l’Est du nom d’Ascalon, et Délos peut compter sur le soutien de l’archipel Nisi, un puissant empire maritime qui s’étale sur d’innombrables îles à l’extrémité Nord-Ouest du monde connu. Le chef des rebelles a peut-être prévu d’autres intrigues pour chaque pays de l’alliance, mais la lettre ne les mentionne pas… C’est terrible, il nous faut arrêter cet homme avant qu’il ne fasse couler autant de sang !

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Dernière édition par Anaël le Dim 3 Fév - 10:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 23 Sep - 15:20

« -Attends ! Tu ne sais même pas comment le retrouver !
-Regarde ce que dit la lettre : "là où le fleuve se mêle à la mer", ça ne peut être qu’un estuaire ! »

_____Mais Arthur a raison : on ne peut tout simplement pas nous lancer à la poursuite d’un homme énigmatique avec une obscure indication pour seul indice… Il nous attendra au tournant, et qu’y gagnerons-nous ? Il se fera un plaisir de nous tuer, et ce sera tout. Non. Pour éliminer la menace, il nous faut chercher l’aide de nos alliés. Nous rendre au royaume de Ramna pour l’informer des intentions d’Emeric… nous y serons en sécurité.

« -Et pourquoi nous croiraient-ils ? Je veux dire… Emeric est l’homme de la rébellion. Sans lui, la cause rebelle n’existerait pas et le raz-de-marée n’aurait pas eu lieu… c’était son plan ! Il a la confiance de tous, ils ne nous croiront pas !
-Tu es l’amirale de Délos, pourquoi est-ce qu’on ne te croirait pas ? Et puis, tous les rois sont paranos ! Je suis sûr que le sultan Kharim l’est aussi… il nous croira, ne serait-ce que parce que ça l’arrange !
-Ça l’arrange ? L’alliance a peut-être besoin de lui pour la suite des plans !
-Pas vraiment : le raz-de-marée est en place. Avec ou sans les rebelles, il déferlera sur le Royaume. Rien ne peut l’arrêter, pas même le roi.
-Dis tout de suite que je ne sers à rien… »

_____Ce n’est pas ce qu’il voulait dire, mais la façon dont il parle… Pour lui, les rebelles pourraient ne pas exister que ça ne changerait rien. Peut-être que ça l’arrangerait, d’ailleurs. Parce que, si on est moins nombreux autour du gâteau… Arthur n’est peut-être pas un dirigeant, mais c’est un soldat. Il va privilégier les intérêts de son pays, c’est normal. Et il n’est pas stupide. Il a bien compris que Ramna sautera sur cette occasion pour faire tomber Emeric. C’est peut-être la bonne solution, après tout. Alors que la discussion s’éternise, je finis par y mettre un terme. Nous en savons assez, et nos avons perdu du temps.

« -Ouais, et pas qu’un peu. », renchérit Arthur. « Aller, faut pas traîner ici. Notre petit manège risque d’attirer l’attention. »

_____C’est vrai : fermer une auberge de force risque d’attirer la curiosité des badauds et, à terme, des soldats. Ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un ne toc à la porte pour voir ce qu’il se passe, ici, et nous devons débarrasser le plancher avant que ça n’arrive. Nous sommes déjà chanceux que ça ne se soit pas produit.

« -Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait ? On va voir Emeric ? Je crois qu’on a deux mots à lui dire…
-Pour lui apporter l’Egide sur un plateau ? Non, pas question, on rejoint Ramna en vitesse, et on rapporte tout ça à nos alliés ! »

_____Le Royaume de Ramna. Immense contrée désertique essentiellement constituée de sable, ce pays de l’autre côté de la mer se situe à des heures de bateau du port de granite. Et nous sommes encore très loin du port. Mais Arthur marque un point : aller voir Emeric serait se fourrer dans son piège pieds et poings liés : je suis prêt à parier que c’est exactement ce qu’il veut qu’on fasse. Non, il a raison : il nous faut trouver un moyen de rejoindre le port…

« -Euh, vous êtes bien gentils, mais je ne vois pas comment on pourrait ! »

_____La citadelle de Mut’sev se trouve entre la forêt de Lanvergne et l’Impétueux. Si on continue vers l’Ouest, ces deux obstacles finiront par nous bloquer. On ne peut pas non plus continuer vers le Nord à cause du fleuve : il faudrait faire un gros détour pour le traverser, mais ça ne nous servirait à rien : le port de granite est sur la rive gauche. De là où nous sommes, il n’y a que deux façons de l’atteindre : ou bien on passe par l’Impétueux, ou bien on fait le tour des falaises par la station de chemin de fer et le sentier de l’Est. Passer par l’Impétueux, je voudrais bien, mais c’est oublier la forteresse de granite. Et puis, nous n’avons pas de bateau, ce qui met fin aux débats. Non, ça nous prendra une éternité, mais il nous faut passer par la station de chemin de fer. Il nous faut trouver des alliés. Les alliés les plus proches se trouvent à Ramna : on n’a pas le choix.

« -On a toujours le choix. », me rappelle-t-elle.
« -Ça dépend. », je réplique.

_____Lyssa a d’autres idées en tête, mais je sens qu’elle est aveuglée par la vengeance : elle veut trouver Emeric et lui faire avaler son collier. Mais bon, il y a pas mal de problèmes, dans son plan infaillible : déjà, on ne sait pas où est Emeric. Ensuite, on se ferrait taper et ça ne servirait qu’à lui apporter l’Egide. Et puis, je préfère garder le collier, c’est bien aussi. Devant les protestations un peu moins calmes d’Arthur, Lyssa nous rappelle deux-trois trucs :

« -C’est notre seule chance d’atteindre Emeric, et il nous croit morts ! Alors autant lui tomber dessus au moment où il ne s’y attend pas ! Ce type est un intriguant, un manipulateur ! Il n’a pas montré son visage en deux ans ! Si on rejoint Ramna tout de suite, il va comprendre ce qu’il s’est passé et se mettre en sécurité, il va continuer ses… manigances, là…
-Hum… c’est là que tu comprends pourquoi est-ce qu’il a essayé de te tuer.
-Ouais, mais il n’a pas réussi, et on va lui faire regretter, d’accord ? »

_____Je suis cent pour cent avec Lyssa quoi qu’elle dise, mais je crois que d’autres cent pour cent ne sont pas d’accord. Arthur, au hasard. Encore une fois, je me mets à la place de Léo : qu’aurait-il fait, dans cette situation ? Le chef des rebelles est puissant et sournois, dixit Lyssa. Il réussira à la tuer où qu’elle aille, et fera passer ça par un crime commis par Morghane, ou l’inverse ; puis se débarrassera de la deuxième. Il a des contacts partout, jusqu’à Ramna, et ce sera un jeu d’enfant que de nous y faire assassiner : quoi qu’on fasse, il saura tirer profit de la situation, à moins qu’on ne le tue. Peut-être qu’il veut justement qu’on se rende à Ramna, en fin de compte, ou peut-être a-t-il prévu les deux, mais je sens que fuir le danger ne nous mettra pas en sécurité, loin de là ! Emeric veut nous voir morts, et nous ne serons en sécurité que lorsque sa tête roulera sur le sol. Si nous choisissons la fuite, nous subirons. Si nous tentons d’abattre Emeric, nous ferons le jeu. Lyssa a raison, mais Arthur est assez suspicieux : ne sommes-nous pas un peu paranoïaques, sur les bords ? Mais nous savons de quoi nous parlons : Lyssa est celle qui a recruté les espions, et Morghane finit par comprendre ce qui nous fait si peur : on ne peut pas aller à Ramna en toute discrétion, pas si Emeric à projeté de tuer Morghane. Si nous parlons en l’utilisant pour nous crédibiliser, les agents d’Emeric pourront intervenir et nous serons en danger. Pire : qu’adviendra-t-il si Emeric a déjà prévenu Kharim d’une partie de ses plans, s’il lui a promis une plus grande part du gâteau ? Nous serions morts avant d’avoir pu ouvrir la bouche, il ne nous écoutera pas. Il y a autant d’incertitudes dans le fait d’aller à Ramna que dans la poursuite d’Emeric, conclue Morghane. La seule différence, c’est que se rendre là-bas nous prendra un temps fou ! Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir échapper aux soldats de l’Orr, et comment trouver l’approvisionnement en nourriture ? À partir du moment où leur chef veut notre mort, pouvons-nous réellement compter sur les rebelles ?

« -Mais on ne sait même pas où est-ce qu’on va ni à quoi il ressemble ! »

_____Ce n’est pas si simple. Lyssa a recruté ou regroupé un tiers des rebelles. Elle fait partie des tout premiers, du groupe instigateur du mouvement. Elle connait sans doute le vrai visage d’Emeric, et c’est peut-être pour ça qu’ils se méfient l’un de l’autre… mais elle est restée fidèle à son pays d’origine, les Vertes Vallées, et n’a pas juré fidélité au chef du mouvement qu’elle a aidé à créer. Elle n’a absolument pas sa confiance. En fait, je la soupçonne même de savoir quelques sinistres choses sur Emeric, des anecdotes peu glorieuses qui la pousseraient à le vouloir mort ; et ce serait pour ça que c’est réciproque. Après tout, ce n’est sûrement pas pour rien que personne ne connait le véritable visage d’Emeric. Peut-être que c’est parce que ceux qui le connaissaient en sont morts.

« -"Là où le fleuve se mêle à la mer…" », marmonne Morghane : « Attendez… ce n’est peut-être pas un estuaire ! On a rencontré un monstre marin, pendant la course, il n’est pas apparu dans le fleuve par enchantement ! Il y a sûrement un autre point de contact avec la mer ! »

_____Je ne sais pas comment elle a fait le lien, mais c’est tout simplement génial. Je sais exactement où se trouve Emeric. Il va falloir marcher un petit peu, mais on n’aura pas de problème de vivres. Et puis, pour l’instant, on est pratiquement sûr qu’Emeric ne souhaite pas officiellement notre mort. En fait, il aurait beaucoup de mal à expliquer à ses fidèles pourquoi il veut faire tuer la très précieuse Lyssa, le vainqueur de la course céleste et l’amirale des troupes de Délos, sans parler de la très efficace vipère noire, un agent de l’ombre dont la réputation n’est plus à faire. Du coup, à part les personnalités les plus hautes placées de l’armée rebelle, tout le monde nous accueillera en héros. Les seuls en qui on ne peut pas avoir confiance sont Vincent, Emeric, le mystérieux 3’… et Léo. Ça m’attriste énormément, mais il me faut voir les choses en face : Léo n’est plus mon ami, désormais. Il est mon ennemi mortel. De tous, c’est lui que je crains le plus. Il me connait, il anticipera le moindre de mes mouvements. Il n’y a pas une seule chose qu’il ne sache pas sur moi ou sur l’un de mes amis, et aucun d’entre nous ne lui arrive à la cheville. Si Léo est réellement dans le coup, je crains fort qu’il ne reste plus grand-chose à espérer, mais je garde mes inquiétudes pour moi.

_____Le chef des rebelles a eu raison de se méfier de Lyssa, car c’est elle qui va causer sa perte. Il n’y a qu’un destin pour les traîtres, et d’avoir été trahi à mon tour me montre avec une ironie mordante à quel point ça doit être douloureux pour le roi, mais peu m’importe. Le roi doit mourir, et je sens que la liste des têtes qui doivent tomber s’allonge de plus en plus.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 23 Sep - 15:23

IV.


_____Nous avons quitté l’auberge et nous sommes éloignés précipitamment, cherchant à prendre un maximum d’avance sur ceux qui finiront inévitablement par nous poursuivre. Grâce à Morghane, j’ai plus que ma petite idée sur l’endroit où aller. Le fleuve, c’est certainement l’Impétueux, mais nous en avons discuté et je ne pense pas qu’il s’agisse de son estuaire, finalement. C’est peut-être l’une de ces chambres souterraines qui communiquent avec le fleuve, un peu comme celle d’où est venu le Kantathrodon. Après réflexion, je me suis rendu compte que je savais parfaitement où se trouvait cet endroit, et nous avons continué plein Ouest. À quelques heures de marche d’ici se trouve une grotte qui s’enfonce profondément dans les entrailles de la terre. En l’investissant pour le compte de la couronne, une équipe d’explorateurs y a découvert un lac souterrain, et a plongé pour en voir les limites. Contre toute attente, l’un des leurs a mystérieusement disparu et n’a plus jamais fait signe de vie : emporté par les courants et en manque d’oxygène, il n’avait pas compris que le lac débouchait sur l’Impétueux. On a retrouvé son cadavre dans l’estuaire. Après d’autres expéditions, il s’est avéré qu’une sorte de cheminée permettait à ce lac souterrain de communiquer avec la mer.

_____À ma connaissance, il n’existe aucun autre endroit accessible par l’homme où un fleuve se mêle à l’océan : c’est forcément ici. D’un coup, je me suis alors rendu compte que le chef des rebelles veut certainement m’éliminer, moi aussi. C’est vrai, je me suis retrouvé aux mauvais endroits et aux mauvais moments, mais c’était assez prévisible. Et puis, j’en sais beaucoup sur le Royaume d’Orr. À part le roi, je ne connais personne qui en sache plus que moi, même si je me doute bien que bien des gens, dans ce monde, en savent bien plus que tout ce que je pourrais jamais imaginer. Je suis un homme de terrain plus qu’un érudit. Si quelqu’un peut guider Lyssa jusqu’à Emeric, c’est bien moi. À nous quatre, nous formons une équipe redoutable, et nous nous mettons en route vers cette grotte qui n’est pas si proche qu’on ne l’avait pensé : en moins d’un jour de marche, nous pourrons élaborer un plan pour nous débarrasser d’Emeric. Après, nous aviserons : faudra-t-il éliminer les chefs des trois corps de l’armée rebelle ? Je n’ai aucune envie d’éliminer Léo et je ne veux pas me poser la question tout de suite. Même si c’est aussi mon pire ennemi, Léo est mon ami, et je ne laisserai personne l’assassiner avant d’avoir pu lui parler. Je veux savoir.

_____Le palais royal se situe légèrement en hauteur, si bien que l’Impétueux ne passe pas exactement à ses pieds, mais un petit peu plus en contrebas. Autour de lui s’étend une incroyable et magnifique ville, la capitale, la ville-centre, comme dirait Lyssa. Cité riche et prospère, elle représente l’espoir d’une nouvelle vie et le rêve de la réussite. C’est le cœur de notre Royaume, le phare de notre civilisation. La ville n’est pas impressionnante pour ses grands bâtiments, ses prodiges architecturaux ou encore la beauté de ses nuits où d’innombrables torches viennent se mêler à la lumière des feux d’artifice dans une ambiance festive soulignée par la musique, non, Kaghak est aussi célèbre pour être un lieu de plaisirs et de travers… Des femmes y parcourent ses rues en toutes heures, des florissants salons s’échappe en permanence une douce musique et une joyeuse rumeur, et nombreux sont les gens qui y sortent pour danser… oui, la vie est heureuse, par là, et les plaisirs s’y multiplient : il y a peu, la ville a inauguré un nouvel établissement aristocratique, un restaurant qui fait valoir le plaisir de manger… Oui, Kaghak est la ville de la réussite. On y cherche des moyens pour dépenser son argent plutôt que de le gagner. Des gens d’esprit s’y rencontrent et discutent avec les artistes et les hommes de pouvoir, et les courtisans sont sans cesse à la recherche de nouvelles frivolités pour plaire à la couronne. On peut y trouver des métiers qui n’existent nulle part ailleurs… enseignant, par exemple. Mon éducation a été faite par mes parents. Mes connaissances sur le Royaume en le parcourant. C’est impensable qu’il puisse y avoir des enseignants, ça me dépasse… à quoi est-ce que ça peut bien servir ?

_____La ville est elle-même entourée d’interminables plaines parcourues d’arbres, d’arbustes, de ruisseaux et de lacs, mais la végétation qu’on y trouve est essentiellement constituée de hautes herbes. Les grands prédateurs n’y sont pas rares et peuvent festoyer parmi les petits mammifères, les insectes et autres herbivores qui ont fait de ces plaines leur lieu de résidence. Ce qui est impressionnant, c’est le nombre de charognards : chacals, vautours et autres se précipitent sur le moindre cadavre pour n’en laisser que les os, c’est incroyable ! Écrasées par un très lourd Soleil, les plaines n’en sont pas moins agréables du fait du climat pluvieux et des nombreuses zones d’eau qui les classent parmi les régions humides, et on peut facilement trouver l’abri d’un arbre ou d’un arbuste qui nous accueille gentiment avec son ombre bienveillante. Bien sûr, c’était quand l’Egide nous protégeait des insectes, car, maintenant, les nobles et les nomades qui aimaient particulièrement ces étendues ne les parcourent qu’avec escorte… Le plus grand danger, ce ne sont pas les Rrrs, ni les autres grands mammifères, non, ce sont réellement les fourmis. Par milliards, elles vous submergeraient n’importe quel animal, de l’homme au plus grand des félins. En fait, les Rrrs sont plutôt inoffensifs : ils n’attaquent l’homme que quand ils se sentent menacés, les prévenant au préalable par leur rugissement légendaire. Du coup, on a le temps de fuir (ou de sortir les pinceaux, ça dépend), et les victimes de Rrr ont été plutôt rares, ces deux dernières années. Par contre, durant les années qui les ont précédées, les peintures mettant en scène un Rrr étaient monnaie courante. Grands et colorés, ces puissants félins à la fourrure jaune ou verte, que l’on confond si facilement avec les herbes, sont particulièrement impressionnants avec leurs crocs longs comme des poignards et leurs griffes lacérantes. Insistant pour la plupart sur leurs puissants muscles, les peintres les plus intrépides mettent aussi en évidence la posture incroyable qu’ils prennent avant de fondre sur leur proie. Écrasés en arrière, complètement repliés sur eux-mêmes, les Rrrs évoquent alors un chat titanesque particulièrement menaçant.

_____Au Sud-ouest du palais débute une forêt qui s’étend tout au long du fleuve jusqu’au bord de la falaise : la forêt de Lanvergne que nous avons en partie traversée. Immense, sauvage et inexplorée, elle déchaîne l’imagination des conteurs avec ses légendes invraisemblables. Grâce à sa faune et sa flore particulièrement riches et variées, elle s’est avérée particulièrement précieuse à la couronne qui n’a que quelques pas à faire pour y chercher des plantes médicinales ou autres poisons mortels… Près de la lisière de cette forêt se trouvent une montagne et d’immenses pics que l’on peut voir lorsqu’ils ne sont pas recouverts de nuages. Enneigés en toute période de l’année, leurs sommets semblent défier les cieux et pénétrer dans le domaine des Dieux, mais c’est là que nous allons. Dans la forêt. C’est par là que l’équipe d’explorateurs est entrée dans la grotte, et elle en est ressortie par une autre ouverture non loin de l’estuaire : ce passage nous permettrait d’aller directement jusqu’au port de granite, pour peu qu’on ait assez de vivres. Malheureusement, ce ne sera pas le cas, mais peu importe. Ce qui importe, c’est que, pour trouver Emeric, nous allons devoir nous enfoncer plus loin dans la forêt qu’une personne rationnelle ne l’aurait osée sans protections, sans la couronne pour veiller sur nous avec son Egide et son cristal de vision. J’ai beau connaître le Royaume d’Orr, je ne connais pas cette forêt. C’est vrai, j’ai guidé mes amis pour la traverser, mais nous ne nous sommes absolument pas enfoncés, tout juste si nous l’avons coupée pour pouvoir atteindre Mut’sev sans détours, et j’ai un sens de l’orientation plutôt bien développé… enfin, quand je n’ai pas bu. Bref, de devoir pénétrer à nouveau dans cette forêt m’angoisse au plus haut point, mais la détermination de Lyssa, les regards inquiets de Morghane et le visage serein d’Arthur me dissuadent d’en parler. Mes amis comptent sur moi une fois de plus, et je n’ai pas le droit de les décevoir.

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 30 Sep - 10:19

« -Il me faut une carte avec une échelle plus grande, on n’y voit rien ! »

_____Sans cesser de marcher, une Morghane surprise me voit pester contre ma carte du Royaume qui le représente dans son intégralité, puis se met à fouiller son sac :

« -Tiens ! », me dit-elle finalement : « C’est une carte de l’estuaire au palais. »

_____Parfait. Je la déplie minutieusement et fronce les sourcils, cherchant attentivement un point de repère. Alors, le point de rendez-vous est là… pensé-je rapidement en désignant un point au Sud-Ouest du palais. Je repère assez vite la citadelle de Mut’sev, les sentiers battus que nous avons suivis dans un premiers temps, puis la falaise : nous sommes quelques part entre les deux… mais où, exactement ? Considérant le temps qu’on a marché et le paysage monotone de la plaine, je dirais qu’on est encore assez loin de la forêt, c’est bizarre… normalement, on devrait déjà y être ! Je scrute attentivement l’horizon à la recherche d’un quelconque repaire, et je me rends compte que j’ai mal estimé les distances, à cause de la petite échelle. En fait, on aura un petit peu plus de quelques heures de marche, avant la grotte… Mais bon, je ne leur avais pas annoncé le temps de marche, alors on ne va rien dire, hein ?

« -Bon, on doit être quelque part par là… Ici, il y a une vieille ferme avec un type sympa. Si Morghane reste cachée, il devrait nous accueillir. »

_____Morghane soupire en silence, mais mes propos sont sensés : si elle montre son très célèbre visage, le vieux fermier risque de mal nous accueillir, même si c’est très peu probable qu’il la reconnaisse. Comme l’aurait dit Léo, vaut mieux prévoir. Nous bifurquons donc légèrement vers le Sud pour nous diriger vers cette ferme, et on devrait pouvoir l’atteindre avant le coucher du Soleil.

« -Dis-moi… est-ce que c’est marqué sur la carte, que c’est un type sympa ? »

_____La question d’Arthur ne me dérange pas tant que ça, et il devra se contenter d’un sourire énigmatique :

« -Non, mais c’est une vieille connaissance. »

_____Vieille… Connaissant mon âge, mes amis se disent que je ne peux pas vraiment avoir de "vieille" connaissance, mais personne ne fait la remarque. Ils sont juste contents d’avoir un toit pour dormir et un repas au bout, alors c’est déjà ça… par contre, je crains qu’on finisse par être à court d’argent parce que, à force de gaspiller celui du roi en le donnant aux aubergistes, par exemple, on va finir par être complètement fauchés… assez ironique, pour le vainqueur de la course céleste, n’est-ce pas ? On aurait du attendre la remise des prix ! Mais bon, au pire, on vendra la tête de Morghane, comme ça on deviendra riche ! Non, ce n’est pas moi qui l’ai dit… Celle-ci me lance un regard désabusé puis se mure dans un profond silence : nous marchons.

_____Arrivés à la ferme annoncée, le vieil homme nous accueille à bras ouverts et nous avons le droit à un frugal repas, surtout que nous réservons chacun une petite part pour l’amirale, restée cachée à l’abri des épis de blé. Évidemment, je lui verse suffisamment d’argent pour le faire vivre une semaine, puis nous dormons avec Morghane sur des tas de paille et des mottes de foin… ça ne sent pas forcément très bon, avec les excréments de bovins, mais c’est tout de même agréable. Le cri-cri de quelques insectes nous accompagnant toute la nuit, nous prenons un repos bien mérité, en sécurité pour la première fois depuis un bon moment… oui, c’est sûr, les soldats n’iront pas nous trouver ici. Au matin, le vieux fermier nous apporte même un bol de lait, des céréales et du pain sec, sans même remarquer la présence inopportune d’une Morghane figée par la peur.

« -Une vieille connaissance, hein ? », finit par me demander Arthur pour briser le silence.
« -C’est une longue histoire…
-Oh-oh, le vieux Sola aurait-il ses petits secrets ? », me taquine ma jeune amie…

_____Vieux ? Comment ça, vieux ? Je ne suis pas vieux, d’abord ! Bon, ok, j’ai vingt-deux ans, mais quand même… c’est pas vieux, vingt-deux ans ! Lyssa est plus jeune que moi d’un petit peu plus de dix mois, mais c’est tout de même la cadette. Avec Arthur, mon aîné de deux ans, nous sommes tous les trois de la même génération, mais c’est Morghane, la plus vieille. Je crois qu’elle a trente-cinq ans, ou un truc comme ça… ça ne se fait pas, de demander son âge à une femme. En fait, je ne sais pas grand-chose d’elle, quand j’y réfléchis : tout comme pour Lyssa, je ne la connais que depuis un an, mais on se comprend. En un an, sans qu’on ait eu besoin de se le dire, on est devenu amis.

_____Ce vieux fermier, je l’ai rencontré en mer. Faut croire que tous les fermiers ne l’ont pas été toute leur vie : avant, il n’était ni plus ni moins qu’une vieille crapule de marchand, un arnaqueur à toutes mains qui volait perpétuellement d’échange en échange, multipliant les prix cassés et les reventes douteuses. Mais bon, il s’est fait attaqué par des pirates, et ça lui a mis un coup. C’était à la belle époque, et il n’y avait pas encore les canons et les fusils. Non, je ne suis pas vieux, c’est juste que les canons et les fusils ont été importés des Vertes Vallées, il y a un an. C’est aussi à ce moment-là que sont apparus les tout premiers moteurs, dans les bateaux, ces machines à vapeur. Adieu les bons vieux voiliers et bonjour les ennuis. Mais bon, j’étais encore jeune… enfin, j’étais… bref, j’ai su m’adapter. J’ai donc rencontré ce marchand en mer : il revenait du désertique Ramna, célèbre pour ses épices et autres produits exotiques, et a eu la mauvaise surprise de rencontrer les voiles noires. Au début, il a essayé de fuir, mais les pirates sont toujours les plus rapides. Ensuite, il a essayé de se battre, mais les pirates sont toujours les plus forts. Du coup, il a du se rendre, et ces horribles fripouilles lui ont tout pris : son bateau, ses vivres et ses marchandises. Je pense qu’ils avaient même l’intention de revendre son équipage dans quelque contrée lointaine où l’on pratique encore l’esclavage, une horrible soumission de l’homme envers l’homme.

_____Mais bon, les pirates nous ont attaqués, nous aussi. Je ne me souviens plus ce qu’on faisait en pleine mer, mais toujours est-il que nous rejoignions l’estuaire de l’Impétueux quand nous avons croisé les voiles noires en sens inverse. Après avoir prié pour qu’ils ne nous voient pas, nous avons été abordés et on a commencé à se faire piller, nous aussi, mais faut croire que les pirates ne sont pas toujours les plus forts. On les a miraculeusement mis en déroute… je crois qu’ils étaient trop occupés à voler notre trésor pour se battre, en fait, et qu’ils considéraient que la bataille avait été gagnée avant de la livrer : oui, la plupart du temps, les gens se rendent après quelques secondes de combat, mais pas nous. On était dans le territoire du Royaume, sous couvert de l’Egide. Ici, les miracles ne sont pas rares, malheureusement pour eux. C’est assez ironique, quand j’y pense, parce que Théodore m’a sûrement sauvé la vie plus d’une fois, lors de cet affrontement, et voilà comment je le remercie ! Je m’en veux un peu, mais je ne peux pas me permettre d’avoir ce genre de sentiments. Je dois être fort. Théodore doit mourir. Le marchand traumatisé nous a remerciés mille fois, la couronne nous a versé une petite récompense pour avoir éliminé cette menace et notre rescapé s’est reconverti dans l’agriculture, nous donnant au passage toute sa marchandise. Ne sachant pas trop quoi en faire, nous avons remonté le fleuve jusqu’au palais pour offrir le tout au roi, puis nous sommes repartis.

_____C’était il y a cinq ans, avant même que Théodore n’accède au trône. Mais Cassandora était partie livrer bataille dans un Océan de l’Ouest, et Théodore assurait l’intérim. On aimait bien le fils de la reine, parce qu’il nous semblait raisonnable à côté des excentricités de sa mère… Et oui, le dauphin a été aimé. Mais peu après, le prince héritier allait décevoir bien des espoirs en continuant dans la suite de sa mère et en poursuivant les conquêtes et la guerre, encore la guerre. Après ça, je l’ai regardé d’un autre œil : après ça, celui que j’appréciais énormément n’a plus été porté par mon cœur. On ne le dirait pas, comme ça, mais j’avais plutôt de bonnes relations avec Théodore, en fait. C’est de là que je sors tout mon argent, d’ailleurs. Mais bon, je me suis rendu compte que le roi n’était pas l’image qu’il voulait donner. Loin du parfait souverain, Théodore est un tyran. Ça ne s’est pas passé du jour au lendemain, mais petit à petit. Déjà, il y avait ma famille. Elle disait sans cesse des remarques à demi-mots, des allusions et des sous-entendus peu laudatifs au sujet de notre monarque. Et puis, il y avait mes amis. Ils le détestaient, ça se voyait, et c’est sans doute pour ça qu’ils ont « disparu dans un incendie ». Mais tout cela n’est pas la seule chose pour laquelle je déteste sa majesté : il y a aussi ce qu’il a fait, et son hypocrisie évidente ! Il essaie bien de se faire passer pour un bon roi apprécié des Dieux, mais tout ce qu’il fait, c’est de l’abus de pouvoir ! Il use et abuse de ses artefacts pour asseoir sa domination et punit sans ménagement quiconque s’oppose à sa volonté, fort de son omniscience et de sa toute-puissance… Dois-je préciser que le bâton des rois a le pouvoir de détruire ? Un petit coup de bâton et, hop ! Mes ennemis meurent d’une attaque cardiaque. Un claquement de doigt et… oh, incroyable ! Mon opposant politique est tombé malade, frappé par les Dieux. Ah, oui, c’est vrai, avec le foie en moins, on a un peu plus de mal à tenir debout… Je ne suis pas stupide : je sais très bien que le roi peut déclencher des incendies, avec son bâton ! Il n’a qu'à faire tomber une lampe, casser malencontreusement le pied de la table sur laquelle repose une bougie et frrrr… tout part en fumée. Ma maison, ma famille, mes amis, mon village, tout. Il ne reste plus que moi et mes yeux incrédules pour pleurer. C’est lui qui m’a trahi en premier, et je n’ai pas à me sentir coupable : le roi doit mourir.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 30 Sep - 10:21

_____Lorsque nous repartons, nous sommes reposés et rassasiés, et le fermier nous offre même du pain et du fromage pour le voyage, fermant toujours les yeux sur la présence de Morghane… Entre nous, je pense qu’il ne doit pas porter le roi dans son cœur, mais peut-être est-il surtout tellement reclus, dans son coin paumé, qu’il n’a jamais entendu parler de Morghane. Après tout, on parle dans les salons, dans les bars et les lieux de plaisir… en ville, quoi. Les fermiers isolés et autosuffisants ne vont pas très souvent en ville, et pas beaucoup plus dans les villages, heureusement pour nous, peut-être. Il nous a gentiment indiqué la direction de la montagne et, après un chaleureux "Puissent les Dieux vous bénir !", est retourné dans son exploitation. Nous filons tout droit vers le Nord-ouest, guidés par la boussole de Morghane, et bientôt de nombreux arbres se dessinent à perte de vue, annonçant le début de la forêt. Au loin, au milieu des nuages se dessine la montagne, vaste excroissance de la terre recouverte d’arbres et de rochers. Sur l’un de ses flancs, un côté particulièrement escarpé recouverts de roche et d’une terre parsemée de quelques arbustes et buissons, se trouve une ouverture béante et insondable que nous ne pouvons pas encore deviner : faisant face au fleuve, elle est encore bien trop loin pour qu’on puisse la voir. C’est là que nous allons.

_____Rassurés d’entrapercevoir la montagne annoncée, nous redoublons de vitesse pour nous enfoncer dans cette forêt légendaire. Encore une fois, nous n’aurons pas à nous enfoncer énormément, mais nous irons beaucoup plus loin que la dernière fois, plus loin qu’aucune expédition depuis plus de trois ans. Alors que les arbres se font de plus en plus resserrés, les lianes nous barrent bientôt le passage, nous forçant à jouer du sabre d’abordage pour pouvoir progresser. Afin d’éviter les mauvaises surprises, nous contournons les omniprésentes toiles d’araignées car leur taille disproportionnée nous dissuade d’essayer de les trancher. Un fusil à la main, je suis attentif au moindre bruit suspect, mais chacun de ces maudits sons me parait suspect, à tel point que je finis par relâcher totalement ma vigilance pour me concentrer sur le trajet : des grésillements des insectes aux commentaires déplacés des oiseaux, les pas feutrés des prédateurs sont de loin les plus inquiétants… Des feuilles mortes et d’innombrables bouts de bois jonchent le sol, et chaque pas émet plus de bruit qu’il n’en faut pour me faire sursauter : les renards, les loups et les belettes me causent d’inexplicables frayeurs en passant à quelques mètres, et mon imagination me joue trop souvent des tours en confondant leurs silhouettes avec quelques créatures peu rassurantes.

_____Nous apercevons par moments une silhouette humanoïde se mouvant gracieusement entre les branches, nous arrachant alors un frisson d’effroi, mais nous ne nous inquiétons pas plus de ces visions, sûrement provoquées par notre esprit torturé et les mouvements fantastiques de ces arbres. Oui, ils bougent, sans être poussés par le vent… Inquiets mais déterminés, nous progressons à un rythme soutenu, ne nous accordant jamais de repos. Le pire, ce sont les insectes. Ils sont partout. Les sauterelles, les criquets et les papillons ne nous gênent absolument pas, mais les toiles d’araignées empiètent notre trajectoire… heureusement, d’ailleurs, parce que ce sont nos seuls remparts contre les essaims de moustiques, d’abeilles et de guêpes qui nous harcèlent déjà bien comme cela… Nous les fuyons quand ce sont des guêpes, les ignorons quand il s’agit d’abeilles et tentons en vain de chasser les moustiques, mais ça ne nous empêche pas de nous faire allégrement bouffer par ces insectes repoussants ! À la fin, je le sens, je serai parcouru de démangeaisons et de piqûres de guêpes - ah, je vais mourir !

_____De temps en temps, nous rencontrons un ruisseau que nous enjambons avec précaution, prenant grande attention à ne surtout pas toucher l’eau. Lorsque son filet est suffisamment fin, nous en profitons pour remplir nos gourdes, certains de ne pas déranger de reptilien habitant. À mesure que nous nous enfonçons dans la forêt, l’obscurité se fait de plus en plus oppressante, et ces ténèbres grandissantes me rappellent les nuits de Kaghak… Oui, les innombrables torches, allumées pour les jours de fête, s’y ajoutent à la pleine lune pour éclairer la nuit, et les nombreux feux sont ici remplacés par des puits de lumière, véritables chemins des cieux qui parcourent le feuillage. Pour le reste, le Soleil parvient difficilement à filtrer, ce qui crée une confusion latente qui rappelle les soirs de pleine Lune… on peut encore y voir avec discernement, mais les couleurs se font indistinctes et les formes indéterminées… on ne voit plus les ombres et devine mal le relief.

_____Nous débouchons sur un petit marais, manquant de connaître une fin pitoyable en nous étalant dedans : masqué par de hauts brins d’herbes, le sombre étang serait presque imperceptible sans l’éclatant reflet du Soleil. En l’absence d’arbres, la lumière parvient enfin à arriver jusqu’à nous alors que nous contournons l’étendue… surpris par la puissance de jour, mes pauvres yeux fatigués sont éblouis par l’éclat qui m’aveugle un instant, et c’est avec d’autant plus de précautions que nous continuons de progresser, nous frayant de plus en plus difficilement un chemin à travers les lianes, les ronces, les fougères, ces énormes champignons et les toiles qui se font de moins en moins nombreuses. Guidés par la boussole, nous continuons néanmoins, presque aveugles, à nous rapprocher de cette maudite montagne. L’épine d’une fleur vient régulièrement se frotter contre nos pantalons blindés, des cris inquiétants raisonnent pour nous pétrifier ; aigus et rapides, longs et fréquents, ces bruits n’appartiennent pas au monde des oiseaux. Sans erreur possible, ils nous viennent d’un ou plusieurs animaux jusque là inconnus. Compte tenu de ces cris dont beaucoup se ressemblent, je pense qu’il y a là au moins trois espèces à répertorier, mais je n’ai pas vraiment envie d’en apprendre davantage.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 1 Oct - 18:31

_____La chaleur est suffocante et l’air irrespirable : tellement lourde, tellement chaude, cette forêt retient la chaleur quand bien même la lumière ne la pénètre pas ! Au-dessus de nous, les cimes des arbres s’entremêlent et les innombrables feuilles sont autant de barrières à la lumière qui absorbent efficacement son énergie. Heureusement pour nous, l’absence partielle de lumière divine s’accompagne d’une diminution de la végétation qui obstrue notre chemin, et bientôt les roses aux noires pétales ainsi que les fougères et les ronces disparaissent, ne laissant plus que les champignons, la mousse et les lianes sur notre chemin. Celles-ci semblent pour autant différentes : noires, leurs feuilles et leur tige ont une couleur assez inquiétante… Mais toutes les feuilles sont noires, par ici, c’est ce qu’il se passe au cœur de toutes les forêts. Peut-être est-ce parce que la faible lumière ne nous permet pas de distinguer ce vert si caractéristique du monde végétal, ou peut-être est-ce parce que le noir permet de capter plus facilement les rayons du Soleil et que les Dieux, en créant cette forêt où la lumière ne pénètre qu’à peine, avaient pourvu les plantes de cette teinte si ténébreuse… Les troncs sont maintenant si rapprochés que nous sommes forcés de marcher les uns derrière les autres, et bientôt une pente ascendante nous indique que, peut-être, nous touchons enfin au but… Soudainement, nous entendons d’étranges créatures crier avec une fréquence inquiétante, des bras surgis de nulle part s’emparent de moi par les aisselles pour m’entraîner vers les cieux… les Dieux ont-ils décidé de se débarrasser de moi ? Happé par quelque chose que je ne comprends pas, je suis trop terrifié pour crier et j’ai à peine le temps de distinguer ces longs bras recouverts de poils noirs que déjà je sens mon irrésistible poids me ramener vers le sol. Sans comprendre, sans voir où je tombe, je percute douloureusement un tronc avant de rouler dans des racines en manquant de me rompre le cou, et je me tords de douleur entre les racines, les jambes déjà parcourues par les insectes… Je pousse alors un cri de protestation en me relevant prestement, me débarrassant des envahisseurs avec de grands gestes empressés.

_____Une flèche plantée dans la nuque, un imposant homme entièrement noir, recouvert de poils des pieds à la tête, me tombe lourdement dessus, et je m’en débarrasse précipitamment avant de m’en éloigner en silence, le cœur battant la chamade. C’était quoi, ça ? Autour de nous, les cris se font de plus en plus nombreux et de plus en plus rapides tandis que des silhouettes volent d’arbre en arbre, exploitant les lianes qui les entourent pour se déplacer… incroyable ! Incrédules et curieux, nous nous rassemblons un instant autour de ce monstre : pas vraiment humain mais pas vraiment bête non plus, cette chose au grand corps pourrait faire deux fois ma taille, peut-être un peu moins, et ses bras allongés ainsi que ses orteils, disposés comme les doigts de la main, nous indiquent qu’il n’a rien d’humain. En plus de ça, son visage est assez étrange : des globes immenses et noirs en guise d’yeux, une bouche disproportionnée et un grand museau pour de minuscules lèvres, des oreilles invisibles et un front relativement petit attisent notre curiosité alors que les poils disparaissent autour de sa bouche. C’est donc ça, le monstre à l’origine des disparitions ? À peine remis de notre stupéfaction, nous remarquons que nous sommes entourés d’une dizaine de ces êtres en colère :

« -Vite, il y en a d’autres : il ne faut pas traîner !
-Hou, hou, hou ! », nous crient aimablement ces primates dégénérés.

_____Alors que nous prenons nos jambes à nos cous, des silhouettes surgissent de nulle part avant de se faire abattre d’une flèche, et nous ne ralentissons pas. Les hurlements sont omniprésents, les notes aigues oppressantes, les silhouettes dansantes nous menacent, terrifiantes, puis les monstres cessent intelligemment de nous poursuivre, comprenant qu’il y a plus à perdre qu’à gagner :

« -Ah, c’est pas tous les jours que vous rencontrez la déesse des archères, hein ? »

_____Souriant gentiment devant cette flatterie évidente, l’agent Éclats de Lune me tapote l’épaule :

« -De rien, monsieur "je-me-fais-attraper". »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 1 Oct - 18:32

_____Hum, charmant. Finalement, nous finissons par décréter, compte tenu de la pente qui se fait de plus en plus raide, que nous avons atteint la montagne, et nous entreprenons de la contourner par la droite. Les arbres se font de plus en plus rares et la lumière du Soleil s’immisce plus facilement entre les feuille avant de rendre toutes ses couleurs à la forêt : des fleurs d’une admirable beauté décorent l’herbe en compagnie de quelques daims à la fourrure brune tachetée de blanc, des arbustes d’un vert éclatant se parent de rouge et d’orange avec des fruits appétissants et les arbres aux immenses troncs, moins nombreux, laissent place aux verts buissons, aux baies de toutes les couleurs, aux pierres scintillantes et aux rochers luisants. D’habiles chevreuils broutent paisiblement et des lapins se réfugient dans leurs terriers alors qu’un Kordilos surgit d’un marré pour claquer ses dents dans le vide, ratant de très peu un bondissant animal. Faisant fuir d’autres mammifères instinctifs, nous continuons de contourner la montagne en prenant soin de garder nos distances avec cette mare parsemée d’innocents nénuphars tandis que le Kordilos passe sa colère sur une grenouille imprudente. Une fois le reptile loin derrière nous, nous bifurquons vers la gauche pour nous avancer dans ce relief escarpé où plus aucun arbre ne prend racine, laissant place à de la terre sèche, boueuse ou argileuse. Des rochers implantés dans la terre soulignent ce brusque changement de paysage avant de gagner totalement l’espace, parfois recouverts de moisissures ou abritant un buisson.

_____Lorsque la terre a entièrement laissé place à la roche, nous entamons une difficile ascension, parfois contraints d’escalader à la verticale tant la pente se fait raide… La marche est épuisante, mais plusieurs sentiers nous permettent de progresser sur nos deux pieds, et nous finissons enfin par apercevoir l’ouverture béante tant recherchée. Fouillant dans mes souvenirs, je guide mes amis sur la pente en décrivant quelques zigzags afin de rejoindre l’entrée en toute sécurité. Épuisés, nous nous asseyons quelques minutes devant la bouche bée, surpris par ses dimensions : Elle aurait été assez grande pour un Kantathrodon ! Lorsque nous pénétrons la grotte, la lumière décroit rapidement jusqu’à disparaître, forçant Morghane à allumer une puissante torche. Comme lors du premier jour de la création, la lumière se répand autour de nous mais est stoppée par les ténèbres, par ses ombres saisissantes qui parsèment les enfers et ses Dieux malveillants qu’affrontèrent les Cinq. Frissonnant à l’évocation de cette scène millénaire, nous progressons lentement, peu rassurés par les chuintements incessants accompagnés de couinements… Les clapotis de l’eau résonnent avec douceur, l’air de plus en plus lourde est dévorée par le Dieu du feu qui habite la torche, les ombres se déforment pour dessiner d’inquiétantes silhouettes, démons surgissant des ténèbres, et l’espace clos, confiné et oppressant n’est pas là pour nous rassurer… Lorsque deux possibilités nous tendent le bras, je choisis le chemin de droite et nous nous enfonçons rapidement dans les profondeurs de la terre.

« -Tu es déjà venu ici. », remarque Arthur.

_____En effet, j’y suis venu. Avec un groupe d’explorateurs. Nous descendons abruptement pendant de longues minutes et, lorsque la pente se fait plus vivable, je profite d’une déformation de la roche pour m’asseoir :

« -Bon. », murmuré-je tranquillement : « Dans quelques minutes, on va déboucher sur le lac. On sera en hauteur et on aura une vision panoramique. En bas, il y a suffisamment de place pour un campement de rebelles, mais la grotte ne communique pas avec l’extérieur, donc ce n’est pas le genre d’endroit où l’on reste bien longtemps… à moins de pouvoir se changer en poisson pour rejoindre l’Impétueux par les eaux. Par ici, » je rajoute en désignant la roche qui me fait face, « il y a suffisamment de hauteur pour pouvoir naviguer sur une barque et rejoindre le port de granite, mais c’est assez long : je dirais deux jours. On ne peut pas vraiment aller plus vite parce qu’il y a un moment où la barque ne passe qu’à peine : il faut sortir dans l’eau pour la pousser, puis la rejoindre à la nage. Donc pas de bateau.
-On va déboucher en hauteur, tu dis ?
-Ouais. De là, on verra à peu près tout. Tu pourras peut-être utiliser ton arc pour abattre Emeric, et on n’aura plus qu’à partir. Par contre, si on doit descendre, on sera complètement à découvert, mais ce n’est pas inquiétant si quelqu’un reste pour nous couvrir.
-Surtout si c’est quelqu’un qui tire bien.
-Ouais, Arthur, t’as tout compris. Tu vois le plan ? », rajouté-je à l’intention de Lyssa.

_____Mon plan est simple : On débouche discrètement en hauteur où on pourra avoir une vue globale sur le lac et de ses alentours puis on envoie Arthur butter le chef des rebelles, sous le couvert de Lyssa. Brillant. Ne trouvant rien d’autre à redire, mes amis sont d’accord pour la première partie du plan, c’est-à-dire continuer jusqu’à déboucher sur le lac, et nous reprenons notre interminable marche. Nos jambes nous font souffrir, nos mollets sont au supplice mais nous y sommes : une cavité, gigantesque ! Eclairé du Soleil qui profite d’une titanesque ouverture dans le plafond, le lac miroite paisiblement, avec, en face de lui, un grand espace qui se voile des ténèbres. Quatre tentes sont dressées à quelques mètres du lac, et quelques personnes marchent ici et là. À mesure que le regard s’éloigne de l’étendue d’eau et du puits de lumière, des torches de plus en plus nombreuses éclairent les environs contre l’obscurité grandissante, signalant que bien d’autres occupants sont présents ici-bas. Pas de drapeau rebelle en vue, rien. Au loin, les ténèbres nous empêchent de distinguer quoi que ce soit, mais il me semble deviner la présence d’autres tentes ainsi que l’entrée d’une galerie dont j’ignorais l’existence.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 6 Oct - 20:35

_____À partir d’embarcations classiques, des soldats débarquent et rejoignent ce petit campement, et nous restons silencieux, ne sachant que faire. Nous ne pouvons descendre immédiatement, le risque d’être repérés est beaucoup trop important, mais nous aimerions vraiment voir ça de plus près… À la limite, Arthur aurait peut-être une chance de passer inaperçu et de rejoindre l’obscurité, mais pour quoi faire ? Il nous faut un plan, une idée qui nous permettra d’atteindre Emeric sans nous faire tuer. Peut-être que notre seule chance est de nous présenter en amis, de tuer Emeric et de fuir sous couvert de l’Egide, mais pourrions-nous semer autant de soldats ? Et puis, une question reste : Morghane sera-t-elle capable de tous nous protéger ? Peut-être pas… peut-être qu’il nous faudra n’envoyer qu’une seule personne… Ou alors attendre le couvert de la nuit, quand les flammes seules éclaireront cette cavité et que nos ombres seront difficilement remarquées, mais comment atteindre le chef ? Nous le pensions seul, au mieux entouré de quelques soldats, mais de voir autant de monde… et surtout autant de tentes ! Comment savoir laquelle il nous faut visiter ? … Il doit y avoir un moyen de communiquer avec l’extérieur, une galerie quelconque qui permettrait de rendre le ravitaillement facile, sans quoi un tel effectif ne pourrait pas rester sur la durée… Mais pourquoi est-ce que nous ne l’avions pas trouvée, la dernière fois ?

_____De la tragédie qui s’opéra trois ans plus tôt, je ne garde que quelques souvenirs. C’est vrai que nous n’avons pas exploré la grotte dans son intégralité et que les événements se sont précipités, après la disparition d’Ushia, mais un tel passage ne nous aurait pas échappé ! Je me souviens de la panique qui s’était emparée de nous, de la façon dont nous cherchions une issue par laquelle il aurait disparu, mais aucune trace de lui… mais pourtant, elle était là, juste là, sous notre nez, et c’est par là que les rebelles s’approvisionnent ! Comment est-ce qu’on a pu la rater ?

« -Je crois qu’on va avoir un peu de mal, pour trouver Emeric. », dis-je, découragé.

_____Oh, je ne sais pas à quel point je me trompe. D’un seul coup, j’entends le cri de douleur de Morghane, et Arthur et moi nous retournons précipitamment : elle gît là, inconsciente, une silhouette impressionnante se débattant avec Lyssa pour lui faire lâcher son arc. Consciente que cette arme n’est pas la plus conseillée à une telle distance, elle dégaine un couteau pour frapper son adversaire, mais celui-ci lui immobilise le poignet et le tord d’un grand geste avant de lui faire subir une clef de bras, lui arrachant un cri de douleur et de supplication. Pendant ce temps, Arthur se précipite courageusement au secours de mon amie alors que je suis plus pragmatique et m’éloigne de la mêlée. Une massue s’écrase sur le crâne de l’imprudente vipère alors que l’homme s’empare du deuxième bras de Lyssa pour l’attacher avec le premier. Arthur s’étale violemment par terre, assommé. Devant moi, une autre silhouette imposante se dévoile au grand jour, mais je n’ai pas le loisir de dévisager mon ennemi. Fou de rage, je me précipite vers Lyssa en criant "Lâchez-la !", esquive un coup de poing avant d’enfoncer le mien dans le plexus de son tortionnaire. Celui-ci ne bronche même pas, et trois autres silhouettes s’approchent, menaçantes. Morghane est hors combat, gémissant de douleur, Arthur a rejoint le pays des rêves et Lyssa est écroulée à terre, les larmes aux yeux et les mains derrière le dos, attachée et malmenée par cette horrible brute…

_____Désespéré et découragé, je refuse ma mort et frappe, frappe encore et encore l’insensible colosse qui a osé lui faire du mal, mais il n’y a pas d’échappatoires. On s’est plongé nous-mêmes dans ce maudit traquenard. Lorsque la deuxième silhouette s’approche pour se saisir de moi, mon cœur ratte un battement et je me débats furieusement alors que Lyssa laisse échapper un gémissement :

« -Victor, sois maudit ! Tu nous as trahis ! »

_____Le mercenaire nous regarde avec étonnement, et je me rends compte de la stupidité de ma remarque… Un mercenaire est toujours du côté de celui qui paie le plus, après tout. Victor est fidèle à Emeric depuis le début. Sans prendre gare aux coups rageurs que je lui assène avec violence, le mercenaire me maîtrise avec aisance, me tourne sans ménagement et entreprends d’entraver mes mouvements. Fou de rage, je me dégage d’un coup sec et me retourne pour lui faire face, prêt à l’expédier en enfer pour lui faire payer ma colère… Il s’avance avec prudence, conscient du risque de basculer dans le vide, et je n’aurai pas le loisir de lui faire perdre l’équilibre… Je m’avance pour feinter, recule habilement, me dérobe à son bras qui tente de m’attraper, me baisse pour éviter une massue et assène mon talon dans son foie, dépliant mon genou avec toute la force de me peur… Oh, quelle satisfaction que de lui arracher cette grimace de douleur ! Même si ça me coûtera la vie, j’éprouve une joie presque perverse pour lui avoir infligé cette souffrance, mais mon cœur crie encore vengeance alors que j’entends Morghane gémir à même le sol… Devant les nombreuses silhouettes qui m’encerclent totalement, dos au gouffre et face à un Victor vraiment énervé, je ne vois pas d’autre issue que la mort. Qui sait ce qu’il allait me faire, en représailles ? Je ne préfère pas savoir. Je me retourne et contemple le lac… oui, il me suffit de sauter ! Le vertige et la peur s’emparent immédiatement de moi et, avant que je ne m’en rende compte, j’esquisse deux pas de recul pour tomber directement dans les mains des mercenaires…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 6 Oct - 20:37

_____Résigné, je précède ces crapules dans la descente et nous rejoignons les tentes, Lyssa et moi en tête. Les mercenaires nous ont entourés de cordes, mais l’obscurité ne les a pas aidés : il me suffirait de me tortiller, de tirer la corde à cet endroit, et, hop ! Je serais libre de mes mouvements… enfin, ça dépend, pas si on prend en compte la présence de Victor qui me pousse régulièrement pour me faire accélérer. Quant à Lyssa, on lui a confisqué son arc et attaché les mains derrière le dos, mais c’est une Morghane à demi-consciente qu’un athlétique mercenaire porte sans ménagement dans son dos, ce alors que la Vipère noire, préalablement désarmée et quasiment déshabillée, est portée par un autre mastodonte à la musculature non moins impressionnante. Au bout du compte, nous rejoignons le centre du campement rebelle, car je suis maintenant persuadé qu’il s’agit d’un campement rebelle, et je ne suis pas surpris d’y trouver 1’ qui discute tranquillement avec un autre homme, tous deux assis par terre autour d’un feu de camp. Surpris de notre arrivée, les deux hommes interrompent leur dialogue et se lèvent avec précipitation. L’homme de droite, celui qui discutait avec Vincent, semble désagréablement surpris de notre présence, mais il n’en est pas si désarçonné :

« -Victor ! Je ne t’attendais pas d’aussi tôt ! As-tu trouvé la princesse ? »

_____Comme un seul homme, les mercenaires s’écartent alors que je me retourne vers l’endroit désigné du menton par Victor : bâillonnée, mais sans rien d’autre entravant sa liberté, la créature la plus sublime qu’il m’a été de voir se tient fièrement devant moi, son regard méprisant se posant alternativement sur moi, Vincent et son compère rebelle. La sueur et la crasse accumulées au fil des jour ne parvenant qu’à peine à altérer sa beauté, le corps parfait de la princesse s’avance, ses pieds nus et délicats se posant sans assurance sur le sol rugueux. Sa robe bleue claire se fait alors dansante pour révéler une partie du mystère, des jambes magnifiques, douces et impeccables sur lesquelles un fin et innocent duvet défie le regard avec insolence. Bien que salie et déchirée en bien des endroits, sa robe reste soyeuse et brillante, elle semble recouverte d’étoiles discrètes mais resplendissantes qui font d’elle un joyau à part entière. Le cou dénudé, Natasha se passe de tout artifice et dégage une splendeur naturelle, bien différente de celle que possédait Marianne avec son maquillage. Décoiffés, ses cheveux hargneux et aériens accompagnent sa marche alors que son visage hautain mais inquiet reflète avec délicatesse la pâle lumière du Soleil. Tandis que le visage de mes rêves se déforme dans un rictus méprisant d’une beauté provocante, Victor prend calmement la parole :

« -Vois-tu, mon amie Natasha a égaré son collier, et j’aimerais bien le récupérer. »

_____Ah, le collier… c’est donc ce que le chef des rebelles a promis à Victor ? Quoi d’autre aurait-il pu lui tendre pour ainsi le faire chanter ? Par contre, je suis vraiment étonné qu’Emeric ait pu s’en emparer avant Victor, ce alors qu’il a capturé la princesse … Que s’est-il donc passé ? La princesse a-t-elle réussi à échapper à la vigilance de Vincent pour tomber entre les mains de Victor ? Ça ne ressemble pas du tout à 1’, qui ne laisserait jamais s’échapper quelque chose d’aussi important que le cristal de vision. Peut-être que la princesse s’est débarrassé de son collier pour échapper à Vincent… S’il venait à égarer le collier, alors les rebelles n’auraient pas pu s’assurer de la fidélité des mercenaires, alors qu’il aurait suffi de l’agiter devant Victor pour qu’il leur ramène le cristal… Oui, c’est sûrement ce qu’il s’est passé.

_____Calmement et sans m’accorder un seul regard, l’homme de droite écarte les bras et illumine son visage d’un méprisable sourire :

« -Oh, mais je crois bien qu’elle ne récupérera pas son collier de si tôt… Il manque encore quelque chose, n’est-ce pas ? Le bâton des rois, tu ne nous l’as pas amené, si ?
-Vas te faire foutre. »

_____Le sourire se fane et l’homme fronce les sourcils tandis que Vincent se raidit.

« -Eh bien ?
-Je n’enverrai pas mes hommes à une mort certaine, va chercher le bâton toi-même. Maintenant, je veux le collier. Je t’ai ramené l’Egide, la Larme et le Cristal, alors je crois que tu peux au moins avoir la grâce de nous offrir ce que tu nous as promis. »

_____Ce n’est même pas une demande, c’est une menace. Les mercenaires se crispent sur leurs armes et se déploient de façon inquiétante alors que Vincent s’apprête tranquillement à dégainer son arme. L’homme fait un autre sourire révulsant et hoche la tête d’une façon ridicule avant de capituler :

« -Bien, bien, nous vous donnerons le collier… mais livre-nous la princesse d’abord.
-Tu choisis : soit on te livre la princesse, soit on te livre celle-là. »

_____Sans ménagement, un mercenaire jette Morghane par terre, lui arrachant un déchirant cri de douleur. Alors que mon cœur se crispe, la brute épaisse affiche un répugnant sourire empli de sadisme et de satisfaction. L’homme a une mimique ininterprétable et fait mine de remarquer notre présence :

« -Oh, mais ce sont nos amis du Malhan… Morghane ! Comment va l’amirale des troupes de Délos ? »

_____Sans attendre la réponse, il s’avance avec insolence pour faire le tour du corps de l’amirale qui se tord de douleur en essayant de se relever. J’ai une grimace haineuse, mais je m’abstiens de faire une pointe, et on dirait que Lyssa se retient beaucoup, elle aussi. L’homme décoche un violent coup de pied qui la terrasse de nouveau, et je peine à retenir mes pulsions de meurtre alors qu’une grimace amusée déforme le visage de l’homme :

« -Mal, on dirait bien. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 7 Oct - 12:54

_____Tout me révulse, dans ce monstre vêtu de noir. Il porte une cape ridicule qui flotte à l’arrière de son corps musclé, comme pour lui donner des airs de général. Son noble visage est constamment déformé par un rictus quelconque qui le rend infiniment repoussant tandis que le moindre de ses mouvements respire la suffisance et le mépris, comme s’il se sentait supérieur. Non, ce n’est pas une démarche royale : même Théodore ne se déplace pas avec autant d’insolence, ni même Natasha. Pour la princesse, ce n’est pas de l’insolence, c’est de la fierté. Elle est fière de ce qu’elle a et de ce qu’elle peut afficher, et c’est le contraire pour ce répugnant personnage : il renie tout ce que les autres peuvent avoir de positif.

« -Et devine ce qu’elle avait sur elle ? », le titille Victor en agitant l’Egide.

_____Soudain, tous les regards pointent dans la même direction, y compris le regard désespéré de Morghane. Jonglant négligemment avec le brillant artefact, le chef des mercenaires semble avoir une véritable monnaie d’échange contre le collier divin.

« -Donne-moi ça ! », s’étrangle l’homme en se précipitant sur l’Egide avec convoitise.

_____Une lueur machiavélique brille dans les yeux bleus de Victor alors qu’il fait disparaître l’Egide dans sa main. Furtivement, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle va bien avec la couleur de ses yeux, mais cette idée disparaît comme elle est apparue. Il soutient calmement le regard rageur de l’homme, et celui-ci finit par s’éloigner avec colère.

« -Bien. Je vais chercher le collier. En échange, je veux l’Egide et le cristal. Et débarrasse-toi de Lyssa, aussi. Par contre, je veux Morghane et Sola vivants, s’il te plait.
-Si tu la voulais vivante, fallait pas mettre sa tête à prix. », fait remarquer Victor.
« -J’ai changé mes plans. »

_____Je soutiens le regard insistant que l’homme finit enfin par m’accorder, comme un chat qui vient de dénicher une souris particulièrement intéressante. Avec appétit. Pourquoi me vouloir vivant ? Est-ce qu’il a quelque chose à en tirer ? Lorsque l’homme revient, Victor et Vincent cessent enfin de se défier du regard pour regarder la corne d’abondance, la merveille des merveilles, le collier divin que l’homme porte au cou. Les yeux brillant, Victor laisse pointer le blanc reflet du désir entre ses deux lèvres et articule calmement, d’un ton presque mielleux :

« -Donne-moi le collier divin, maintenant.
-Non, toi ! livre-moi la princesse !
-Pas avant d’avoir eu le collier ! », s’écrie Victor en se précipitant sur l’objet de ses convoitises.

_____Le chef des rebelles plisse les yeux, un sourire sournois s’affichant sur son visage, et il lève rapidement la main droite, les doigts repliés comme les serres d’un rapace, s’apprêtant à jeter quelque sortilège sur le mercenaire. Vif comme l’éclair, Vincent s’interpose entre le blond et le brun, inclinant légèrement la tête vers l’avant. Conscient du danger, Victor stoppe sa course et abat son poing sur l’homme de main, mais celui-ci esquive aisément avant de dégainer son arme dans un mortel mouvement circulaire. Déçu, l’homme abaisse son bras avec la moue d’un enfant à qui on vient de confisquer son jouet, et Victor est contraint de sauter en arrière pour ne pas être coupé en deux, dégainant alors une imposante rapière tandis qu’une vingtaine de soldats, surgie des tentes, charge les mercenaires avec un cri de guerre.

« -Ah, traître ! Je savais qu’on n’aurait jamais du venir ici ! »

_____Analysant rapidement la situation, je m’écarte des deux combattants en me débarrassant de mes liens, puis je rejoins au plus vite une Lyssa fébrile aux bras douloureux. Je défais ses entraves et l’éloigne des combats, profitant que les mercenaires soient occupés à massacrer les rebelles pour aller chercher son arme et ses flèches. Éberluée, elle jette des regards dans toutes les directions, sans comprendre, tandis que je traîne Morghane jusqu’à nous. Finalement, Lyssa pique un sprint pour récupérer les effets d’Arthur pendant que je tends sa ceinture à Morghane :

« -Est-ce que tu peux marcher ? »

_____Morghane passe sa ceinture autour de sa taille en hochant la tête, hébétée. Alors que Lyssa et moi entreprenons d’habiller Arthur, Morghane pose une question incrédule :

« -Euh, on est pour qui ?
-Personne : on se casse !
-Pas avant d’avoir tué Emeric ! », déclare une Lyssa rageuse.

_____Ah oui, Emeric. C’est pour lui que nous sommes venus… bon. Vincent et Victor se battent furieusement dans une incroyable danse de la mort alors que les mercenaires finissent d’anéantir les soldats en se frottant les mains. L’homme en noir n’a pas l’air de comprendre la situation parce qu’il regarde le combat se dérouler avec un sourire satisfait, presque triomphant, et son visage aux anges le place véritablement ailleurs, dans sa bulle, alors qu’il écarte les bras, les paumes ouvertes tournées vers le ciel.

« -C’est lui, Emeric ?
-À ton avis ? »

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 7 Oct - 12:57

_____Oui, c’est lui. Pourtant, ça m’étonne qu’il soit au cœur du combat… D’après ce que Lyssa nous a dit, il devrait plutôt être terré dans une tente, ou alors caché quelque part dans une galerie souterraine… Et pourtant, c’est bien lui qui porte le collier divin, alors pourquoi est-ce qu’il reste planté là, au milieu des affrontements ? Soudain, une flèche vient se ficher au milieu du champ de bataille, explosant bruyamment. Au lieu d’être soufflés par l’explosion, nous restons sur place et la fumée dégagée nous contourne soigneusement, faisant disparaître Emeric de notre champ de vision, mais ce n’est pas le cas pour les hommes de Victor : ici et là, des gémissements de douleurs fusent tandis que la fumée se dissipe. Des corps mutilés, des cadavres carbonisés, des hommes brûlés ou agonisant sont terrassés un peu partout. Trois mercenaires s’enfuient en courant, mais l’un est abattu par une autre flèche tout aussi dévastatrice, disparaissant bruyamment au milieu d’une explosion. Alors que les deux autres disparaissent avec des cris de terreur, Victor contemple sans comprendre sa troupe décimée, l’éternel sourire suffisant d’Emeric le plongeant dans une rage incontrôlable. Bien qu’il soit complètement déstabilisé, Emeric, comprenant que la situation tourne en sa faveur, écarte encore plus les bras avec un sourire bénin et ouvre la bouche pour prendre une grande inspiration, ses brillants yeux trahissant un manque d’attention certain. Alors qu’il va prendre la parole, une flèche lui traverse entièrement la gorge et le laisse coi avant de se ficher dans le sol, quelques mètres plus loin, lui arrachant un hoquet de surprise. Lentement, misérablement, il s’effondre, le visage déformé par la peur et l’incompréhension. Au loin, une silhouette s’approche avec un arc à la main, parlant de cette voix enfantine si caractéristique :

« -Et bien, et bien, on dirait bien que nos petits amis sont morts ! »

_____Surgissant des ténèbres sous le regard interrogateur de Vincent, Léo affiche un sourire triomphant en enjambant sans ménagement le cadavre de son maître.

« -Oh, non, Lyssa, ne m’abats pas tout de suite ! Je pourrais avoir des informations intéressantes, tu ne crois pas ? »

_____Autour de lui, quatre soldats se déploient, deux brandissant ostensiblement un énorme bouclier qu’ils placent devant Léo, et deux autres nous menaçant de leurs arcs, à l’arrière. D’un air dégoûté, je regarde avec incompréhension la scène improbable : Léo, à peine attristé par la mort de son chef, vient d’éliminer vingt-et-un mercenaires et en a fait fuir deux après avoir assisté au massacre de ses propres soldats… Mais est-ce que c’est un homme, qui se dresse devant moi ? Reprenant son sérieux, il contemple la scène d’un air calme : Victor affronte rageusement Vincent pour tenter de l’atteindre pendant que Lyssa cherche un angle pour l’abattre, mais les boucliers le protègent efficacement. Avec un chaleureux sourire, il soutient mon regard de ses yeux pétillants avant de demander aimablement à Lyssa de bien vouloir lui faire parvenir son arme… Lui lançant un regard méprisant, je me place devant elle de façon protectrice, mais celle-ci finit par jeter son arme à terre, et je la lui apporte. Il abaisse alors son propre arc et confie les deux à un de ses molosses, puis surgit à découvert, les bras écartés dans une posture réjouie soulignée par cet éternel sourire. Il a l’air si innocent, comme cela…

« -Bon, c’est vrai que tout ne s’est pas passé comme prévu. », concéda-t-il.

_____Sans plus d’explications, il lève le bras gauche, le collier divin pendant nonchalamment autour de son pouce.

« -Mais une chose à la fois ! Je crois que nous nous sommes emparés de quelque chose qui ne nous revient pas. »

_____Calmement, passant négligemment devant Victor qui aurait pu le tuer d’un seul coup de poing, Léo s’avance avec révérence puis s’agenouille devant la princesse pour lui passer le collier autour du cou. Sans comprendre ce qu’il se passe, elle adoucit son regard où tout mépris disparaît pour laisser place à la reconnaissance, mais elle reste sans voix, tout comme le reste d’entre nous. Elle et Victor mis à part, nous connaissons tous Léo. Il ne s’incline jamais devant personne, surtout pas devant une fille bâillonnée de dix-huit ans, princesse ou pas. Je n’ai jamais vu Léo s’incliner, il est bien trop insolent. Même dans un temple, c’est tout juste s’il incline la tête par respect, mais alors… le voir s’agenouiller ! Surtout que, à priori, il est en position de puissance : il aurait même pu exiger que l’héritière aille lui lécher les bottes… Mais ce n’est pas son genre : il a sûrement quelque chose derrière la tête. Avec une grâce envoûtante, Léo se dirige ensuite vers Victor et lui tend lentement son bras :

« -Par contre, il en est de même pour vous, mon cher ! »

_____Vincent et les deux archers se raidissent, prêts à abattre Victor au moindre geste. Acculé, celui-ci accepte avec effort d’ouvrir le poing, et Léo s’empare de l’Egide avant de se diriger vers Morghane :

« -Oui, tu as fait du bon travail, Morghane, je suis vraiment désolé qu’on t’ait traitée de la sorte… J’espère que Délos ne tiendra pas compte de ce… malentendu… »

_____La voix de Léo est emplie s’implicite : si vous dîtes quelque chose, me dit son ton mélodieux, vous êtes morts. Il sourit devant l’air hébété de Morghane, puis lui tend l’Egide, mais elle ne réagit pas.

« -Eh bien ! Vous avez survécu à l’explosion ? Était-ce vous, princesse ? »

_____Celle-ci secoue négativement la tête, et Morghane s’empare subitement de l’Egide.

« -Ah… L’Egide n’obéit qu’à son possesseur, vous êtes au courant ? Normalement, le possesseur, c’est le porteur du cristal, mais je crains que les artefacts ne nous fassent quelques caprices, ces temps-ci.
-Tu… t’y attendais ? »

_____Léo braque son regard amusé sur moi, puis se tourne dans ma direction :

« -Évidemment. Quand Morghane s’est emparée de l’artefact, celui-ci a changé de propriétaire. Encore un peu plus, d’ailleurs, et c’était toi », dit-il en pointant Victor du doigt, « qui devenais le propriétaire. »

_____Il se détourne de moi avant de retourner vers ses soldats, montrant ostensiblement son camp.

« -Mais bon, » rajoute-il, « je préfère que ce soit quelqu’un de l’alliance, qui possède l’Egide, si ça ne vous dérange pas. » Il nous consulte naïvement du regard avant de rajouter : « Quelqu’un à qui on peut faire confiance. »

_____Ses paroles sont encore chargées d’insinuations, mais je ne vois pas où il veut en venir…

« -Mais vous savez quoi ? J’ai plein de trucs à vous dire, vous venez ? »

_____Sans attendre, il nous tourne le dos et commence à s’éloigner, mais personne ne fait mine de bouger. Contrarié, il se retourne de nouveau avant d’ajouter, avec un sourire angélique :

« -Ah, au fait : ce n’était pas une question ! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 19 Oct - 23:38

_____Les soldats rebelles s’impatientent et nous font signe de nous avancer, et nous sommes bien contraints de les suivre. Victor est le seul à encore pouvoir se battre. Les autres sont soit désarmé, soit blessées, soit assommé. Le mercenaire et le bras droit d’Emeric se foudroient du regard, et je me permets d’interroger Vincent :

« -Ça ne te dérange pas, que ton chef soit mort ?
-Bien sûr que non. On avait prévu de le tuer, à la base.
-Ah ?
-Mais il avait trop de fidèles, alors on a attendu.
-Mais pourquoi ?
-Ben, il était fou, il voulait tuer Lyssa et Morghane et provoquer une guerre mondiale pour asseoir son pouvoir, t’étais pas au courant ?
-Mais pourquoi tu t’es interposé ? », je demande en repensant à l’attaque de Victor.

_____ Vincent évite un temps de croiser mon regard, fixant un point indéterminé droit devant lui, puis tente de s’expliquer, avec ses mots :

« -Le collier divin est bien plus puissant qu’on ne le croit. Il exauce les souhaits, tous les souhaits. Emeric avait le pouvoir d’un Dieu, mais il ne savait pas encore quelle était l’étendue de ses pouvoirs. Je crois qu’il voulait pulvériser Victor pour faire un test, mais je me suis interposé. »

_____Vincent est en train de me faire croire qu’il s’est interposé pour sauver Victor, pas son chef. Bon, admettons. J’avais confiance en Vincent, en fait. Je sais que c’est un homme simple, courageux et efficace, mais c’est aussi un homme de parole. Il a une morale et des valeurs : c’est bien plus qu’un homme de main, et je l’apprécie pour tout ce qu’il est. Un soldat, un compatriote, un camarade. Vincent et Léo prévoyaient donc de tuer Emeric… Mais techniquement, si on a le pouvoir d’un Dieu… on ne peut pas mourir, si ? Léo nous guide dans une tente où l’on a à peine la place de s’asseoir, mais ses quatre molosses restent debout. Les deux fantassins, armés d’imposant boucliers et de longues lances, se placent derrière lui, chacun d’un côté de leur nouveau chef, tandis que ses deux archers se placent derrière nous, surveillant attentivement chacun de nos gestes. Vincent se poste à côté de Léo, prêt à intervenir au moindre mouvement de Victor. Nous avons du laisser nos armes à l’extérieur de la tente, mais les soldats se sont bien gardés de le faire.

« -Donc l’armée rebelle était coupée en deux ? Genre… y’avait ceux qui étaient avec Emeric ? »

_____Léo me regarde avec chaleur, comme un père fier de son enfant :

« -Pas exactement ! En fait, il y a ceux qui sont au courant, et ceux qui ne le sont pas ! Il n’a fait part de la totalité de ses plans à personne, mais on savait tous qu’il avait l’intention de trahir les mercenaires, par exemple. »

_____Victor le foudroie du regard, et je sens que Léo va payer pour la mort de ses hommes, mais la main de Vincent se crispe sur son épée, dissuasive. Les deux hommes se plongent de nouveau dans un duel du regard, chacun défiant, craignant et respectant l’autre tandis que Léo reprend le fil de la conversation.

« -Je suis désolé, mais il fallait que les mercenaires neutralisent les soldats pour que Lyssa puisse abattre Emeric… mais du coup, on se retrouve momentanément en infériorité numérique, et c’est embêtant.
-Mais tu avais le collier, tu n’avais qu’à leur donner le collier !
-Non, puisque c’est Emeric qui avait le collier.
-Mais pourquoi ne pas l’avoir pulvérisé avec ta flèche ?
-Ben… parce qu’il avait le collier ! »

_____Je reste sans voix devant cette argumentation simple, mais ma moue dubitative lui montre que je ne suis pas convaincu :

« -Ah, Sola, ce que tu es bête ! Je ne pouvais pas me permettre de détruire le collier, et Lyssa n’aurait jamais pu abattre Emeric avec les mercenaires vivants. Il me fallait une diversion, quelque chose ! Un moment d’inattention, et shlac ! Plus d’Emeric. Mais ce moment d’inattention, on ne pouvait l’obtenir autrement. Ce type est paranoïaque : il ne se montre jamais et met toujours des gardes autour de sa tente ! Et autour de la notre, aussi… pour nous protéger. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 19 Oct - 23:41

_____Je secoue la tête, mais ça ne sert à rien de discuter. Je ne connais rien d’Emeric ni du collier, alors peut-être que Léo a raison, et que Lyssa n’aurait pas pu l’abattre sans cela, mais tuer vingt-et-une personne dans ce but, mais c’est inhumain ! Je serre rageusement les poings, mais les fins doigts de Lyssa viennent se poser sur ma main gauche, me détendant immédiatement. Lorsque le rassurant contact s’achève, je suis insatisfait et frustré, mais Léo reprend :

« -Bref, j’espère que cet incident ne nuira pas aux relations entre la cause rebelle et l’alliance… »

_____Il consulte Morghane et Lyssa du regard tandis que Victor tremble de fureur, et ce sont les doigts de quelqu’un dont j’avais presque oublié la présence qui viennent le détendre : incroyable mais vrai, la princesse pose calmement sa main sur l’épaule du mercenaire, aidant ce dernier à garder son calme. Je ne savais pas Victor si émotif, mais la perte de ses hommes l’a vraiment placé dans un état de fureur fantastique, la princesse cherchant tant bien que mal, toute craintive qu’elle est, à calmer cet homme empli de haine. Le regard fuyant de Morghane et le hochement de tête solennel de Lyssa constituent un résultat mitigé…

« -Bon, emmenez-moi les prisonniers, nous partons. »

_____Je regarde Léo avec incompréhension, et deux soldats s’emparent sans ménagement de Victor qu’ils traînent à l’extérieur de la tente, suivis de très près par Vincent. Sans même poser le doigt sur Natasha, les deux autres l’escortent dans la suite de Victor et je proteste vigoureusement :

« -Attends ! Pourquoi il est prisonnier ? Il a rempli sa part du marché, non ?
-Oui, c’est vrai, ça ! Pourquoi tu es prisonnier ? », demande Léo, incrédule.

_____Nous faisant tous sursauter, le mercenaire se dégage de l’emprise des deux soldats qu’il envoie valdinguer sur le sol pour se précipiter vers Léo, arrêté de justesse par Vincent qui le plaque efficacement au sol. Les autres soldats viennent aussitôt à la rescousse pour l’aider à maîtriser Victor et entreprennent de le ligoter malgré ses cris et ses gesticulations :

« -JE VOUS TUERAI ! JE VOUS TUERAI TOUS !! »

_____Ah, ça doit être pour ça. Malgré les tressaillements de la princesse, celle-ci est également emmenée vers le lac, et nous emboîtons le pas à Léo.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 28 Oct - 22:18

V.


_____Assis sur un banc dans une embarcation sommaire, nous progressons calmement dans la grotte, propulsés par la force des rames. Attachées les unes aux autres, elles glissent avec lenteur sur l’eau trouble du lac, une lanterne au devant nous éclairant la voie. J’ai plein de questions à poser, mais elles se mêlent dans mon esprit sans pouvoir se formuler. Victor semble s’être calmé et fait bande à part avec la princesse, et je les surprends régulièrement en train d’échanger des chuchotements… enfin, c’est surtout la princesse qui parle au beau mercenaire. C’est vrai, j’ai déjà entendu parler de ça… parfois, une personne enlevée développe une certaine compréhension, une sympathie envers ceux qui l’on capturée, et cela va parfois jusqu’à des proportions extrêmes : j’ai même entendu des histoires sur d’anciens marchands, pris en otages par des pirates, qui se sont mis à écumer les mers à leur tour…

_____Nous discutons calmement de la situation, Arthur se massant douloureusement l’énorme bosse qui a poussé sur son front. Je ne sais pas ce qu’il y a, dans son regard … une pointe de reproche mêlée au regret, peut-être. Léo aurait bien remis le collier à Victor, mais le problème est qu’il n’a pas les idées claires, pour l’instant. Il essaierait de nous tuer, alors on va le laisser se calmer pendant un petit moment. Une fois ses esprits retrouvés, on lui fournira un bateau, un équipage et le collier ; tout ce qu’il voudra, en fait. Mais en attendant, il fait un petit détour par la case "barque-prison-relaxation". Maintenant que l’alliance a mis la main sur le cristal, le collier, l’Egide et la Larme du ciel, on peut dire que les opérations ont pas mal débuté, mais il ne faut pas oublier le petit contretemps qu’est le roi. Celui-ci est toujours debout et possède toujours son puissant artefact. L’opération FTL a échoué.

« -Si les opérations ont échoué ? Ouais, mais c’est pas grave ! Il ne nous manque qu’un seul artefact ! Si on peut faire fonctionner tous les autres, la victoire est à nous ! Mais pour l’instant, on ne peut pas, donc c’est embêtant. Mais l’opération raz-de-marée se déroule plutôt bien : À l’Ouest, les forces conjuguées des troupes Nisies et Déloises affrontent l’Orr dans une importante bataille navale, et les forces du Royaume sont divisées et prises par surprise. Leurs défenses ont été submergées et nous avons remporté de nombreuses victoires avant que les amiraux de l’Orr ne se ressaisissent, surtout qu’ils ont du se débrouiller seuls en l’absence de directives de la couronne, mais… ils ont été plus compétents et plus réactifs que prévu… la bataille n’est pas terminée. »

_____L’empire Nisi. Immense archipel peu connu de nous autres Orriens, cet empire extrêmement prospère, constitué d’îles de toutes tailles défiant la tempête et le climat océanique, est une très grande puissance maritime. Si elle mène une bataille navale aux côtés de Délos, un archipel tout aussi redoutable dans les batailles navales, même l’Orr ne saura y résister. Certes, notre marine est très efficace, et nous avons une très grande tradition fluviale avec l’Impétueux et la course céleste, mais la mer n’est pas notre terrain de jeu. L’Orr aime mener bataille non loin de ses côtes, loin des monstres marins et de la colère des Dieux de l’océan… S’il se bat en pleine mer, comme le prévoit Léo, on a de fortes chances de l’emporter. Et puis, les forces de l’Orr sont divisées, débordées, complètement submergées par cette Vague impérieuse constituée de toutes les forces alliées. Le Royaume d’Orr, fort de ses artefacts, s’est fait beaucoup trop d’ennemis mortels.

« -Au Sud-ouest, les forces de Ramna ont débouché sans crier gare sur l’estuaire de l’Impétueux, et elles ont pris le port de granite. »

_____Même si elles ont bénéficié de l’avantage de la surprise et de la division des forces de l’Orr, prendre le port de granite reste un incroyable exploit pour Ramna. Ce Royaume est spécialisé dans les combats terrestres qui se déroulent à découverts, les petites escarmouches et les raids rapides. Profitant de son paysage désertique pour se replier toujours plus loin devant les invincibles troupes du Royaume, les forces de Ramna ont toujours pu repousser ces dernières en multipliant les embuscades et attaques-surprises en tout genre. Ce royaume aime les combats mobiles où il peut faire parler ses forces montées et sa redoutable cavalerie, pas les sièges et les batailles navales. Arrivé au port, il a sûrement débarqué ses forces pour contourner la falaise et prendre la station de chemin de fer pour converger vers le palais, mais je n’arrive pas à m’imaginer comment le port de granite est tombé. Colossal et efficacement protégé par la falaise, il s’agit du troisième endroit de l’Impétueux où les monstres marins sont courants. Ajoutons à cela les puissantes rafales de vent qui s’engouffrent bruyamment entre les deux falaises, multipliant alors la puissance du souffle de Porrt’Kum, le Dieu des rafales, et nous obtenons le cauchemar de tout navigateur. Impossible de manier un voilier ici, et surtout pas un voilier militaire : trop occupé à maîtriser la puissance impérieuse des vents, n’importe quel navire sera réduit en pièce par les innombrables cannons du port, une véritable forteresse qui dissuade depuis longtemps les pirates de s’en approcher. Grâce à ces vents ininterrompus, les canonniers ont systématiquement une vue dégagée sur la cible, et leur position en hauteur leur offre une précision redoutable, sans parler des puissants navires de guerre qui stationnent en permanence au port de granite, des monstres sans voiles recouverts de canons à la portée et à la puissance incommensurables, des bateaux commandés par des capitaines bien plus compétents que moi qui connaissent l’estuaire comme je connais le fleuve. Habitués du milieu et solidement entraînés, ils savent faire face à n’importe quelle situation, et l’avantage de la surprise, en voyant l’armada adverse pointer à l’horizon, n’a pas pu suffire pour apporter la victoire à Ramna.

« -Les troupes alliées ont débarqué et contourné la falaise, et ont sûrement pris la station de chemin de fer : à l’heure qu’il est, elles marchent sur la citadelle de Mut’sev pour en faire le siège, allant au préalable à la rencontre des différentes troupes d’élite qui sont à votre recherche. Les troupes de Ramna ont pris de nombreuses villes et libéré d’innombrables rebelles… comme vous le savez, beaucoup de nos hommes ont été faits prisonniers après la tentative ratée au palais royal, mais ils viennent désormais gonfler les forces de l’alliance ! Cependant, il y a une partie des troupes de ce royaume qui a entrepris de remonter l’Impétueux pour assiéger la forteresse de platine, et c’est là que nous allons. Nous allons leur prêter main-forte avec l’Egide. »

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Dernière édition par Anaël le Sam 10 Nov - 11:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 28 Oct - 22:19

_____J’ose à peine imaginer l’armada que Ramna a déployée pour pouvoir prendre le port de granite et la forteresse de platine. Des deux, le port est sûrement le plus imprenable, parce que la brume qui entoure régulièrement la forteresse rend ses canons momentanément inutilisables, ce qui l’affaiblit aussi sûrement qu’un bandeau sur les yeux d’un archer. Cependant, celle-ci bénéficie de protections naturelles contre n’importe quel navire : les récifs, les monstres marins, le courant impétueux du fleuve et la faible marge de manœuvre qu’offre son lit plus qu’étroit. Et puis, il ne faut pas oublier que la brume désavantage les assaillants tout comme les défenseurs : aveuglés, les navires de guerre peuvent plus difficilement éviter les récifs, lutter contre les vents et se servir de leurs canons ; je ne vois pas trop comment on pourrait faire la différence. En fait, même si on avait dix navires, j’hésiterais franchement avant d’attaquer la fortification… Elle est quasiment inaccessible, bien à l’abri au milieu du fleuve, et ses puissants remparts la protègent de toute arme de siège alors que ses innombrables canons dissuaderaient n’importe quelle armada… il faudrait des centaines, sinon des milliers de navires dissimulés par la brume pour pouvoir prendre ce fort, et encore, c’est oublier les récifs et les monstres marins…

« -À l’Est, l’offensive conjuguée des Vertes Vallées et d’Ascalon progresse à une vitesse hallucinante sans rencontrer de résistance. Le roi y a envoyé ses armées, mais ça ne suffira pas. D’après mes contacts, il est parti rejoindre le front en personne, mais je ne pense pas qu’il puisse endiguer la Vague à lui tout seul. »

_____Les Vertes Vallées sont une petite région à grande tradition militaire et technique, c’est-à-dire qu’elles ont longtemps inventé, confectionné et vendu des armes, notamment au Royaume d’Orr et à un empire oriental dont on entend parler dans les légendes, sans oublier Ascalon, son voisin et allié depuis des lustres. La puissance militaire des Vertes Vallées est insoupçonnable, et elles peuvent compter sur leur allié, un grand pays montagneux à l’importante démographie, pour trouver des bras capables de manier leurs armes. À eux deux, ces deux pays forment l’armée terrestre la plus redoutable de l’alliance.

« -Au Nord, les troupes de l’Orr ont été repoussées en profondeur, et de très nombreux villages sont tombés sous l’assaut de l’empire Zelmon. Leurs troupes progressent en direction du palais, avec pour objectif de prendre part au siège de la capitale. Le Royaume se bat sur cinq fronts, il ne peut pas gagner. Et puis, il ne faut pas oublier l’armée rebelle qui garde toute son efficacité. Avec des hommes et des femmes placés dans toutes les villes, nous avons des alliés à l’intérieur même du Royaume, et c’est un atout précieux pour mener à bien un siège ou prendre une ville ou une forteresse. »

_____L’empire Zelmon est une curiosité météorologique, linguistique, culturelle, politique et administrative. Immense, il regroupe une incroyable quantité de peuples différents sur un territoire ininterrompu au Nord du Royaume d’Orr. Plus grand encore que ce dernier, il regroupe une vingtaine de langues pour autant de religions, d’ethnies et de peuplades, sans oublier les différents climats qui règnent aux quatre coins de cet empire incommensurable. Quant à savoir comment une telle domination a pu se constituer et se stabiliser, c’est toute la question, et c’est ça qui fait de lui une curiosité politique et administrative… ne me demandez pas de décrire leur système, j’y comprends rien et, entre nous, je crois bien qu’eux non plus. Mais bon, le militarisme n’est pas la vocation de cet empire, et Cassandora y a fait de fulgurantes conquêtes juste après la grande campagne de l’Est. Mais, maintenant que Théodore a retiré ses troupes, c’est un terrible reflux qui se déverse sur le Royaume et qui risque bien de le déborder jusqu’au palais. Bientôt, il sera entièrement submergé par la Vague, et ce sera une victoire totale de l’alliance. Léo a raison : le roi n’est qu’un contretemps. Et puis, nous avons sa fille, ce qui est un moyen de pression non négligeable.

« -Qu’est-il arrivé à l’Hermès ? »

_____Mon inquiétude est réelle car je n’ai jamais cessé de nourrir l’espoir de voir le capitaine Salas surgir avec son sourire caractéristique, se mettre au garde-à-vous et déclarer fièrement son emblématique "Mission accomplie !"… En secouant lentement sa tête de droite à gauche, Léo m’indique en silence que le capitaine et son navire ont sombré dans l’oubli, paix à son âme. Je repense à tous ces marins, essentiellement des subordonnés de Morghane, et je lui tapote l’épaule en signe de compassion alors qu’elle encaisse la nouvelle, mais on s’y attendait plus ou moins… aucune larme ne perle, mais la nouvelle n’en reste pas moins terrible. Tous ces hommes qui sont morts dans la course … l’Egide a désormais le goût du sang ! J’espère sincèrement que Léo a eu une raison valable pour vouloir la voler, parce que l’artefact, bien que puissant, ne montre pas la totalité de sa splendeur, sans le cristal de vision.

_____En attendant de pouvoir assiéger le palais, il reste une forteresse qui se dresse sur notre route. Au programme : nous assiégeons la forteresse de platine, puis les survivants remonteront le fleuve. Ce n’est pas drôle, mais je ne m’attendais pas à refaire ce trajet d’aussi tôt… Pour prendre cette imprenable construction défendue par nul autre que le légendaire général Khaine, une armée entière s’est regroupée sur la falaise méridionale. Léo, qui n’aime pas spécialement aller en première ligne, va rejoindre son armée pour en prendre le commandement, supervisant avec Morghane l’ensemble des opérations. Même si mes amies ne semblent pas très motivées, leur présence est nécessaire à Léo car l’Egide apparaît dans ses plans, et se place même en figure de proue. Quant à moi… "Qui m’aime me suive !", a déclaré Léo, suite à quoi Arthur a décrété qu’il le suivrait. Du coup, je serai le seul à rejoindre nos alliés au port de granite, mais je pense que c’est là que se trouve ma place. Sur un bateau et sur l’Impétueux. Une fois devant le palais, nos navires de guerre vont participer au siège de la ville et notre armée va se déverser sur elle en espérant être rejointe par d’autres, comme par exemple la deuxième partie des forces de Ramna et l’armée de l’empire Zelmon. En tous cas, l’armée rebelle déjà sur place n’attend que notre arrivée pour lancer les offensives, car le siège de la ville, qui a commencé après le départ du roi, se fait plus difficile que prévu. Si la capitale tombe, le Royaume risque de tomber à son tour, et je ne crois pas que quiconque puisse s’opposer à sa chute, pas même l’oracle Angello qui assure l’intérim sur le trône en attendant le retour du roi. Mais le roi ne reviendra pas. Personne ne peut résister à l’afflux des troupes d’Ascalon et des Vertes Vallées, personne.

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 10 Nov - 11:10

_____L’assaut sur la forteresse comprendra plusieurs éléments stratégiques. Dans un premier temps, l’Egide. Posté sur la falaise, Léo pourra bombarder la construction défensive de ses canons et de ses catapultes, mais s’exposera aux répliques de l’adversaire… c’est là qu’intervient l’artefact. Pour ne pas avoir son armée décimée, Léo compte sur la puissance de la sphère luminescente. Ensuite, il y a la Larme. La Larme de ciel est un artefact mineur dont on entend rarement parler, mais elle fait partie du trésor découvert par Erena dans le temple. On dit qu’elle a le pouvoir de commander aux nuages et de faire tomber la pluie, mais on dit aussi beaucoup d’autres choses… comme par exemple que la forêt de Lanvergne est habitée de fantômes. Or, on n’y a pas vu de fantômes. D’après Léo, il va pouvoir s’en servir pour commander à la brume, ce qui sera un atout particulièrement précieux, mais je reste dubitatif. J’ai confiance en Léo… enfin, plutôt en ses plans, mais je ne comprends pas comment il peut miser sur le fait qu’il parviendra à commander la brume, ça me dépasse… D’un autre côté, nous avons un très net désavantage sur les assiégés : celui de l’armement : la puissance de feu de la forteresse est bien supérieure à la notre. Mais bon, nous avons l’avantage du nombre, et ça reste le plus important dans une bataille… enfin, ça dépend. Léo est confiant, mais nous nous attaquons à une légende. La victoire ne sera pas si facile.

_____Alors que nous progressons dans la grotte, des cris aigus et frénétiques nous surprennent vivement, et des silhouettes se détachent des ombres de façon inquiétante pour survoler notre embarcation : nous sommes à quelques mètres d’une sortie, et l’air libre vient revigorer nos poumons tandis que la lueur timide du Soleil couchant nous torture les yeux. Trop habitués à l’obscurité, nous plissons douloureusement les paupières afin de distinguer l’origine de ce piaillement familier : Perché quelque part près du puits de lumière, un épevrier nous lance des cris apeurés. Léo fait s’arrêter calmement les barques puis demande à ses soldats de ramer en direction du puits :

« -Bon, c’est là que nous nous arrêtons. »

_____Les quatre gardiens du jeune homme le précèdent à terre puis menacent le mercenaire de leurs arcs :

« -Princesse, si vous voulez bien nous suivre… »

_____Arthur et Morghane débarquent à leur tour, mais je choisis de rester : je ne me sentirais pas très utile, à "superviser les opérations"… Furieuse, la princesse emboite le pas à Victor qui semble désormais serein, mais je le soupçonne d’avoir préparé quelques machinations pour éliminer Léo, ce qui ne m’inquiète pas des masses. Je pense que, niveau machinations, Léo doit avoir deux-trois coups d’avance sur nous tous. Lorsque Lyssa a rejoint leur petit groupe, les quatre soldats de Léo entourent les prisonniers avant de disparaître dans la lumière, précédés par mes quatre amis. Frustré, je reste seul avec les autres soldats, à regarder d’un air rêveur ces épevriers libres comme l’air. Rapaces redoutables au plumage sombre, ils ont cependant le ventre recouvert de plumes blanches, si bien qu’on peut difficilement les distinguer lorsqu’ils volent dans le ciel. S’appuyant uniquement sur leur vision surdéveloppée pour fondre comme une flèche sur leurs proies, ces rapaces font des ravages parmi les brebis et les petits animaux. Peu habitués à pouvoir chasser le bétail de nos pauvres pâtres, la plupart s’adonne plus humblement à chasser des mulots ou autres mammifères. Concrètement, ils n’ont rien à faire dans cette grotte… peut-être qu’ils y ont suivi une souris acculée, ou peut-être qu’ils ont découvert les joies de leurs cousins volant… peu goûteux, entre nous.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 10 Nov - 11:11

VI.


_____Lorsque nous débouchons sur le port de granite, son magnifique panorama s’offre à nous : d’habitude trop occupé à lutter contre les vents infernaux qui y sévissent, je suis époustouflé par cette vision idyllique : au devant, l’énorme embouchure de l’Impétueux semble surplombé par un vent de brume, de la fumée soufflée par une tempête. Cette fine couche blanche donne aux alentours une ambiance irréelle, aidée par la beauté insondable d’un ciel parsemé de nuages aux couleurs écarlates. À l’horizon, là où le ciel se mêle à la mer dans un mélange scintillant, le Soleil est dévoré par son reflet brillant, donnant cette couleur si caractéristique aux fins nuages allongés. Se dirigeant paisiblement vers l’Orient, ils semblent fuir le Soleil pour s’enfoncer dans le Royaume et lui offrir leur ombre doucereuse et leurs larmes rafraichissantes. À la beauté du ciel répond celle de la mer. Reflétant parfaitement le lointain firmament, l’étendue infinie se teint là d’écarlate, juste à côté de forts reflets blancs, ici d’un bleu foncé qui répond à la noirceur du ciel, ailleurs d’écume blanche… mais c’est surtout le port, la ville et ses lumières qui font toute la beauté de ce spectacle unique entouré de gigantesques falaises : grande et resplendissante, une ville côtière se dessine derrière le port, des torches allumées ici et là pour ajouter au tableau de dansantes lueurs.

_____Au loin, de grandes et belles maisons se dressent jusque sur la falaise où une immense citadelle défie l’imagination. Construite dans une pierre jaune et sableuse, elle semble n’être rien de moins qu’une partie de la falaise, une excroissance de la roche, merveille d’architecture et prouesse du génie humain. Aussi imposante que la forteresse de platine, elle ne s’encombre pas de tours titillant le ciel, mais ses épaisses murailles percées de dissuasives meurtrières sont tout aussi menaçantes. De là où nous sommes, nous ne distinguons pas ses innombrables cannons, mais je sais que cette citadelle en possède bien des centaines. À ses pieds, des hommes et des femmes cheminent paisiblement, rejoignant leur foyer en cette fin de journée. Des marchands, des pêcheurs, des nobles et des soldats se mélangent bruyamment sur la place du marché d’où sort constamment une joyeuse rumeur, et des bateaux marchands s’éloignent tranquillement du port alors que ceux des pécheurs y pénètrent. Le port en question tient plus de la forteresse que d’autre chose : d’immenses murailles protègent la baie des menaces en tout genre, parcourues en temps normal de sentinelles, de canons et de gardes. Désertés, les murs qui se dressent à notre gauche nous indiquent que tout n’est pas normal au niveau du port, mais ils nous barrent si bien la vue que, même de là où nous sommes, nous ne pouvons pas voir ce dernier, juste ce qui se trouve derrière.

_____Alors que nous nous rapprochons, je devine des formes auprès de ces imposantes murailles… Parfois, lorsque le Soleil a brillé bien fort toute la journée, la mer semble s’élever par endroits, et ce phénomène particulier, qu’on appelle "mirage", se répète un peu partout autour du port, évoquant une armée de démons assaillant le Royaume. Cette vision m’interpelle, non seulement parce que ce phénomène est très rare sur l’Impétueux, un fleuve en proie au vent et aux rafales, souvent épargné du Soleil par une alternance de brume et de nuages, mais aussi parce qu’il ne se manifeste normalement qu’à un seul endroit loin dans l’horizon, un point qui s’éloigne à mesure que l’on avance. Et pourtant, pourtant ces choses ne s’éloignent pas, et il y en a partout, aussi loin que porte le regard.

_____Notre barque passe à côté de cette excroissance de la mer. Même s’il me suffirait de tendre la main pour la toucher, je suis complètement bluffé par la coque de ce navire, entièrement recouverte de peinture ondulante parcourue de reflets d’un bleu foncé qui vire parfois au noir… Alors c’est comme ça que Ramna a pris le port ? Grâce à la magie du camouflage ? Émerveillé par un tel artifice, je ne peux éprouver que du respect devant l’ingéniosité du capitaine qui mena l’armada. Et devant ses peintres. Car une telle prouesse n’a pu être possible que grâce aux plus fins pinceaux de tout l’occident : même le nez collé à la coque, je jurerais qu’il s’agit d’une mer, et que j’y vois des vagues. Il faudrait encore que cette mer soit verticale, mais j’imagine que les sentinelles postées sur les murailles n’y ont vu que de l’eau. Une fois les sentinelles décimées par les balistes camouflées à l’intérieur de la coque, l’armada de Ramna a pu déferler dans le port sans même être repérée par la forteresse… la bataille navale transposée en combat urbain, Ramna a pu faire parler ses fantassins mobiles, et les canons de la citadelle n’ont pas pu faire feu sur leur propre ville, trop craintifs pour la vie des civils et l’intégrité des bâtiments. Fort de ses puissantes balistes qui ont rapidement abattu les différentes tours défensives, Ramna a rapidement pris le port, puis la ville, et fait actuellement le siège de la citadelle. Intéressé par ce malin camouflage, je me demande si on ne pourrait pas recycler l’idée pour assaillir la forteresse, mais il faudrait revisiter la peinture, et on perdrait beaucoup de temps… l’eau de l’Impétueux n’est pas la même que celle de la mer : plus fine, elle reflète moins le ciel et n’est pas parcourue de vagues. Mais bon, si c’est le prix à payer pour prendre la forteresse, une ou deux semaines ne seraient pas une grande perte… mais Ramna a déjà perdu trop de temps à s’écraser sur les murailles de la citadelle : toute l’opération raz-de-marée repose sur l’idée d’une grande Vague s’abattant de tous côtés sur le Royaume : il ne faut pas lui laisser le temps de s’organiser.

_____Kharim a fait installer ses catapultes et ses trébuchets devant la citadelle, car les balistes des navires ne peuvent pas atteindre ses murs avec efficacité, affaiblies par la grande distance. Enfin, le sultan de Ramna n’est pas venu en personne, mais c’est son bras droit qui dirige les opérations, un certain Nolam. Grand et bronzé, cet homme habillé légèrement ne semble pas préparé aux vents violents de l’Impétueux, mais plutôt au Soleil aride du désert de l’Est. Quoi qu’il en soit, l’intelligence brille dans son regard, et sa silhouette mince et fière nous inspire confiance. Lorsque nous arrivons dans une maison réquisitionnée par l’envahisseur, un soldat nous briefe sur la situation dans une langue incompréhensible, et un interprète nous rapporte ses propos, pas foncièrement intéressants, qui expliquent grossièrement ce que je viens de deviner. Ensuite, on nous apprend qu’une grande offensive va être menée à la nuit tombée, et les soldats rebelles qui m’accompagnent me faussent compagnie pour participer au conseil de guerre, toujours assistés par un interprète. Une fois qu’un rôle ait été donné à chacun de mes compagnons, un traducteur vient à ma rencontre pour s’inquiéter de mon identité. Calmement, je lui explique que je suis le vainqueur de la course céleste, que je connais bien l’Impétueux et que je pourrais me rendre utile dans l’assaut sur la forteresse. Il me regarde d’un air hautain puis va rejoindre son supérieur, me laissant seul, avant de revenir pour m’informer de ma nouvelle affectation. Comme je ne parle pas la langue, je serai le conseiller de Nolam, un des rares à connaître parfaitement l’Orrien. Flatté de ce nouveau poste, je contiens mon impatience et me rapproche tranquillement de la tente de mon nouveau supérieur. Non sans timidité, je me place à côté de lui sans qu’il ait l’air de remarquer ma présence, et nous contemplons la citadelle en silence.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Déc - 18:59

_____D’épaisses volutes de fumée s’échappent par endroits, là où les catapultes ont envoyé d’ardents projectiles enflammés, et la muraille est fissurée, craquelée et enfoncée, mais elle tient bon. À ses pieds reposent des flèches disproportionnées, fracassées par le choc contre la pierre, et les autres projectiles envoyés allégrement par les balistes jonchent le sol : boules de métal, pierres allongées et débris de flèches parsèment le sol, certains n’ayant même pas atteint les murs avant de s’y écraser. Au bout d’un moment, Nolam finit par remarquer ma présence et s’étonne de mon inactivité :

« -Je suis votre nouveau conseiller. », lui annoncé-je.

_____Ah, lui ! Bien. Après m’avoir longuement dévisagé, Nolam reporte son attention sur la citadelle et me pose une épineuse question :

« -Alors, qu’est-ce que tu penses de ça ? »

_____Sans perdre pied, je suis son regard et dis machinalement tout ce que je sais sur les défenses de la forteresse, avant de conclure qu’il faudrait que son armée se serve des remparts pour s’abriter des boulets de canons, bombarde les hauteurs de la citadelle pour neutraliser les archers, ouvre une brèche quelque part et envahisse le fort. Nolam hoche la tête d’un air satisfait mais continue calmement son interrogatoire :

« -Lorsqu’une armée se colle au rempart, elle est trop proche pour qu’on puisse utiliser les arcs et les catapultes. Que font les défenseurs, dans ce cas ?
-Ils utilisent de l’huile bouillante ?
-Et comment fait-on pour se protéger de l’huile bouillante ? »

_____Ben, en général, on prend des vêtements épais, une armure, et on s’abrite derrière un bouclier le temps d’enfoncer la porte avec le bélier, mais là, on connait les défenses de la citadelle, alors il suffit de se poster aux endroits où l’on ne nous versera pas d’huile bouillante. Je ne sais pas trop où il veut en venir, mais Nolam hoche la tête, satisfait. Me guidant dans sa tente, il s’assoie près d’une carte pour me montrer ses plans :

« -C’est très simple, en fait. On a construit des toits portables, ceux qu’on utilise pour protéger les béliers. On les a peints en noir pour ne pas qu’on les distingue une fois la nuit tombée. Avec nos catapultes, on va bombarder les tours de guets et les positions en hauteur. Objectif annoncé : empêcher l’adversaire de connaître notre position. Ceci fait, on rejoindra les pieds de la muraille, couverts par les trébuchets qui feront pleuvoir la mort là où se trouvent les canons, et nous nous colleront aux remparts aux endroits où il n’y aura pas d’huile bouillante. Ensuite, on percera plusieurs brèches pour ne pas qu’ils concentrent leurs défenses à un seul endroit : ce sera plus facile de rentrer. Une fois les murailles percées, on n’aura plus à entrer, protégés de l’huile par nos toits portables. Quand on aura pénétré l’enceinte, nous ne sortirons pas tout de suite du couvert de nos toits : les combats à découverts ne sont pas conseillés, quand on est assaillants. On tentera de nous enfoncer au maximum dans la forteresse avant d’entrer dans la mêlée, mais on sera bien obligé de sortir de nos toits à un moment donné. Pour cela, j’ai prévu des boucliers rectangulaires qui formeront une protection efficace contre les tirs de barrage, et les longues lances que voilà seront l’arme idéale, pour aller avec ces boucliers. À partir de là, on prendra les positions stratégiques avant de nous déployer pout faire tomber la citadelle, ce qui ne devrait pas trop être difficile. On devrait s’en sortir avec un minimum de perte. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Déc - 19:01

_____Sur le papier, ça a l’air bien joli, mais ça m’étonnerait que la citadelle tombe aussi facilement. À l’entendre, Nolam pense pouvoir s’en emparer sans perdre un seul homme, mais les défenseurs ne le verront pas de cet œil. Entre le moment où nous pénétrons dans l’enceinte et celui où nous prenons les positions stratégiques, nous serons à la merci des engins défensifs de la citadelle, des coulées d’huile bouillante à quoi on mettra le feu, des volées de flèches explosives et autres surprises en tous genres… Peut-être que Nolam n’est pas au courant de tout l’attirail défensif de mon Royaume.

« -Tu es bien pessimiste. Mais ne l’oublie pas : si la citadelle n’a jamais été prise, c’est uniquement grâce à l’Egide. Sans cet artefact, les défenseurs seront complètement démunis. »

_____Ça, c’était vrai il y a deux ans, lorsque Natasha a hérité du cristal. Entre-temps, l’Orr s’est remarquablement organisé pour pallier à ce petit problème. Maintenant, ses troupes sont parfaitement préparées à se battre sans l’Egide, et je pense que Nolam surestime ses chances. Lorsqu’il me demande ce que je crains à ce point, je réponds simplement "Les flèches explosives". Petite invention de l’esprit torturé de notre cher souverain, elles sont devenues l’arme emblématique du Royaume, il y a quelques jours. Heureusement qu’il n’a pas eu le temps de les développer plus que ça, parce que ces armes, inventées dans le secret le plus total, sont particulièrement meurtrières. Le concept est simple : utiliser la chère poudre noire importée des Vertes Vallées pour que la flèche explose à l’impact. Quant à savoir pourquoi ça explose à l’impact et pas au milieu de la trajectoire, je n’en sais rien : c’est un peu comme les boulets de canon. On vient à peine d’apprendre leur existence, on ne sait pas comment ça marche mais tout le monde s’en sert. C’est la même chose pour les pistolets et les fusils, même si la plupart des guerriers préfèrent l’arc ou l’arbalète. C’est vrai, c’est pratique, un fusil… Sauf que ça a la fâcheuse tendance de vous exploser entre les bras. Le pistolet, c’est un peu moins dangereux, mais c’est moins puissant et moins précis, autant utiliser un arc. Mais il a plus de portée, et son projectile est moins soumis au vent, ce qui fait de lui l’arme favorite du pirate, loin devant le bon vieux sabre d’abordage qu’il affectionne particulièrement. Devant l’évocation de ces flèches explosives, Nolam plisse les yeux sans masquer son inquiétude :

« -Parle-moi de ses flèches magiques qui explosent à l’impact. »

_____Je ne connais pas grand-chose sur ces flèches, mis à part, justement, qu’elles explosent à l’impact. Méticuleusement, je décris ce qu’il s’est passé lorsque Léo en a tiré une au camp des rebelles, puis une deuxième, ce qui provoque un frisson d’effroi chez la personne que je suis censé conseiller. Je le rassure en lui disant que ces armes ne sont pas très courantes parce que la couronne a gardé jalousement le secret de leur fabrication et qu’elles sont, en quelques sortes, en "édition limitée". L’armée rebelle en possède encore quelques-unes, mais même nos espions n’ont pas réussi à glaner ce secret… Lorsqu’il me demande de décrire la flèche, je hausse les épaules :

« -Je ne sais pas… ça ressemble à une flèche normale, en fait, sauf que l’embout de métal est creux et qu’il y a des trucs à l’intérieur, je ne sais pas… peut-être un mélange de poudre et de quelque chose, peut-être un truc qui explose à la moindre secousse. En fait, il faut faire très attention avec ces flèches, parce qu’elles explosent toutes seules, parfois … Destructeur. »

_____Cela semble intéresser mon auditeur, mais je le détrompe rapidement :

« -Depuis les premiers incidents, nous avons été beaucoup plus prudents… à mon avis, on ne pourra pas faire exploser leur stock. »

_____Il ne masque pas sa déception ni son inquiétude, et s’en remet complètement à moi :

« -Que préconises-tu ?
-Une diversion. Quelque chose qui les forcera à utiliser leurs flèches sur autre chose que ton armée. Et puis, il faudra se couvrir. Les trébuchets neutralisent les canons, les catapultent démontent les tours, les murailles et les positions en hauteur, mais vous pouvez aussi vous servir de vos balistes pour bombarder la citadelle. »

_____Si nos soldats sont couverts par un déluge de projectiles en tous genres, ils auront moins à s’inquiéter des flèches explosives, c’est certain. Le bras droit du sultan digère l’information et me demande de développer, mais je n’ai pas d’idée précise : pourquoi est-ce que Léo n’est pas là ? Il n’était pas au courant, pour le siège de la citadelle ? Je demande un instant de réflexion et Nolam fait les cents pas d’un air inquiet, se demandant s’il peut s’en tenir au plan de base avec ce nouvel élément. Qu’une personne aussi importante que lui ne soit pas au courant pour les flèches explosives n’est pas si étonnant. Avec nos espions partout, nous n’avons découvert leur existence qu’il y a quelques semaines, et nous n’avons pu nous en procurer qu’au dernier moment. Du coup, notre stock est très limité, mais ce n’est pas très inquiétant puisqu’on peut se servir directement chez le fabriquant. Par contre, ça m’étonne vraiment que les membres de l’alliance n’aient pas été mis au courant par l’armée rebelle…

_____C’est une négligence terrible, et ça pourrait très bien nous coûter la victoire : j’ai vu les ravages causés par une flèche explosive, et ce sont ces dernières qui ont pu ouvrir le crâne du légendaire Kantathrodon quand bien même ce monstre se riait de nos boulets de canon… j’ignore comment une si petite flèche peut provoquer une telle explosion, mais c’est tout simplement redoutable. Il y a une chose que j’ai remarquée, pour ces flèches, et j’en fais part à Nolam tant que je l’ai en tête : curieusement, l’explosion n’est jamais de la même ampleur, comme si la quantité de poudre variait d’une flèche à l’autre. Une fois, la flèche a simplement ouvert notre pont. Une autre fois, elle a ouvert le crâne d’un monstre des profondeurs. Ce n’était pas la même explosion, non.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 24 Déc - 14:57

VII.


_____Une pluie mortelle s’abat sur la forteresse tandis que nous nous précipitons au pied des murailles, inaperçus des sentinelles aveuglées par la nuit. Dans des cris de terreur, les tours qui se trouvent à chaque angle sont pulvérisées par nos trébuchets, et la muraille s’effondre en bien des endroits. Poussant de menaçants cris de guerre, nous nous engouffrons en armes dans la citadelle, le déluge de flèches s’abattant sur nos efficaces protections de bois. Peintes en noir afin de nous masquer dans l’herbe, elles sont désormais très visibles à côté de la pierre jaune des murs et des rochers gris qui tapissent le sol. Des coups de canon viennent rompre nos rangs, mais les trébuchets réduisent ces armes au silence tandis que nous allons à la rencontre des quelques soldats qui se précipitent pour nous arrêter. En sous-effectif, ils sont mis en déroute par nos lances qui les transpercent avant qu’ils n’aient pu réagir, et les soldats fuient, nous laissant le champ libre pour nous enfoncer dans les bâtiments. Les catapultes de Ramna bombardent les toits de la citadelle pour empêcher les archers d’y prendre position, et nous avançons, inébranlables, pour aller prendre une première tour de guet. Soudainement, une flèche vient se ficher dans nos rangs, et nous nous accroupissons comme un seul homme. Protégés de l’explosion par nos toits portables qui prennent immédiatement feu, nous devons nous en débarrasser alors qu’une trombe d’huile s’abat sur nos boucliers. L’explosion est terrifiante. Soufflée, notre armée se relève tant bien que mal et s’enfonce dans la citadelle pour fuir les langues de flamme alors que d’autres flèches viennent exploser ici et là, semant la peur et la destruction dans nos rangs.

_____Nous reprenons courageusement la marche et ripostons de nos propres flèches, mais la roche de la citadelle ne prend pas feu, et nous ne disposons pas de flèches explosives. Courant pour nous abriter dans un bâtiment, nous échappons de justesse à une dévastatrice volée sui pulvérise le sol dans un fracas terrifiant. Avec une clameur époustouflante, nous déferlons dans le bâtiment et massacrons les quelques soldats débordés qui s’y trouvent, prenons les positions en hauteur et nous emparons des arcs et des flèches. Nous échangeons des volées avec les archers ennemis, et des pans entiers de notre bâtiment s’effondrent pendant que nous observons nos ennemis être écrasés par un immense rocher projeté par les catapultes. La riposte est sans appel. Éventrée par les machines de la citadelle, notre tour s’effondre dans un bouquant infernal, mais nous sautons habilement sur les remparts, jetant au hasard toutes les torches que nous croisons.

_____Couverts par les ténèbres, nous avons le droit à une accalmie tandis que l’obscurité se fait sur cette portion de la muraille. Au bout d’un moment, des fantassins chargent de tous les côtés, mais nous descendons des remparts pour fuir à l’intérieur de la citadelle, protégés des ténèbres offertes par la nuit. Nous ne rencontrons pas de soldats et pénétrons dans un autre bâtiment pour nous abriter des feux du ciel : La pluie de pierres s’abattant toujours sur la citadelle, nous nous rapprochons de la zone de bombardement, comme convenu, et nous précipitons sur les positions ennemies pour y surprendre des archers. Une flèche soulève le sol à côté de nous, des javelots transpercent nos boucliers, des glaives viennent s’y fracasser, mais nous tenons bon. Une fois les archers éliminés, nous progressons dans les bâtiments sans rencontrer de résistance et contournons l’armée qui nous poursuit sans nous voir. Lorsqu’elle arrive à découvert, les catapultes et les balistes n’ont toujours pas cessé leur bombardement, et elle stoppe net son avancée, manquant de se faire anéantir par un titanesque projectile qui vole en éclat contre le sol de la citadelle avant d’aller rouler dans ses étroites allées.

_____À ce moment précis, le toit et les murs de notre bâtiment s’effondrent dans une pluie de gravats, et les catapultes adverses commencent à nous bombarder. Toujours sous le couvert de la nuit, nous changeons de position et tirons une volée de flèches sur l’armée adverse qui nous charge avec de puissants cris de guerre et nous prenons la fuite sous un déluge de flèches explosives, et l’armée de Ramna déferle dans la citadelle, comme un raz-de-marée.

_____Pris par derrière, les rangs ennemis sont bien vite défaits et nos poursuivants sont bientôt poursuivis. Avec pour priorité de neutraliser les archers, nos cavaliers font des ravages parmi les fuyards tandis que les flèches explosives éliminent sans distinction les soldats des deux armées, des soldats progressent rapidement dans l’obscurité pour éliminer les derniers archers et les meurtrières flèches se font moins nombreuses. Débordés, les assaillis sont contraints de déposer les armes et de cesser le feu, et la citadelle tombe entre les mains de l’alliance.

_____Malgré l’enivrante victoire, nous n’avons pas vraiment le temps de fêter notre réussite : Les soldats survivants sont jetés dans les cachots et nous investissons leurs couches pour y finir la nuit. Demain, nous remonterons l’Impétueux pour prendre la forteresse de platine, puis direction le palais royal. La capitale ne pourra pas résister bien longtemps. À peine allongé sur le lit, je m’endors comme une masse, et il me semble n’avoir dormi que quelques minutes lorsque la cloche sonne l’heure du repas. Embrumé, épuisé et à peine réveillé, je suis mécaniquement un soldat avant de me rappeler que je suis censé être conseiller. Du coup, je retrouve Nolam et ses amis qui discutent bruyamment de leurs éclatants exploits, et les rires accompagnent allégrement les anecdotes guerrières. En me voyant apparaître, mon supérieur me félicite avec des mots que je ne retiens pas, et je m’écroule sur une chaise, ne souhaitant nulle autre chose que de retourner dans mon lit. Après m’avoir dit que je faisais un conseiller précieux, il porte un toast en mon honneur et me force à boire une boisson chaude à l’odeur de menthe. Je déglutie en silence à l’idée de boire de l’alcool avec un esprit aussi embrumé, mais, heureusement, ce n’est pas une boisson alcoolisée, et son goût d’herbe, plutôt inattendu, n’est pas si révulsant que cela. Trop fatigué pour m’informer sur ce qu’on m’a donné à boire, je finis ma tasse et entreprends de contempler le buffet. Malheureusement, Nolam et ses amis n’ont pas le droit à un traitement de faveur, et je dois me contenter d’un peu de pain complet, d’une tranche de jambon séchée accompagnée d’un œuf en omelette et d’un onctueux jus de fruit dont le goût me rappelle quelque peu nos oranges, mais en plus sucré et plus doux. Je n’en reprendrais pas de ci-tôt, ceci dit, parce que c’est un peu trop épais à mon goût. Une fois rassasiés, nous ne perdons pas de temps et rassemblons nos armes, comptons nos effectifs pour décider combien de soldats resteront sur place, puis nous embarquons. Contenant mes bâillements, je regarde d’un air embrumé les murs du port se rapprocher, puis je décide d’aller finir ma nuit dans un compartiment. Le capitaine est compétent, et Nolam m’a bien fait comprendre que ce n’est pas moi qui suis aux commandes, ici, et puis je ne suis pas très motivé pour jouer le petit moussaillon. Balayage du navire, lessivage du pont, corvée de pluche et de plonge, très peu pour moi ! Heureusement, personne ne vient me réclamer dans mon trou : il faut croire que les vaisseaux de guerre de Ramna ne s’encombrent pas de mousse. Je peux dormir en paix.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 24 Déc - 15:50

VIII.

_____Malgré mes recommandations, notre armada se déploie dans la brume pour encercler la forteresse. J’aurais préféré qu’on contourne les récifs par la droite, mais le capitaine ne veut pas m’écouter : d’après lui, tous les bateaux ne pourront pas passer par le même endroit, et il faut bien que certains passent aussi par la gauche. Lorsque la forteresse sera complètement encerclée, nous percerons ses remparts et débarquerons en force pour la prendre d’assaut, mais cela ne sera pas facile. Je ne crains pas spécialement les monstres marins, mais surtout les récifs. Les Nürs s’ajoutent au tableau pour assurer une mort certaine à quiconque tombe à l’eau, et c’est un véritable miracle qu’ils aient taillé en pièces les poursuivants de Morghane en épargnant l’amirale… C’est une énigme qu’il me faudra creuser, mais je n’ai pas le temps pour ce genre de considérations.
Les Nürs sont d’immenses reptiles, des serpents géants. Je ne les aurais pas classifiés parmi les monstres marins, mais plutôt en tant que monstres fluviaux, mais c’est comme ça. On en trouve à faible profondeur, près des côtes et dans les fleuves, lorsque le courant n’est pas trop fort, c’est pourquoi ils sont présents jusqu’aux alentours de la forteresse de platine, là où le fleuve n’est pas trop… impétueux. La raison pour laquelle ils sont si nombreux autour de la forteresse et du port de granite m’échappe totalement, mais ces créatures sont plutôt pacifiques. Elles ne s’attaquent pas aux bateaux mais sont la terreur des nageurs.

_____Longtemps rendus inoffensifs par l’Egide, les Nürs ne sont craints de personne, voire ignorés, mais je connais leur capacité à fondre rapidement sur leur proie, à nager à la vitesse de l’éclair et à zigzaguer entre les flèches : insaisissable, un Nür ne laissera aucune chance à un homme. Heureusement pour Morghane, ils étaient aveuglés par la brume, la dernière fois, mais leur puissant odorat aurait du les guider jusqu’à elle… Créatures aquatiques, les Nürs doivent remonter à l’air libre, pour respirer, c’est pour ça qu’ils n’affectionnent pas les profondeurs où se trouvent la plupart de leurs collègues monstres marins. Mais bon, ça n’existe pas, les monstres fluviaux, alors on a décrété que les Nürs seraient des monstres marins.

_____M’arrachant à mes petites réflexions, un phénomène stupéfiant s’opère devant moi : sans que je ne remarque de changement dans les vents, la brume s’épaissit puis se rassemble, comme absorbée par la forteresse. Nos bateaux sont désormais libérés de l’écran mais celui-ci est toujours très épais aux alentours de la fortification ; il se resserre sur elle dans un lent tourbillon. Avec d’oppressants cliquetis, les balistes s’orientent tandis que la brume épouse totalement la forme de la forteresse, nous laissant sans voix devant cette construction céleste. Des canons brumeux se dessinent en silence, des créneaux blancs surgissent de la brume et d’immenses colonnes grises encerclent les tours… incroyable. Sans perdre leur concentration, les soldats finissent d’orienter les balistes et d’immenses flèches sont propulsées en direction des canons, ébranlant les navires d’où elles sont sorties.

« -Vous ne devriez pas déstabiliser vos vaisseaux à ce point : il y a des récifs partout ! »

_____Le capitaine ignore ma remarque et observe calmement la brume percée par les balistes. Des cris d’alarmes fusent dans la forteresse et les cloches sont sonnées alors que les canons de Léo tirent de concert sur sa façade Sud, ouvrant une immense brèche dans des explosions épouvantables. Sans attendre, nos rameurs dirigent tant bien que mal notre embarcation vers la brèche, et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils ne prennent pas la bonne trajectoire : Non, pensé-je impuissant en regardant le navire de droite, pas par là…. Mais trop tard : dans un craquement de fin du monde, la coque de notre allié est ouverte par les dents du fleuve. Immédiatement, des ombres inquiétantes surgissent dans les eaux et tournent autour du navire qui s’enfonce silencieusement dans le fleuve, prêtes à jaillir sur le premier homme qui échouera dans l’eau. Ignorant superbement la perte de ce navire, le capitaine n’écoute toujours pas mes instructions et ordonne de continuer les tirs de balistes, ce qui déstabilise dangereusement notre trajectoire. Furieux et apeuré, je commence à regretter de ne pas être sur la falaise en train de "superviser les opérations", et je vais voir Nolam pour lui faire part de mes inquiétudes, pointant du doigt l’épave du navire qui dérive lentement en s’enfonçant dans le fleuve. Mais le bras droit du sultan n’est pas particulièrement inquiet : on ne mène pas de bataille sans perdre d’hommes, et puis, le capitaine est compétent.

« -Si j’avais été aux commandes de ce navire, il n’aurait pas coulé ! »

_____Mais je n’étais pas aux commandes de ce navire, et il a coulé. Maintenant, si vous le voulez bien, j’ai un siège à mener. C’est à peu près ce qu’il m’a dit, achevant de m’enrager. Malgré ce premier incident, la plupart de nos navires arrive sans encombres à débarquer au niveau d’une brèche, et des hommes sautent par-dessus bord pour partir à l’assaut de la forteresse, mais des centaines de fantassins les accueillent avec fermeté : profitant que la brèche canalise l’afflux des envahisseurs à un seul endroit, les défenseurs nous coincent dans cet entonnoir qui annule notre avantage numérique : les troupes de Ramna courent à la mort, c’est un piège, il faut les faire se replier ! Mais Nolam est excessivement confiant :

« -Tu comprendras quand on passera à la deuxième partie des opérations. », me confie-t-il.

_____Tout autour de la forteresse, les balistes ouvrent d’autres brèches dans ses remparts, et chaque brèche voit débarquer l’équipage de trois ou quatre navires. En quelques secondes, notre armée déferle sur la forteresse, telle un raz-de-marée.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 24 Jan - 15:35

Troisième partie, retours de flamme :


I.

_____Les canons de Léo font impunément s’abattre un déluge mortel qui rompt les rangs adverses tandis que nous pénétrons dans la forteresse avec de puissants cris de guerre. Prise de toutes parts, la forteresse est totalement débordée, et nos soldats déferlent pour prendre les positions en hauteur. Dans la confusion, nos adversaires battent en retraite, couvert par des tirs de barrage et de dévastatrices flèches explosives qui stoppent momentanément notre avancée. Sous le déluge, mes alliés tombent comme des mouches avant de lever leurs boucliers, puis ils s’enfoncent un peu plus dans la fortification. Nous n’y voyons quasiment rien à cause de la brume, mais c’est à notre avantage car cela nous couvre des flèches et des meurtrières. Au-devant, notre première ligne pousse des cris d’agonie alors que nous nous éloignons précipitamment du bruit si caractéristique que fait un liquide brûlant lâché sur quelque chose de froid. Sans prévenir, l’huile bouillante prend feu et des cris de douleur fusent ça et là pendant qu’une odeur de brûlé nous envahit les narines. Aveuglés, carbonisés et acculés, nous tentons de maîtriser les flammes avec de piètres seaux d’eau, mais la brume nous masque la vue et nous devons contourner la chaleur. La forteresse est sur le point de tomber, mais c’est sans compter sur les caprices de Porrt’Kum.

_____D’un seul coup, de violentes rafales soufflent sur la forteresse, et la brume se déforme avant de se dissiper totalement, chassée irrésistiblement par le souffle du Dieu. D’une seconde à l’autre, nous passons du statut d’invisible à celui de cible mouvante, et nos rangs sont décimés par une pluie de flèches explosives. Des cris fusent, des explosions retentissent, des hommes sont envoyés valdinguer, mais nous tenons bon.

_____Les immenses tours de la construction transpercent les nuages avec une grandeur insolente, et de nombreux bâtiments s’offrent à notre vue, toujours avec cet étrange gris lumineux qui évoque si bien le platine. Sans me laisser le loisir de regarder davantage, la garnison adverse nous charge courageusement, mais elle est divisée et peu efficace, ce qui nous permet de prendre l’avantage… les flèches me ratent de quelques centimètres, les coups de feu ricochent sur mon armure et je parviens à esquiver les coups d’épée. Mes alliés se débrouillent un peu mieux que moi : contre-attaquant furieusement, ils font mortellement tourbillonner leurs lames, laissant un cadavre de plus à chaque pas. Bientôt, les quelques soldats qui nous ont attaqués sont entièrement décimés, et nous pénétrons dans le bâtiment d’où ils sont sortis. La salle est très grande avec un chandelier au plafond et de longues tables de bois qui la parcourent de part en part. Sur notre gauche, une porte donne sur une autre salle où des effluves appétissantes nous mettent l’eau à la bouche, mais nous n’avons pas le temps de dévaliser le réfectoire. Nous sortons donc, accueillis par une volée de flèche qui s’abat sur nos boucliers. Aucun d’entre nous n’a été blessé depuis un temps suspect, et je commence à comprendre ce qui rendait notre meneur si confiant : c’est au tour des soldats du Royaume d’affronter d’invincibles troupes… mais je connais Khaine, et je suis certain que même des troupes invulnérables en surnombre ne suffiront pas à prendre sa forteresse… et oui : parfois, on préférerait avoir tort.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 24 Jan - 15:37

_____Simultanément, il se passe plusieurs choses : tous les canons de la forteresse tirent de concert, une volée de flèches s’abat de nouveau sur nous et le réfectoire explose dans un fracas épouvantable. La moitié d’entre nous qui n’a pas été pulvérisée par les flèches est ensevelie sous les décombres, et d’insupportables cris d’agonies accompagnent la plainte des morts. Elle résonne encore, dernier sursaut de leurs âmes en ce monde… M’extirpant tant bien que mal du toit dont la forme triangulaire m’avait épargné de l’écrabouillement et de l’explosion, je me retrouve seul avec une poignée de soldats gémissant de douleur. Se réfugiant dans un autre bâtiment, ceux d’entre nous qui peuvent encore courir échappent à une ultime volée dévastatrice qui anéantit les décombres du réfectoire et les cadavres gisant à leurs côtés. Nous ne sommes plus que trois.

_____Des soldats surgissent de toutes parts, nous encerclant complètement, et nous sommes contraints de jeter les armes alors que les incessants coups de canon continuent de résonner dans toutes les directions. Sans ménagement, nous sommes jetés en cellule avant que nos geôliers ne partent repousser nos alliés qui assaillent la forteresse. Sans comprendre, je regarde les barreaux qui dansent devant moi, et d’autres alliés nous rejoignent au fil des heures, toujours avec ce regard dégoûté. Nous étions si nombreux, nous étions si forts, nous étions invisibles, nous étions invulnérables… et pourtant, la forteresse de platine est restée imprenable. Qu’a donc fait Léo ? A-t-il perdu le contrôle du cristal ? J’ai vu ce qu’il a pu faire, avec la brume, mais on ne joue pas avec des forces qu’on ne comprend pas. Léo a voulu jouer avec son pouvoir, et il en paie le prix fort. Nous en payons le prix fort. Provoquant des cris de terreur, les dernières flèches explosent ici et là et un combat régulier s’engage. La clameur des combats est de plus en plus forte, le fracas des armes n’a d’égal que les cris du soldat qu’on abat, et ces canons, toujours ces canons ! Nous devinons le bruit sifflant d’innombrables flèches, nous devinons les ordres rageurs du général Khaine et nous devinons les aboiements tout aussi déterminés de Nolam, qui semble encore debout malgré ce qui est arrivé à notre groupe. Plus aucun coup de canon n’est tiré depuis les falaises, mais ceux de la forteresse ne se taisent jamais. Des heures s’écoulent sans que personne ne se montre, et la lumière vacillante de nos lampes faiblit de plus en plus. Au bout d’un moment, les derniers combats touchent à leur fin, et un puissant cri de victoire est poussé à travers toute la construction. Des soldats acclament leur supérieur, des cris fusent un peu partout mais impossible de comprendre un traître mot de ce qu’il se raconte. J’essaie d’entendre les paroles du chef victorieux, mais c’est à peine si je peux les deviner. Finalement, des dizaines de soldats désarmés et dépités nous rejoignent sous bonne escorte, et je comprends que nous avons perdu.

_____Je ne sais pas ce qui est arrivé à Léo, mais il a perdu le contrôle du cristal. Nous n’avions plus le couvert de l’Egide. À cela s’est ajouté les caprices du vent, et nous étions complètement à découvert. Les canons de la forteresse ont réduit nos bateaux en pièces et les flèches explosives ont exprimé leur plein potentiel de destruction. Nos rangs se sont rompus et Khaine a pu faire basculer le conflit généralisé en un avantageux conflit régulier : par je ne sais quel retournement, les défenseurs ont pris l’avantage. Des flèches faisaient pleuvoir la mort à partir d’inatteignables meurtrières, de l’huile bouillante enflammée semait la panique parmi nos soldats et les fantassins ont pu les repousser jusqu’aux brèches, là où ils avaient un avantage stratégique évident. Les archers se sont postés sur les remparts, les fantassins ont attendu derrière la brèche et les hommes de Ramna se sont cachés derrière leur bouclier. Lorsque Khaine a donné l’ordre de charger, ils se sont rendus, mais beaucoup ont été grièvement blessés, brûlés mortellement ou sont morts sur le coup, c’est pourquoi il y a aussi peu de prisonniers. Voilà à peu près ce que m’explique l’interprète, un des rares survivants de ce raz-de-marée raté.

_____Quelques instants plus tard, des gardes viennent nous apporter de la soupe tiède et du pain rassis, et nous mangeons en silence alors que la matinée s’achève. Poussant un soupir, je me dis qu’on n’aurait jamais du attaquer la forteresse… Plus important, qu’est-il advenu de l’armée de Léo ? Si l’Egide ne nous offre plus son couvert, c’est qu’il lui est arrivé quelque chose ! … La deuxième partie des armées de Ramna est-elle venue à bout de la citadelle de Mut’sev ? Marche-t-elle sur le palais ? Comment se déroule la bataille navale, à l’Ouest ? Nous avons perdu une bataille, mais le Royaume d’Orr peut-il seulement espérer remporter la guerre ? Il se bat sur tous les fronts et ne dispose pas d’assez d’hommes… oh, il a du en faire, des réquisitions et des enrôlements de force, dans les campagnes et dans les villes, mais Théodore ira-t-il jusqu’à dépeupler son Royaume pour pouvoir le défendre ? Les soldats que nous avons abattus ne méritaient pas de mourir, personne ne le méritait. Jusqu’où irions-nous pour aller tuer Théodore ? Quel est le prix à payer pour obtenir la victoire ? Je ne veux pas avoir à massacrer mes pairs comme nous l’avons fait jusqu’ici, je ne veux pas que nous ayons à assiéger des villes qui n’ont rien demandé comme l’ont fait l’empire Zelmon et le royaume de Ramna ! Si nous nous mettons à réquisitionner hommes, vivres et chevaux, quelle sera la différence entre le roi et nous ?

_____Tout à mes réflexions, je n’ai pas vu le soldat ouvrir la porte de ma cellule :

« -Tu es le navigateur rebelle ?
-Euh… ouais ? »

_____Sans rien dire, le soldat hoche la tête et vient me prendre par le bras, me traînant en-dehors des cachots. Lorsque nous débouchons à l’extérieur du complexe, une douce pluie rafraîchissante pleure la mort de tant de personnes, les larmes du ciel perlant sur des constructions qui reflétaient déjà si bien la lumière. Je me laisse guider à l’intérieur d’un dédale de grands bâtiments tous semblables et tous différents pour finalement sortir des remparts et rejoindre une jetée. Mon guide est tendu. Il se retourne régulièrement pour voir si je n’ai pas disparu, et son regard est empli de peur et d’appréhension…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 3 Fév - 10:29

« -C’est donc toi, le traître terroriste qui a remporté la course céleste ? »

_____Je secoue la tête sans comprendre, m’arrêtant brutalement. Mon guide s’arrête à son tour, bloqué par la chaîne qui me relie à lui, et je le dévisage sans comprendre, me demandant pourquoi il m’a désigné par le mot terroriste. Je ne suis pas un terroriste. Un traître, peut-être, mais pas un terroriste.

« -Tu ne le savais pas ? Tes parents étaient des terroristes, tu es né terroriste, tu as ça dans le sang. »

_____Il n’y a pas de haine ou de mépris dans sa voix, c’est juste un constat. Que je ne comprends pas. Mes parents n’étaient pas des terroristes, ça, j’en suis certain. Mon père était batelier. Il construisait des bateaux. C’est de là que me vient ma passion pour la mer : j’ai toujours été attiré par les constructions de mon père, surtout que j’ai du l’aider dès que j’ai été assez fort pour le faire. Petit, je rêvassais longuement devant une carte en me demandant ce qu’il y avait par-delà l’océan, par-delà la mer de l’Ouest qui s’étend à perte de vue. C’est une question qui est restée sans réponse jusqu’alors, mais elle m’a penché vers la navigation. Lorsqu’on a aidé à construire un navire, on comprend mieux son fonctionnement. Lorsqu’on a façonné les mécanismes qui permettent au bateau de tourner sous les ordres du gouvernail, on en comprend l’essence. Je ne sais pas si c’est important, pour un navigateur, je ne sais pas si ça fait une différence, mais c’est important pour moi. Je comprends mon navire, ou du moins je le comprenais jusqu’à ce que les moteurs ne débarquent.

_____À ce moment-là, tout a été bouleversé. Rapidement, plus aucun voilier n’a pu rivaliser de vitesse avec ces étranges navires aux immenses "cheminées". Puis on a construit le Malhan. Le Malhan est un trois-mâts de très petite taille, mais il possède quatre puissants moteurs capables de le propulser à une vitesse incroyable. On a inventé une salle spéciale pour y mettre les moteurs, la salle des machines, et il a fallu trouver un moyen de se débarrasser de la fumée générée par le charbon. Mais une fois ce problème réglé, une fois les « voies d’évacuation » mises en place à l’arrière du bateau, le Malhan est devenu le navire le plus rapide du monde pour sa vitesse d’accélération et son potentiel de prise au vent, sans parler de sa vitesse de pointe. Mais, entre nous, le Malhan est un navire que je ne comprends pas.

_____Le soldat hoche la tête en silence, puis tire sur la chaîne pour me faire avancer :

« -Peu importe. Le roi décidera de ton sort. »

_____Le roi est au front, mais on m’emmène au palais. Cette fois-ci, je n’y serai pas en tant que vainqueur, mais en tant que prisonnier. Un traître terroriste, voilà comment je me rendrai au palais… Je n’espère pas grand-chose de la clémence du roi, mais je ne comprends pas pourquoi il se donnerait la peine de m’accorder son attention. Il pourrait très bien me laisser croupir en prison pour le restant de mes jours, là où personne ne pourra jamais m’atteindre. Je lance un regard inquiet au soldat qui m’entraîne irrésistiblement, mais il n’y a pas de compassion, pour les traîtres.

_____C’est donc sans ménagement qu’il me pousse sur un navire de guerre. Grand, tout en bois, cet immense voilier me montre son flanc gauche sur lequel d’innombrables canons forment un spectacle impressionnant. Lorsque je suis sur le pont, des soldats me referment des anneaux de métal autour des chevilles. Déprimé, je regarde avec dépit les chaînes qui m’empêchent d’écarter les jambes et le boulet qui leur est solidement attaché. Les soldats qui m’ont rejoint me posent une main sur l’épaule pour me forcer à m’asseoir sur un banc, puis se placent derrière mon dos après m’avoir enchaîné les mains. La chaîne de mes mains reliée à celle qui m’entrave les jambes, me voilà complètement coincé avec ces deux soldats plantés derrière moi. Sur le pont se trouve juste mon banc, avec au devant une chaise. S’ils ont l’intention de m’interroger, ils vont être déçus.

_____Pendant un long moment, le bateau se remplit de soldats, comme s’il fallait une armée entière pour m’escorter jusqu’au palais. Sauf que ce n’est pas moi qu’on escorte. La personne qui s’assoie devant moi n’a rien de particulier : deux bras, deux jambes, une tête, elle appartient en tous points à la même espèce que moi. Habillé simplement, cet homme à la carrure exemplaire pourrait faire l’objet de tous les fantasmes avec ses muscles saillants, son beau visage serein impeccablement rasé, ses courts cheveux clairs et ses yeux d’un bleu magnifique. D’un calme extraordinaire, il me dévisage avec intérêt de ses yeux brillants, profonds et sensuels, mâchant négligemment quelque chose avant de l’avaler. Cet homme, indubitablement, est le modèle absolu de tous les militaires. Lorsque je vois bouger son corps de rêve, les muscles parcourant son bras, ses incroyables abdominaux et ses pectoraux qui se contractent avec aisance, je me dis que, finalement, on n’appartient pas à la même espèce. Après qu’il ait fini d’inspecter la moindre parcelle de mon visage, il finit par prendre la parole et je suis surpris par cette voix que je finis par reconnaître, celle du général Khaine :

« -Je ne t’imaginais pas comme ça, tu sais. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 3 Fév - 10:31

_____C’est ma réplique, mais je suis tellement désarçonné qu’il semble surpris de ma réaction.

« -J’ai à me rendre au palais. », me dit-il pour toute explication.

_____Dans ma situation, n’importe qui aurait paniqué. Je suis seul, enchaîné et sans défense devant celui que j’ai essayé de faire tomber. Moi, Sola, navigateur insignifiant, suis confronté à une véritable légende qui me regarde avec intérêt, cherchant sans doute la façon la plus distrayante de se débarrasser de moi… Je cherche une échappatoire, je regarde derrière moi, autour de moi, mais la réalité du monde me frappe tout entier. Je ne peux pas fuir. Mon corps entier se met à frissonner tandis que ses séduisants yeux cristallins me regardent, menaçants, manifestant chez lui un calme d’autant plus impressionnant qu’il contraste avec ma panique. Un silence gênant s’installe, mais le général n’a pas l’air gêné du tout. Il est totalement décontracté, tout le contraire de moi. J’ai peur, je ne peux pas le nier. Je suis terrorisé. Des sueurs froides me parcourent le dos pendant que mes muscles tremblent et que mon cœur bat à deux cents à la minute, mon esprit cherchant désespérément un moyen de m’échapper, mais je sais que, au final, il me faudra affronter celui qui me fait face, et c’est peut-être ce qui m’effraie le plus.

_____Il a l’air humain, c’est vrai, mais il est différent. En fait, je suppose que ma peur est la même que quand je me suis retrouvé pour la première fois devant Morghane : seul, cerné et pris au piège, j’ai été contraint d’affronter plus fort que moi, comme une proie coincée par un prédateur. Sauf que Morghane et moi étions dans le même camp, et que je le savais. Là, la situation est différente, et ma peur n’en est que plus grande. Mais puisque le général n’a pas manifesté d’hostilité, je n’ai aucune raison d’avoir peur, et je finis par me calmer en contrôlant ma respiration et les idées qui traversent mon esprit. Non, il ne va pas me faire de mal, on m’a dit que le roi déciderait de mon sort… je vais vivre, du moins jusqu’au palais !

_____Lorsque notre navire prend enfin la route, je suis aussi calme que celui qui me fait face, et je me sens prêt à affronter l’oracle. Pour la première fois, je me sens prêt à affronter la mort, comme si j’avais eu ma dose de peur pour toute une vie, comme si je ne pouvais plus jamais ressentir quoi que ce soit, comme si toutes mes sensations avaient été inhibées par le surplus d’émotions des derniers événements. Je sais que ce voyage sera peut-être le dernier, mais ça ne m’ébranle pas comme j’étais ébranlé en démarrant la course céleste, ça ne m’ébranle absolument pas. Oui, j’étais terrifié, en montant sur le Malhan, mais là, c’est différent. Je sais qu’un traître ne peut pas s’attendre à obtenir la bonne grâce des Dieux, mais j’ai l’impression d’avoir fait les bons choix, et je n’ai rien à regretter. Regretter… J’essaie de ne pas penser à tout ce que je n’aurais pas connu, j’essaie de ne pas penser à tout ce que j’ai pu aimer, mais plus j’essaie de faire le vide dans ma tête, plus elle se remplit de souvenirs et de désirs… un cri primitif et rageur retentit alors dans mon âme, et je revois les pitreries de Salas, les plaisanteries déplacées d’Arthur, le sourire déterminé et rassurant de Morghane, le visage ravissant de la princesse, l’étrange beauté qui se dégageait de la reine, je revois toutes ces fois où j’ai obtenu quelque chose à bord d’un navire, j’entends les cris de joie de mon équipage et je me remémore la fois où nous avons fêté une victoire dans un restaurant de la capitale… La décoration sobre de l’établissement ne refroidissait pas notre ardeur, et j’entends à nouveau mes amis chanter en chœur notre victoire. Nous étions arrivés en premier au port de granite au bout d’une course qui refaisait à l’envers le trajet de la course céleste, et ce fut la folie. Nous dansions, nous criions, nous sautions de joie… oh, la joie ! Connaitrai-je encore ta douce caresse ?

_____Des souvenirs de mon enfance ressurgissent, de là où j’étais si insouciant dans le monde parfait du Royaume… Je revois le visage de certains de mes amis que j’avais depuis longtemps oubliés, et mes deux parents s’imposent dans mon esprit, provoquant une douloureuse crispation dans mon cœur. La souffrance est omniprésente, et je ferme les yeux pour chasser cette vision, faisant momentanément le vide dans ma tête. La joie… lorsque ces mots résonnent à nouveau dans mon esprit, je revois le chaleureux visage de Lyssa, et je ne peux plus accepter la mort.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 8 Fév - 15:15

« -Ce n’était pas une mauvaise idée, d’exploiter l’Egide. », finit par décréter Khaine.

_____Je ne dis rien, mais il attise ma curiosité.

« -Et ce brouillard… vous aviez la Larme, n’est-ce pas ? »

_____Je ne réponds pas, mais un éclair dans mon regard doit répondre à ma place parce que le général hoche la tête. Après ce que j’ai vu, je ne peux plus douter que la Larme peut commander à la brume, mais ça me parait toujours aussi incroyable. Une brume qui épouse la forme de la forteresse ? Mais c’est impossible, mon pauvre : tu as rêvé ! Mais non, je n’ai pas rêvé, et les artefacts existent bel et bien. Inscrits dans notre quotidien depuis notre naissance, ils font juste partie de notre vie, si bien qu’on a oublié leur magie. Ils ont été discrets, mais leur action peut être spectaculaire. Je l’ai vu lorsque Morghane a utilisé l’Egide, je l’ai vu lorsque Léo a utilisé la Larme, mais qui sait jusqu’où s’étend leur pouvoir ? On raconte beaucoup de choses, sur les artefacts, mais de revoir Emeric portant le collier et crispant sa main pour pulvériser Victor me rappelle avec amertume que tout cela n’est peut-être pas que des racontars, après tout. Après tout, peut-être que le pouvoir des artefacts ne connait pas de limite. Celui qui les possédera tous sera le vainqueur de cette guerre, et celle-ci n’aurait jamais eu lieu si la famille n’avait pas perdu le contrôle du cristal. Oui, les artefacts sont la clef, et c’est pour cela que nous avons gagné la course céleste. Pour l’Egide.

« -Mais mes éclaireurs avaient repéré ton armée. »

_____Il a beau me parler, je reste totalement indifférent à son monologue. Parce que c’est trop pour moi, parce que je suis tellement dégoûté, parce que les événements me dépassent et parce que je ne suis rien au milieu de cette tempête. Même le plus averti des marins ne pourrait empêcher son navire de sombrer. Qu’importe que l’armée rebelle ait été repérée et qu’elle ait été prise à revers par les renforts de la couronne ? Qu’y puis-je ?! Malgré tout, je lui en veux. Je lui en veux parce que c’est lui qui m’annonce la débandade des troupes de Léo, je lui en veux parce que c’est lui qui m’annonce que mes parents étaient des terroristes… Mais qu’importe ? Maintenant, plus rien n’a vraiment d’importance : je suis impuissant, insignifiant. J’ai beau vouloir me révolter contre mon destin, je ne peux rien y faire : même avec toute la volonté du monde, même avec ce visage que je voudrais tant revoir, je ne vais pas pouvoir m’échapper, pas cette fois, pas sans aide… mais ce visage, il me revient encore ! Je sais que tout est encore possible, je le ressens au plus profond de moi… non, je n’ai jamais voulu le perdre, et je m’accroche à lui pour m’ancrer dans la réalité, je m’accroche à cette figure de la beauté aux cheveux roux, à ce doux et merveilleux sourire que je ne cesserai de remercier et à ces pétillants yeux émeraude qui ont la délicatesse du joyau…

« -Tu sais… j’ai connu tes parents. »

_____Mon regard se reporte sur le visage de mon interlocuteur, et un soupçon d’intérêt y transparaît, dans ce regard d’animal traqué, poursuivi et pris au piège, un animal qui sait qu’il n’y a plus d’issue possible et qu’il va mourir. Un regard désespéré.

_____Le général Khaine. Quand j’étais petit, mon père me racontait cent histoires sur ses innombrables exploits : la fois où il avait repoussé les troupes de Ramna au large de l’estuaire du fleuve, la fois où il s’était enfoncé dans le désert pour y affronter les troupes de Kharim, prenant contre toutes attentes l’oasis de Wara, ses maisons basses et le palais du sultan… Khaine l’avait poursuivi très loin dans le désert, mais il a fini par perdre sa trace : égaré, sans connaissance du terrain, il avait préféré rebrousser chemin pour ne pas s’éloigner des points d’eau et ainsi préserver son armée. Il a été un pilier important de la campagne de l’Est, c’est Khaine qui a imaginé la stratégie d’attaque qui s’est révélée si payante contre l’empire Zelmon et c’est encore Khaine qui a repoussé les offensives de Délos sur la rive Ouest lorsque Natasha a hérité de l’Egide. Dirigeant de la forteresse de platine, général confirmé et grand stratège, Khaine a rejoint la légende. Comme moi, il aime livrer bataille sur un fleuve où en mer lorsque les vents et la brume sont des ennemis aussi mortels que la poudre à canon, lorsque l’inclinaison de chaque voile a une répercussion fantastique et lorsque la position des bâtiments, pourtant si incontrôlable, a une importance inimaginable. Mais il a aussi fait ses preuves sur la terre ferme où ses commandements, son art du combat et sa clairvoyance ont apporté tant de choses au Royaume : sans lui, Théodore n’aurait pas résisté à la perte de son omniscience, qui n’est pas passée inaperçue bien longtemps. En fait, c’est ce général qui, aidé de quelques officiers talentueux, a réussi à réorganiser les armées et les stratégies militaires de l’Orr. En deux ans, l’Orr est passé du statut d’oppressé à celui d’oppresseur, et il a efficacement réorganisé sa stratégie défensive. Le raz-de-marée aurait du inverser la tendance… c’est peut-être pour ça que Khaine se rend au palais. L’Orr, en infériorité numérique, cherche désespérément un moyen d’endiguer les forces alliées et à résister à la submersion, et fait appel à son sauveur. Que ce sauveur s’adresse à celui qui cherche à renverser le roi… Je lui en veux vraiment. En fait, je crois que je le déteste. Sans lui, nous aurions pris la forteresse. Sans lui, nous marcherions sur le palais. Sans lui, la capitale serait tombée, il y a deux ans. Sans lui, je serais mort. Parce que, il y a deux ans, j’étais dans le camp du roi.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 8 Fév - 15:17

_____Mes parents se sont rencontrés à Kaghak, la capitale du Royaume. Mon père y présentait une de ses créations, une sorte de frégate version miniature qui pouvait atteindre une très haute vitesse de pointe. Ma mère est issue de la petite bourgeoisie de la capitale, mais elle n’était pas excessivement riche : en fait, ses parents essayaient de la marier avec un beau militaire à la carrière prometteuse, mais ce dernier avait d’autres vues… et c’est là que mon père est arrivé. Ils m’ont raconté cette histoire un million de fois, et je n’ai pas nécessairement envie de l’entendre une fois de plus, surtout qu’elle n’est pas spécialement passionnante : il la rencontre, il la courtise, il la demande en mariage et les parents acceptent. Voilà. Sauf que le militaire, c’était Khaine. Pour une raison inconnue, il n’a pas disparu de la vie de ma mère comme ça : ils se sont rencontrés à de nombreuses reprises, jusqu’à ma naissance, quelques mois plus tard. Après ça, il s’est passé quelque chose qui a rompu toute relation, à tel point que mes parents ont occulté sa présence dans cette belle histoire. Ça parait incroyable, mais le général me sert tellement de détails que je suis bien obligé d’admettre qu’il avait quelque chose à voir là-dedans. Il y a vingt-deux ans, Khaine n’était qu’un simple soldat. En fait, c’est lui qui a inventé la plupart des grades de l’armée, donc il n’y avait pas tous ces sous-officiers, officiers et autres qui complexifient incroyablement la hiérarchie militaire. Il y avait le soldat, l’adjudant, le lieutenant, le colonel, le général et le roi. Parfois, il y avait un maréchal, le genre de personne qui peut tenir tête au roi pour les décisions importantes, mais vous comprenez bien qu’il n’y en a pas eu beaucoup. Le Royaume d’Orr n’était pas si parfait que ça, après tout. Il y a vingt-deux ans, les soldats représentaient la loi, ils étaient les gardiens de l’ordre. Ils s’assuraient que tout le monde payait ce qu’on devait à la couronne, et ils pouvaient s’en saisir dans le cas contraire. Avoir une armée est indispensable pour assurer la stabilité d’un Royaume, la stabilité interne, en quelques sortes. Bon, pour faire simple, personne n’aimait les soldats, surtout pas ma famille. Il y a vingt-deux ans, Khaine a été contraint de se saisir d’une grande partie des richesses de ma mère, parce que père n’avait pas pu payer la grâce, une somme d’argent annuelle que l’on doit à la couronne pour s’attirer la clémence des Dieux.

« -Pourquoi crois-tu que tes parents n’ont pas eu d’autres enfants que toi ? »

_____Les enfants… Le Royaume n’a pas toujours été à l’abri des catastrophes : en l’absence de morts, la surnatalité a plus d’une fois entraîné des famines dévastatrices qui ont fait un nombre considérable de victimes, forçant la couronne à prendre des mesures drastiques. Quand une femme le veut, elle porte le deuil pendant une semaine. Si elle le fait, elle ne pourra plus jamais avoir d’enfants. Après ma naissance, ma mère a porté le voile pendant une semaine. Elle ne m’a jamais dit pourquoi. D’habitude, la couronne pousse les femmes qui ont plus de deux enfants à porter le deuil de leur fertilité, mais personne ne peut obliger une mère à ne pas avoir plus d’un fils.

« -Parmi les choses que j’ai prises à ta mère, il y avait ce collier. »

_____Une simple ficelle de cuir souple surgit du poing du général, retenant un bijou de jade assez particulier. Sphérique, de la même taille que l’Egide, ce globe translucide émet une sorte de lueur verte, transformant les rayons du Soleil par quelques procédés énigmatiques, un peu comme ces vitraux colorés que l’on trouve dans certains temples. En m’en approchant, je remarque que d’étranges motifs sont gravés sur ce globe, formant un relief étrange et familier à la fois… À certains endroits, les dessins sont totalement absents, laissant la pierre complètement lisse, mais les sculptures se font incroyablement denses à d’autres endroits, si bien qu’une telle précision ne peut être que l’œuvre d’un Dieu. Sans comprendre, je dévisage le général qui ne m’a toujours pas révélé ses véritables intentions :

« -Cet artefact appartient à ta famille depuis des générations. Le roi m’a chargé de te le restituer quand il est arrivé au pouvoir, mais je n’ai pas eu l’occasion de te rencontrer. »

_____Khaine a été plutôt occupé, ces cinq dernières années, ça se conçoit, mais je ne comprends pas pourquoi Théodore aurait fait une telle chose. Et pourquoi Khaine ?

« -Quoi qu’il arrive, ne laisse pas Angello mettre la main sur cet artefact, c’est ce que m’a dit Théodore. Mais il m’a convoqué au palais, et je ne peux pas le laisser à la forteresse : l’oracle a les bras longs… Angello n’est pas censé savoir que je t’ai fait prisonnier, tu pourrais très bien être mort au combat. »

_____Je ne réagis pas quand il me tend le collier, pas plus que lorsqu’il me le met autour du cou avant de me contempler d’un air inquiet. C’est la première fois que sa sérénité se fissure : je sens qu’il se demande s’il a fait le bon choix et, d’un seul coup, il ressent le besoin de se justifier :

« -Il y avait un sixième artefact au Temple, mais Erena en a fait don à une personne qui ne figure pas dans les légendes. Tout le monde ignore son existence, à deux exceptions près : la famille royale et la tienne. Ta famille est liée à la couronne. Je crois qu’Erena avait une sœur, et que ta mère n’est autre que sa descendante. Mais peu importe… Ce collier a été transmis de génération en génération, de mère en fille depuis la découverte du Temple. Lorsque ta mère a perdu le collier, ça l’a tellement détruite qu’elle a choisi de ne pas avoir de fille… elle se serait trop sentie coupable. La chaîne a été rompue à cause de moi, et c’est à moi de la réparer. J’ai pensé que… j’ai pensé qu’il sera en sécurité, avec toi. »

_____Khaine ne va pas me livrer à Angello. Je vais être jeté dans une prison de la capitale, mais pas n’importe laquelle. S’il y a une chose que je comprends, c’est que le général qui a repoussé notre assaut et m’a fait prisonnier est en train de m’aider pour une raison qui m’échappe totalement. Tout d’un coup, il me pose une main sur l’épaule et me regarde dans le blanc de l’œil, pour que je sois sûr qu’il est tout à fait sérieux et qu’il ne faut pas plaisanter avec cet artefact, et c’est alors que je comprends. Depuis toujours, on m’a appris qu’il y avait cinq artefacts. Comme pour les Cinq, un par Dieu. Il y a Rhazim, le Dieu de la fortune, des rêves et de l’inconnu, toujours représenté avec son collier divin, puis il y a Nihil, le Dieu de la destruction, de la mort et du combat, armé de son incroyable bâton, Hywan, le Dieu des eaux, de la mer et des fleuves, maître de la création et possesseur de la Larme qu’il aurait versée lorsque la Déesse Isrel lui aurait refusé son amour, Pasht, le Dieu protecteur, défenseur de la bonne cause toujours représenté avec la paume gauche ouverte, une sphère bleue luminescente lévitant au-dessus de sa main… l’Egide. Enfin, il y a Ambogh, le Dieu de la clairvoyance et de la lucidité dont les yeux bleus et omniscients renferment le cristal de vision. Qu’il existe un sixième artefact… c’est peut-être lié aux Dieux ! Y a-t-il un sixième Dieu primordial, qui possédait ce globe assez important pour que Khaine en personne se compromette ? C’est impossible ! … D’après ce que Khaine a dit, Léo a réussi à faire fonctionner le cristal… peut-être qu’il aura des réponses… s’il n’est pas mort !

« -Écoute-moi bien, gamin : tu ne peux faire confiance en personne. Ne laisse jamais ce globe sortir de ta famille et ne laisse jamais personne savoir que tu le possèdes. En aucun cas tu dois t’en séparer, même si ta vie en dépend. Garde-le toujours sur toi, autour de ton cou, protège-le comme si le destin du monde en dépendait. »

_____Khaine est entièrement sérieux, et une grande inquiétude se lit sur son visage, sur les traits de cet homme pourtant tant habitué à faire face aux situations les plus désespérées… Khaine est confronté à quelque chose qu’il ne comprend pas, à quelque chose qui le surpasse, ça se voit comme le Soleil par un ciel dégagé… je ne sais pas pourquoi, mais je sens que le destin du monde vient effectivement d’être placé entre mes mains… enfin, autour de mon cou, et je hoche gravement la tête avant de déglutir pour baisser les yeux vers cette sphère.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 22 Fév - 16:28

« -Mais rappelle-toi de ça, petit : ça ne change rien entre nous. Je ferai en sorte que tes petits amis les rebelles soient anéantis, et nous repousserons les assauts de l’alliance. Lorsque tout sera terminé, tu devras comparaître devant le roi, et tu répondras de tes crimes… ne crois pas que ton ascendance va pouvoir justifier ta conduite ! »

_____Mon ascendance ? Alors mes parents ne sont plus des terroristes ? Sans crier gare, le général perd soudainement son calme, et me crie que ça n’a rien à voir avec mes parents, que j’ai choisi le mauvais camp et que c’est tout, mais je sens qu’il existe encore un contentieux entre Khaine et ma mère, quelque chose qu’il n’a pas pu régler et qu’il regrette amèrement. Oui, il y a du regret dans son regard, un secret qu’il a porté depuis trop longtemps. De la culpabilité. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas son genre de laisser ses émotions déborder ou de faire intervenir des raisons personnelles, alors je veux bien le croire quand il dit que ça n’a rien à voir, mais n’empêche que mes parents n’étaient pas des terroristes. Le général semble exaspéré, mais il recouvre sa patience que je croyais à toute épreuve :

« -Combien de fois as-tu vu tes parents, ces deux dernières années ? »

_____Il y a cinq ans, j’ai accepté de travailler pour le compte du roi, et il m’a envoyé en mission ici et là. Au début, j’étais super-partant, je pensais œuvrer pour la paix et tout ça, je pensais que Théodore allait mettre un terme à la guerre, et que tout allait redevenir comme avant : le roi avait même fait retirer ses troupes ! Mais lorsque j’ai compris que Théodore n’avait pas l’intention de mettre un terme au conflit, j’ai fait comme tous les autres, j’ai déchanté. Tout royaume connait sa période de crise, et nous nous sommes résignés à affronter celle-ci, comme si les Dieux nous mettaient à l’épreuve : même si personne n’était vraiment motivé, notre Royaume est resté uni derrière son roi.

_____Mais la guerre s’est éternisée : après les premières victoires défensives obtenues par Khaine et bien d’autres, Théodore a mené de nombreuses contre-attaques extrêmement coûteuses, et les escarmouches en territoire adverse se sont multipliées. On a compris qu’il était aussi fou que sa mère. C’était il y a trois ans. Pendant un an, le pouvoir du roi s’est lentement affaibli, et le Royaume se divisa petit à petit : Théodore avait toujours ses fidèles, mais la plupart des Orriens ne le soutenaient que sous la contrainte, la plupart des Orriens voulaient mettre fin à la guerre, même si ça revenait à d’énormes concessions de la part du Royaume. Il y avait les nationalistes et les pacifistes, les pro-monarchistes et les antimonarchistes. Cette année, c’est à contrecœur que j’ai effectué mes missions au service de Théodore.

_____Lorsque le roi a perdu le contrôle du cristal, tout cela a pris une bien autre ampleur : on s’est rendu compte que bien des fidèles du roi avaient des arrière-pensées un peu moins nobles, et les pacifistes se sont révélés beaucoup plus nombreux qu’ils ne l’étaient au début. Le pouvoir du roi a été officiellement contesté, jusqu’à ce que les mécontents se réunissent dans différents mouvements politiques qui constituaient « l’opposition ». Théodore a toléré ces groupes d’opposants, mais il ne tolérait pas les extrémistes. Les extrémistes, ce sont les rebelles et les terroristes, ceux qui passent à l’acte, ceux qui ne se contentent pas de manifestations pacifiques et de désobéissances civiles. À partir de là, une véritable chasse au terrorisme s’est mise en place et mes missions se sont multipliées à tel point que je n’ai pas vraiment revu ma famille, pas même pendant nos fêtes religieuses les plus importantes.

_____En fait, je ne les ai revu qu’une seule fois entre l’anniversaire de Natasha et l’incendie qui a ravagé mon village. C’était quelques mois avant leur mort. J’étais particulièrement inquiet parce qu’une poche de terrorisme s’était installée dans mon village, et qu’on y multipliait les assassinats et les crimes en tous genres visant à affaiblir le pouvoir … C’était terrible. À chaque fois que j’entrais dans un salon, je craignais d’entendre la mauvaise nouvelle, qu’un nouvel assassinat s’était opéré, et que j’avais perdu quelqu’un… Et quand on m’annonçait un nouveau meurtre, comment savoir qui était la victime ? Plus que ça, ces crimes ont terrorisé la population civile, et l’armée ne savait plus quoi faire. Je voulais absolument rentrer chez moi pour mettre mes proches en sécurité, mais je ne pouvais pas rejoindre mon village tout de suite car je devais passer une plaine au peigne fin : Théodore était conscient que c’était la cachette idéale pour un campement rebelle, et nous y avons effectivement trouvé quelques réfugiés, mais ils n’avaient pas l’air bien méchants. Aujourd’hui, ces réfugiés ont sans doute rejoint l’armée rebelle, comme moi après eux. Khaine a l’air de suggérer que mes parents sont à l’origine de l’incendie qui a provoqué leur mort, mais c’est tout simplement invraisemblable !

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 22 Fév - 16:30

« -Yannick était déjà sur place pour voir ce qu’il en était, le jour de l’incendie. »

_____Mon village se trouve au Nord-est de Mut’sev, entre la citadelle et la capitale. C’est logique que ce soient les soldats de Mut’sev qui interviennent pour gérer un problème local, mais que le chevalier en personne se soit déplacé… ça veut dire que le problème avait une bien plus grande ampleur que je ne le croyais. Yannick est une légende à lui tout seul, au même titre que Khaine. Même s’il a accompli beaucoup moins d’exploits que le général, c’est un des rares a l’avoir vaincu dans un combat régulier : il a failli le tuer, mais Théodore a réagi à temps, comme toujours, et voilà un duel de plus qui n’a pas mal tourné. On raconte énormément d’histoire sur le chevalier Yannick. Par exemple, la légende veut qu’il ait affronté un dragon pour sauver une jeune fille (et voler son trésor), et que le sang de la créature a été absorbé par son épée pour lui donner sa couleur rouge si particulière. D’ailleurs, son épée a été rebaptisée Sang Rouge à l’occasion, d’après ce qu’on dit. Malheureusement, Yannick n’a pas pu sauver la princesse ni le trésor : dans un dernier sursaut, la créature éventrée avait frappé un pilier qui soutenait le plafond, et Yannick s’est retrouvé devant un petit dilemme : sauver la fille ou le trésor pour lequel il était venu ?

_____Évidemment, preux chevalier qu’il était, il a volé au secours de la cause perdue, s’est précipité sur la jeune beauté pour l’accompagner à l’extérieur du Temple Effondré… mais les blessures de la jeune fille étaient si sérieuses que Yannick a été contraint de la regarder lâcher son dernier souffle, impuissant. Le dernier mot de cette femme inconnue fut « héros ». Depuis, Yannick est réfractaire à toutes les jolies demoiselles qui craquent pour son air sombre et grave, ses jolis cheveux bruns et son visage de prince charmant. Même ses yeux marrons clairs seraient séduisants, et bien des courtisanes soupirent de dépit lorsqu’elles entendent cette histoire fabuleuse. En fait, outre le fait que les dragons n’existent pas, l’absence de vestiges du Temple n’atteste pas la véracité de cette mésaventure, mais la légende est tenace, surtout que Yannick ne fait rien pour la contredire… pour expliquer les incohérences, les conteurs prétendent que cet affrontement s’est déroulé dans des terres de l’Est, par-delà la frontière du monde connu, de l’autre côté de ces interminables plaines et de ces marécages inhospitaliers que l’on trouve au-delà des Vertes Vallées.

« -Ça faisait longtemps qu’on soupçonnait ton village d’accueillir un groupe de terroristes, mais impossible de savoir qui était impliqué : soit tout le village était dans le coup, soit les autres se taisaient par peur des représailles, alors Yannick est venu en personne pour que les innocents se sentent en sécurité et se mettent à parler, pour que les coupables lui soient dénoncés. Évidemment, ce ne fut pas si simple : il a eu une quantité incroyable de doléances, mais n’a pas cédé à la précipitation. Plutôt que d’enfermer tout le monde, il a mené sa propre enquête pour être sûr de ne pas condamner d’innocents, et les coupables ne lui en ont pas laissé le loisir : ils ont mis le feu au village pour prendre la fuite, croyant que le chevalier préférerait secourir les familles en danger plutôt que de les poursuivre. Mais au lieu de ça, Yannick a choisi de pourchasser les terroristes : s’il les laissait s’échapper, ils allaient s’installer dans un autre village et continuer leurs meurtres inhumains, si bien que notre chevalier a fait le choix le plus difficile de sa vie. Il ne pouvait pas savoir que l’incendie allait prendre une telle ampleur, mais je pense quand même qu’il a fait le bon choix, et c’est tant mieux. La raison pour laquelle on n’a pas retrouvé les corps de tes parents et de la plupart de tes amis, c’est parce qu’ils faisaient partie du groupe de terroristes, petit.

_____Yannick les a éliminé faute de pouvoir les arrêter… je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais il a été incapable de tous les maîtriser, à moins qu’ils n’aient refusé de se rendre… quoi qu’il en soit, la couronne a étouffé l’affaire et déclaré que l’incendie avait une cause accidentelle, et l’a invoqué pour justifier la mort des terroristes. Personne n’y a cru, mais le roi a préféré assumer d’avoir éliminé une menace terroriste par la force plutôt que de ternir l’image de Yannick. Je ne sais pas s’il a fait le bon choix, mais il s’est attiré de nombreux ennemis, de cette façon, dont un qui lui était particulièrement précieux… toi. Ne fais pas cette tête et réfléchis : pourquoi le roi voulait-il te confier cet artefact ? Il te faisait encore confiance, gamin… Pourquoi t’a-t-il envoyé en mission aux quatre coins du Royaume alors que ton village était en proie aux assassinats et aux meurtres en série ? C’était pour te protéger, petit, c’était parce qu’il ne voulait pas que tu sois impliqué là-dedans. Pourquoi crois-tu qu’il t’a accueilli les bras ouverts avec autant de monde dans son palais et dans les rues pour t’acclamer ? Parce qu’il pensait que tu étais toujours de son côté, mais c’était avant de reconnaître Morghane… Maintenant, le roi est déçu, mais il n’a pas perdu espoir. Je sais que tu as perdu ta famille et que tu nous en veux à mort pour ça, mais ne laisse pas ta haine t’aveugler : tes parents étaient des terroristes, ils devaient mourir. C’est malheureux qu’ils soient morts ainsi, mais c’était la seule solution. »

_____Je ne sais pas trop quoi penser, et je n’ai aucune raison de le croire. Khaine essaie peut-être de me manipuler, mais en même temps… en même temps, quel intérêt aurait le roi à me faire basculer de son côté, pourquoi serais-je si important à ses yeux ? Certes, j’ai servi la couronne pendant cinq ans, mais rien de ce que j’ai fait ne me rend "particulièrement précieux", alors pourquoi le roi m’accorderait-il une telle importance ? Cela a-t-il un lien avec cet artefact ? Même le roi ne peut aller à l’encontre des Dieux, mais pourquoi croit-il que l’artefact doit rester dans ma famille ? Après tout, n’est-ce pas Angello, l’interprète de la volonté des Dieux, l’oracle qui connait ce qui appartient au domaine divin ? Théodore a-t-il pu le savoir grâce au cristal ? Et pourtant, pendant vingt-deux ans, l’artefact était aux mains de la famille royale, et le destin du monde n’en a pas tant souffert que ça…

_____Khaine présente les choses de la façon qui l’arrange le plus : mes parents étaient des criminels punis par la loi, et moi je voudrais les venger. Mais il ignore que j’ai rejoint la cause rebelle avant leur mort : ce n’est pas pour les venger que j’ai trahi mon Royaume, mais pour lui apporter la paix, pour le débarrasser de son tyran et pour que tout redevienne comme avant, voilà pourquoi je me bats, voilà pourquoi j’ai trahi. Parce que mon roi ne mérite pas sa place, parce qu’il n’a pas voulu mettre un terme à la guerre et parce que le monde entier souffre à cause de lui : les paysans doivent fournir des vivres, du bétail et un maximum de matériel pour l’armée, les forgerons, maréchaux-ferrants et autres artisans sont réquisitionnés pour trois bouchées de pain, les nobles voient leurs richesses confisquées, et, surtout, de nombreux civils sont engagés dans l’armée alors qu’ils n’avaient rien demandé. Combien de familles ont perdu leur père, leur fils ou leur aîné dans une escarmouche du Royaume ? Pire, les femmes sont parfois appelées à servir la cause militaire ; en tant qu’archères, en tant que navigatrices ou en tant qu’unités de soutien… Que dire d’un roi qui oblige ses sujets à faire la guerre, à aller au front et à dire adieu à leurs proches, que dire d’un roi qui, pour des raisons inavouées, tient d’une main de fer toutes ces régions qu’il a conquises, réprime leurs revendications et cherche même à en conquérir d’autres, que dire de Théodore ?

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 25 Fév - 18:07

« -Contrairement à ce que les rebelles t’ont raconté, Théodore n’est pas si tyrannique que ça : lorsqu’il a perdu le contrôle du cristal, ça n’est pas resté inaperçu bien longtemps, et les pays limitrophes en ont profité pour attaquer le Royaume, exactement comme pour votre opération raz-de-marée, mais en beaucoup moins organisé. Heureusement, on avait prévu le coup, et, le jour des seize ans de Natasha, Théodore m’a convoqué d’urgence pour qu’on s’organise et résiste aux attaques futures. J’ai fait l’impossible, j’ai réformé nos armées et j’ai obtenu la victoire : nous avons repoussé toutes les offensives à l’Ouest et au Nord, préservant notre Royaume de la destruction.
-Et réprimé les soulèvements à l’Est ! »

_____J’ose à peine croire que je provoque Khaine à ce point, et je crains déjà sa réaction, mais il reste d’un calme exemplaire :

« -Réprimer ? Nous avons réprimé les terroristes, c’est vrai. C’est ce qu’on fait lorsque quelqu’un commet un crime : on le punit. Théodore a toléré les manifestations, il n’a pas réprimé les soulèvements. D’ailleurs, plusieurs régions ont obtenu leur indépendance bien qu’elles soient restées en possession du Royaume. »

_____Ça veut simplement dire que, en théorie, la région appartient au Royaume, mais que, en pratique, ce sont des autorités locales qui choisissent les lois, s’occupent de la justice et de toute la vie politique. L’Orr peut tout au plus avoir un véto sur les lois promulguées dans ses régions, et peut y installer ses propres citoyens mais, pour le reste, c’est un peu comme si la région n’a pas été conquise. De cette manière, Théodore a calmé les régions en faisant mine de céder à leurs revendications, mais ce n’est rien d’autre qu’une combine pour gagner du temps. Par exemple, je sais très bien que ces régions doivent payer la grâce, quand bien même elles ne croient pas toutes en nos Dieux… De toute façon, je ne vois pas comment Théodore justifie les escarmouches qu’il a menées en territoire ennemi.

« -Des citoyens de l’Orr s’étaient installés là-bas ! Si le roi n’était pas intervenu, ils allaient se faire massacrer ! Que ferait un bon roi, à ton avis ? Laisser ses sujets se faire massacrer, se faire chasser de leur demeure dûment acquise, ou bien leur porter assistance ? »

_____Un bon roi n’inflige pas le fléau de la guerre à ses sujets. Il aurait du leur dire de revenir sur les anciens territoires de l’Orr, et ça aurait évité bien des conflits. Leur « demeure dûment acquise » a été volée à d’autres. Elle doit leur être restituée.

« -Mais les autres nations n’allaient pas s’arrêter là : elles voulaient des compensations, des dédommagements ! Au début, c’est ce qu’a fait Théodore : il a retiré ses troupes et mis les civiles à l’abri, mais les autres pays ont réclamé plus, toujours plus ! Il n’y avait pas d’autre issue, gamin : ce sont les autres qui ont voulu la guerre ! »

_____Ce qu’il dit n’est pas foncièrement faux : Théodore avait bel et bien commencé à retirer ses troupes, et ce n’est que lorsque les autres pays ont demandé des dédommagements de guerre que le conflit a repris. Mais ça n’explique pas l’invasion des Vertes Vallées.

« -Les pays ennemis avaient repris leurs anciens territoires, là où se trouvaient des milliers de citoyens Orriens. Nos sujets se sont retrouvés sans foyer, emprisonnés et parfois menacés de mort : il y a eu des centaines d’exécutions sommaires, mais que pouvait Théodore ? Malgré tous ses artefacts, le roi est impuissant, en territoire ennemi, et il ne pouvait compter que sur la force des armes, c’est pourquoi il a entamé des négociations avec les Vertes Vallées : avec sa poudre noire, ses canons et ses explosifs, l’Orr pourrait aller au secours de ses sujets ! Mais les Vertes Vallées ne voulaient rien entendre, alors le roi les a envahies. »

_____Mais oui, bien sûr, et le roi est un envoyé des Dieux, tant qu’on y est. Découragé, Khaine finit par abandonner :

« -Bon, peu importe… tu auras bien le temps de réfléchir à ça en prison, parce que tu vas y rester jusqu’à la fin de la guerre. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Lun 25 Fév - 18:10

II.

_____Léo reprend ses cent pas d’un air rageur, la mine renfrognée du mauvais joueur déformant son visage. Cette fois-ci, il vient de perdre un jeu particulièrement important, et il n’en enrage que davantage.

« -Bon sang, mais je ne pouvais pas savoir que l’Egide allait cafouiller, moi ! »

_____Au début, tout se passait comme prévu : Nolam et ses troupes envahissaient la forteresse, les canons postés sur la falaise faisaient des ravages sur ses murs et l’Egide permettait aux rebelles de faire fi des répliques adverses, un jeu d’enfant. Mais le vent a soufflé la brume et l’Egide a fait des siennes, au pire moment possible. Lorsque Victor a surgi de nulle part, la princesse a réagi à temps : elle a levé son bras pour se protéger, mais l’Egide n’a pas répondu. Victor l’a entraînée dans le vide, et Léo les a vus s’enfoncer des les eaux de l’Impétueux, impuissant. Même s’ils avaient réchappé aux dents du fleuve, ce qui tiendrait déjà du miracle, personne n’aurait pu survivre à une telle chute. Et, à supposer du contraire, personne ne peut nager assez vite pour échapper aux Nürs… de toute façon, il y a bien une centaine de mètres avant le prochain endroit praticable pour s’extraire des eaux, et échapper à ces monstres sur une telle distance est tout simplement impossible. Et puis, même s’ils ont réussi à atteindre ce point, ils seraient bloqués sur le flanc de la falaise sans aucun moyen de rejoindre quelque endroit que ce soit, ce qui les condamne à une mort certaine : à moins d’avoir une chance inouïe, la princesse est morte et Victor a eu sa revanche.

_____Pourtant, Léo n’a pas lésiné sur les précautions : d’une part, il avait fait surveiller Victor par pas moins de cinq soldats, dont Vincent ; il n’y a pas de meilleure sécurité. Ensuite, il y avait l’Egide : Léo avait tout prévu. Lorsqu’il a remis le collier à Natasha, il savait déjà quel vœu elle allait formuler : qu’elle puisse se servir du cristal de vision. Mais les rebelles avaient eux-mêmes eu l’occasion de faire plus d’un vœu, avec le collier. Bon, évidemment, les Dieux sont joueurs, donc ils ont eu leur propre interprétation de « Puissent les opérations être une totale réussite. », mais ça, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est Natasha. Grâce à une série de vœux relativement complexe, Léo et les autres rebelles ont fait en sorte de priver la princesse de sa volonté dès lors qu’elle mettrait le collier au cou, ce qui leur a permis d’exploiter le cristal. C’est assez cruel de retourner ses artefacts et jusqu’à sa propre fille contre le roi… ce n’est pas le plan le plus angélique de Léo, mais c’est de bonne guerre et il n’y avait pas beaucoup d’autres solutions… à moins d’arracher le cristal de vision à la princesse, mais ça, c’était ce que voulait faire Emeric. Léo est un peu plus humain… quoi que.

_____Il a tué de sang froid vingt-et-un des mercenaires de Victor. Ces hommes étaient ses camarades et amis, ces hommes étaient ses frères, et il a juré vengeance… Léo aurait du faire éliminer Victor, mais il n’en a rien fait. Qui aurait cru que la tignasse blonde allait échapper à la vigilance de Vincent ? Non, c’était tout simplement impossible, surtout que le mercenaire semblait s’être calmé : tout le monde a cru qu’il avait laissé tomber ses projets et que sa colère avait fini par s’éteindre… mais quelle erreur !
Bon, évidemment, c’est le moment que l’armée Orrienne a choisi pour débarquer : alertées par les éclaireurs de Khaine, les troupes de l’Orr étaient venues en renfort pour mettre fin au siège. Coincée sur la falaise entre les canons du général et les troupes qui les prenaient à revers, l’armée de Léo a été incapable de réagir : ce fut la grosse débandade.

_____Heureusement, l’Egide fonctionnait de nouveau, ce qui a limité les dégâts. Et oui, Léo avait fait en sorte que Natasha devienne le possesseur de l’Egide, mais il n’avait pas précisé pour combien de temps… les Dieux sont joueurs : au bout de quelques heures, Morghane était de nouveau le possesseur !

_____Mais bon, sans le cristal, l’efficacité de l’Egide est plus que limitée. La seule chose qui restait à faire était de fuir. Pris au piège par la falaise, la plupart ont été fait prisonniers ou ont trouvé la mort : compte tenu du nombre de cadavres et de ceux qui se sont rendus, Léo m’affirme que seul un quart de l’armée a réussi à s’en sortir, mais pas lui. Pas Morghane. Pas l’Egide. Heureusement, même si l’artefact est retombé entre les mains de l’Orr, Lyssa avait plus d’une corde à son arc, et elle a pu s’échapper, Léo en est certain. Mais bon, nous n’avons pas franchement de quoi nous réjouir : les rebelles ont subi de terribles pertes et Morghane est toujours emprisonnée quelque part. En tant qu’amirale, elle est un peu plus difficile à faire libérer que Léo, qui a réussi à se faire passer pour un simple soldat. Évidemment, il savait pertinemment qu’il n’échapperait pas aux fouilles : pour éviter de la voir retomber entre de mauvaises mains, il a jeté la Larme dans le fleuve, restituant l’artefact au Dieu qui l’avait versé ; et c’est aussi grâce à ça qu’il a pu rester incognito. Nous n’avons donc plus aucun artefact… enfin, plus aucun dont on connaisse l’utilité.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 17 Mar - 19:47

_____Il s’est passé à peu près cinq minutes entre le moment où les soldats de Khaine ont refermé la porte de ma cellule et le moment où j’ai entendu leurs cris de douleurs. Une simple filature suivie d’une étude des tours de garde avait suffi à Arthur pour me libérer… assez facile quand on a les manigances de 3’ pour provoquer un bazar administratif détournant les soldats de leur mission première : Garder la prison, quel qu’en soit le prix. De la même manière, notre précieux et énigmatique allié avait réussi à faire libérer Léo, qui n’a pas mis longtemps avant de nous retrouver. Du coup, nous voilà tous les trois avec deux autres rebelles, en train de chercher un moyen de libérer Morghane.

_____Cette dernière n’est pas le souci principal de Léo : un épevrier, oiseau très pratique pour informer quelqu’un en un temps record, vient de lui apporter un message particulièrement alarmant. Au Sud, les forces de Ramna se sont écrasées contre les murs de Mut’sev, défendus farouchement par notre très estimable Yannick. Du coup, le siège s’est éternisé, mais nos alliés ont eu la mauvaise surprise de voir leur retraite coupée : une partie des troupes qui nous ont fait prisonniers s’est redirigée pour reprendre le contrôle du port de granite, privant les assiégeants de tout ravitaillement… Ils se sont retrouvés assiégés à leur tour et Ramna pense sérieusement négocier un cessez-le-feu avec la couronne : le royaume ayant engagé la totalité de ses forces dans ce raz-de-marée, il se retrouve tout simplement démuni et sans ressources. Quoi qu’il arrive, ça nous fait un allié de moins et un nombre incalculable de prisonniers dans les geôles du Royaume… tout ne se passe pas comme prévu.

_____Quant à moi, je suis particulièrement inquiet, et pour trois raisons : en plus de Morghane, il ne faut pas oublier notre très cher ami Khaine, qui a fini par apprendre ma disparition. Du coup, il a mobilisé des centaines de soldats qui fouillent les moindres parcelles de la capitale pour me retrouver, et je ne me sentirai pas en sécurité tant que je n’aurai pas mis une bonne distance entre le trône et moi… et puis il y a Lyssa. Elle a tout simplement disparu, et qui sait ce qu’elle est devenue ? Pour moi, c’est simple : je ne vois pas trop comment je pourrais aider Léo et 3’ à libérer Morghane, et je n’ai qu’une envie, retrouver Lyssa. Et j’ai ma petite idée sur l’endroit où elle se trouvera… le point de rendez-vous, à cent pas de l’arbre au milieu de la plaine, c’est là qu’elle sera.

_____Léo est d’accord avec moi. Il ne faut pas rester dans la capitale et il n’a pas nécessairement besoin de moi pour récupérer Morghane. Par contre, il a besoin de Lyssa parce qu’elle saurait comment regrouper les rebelles du Royaume : avec une armée suffisante, on pourra récupérer l’amirale et prendre le palais en prime ! Le problème, c’est qu’il faut organiser tout ce beau monde, mais ce sera le travail du chef du corps administratif. Moi, je vais me contenter de retrouver Lyssa, après, on verra. Pour l’instant, notre plus grande force est l’anonymat : Léo, 3’, Lyssa et Arthur, par exemple, peuvent très bien se montrer au grand jour, mais ce n’est pas le cas de moi ou de Morghane : un visage a été associé à nos « exploits », si gagner la course céleste peut être considéré comme un exploit. S’il est vrai que les noms « Vipère noire » ou « Agent Éclats de Lune » ne sont pas inconnus de la couronne, celle-ci ignore toujours qui se cache derrière ces codes, et mes amis disposent d’un véritable potentiel d’action, ce alors que Khaine a du faire placarder mon visage un peu partout… il va me falloir être prudent.

_____Ce qui est pratique, avec les villes, c’est qu’elles sont peu nombreuses, mais plutôt bien placées, très peuplées et très mal défendues. Du coup, les alliés n’ont pas beaucoup de mal à s’en emparer et à s’assurer le ravitaillement nécessaire à l’invasion de l’Orr. Par contre, à partir du moment où on choisit de contourner la ville, c’est un petit peu plus difficile de trouver de quoi manger… bon, on peut toujours abattre un animal, si on a la chance de tomber sur un imprudent mammifère, mais, globalement, on doit se rabattre sur les villages. Il y a une quantité incroyable de villages, pour la plupart des regroupements de fermiers ou autres agriculteurs accompagnés de quelques artisans. On peut facilement s’y ravitailler et renouveler nos provisions, sauf que c’est un peu stupide de contourner les villes si c’est pour se faire arrêter au premier village que l’on croise. Du coup, je vais rester à distance des villages.

_____Léo me confie donc une petite caravane de marchand, et, même si je ne me fais pas trop d’illusion sur sa provenance (sûrement "empruntée" à quelqu’un qui n’en a plus besoin), je l’accepte bien volontiers pour pouvoir emprunter les petits chemins sans tomber à court de nourriture. Une fois que j’aurai retrouvé Lyssa, nous nous servirons de son nom pour regrouper les rebelles et tout deviendra plus facile…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 17 Mar - 19:48

III.

_____Les forces du roi sont parties au Nord et à l’Ouest pour rejoindre le front, et peu sont les soldats qui restent pour défendre les villes. Certes, l’attaque depuis l’extérieur ne se déroule pas très bien : Le roi a rejoint le front de l’Est où son bâton fait régner la terreur, Kharim a retiré ses troupes après avoir signé un cessez-le-feu et la bataille navale s’éternise à l’Ouest, mais la victoire peut encore s’obtenir de l’intérieur. Avec ces sept années de guerres incessantes et l’heure noire, celle où Cassandora faisait régner la terreur partout dans le Royaume, bien des familles sont lasses de la guerre, et beaucoup sont ceux qui sont prêts à rejoindre la cause rebelle pour y mettre un terme, surtout dans les régions conquises. Et puis, les paysans ont vu leurs récoltes réquisitionnées et ont subi des rationnements drastiques : la fureur monte dans la campagne, même si personne ne prend encore les armes… Du coup, nous pouvons compter sur eux pour nous réserver une partie de leurs biens parce que, disent-ils, ils la perdront de toute façon.

_____En quelques jours, sans que les soldats de l’Orr puissent intervenir, nous avons pris la plupart des villes, ignorant superbement les forteresses que nous ne pourrons pas prendre : sans machines de guerre, tout ce que nous pouvons faire est de les assiéger interminablement, mais Loïc, Khaine et les autres n’ont pas laissé leurs forteresses, citadelles et autres châteaux sans défenses. Oui, les figures légendaires sont parties ! Khaine a réuni ses troupes pour affronter celles de Zelmon tandis que Loïc et sa doucereuse Léa ont pris la mer pour venir au secours des forces de l’Orr qui sont mises en difficulté sur le front de l’Ouest. Quant à Yannick, il a pris la direction du palais avec son armée, laissant Mut’sev sans défenses… Mais il n’a rien laissé derrière lui, si bien qu’on a l’air malin après avoir pris sa citadelle…

_____Mis à part Mut’sev, on pouvait aussi envisager de prendre le château de Loïc, qui se trouve au bord du Miénon, ses douves naturelles : avec cette position, il est plutôt facile à assiéger, mais à quoi bon ? En prenant les villes, nous avons réuni une armée suffisante pour pouvoir marcher sur la capitale, et la priorité est de secourir Morghane, pas de faire un exploit de plus en abattant une nouvelle légende. Parce qu’au niveau légendes, on s’y est frottés : Kantathrodons, forteresses de platine, Mut’sev et autres ports de granite nous ont barré la route, si bien que l’attaque depuis l’Ouest et le royaume de Ramna a lamentablement échoué, et je ne parle pas du château du Miénon !
Ce qu’on raconte sur Loïc est encore plus abracadabrant que toutes les légendes qui concernent Yannick ou toute autre figure du Royaume. Preux chevalier, il se donnait pour mission d’aider la veuve et l’orphelin, démunis économiquement, une situation contre laquelle l’Egide ne peut rien. Entre toutes les fantaisies qu’il a vécues, ses expéditions dans le désert de Ramna, la fois où il a sauvé le hideux Serpent Gris en lui donnant à boire et à manger, levant ainsi la malédiction qui pesait sur lui, cette spectaculaire transformation qui s’est alors opérée, ce monstre repoussant qui se changea en une sombre et magnifique jeune femme, Léa, qui deviendra son unique amour, tout cela rivalise avec les histoires les plus invraisemblables.

_____Même si ça nous expose à une contre-attaque depuis le château, nous avons décidé de le laisser en paix pour attaquer directement la ville, et les combats de rue font rage un peu partout : des explosions, des cris, du sang, des morts, des pleurs ici et là, des bébés étranglés, des mères éventrées, des armes fracassées… Nos soldats comme ceux de l’Orr se livrent aux pires excès. Une haine profonde et séculaire semble séparer ces anciens compatriotes, comme si le fait d’aimer ou non le roi pouvait séparer les frères de leurs sœurs, les femmes de leur mari et le fils de ses parents… Il n’y a rien de pire qu’une guerre civile : la haine est partout. Femmes, bourgeois, nobles, paysans, tout le monde combat rageusement dans les rues de cette capitale, comme si personne n’avait pu résister à l’appel des armes, comme si la moitié de la ville s’était soudainement retournée contre l’autre.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 23 Mar - 22:02

_____Nous ne cherchons qu’à atteindre le palais pour y renverser Angello et libérer Morghane, mais on dirait que l’oracle a forcé tout le monde à prendre les armes pour nous barrer la route. Faute d’assez de lames mortelles, nos adversaires empoignent des fourches, d’imposants marteaux et même des rames … Les bouchers ont sorti leurs couteaux, les enfants se battent à la fronde et même les chiens sont décidés à se mêler au combat : mordant, grognant, bavant, certains sont bien plus impressionnants que n’importe quel homme ! Ils n’hésitent pas à nous sauter dessus pour nous attaquer, quand bien même nous les tenions en respect avec une lance en murmurant "Couché, le chien… gentil !"

_____Le nombre de nos victimes dépasse bientôt tout ce que nous pouvons imaginer : ce sont des milliers, non, des dizaines de milliers d’âmes qui se s’envolent en un jour … une telle hécatombe est tout simplement impensable, mais nos hommes sont de plus en plus assoiffés de sang, et ce massacre inhumain les rend complètement fous : criant, rageant, brûlant, les alliés se complaisent à mettre la capitale à feu et à sang, comme s’ils la jugeaient responsable de tous nos malheurs. Lorsque nous arrivons aux portes du palais, les imposants remparts dorés ne résistent pas bien longtemps devant le crachat infernal de nos canons, et nous nous engouffrons bruyamment dans ce qui fut la plus belle des merveilles. Servante, valet, domestique, laquais et innocents, beaucoup furent massacrés dans la confusion du combat, mais, lorsque nous arrivons dans la salle du trône, l’oracle est épargné par la meute des rebelles et s’en tire en étant jeté en prison… Le palais est tombé, les trois quarts des habitants de la ville sont morts, nous avons perdu deux mille hommes, c’est une grande victoire.

_____Lorsque Léo me rejoint avec Morghane, son visage est aussi dévasté que le mien : qui aurait pu prévoir un tel accès de folie ? Même lui ne l’avait pas prévu… la ville, les femmes, les enfants, les bêtes… Tout s’est mêlé aux combats, et nombreuses sont les victimes qui n’auraient pas du être à déplorer. Nous ne savions pas que les tensions étaient aussi importantes, dans la ville de Kaghak, et nous avons été dépassés … Mais nous-mêmes, nous, les « rebelles », nous qui voulions la paix, nous n’avons fait qu’apporter la guerre !

_____Morghane, bien à l’abri dans sa cellule, n’a pas assisté à ces exactions, mais elle est au moins aussi dépitée que nous :

« -C’est trop tard. », nous apprend-elle, « Yannick est parti à la conquête de Délos, il sait tout de nos plans. L’archipel ne résistera pas. »

_____Nous faisons silence : nous avons obtenu une victoire, mais nous perdons de nouveau un allié. À chaque fois que nous menons une attaque, un cuisant retour de flamme nous attend au tournant… les Dieux eux-mêmes seraient-ils contre nous ? Après tout, ne sont-ils pas censés soutenir la famille royale ? Dans ce cas, comment lutter contre les Dieux ? Nous avons tant perdu…

« -Sola, écoute-moi… je sais que ça ne va pas te plaire, mais on a besoin de toi pour prendre la forteresse : si le platine et le granite tombent, nos alliés pourront accéder à l’Orr via l’embouchure de l’Ouest. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 23 Mar - 22:04

_____Nisi et Délos sont les grands favoris de la bataille navale qui se déroule à l’Ouest : malgré les renforts envoyés avec Loïc et Léa, les deux archipels devraient s’en sortir sans problème, mais la bataille s’éternise, à tel point que j’ai perdu le décompte des jours… combien de temps, depuis le déclanchement des opérations ? Une éternité, au moins. Je revois à peine la foule en délire qui m’accueillait dans la salle du trône, le visage ravit de Théodore et la face insondable de sa belle princesse… Si nos alliés ressortent vainqueurs de cet affrontement, ce sera en vain car le port et la forteresse se dressent encore devant eux, les obligeant à contourner les falaises. Or, si Délos tombe effectivement entre les mains de Yannick, il faut oublier le contournement par le Nord, et les Kantathrodons sont la meilleure des murailles pour quiconque craindrait un débarquement par le Sud : la mer y est excessivement profonde, même à quelques mètres des côtes, et personne n’a osé s’y aventurer depuis deux ans. Du coup, c’est plutôt logique qu’on doive prendre la forteresse, mais je ne veux plus remonter sur un bateau… je ne suis pas suicidaire… cette fois-ci, nos navires seront réduits en miettes avant même d’avoir pu faire quoi que ce soit. Les deux premières fois, on a pu être cachés par la brume, mais la Larme est perdue et je ne veux pas parier ma vie sur le fait qu’il y aura de la brume ou non. S’ils veulent attaquer la forteresse, ce sera sans moi.

« -Je savais que tu dirais ça, mais on n’a pas le choix : si on ne veut pas se faire tailler par les récifs, on a besoin d’un connaisseur du fleuve, quelqu’un qui pourra nous conseiller une manœuvre d’approche. »

_____La seule manœuvre d’approche est celle qui profite de la brume. Sinon, il n’y a pas d’approche possible. De toute façon, on n’a qu’à prendre le port par les falaises : les soldats de la forteresse finiront bien par mourir de faim… parfois, ta plus grande force peut être ta plus grande faiblesse. Léo hoche lentement la tête comme si je venais de lui donner quelque idée géniale, et je peux presque voir les engrenages de son cerveau s’agencer pour trouver un moyen de prendre le port. Perso, je ne vois pas pourquoi il se casse la tête : il suffit de prendre les stocks de flèches explosives du palais et de tout balancer depuis la falaise, ça devrait suffire à faire tomber la citadelle. Ensuite, on n’aura plus qu’à nous ramener depuis le sentier de l’Est et envahir la ville : elle n’est pas prévue pour résister à une attaque depuis le territoire de l’Orr.

_____Même si Léo va modifier la partie du plan qui consiste à balancer toutes les flèches explosives pour exploser la citadelle, j’ai l’impression de l’avoir convaincu, et peut-être que je vais pouvoir échapper à une mort certaine …

« -Bon, ok… mais qu’est-ce que tu veux faire, alors ? »

_____Léo a bien compris que je ne voulais pas participer à l’attaque du port : à la base, je devais juste gagner la course. Je ne suis pas un guerrier et je n’ai jamais appris à manier une arme. Peut-être que dans un duel à mains nues, j’aurais une petite chance, mais on n’a pas trop l’occasion de faire des duels à mains nues, dans une bataille… Je suis un navigateur, pas un guerrier.

« -Je sais que tu vas envoyer Lyssa et Arthur en mission quelque part. Je veux en être. »

_____Pas pour me rendre utile, c’est vrai, mais au moins serai-je avec elle. Le visage de Léo s’illumine, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose :

« -Ah, oui, c’est vrai ! La princesse a survécu ! Elle a du fuir une troupe de voleurs qui en voulaient à son collier au port de granite et s’est enfuie par le sentier de l’Est, mais elle est vivante ! J’aurais du m’en douter : quand tu portes le collier, tu as tellement de chance que tu peux même survivre à une chute dans l’Impétueux… Mais faut que vous la rattrapiez, il ne faut pas laisser le cristal nous filer entre les doigts !
-Ah… mais elle n’a toujours pas sa volonté propre, si ? »

_____Parce que si Natasha est de nouveau libre de penser et d’agir, on ne pourra jamais la rattraper. Notre seule chance, c’est que les vœux accordés à Léo soient toujours efficaces. Mais bon, faut pas trop en demander :

« -Non, c’est impossible, désolé. Mais ne t’inquiète pas : on n’a pas besoin du cristal pour y voir… vous allez l’attraper, je vous fais confiance. »

_____Bon, en gros on nous envoie faire une mission impossible avec zéro chance de succès. Cool.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 30 Mar - 9:48

IV.

_____Recroquevillée contre un arbre, l’humide créature verse d’inconsolables larmes devant les yeux impuissants d’un grand homme aux muscles saillants. Devant eux, une immense plaine défile jusqu’à l’horizon, de hautes herbes verdoyantes se partageant l’espace avec des arbustes et quelques troncs qui rompent impertinemment le paysage. La douce berceuse de la mer se mêle à celle de l’homme, ses paroles intimes chatouillant les oreilles de la triste apparition. Les vagues se brisent faiblement contre les rebords de la falaise d’où leur parvient le joyeux chant de l’oiseau, mais les rasants rayons du Soleil ne peuvent réchauffer ce cœur si empli de douleurs…

_____À son cou, la douce et belle pleureuse porte un magnifique collier de perles, une rivière étincelante d’où pendent de très adaptées larmes de verre, d’iridescentes merveilles brillant à la lumière, des joyaux beaux et simples somptueux comme l’or. Sur ses soyeux cheveux perlent goûtes de pluies qu’accompagnent ses larmes, son délicat visage est caché de ses mains, de ses longs cheveux bruns, de genoux merveilleux, d’effrayantes alarmes… Oui, car ses plaintes déchirent, et qui les supporte ne peut que s’alarmer ! Patient et compatissant, l’homme reste immobile à contempler la beauté, mais celle-ci l’ignore et continue de pleurer. Au bout d’une éternité, il s’assoie à côté d’elle et y reste silencieux, la laissant déverser sa peine et sa douleur, la laissant lui donner sa haine et puis ses peurs. Elle le regarde de ses bleus yeux pénétrants, de ces yeux cristallins si clairs, si grands et si emplis de reflets blancs qu’ils semblent contenir tout l’univers, de ces yeux si pareils au ciel que reflète la mer… L’homme aussi a des yeux bleus et pénétrants, mais ceux-ci sont moins énigmatiques. On pourrait se perdre toute une vie dans ceux de la jeune fille, mais ceux de l’homme sont plus durs et moins propices aux égarements : guidant le voyageur égaré vers la sortie du dédale, les droits motifs de son iris sont tels les rayons d’un cercle qui contient toutes les nuances du bleu. Parfois noirs, parfois blancs, ses rayons se mélangent pour former un bleu très clair et si complexe.

_____Essuyant l’une de ses larmes, l’homme contemple la perle qui coule le long de son doigt avant de tomber pour aller nourrir la terre :

« -Fragile larme de tristesse qui chante un ton morne ce soir et tombe avec délicatesse, reflet de l’ombre dans le noir… »

_____Entonnant un long poème, il reste patiemment aux côtés de la princesse, subjugué par sa beauté et dévasté par sa tristesse. Portant cette fois une robe banche sur laquelle elle crispe ses doigts, Natasha paie le prix de la connaissance… Pas étonnant que les autres soient devenus fou. Cette fois, nous pouvons voir que le cristal s’est véritablement inscrit dans ses yeux qui ont pris la couleur du saphir : elle sait. À la voir, ça ne doit pas être facile, et je comprends enfin ce que m’a dit Léo. Il n’a pas eu besoin de cristal pour le voir : touchée par le don de voyance, la princesse a été ruinée et détruite. Oui, nous l’aurions attrapée assez facilement, s’il n’y avait pas eu Victor. Au début, on n’avait pas compris. La princesse pleurait contre son arbre et le blond mercenaire la regardait d’un air désolé, une scène assez singulière qui nous a retenus d’attaquer de front. Pour l’instant, la princesse n’a pas prévenu Victor de notre présence : peut-être que ça n’a pas d’importance, après tout. Devant tous ces morts, devant toutes ces horreurs, la vie perd un peu de son sens, et cette gamine immature n’est certainement pas prête à affronter la vérité en face. Personne n’y est préparé.

_____En tous cas, Victor a profité de la chance de la princesse, mais peut-être un peu trop, en fait. Peut-être qu’il a trouvé quelque chose de plus précieux encore que le collier. Parce que sinon, il l’aurait volé. S’il ne l’a pas fait, ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose, que Victor nous a tous roulés comme des débutants, tous. Parce que je ne pense pas que Léo ait pu prévoir ça. Maintenant, on ne sait pas quoi faire… peut-être que la princesse sera trop indifférente pour sauver le mercenaire ? Peut-être qu’elle lui en veut encore de l’avoir enlevée ? Mais Lyssa pourra-t-elle l’abattre pour autant ? Nous sommes plus qu’avantagés par la situation : dévastée, ruinée et détruite, Natasha ne réagira pas, et Victor sera mort avant de savoir qu’on est là. Mais aucun de nous n’ose dire quoi que ce soit, aucun de nous n’ose proposer d’abattre ces deux personnes si innocentes et si coupables à la fois ; aucun de nous ne veut être responsable d’un meurtre de plus…

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 30 Mar - 9:52

_____Natasha finit par parler, doucement. Perdue dans le vent, sa parole parvient jusqu’à moi :

« -Je sais ce que vous voulez… Vous voulez me prendre le cristal pour vous en servir contre père, c’est ça ? … Le palais… tout le monde est mort ! Pourquoi est-ce que tout le monde est mort ? Mais vois, vois ce que tu as fait !! »

_____Soudain, elle se retourne vers moi et me plante ses yeux entièrement bleus dans mes pauvres yeux de mortel, et je me perds immédiatement dans l’immensité de l’univers.

_____Je vois. Je me revois à l’intérieur du bar où je lisais tranquillement en attendant mes alliés, je revois les quelques lignes qui expliquaient l’importance des artefacts, insistant sur le fait qu’ils doivent être entre les mains de la bonne personne, je revois Morghane remonter sur le Malhan, la sphère bleue blottie contre sa poitrine, je me revois en train de débouler dans la salle du trône, je vois le regard empli d’espoir de Théodore, la mine réservée de Marianne et la réaction du roi quand Morghane s’est montrée… je sais qu’il se sent trahi, tellement trahi ! Je vois quelqu’un enfoncer sournoisement un poignard dans le flanc de la reine qui tentait de fuir, je vois le roi saisi par la peine et la douleur, je vois qu’Emeric planifie la destruction totale et définitive de la famille royale, je vois comment il a fait assassiné Maël, je vois Léo qui cherche un moyen de le tuer, mais comment tuer un Dieu ? Je me revois attaquant la forteresse, je revois Khaine me confier cet artefact si important à ses yeux et je sais qu’il pensait chacun des mots qu’il a dit, et soudain la voix impériale de la princesse s’impose à moi, et je sais que je suis la cause de tout ceci…

« -C’est à cause de toi si ma mère est morte, c’est à cause de toi si mon cousin est mort, c’est à cause de vous si tout le monde va mourir ! »

_____Il y a tellement de douleur dans sa voix, tellement de ressenti et de frustration… Oh, comme savoir sans pouvoir doit être douloureux ! Je vois. Je vois Théodore qui confie le globe à Khaine, je vois enfin ce qu’il est vraiment et je vois que j’ai fait le mauvais choix. J’ai fait ce que Khaine a dit : "Quoi qu’il arrive, ne laisse pas Angello mettre la main sur cet artefact", mais qu’à moitié : "Ne laisse jamais ce globe sortir de ta famille et ne laisse jamais personne savoir que tu le possèdes. En aucun cas tu dois t’en séparer, même si ta vie en dépend. Garde-le toujours sur toi, autour de ton cou, protège-le comme si le destin du monde en dépendait.", avait-il dit. Chaque mot avait son importance, mais je ne les ai pas pris au sérieux : j’ai mis l’artefact en sécurité, à un endroit où personne ne pourra jamais le retrouver, mais je ne l’ai pas gardé sur moi. À cause de moi, l’équilibre du monde a été rompu…

_____Je vois. Je vois la folie s’emparer de nos troupes, je vois Nihil s’emparer de l’esprit de nos soldats pour les pousser à la destruction, je vois les Dieux se jouer de nous, je vois les Dieux jouer avec nous comme avec des marionnettes, je vois l’oracle rire dans son palais alors que son peuple se fait massacrer, je vois l’archipel de Délos tomber aux mains de Yannick et de son armée, je vois l’armada Nisie couler le dernier navire de l’Orr et voguer à la rencontre de Loïc qui tient sa bien-aimée dans une dernière étreinte, je vois tant de vies se terminer et tant d’espoirs se faner, je vois les forces de Zelmon s’arrêter aux portes du palais devant les forces du roi qui refluent depuis le Sud, je vois les combats débuter avec violence, j’entends le fracas des armes, les cris rageurs et la peur et la mort et encore la mort, la douleur et les blessures et la violence et la haine et la souffrance et la peine et les pleurs et la tristesse et je vois les gens perdre tout ce qui leur reste, je les vois perdre leur dernier soupçon d’humanité pour devenir de véritables automates, des marionnettes commandées par la folie des Dieux… Je vois Khaine aboyer des ordres avec efficacité, je le vois organiser ses maigres troupes et faire l’exploit : peu à peu, le cours de la bataille s’inverse et l’empire est contraint de reculer…

_____À cause de moi, le monde commence à se dérégler. Il avait déjà commencé, on m’a donné une occasion d’inverser la tendance, et je ne l’ai pas saisie. Tout ce qu’Erena a construit, je suis en train de le détruire… Par mon aveuglément, par ma haine et par vengeance, je voulais la mort du roi, d’un roi qui se bat seul face aux armées de l’Est, d’un roi qui a vu tous ses proches disparaître, d’un roi qui met sa vie en jeu pour préserver ce qu’il reste de son Royaume, d’un roi qui se bat pour ses sujets et pour ce qu’il aime, pour ceux qu’il aime… parce que ce roi sait. Il sait que, s’il recule, les autres ne s’arrêteront pas, ils ne s’arrêteront que lorsque l’Orr sera entièrement anéanti. Le roi sait. Il sait que chaque pays aspire à s’emparer d’un artefact, sauf peut-être l’empire Zelmon qui veut juste qu’on le laisse en paix. Le roi sait. Il sait que, si l’Orr est vaincu, rien ne sera plus jamais pareil : la prospérité et la longévité disparaîtront, la maladie et la mort progresseront et tant de personnes mourront, souffriront, périront à cause de ça. Le roi sait. Il sait que les autres royaumes, dans leur soif de pouvoir, de vengeance et de territoire, vont causer un bouleversement tel qu’il n’y en a jamais eu. Les artefacts ne seront plus et leur volonté s’éteindra lentement. Il sait que, si le globe n’est pas entre les mains de son possesseur, le monde va continuer à se déséquilibrer jusqu’à sombrer complètement dans la folie.

_____Et ça a déjà commencé. Natasha n’a pas pu se servir du cristal il y a deux ans. Les vœux exaucés par le collier sont instables et finissent par disparaître, l’Egide ne fonctionne pas correctement… Les artefacts possèdent leur volonté propre, et ils sont en train de mourir. Et moi, comme je n’ai pas gardé le globe sur moi, je n’ai pas inversé la tendance ! … tout s’accélère.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 31 Mar - 17:12

_____D’un seul coup, Natasha apparaît devant moi. Je me suis levé. De sa robe blanche surgit un collier qui retient un petit globe de jade de la taille de l’Egide. Il est terne et froid comme si la lumière qui brillait en lui jadis s’était désormais éteinte. Elle se plante devant moi et me tend l’artefact :

« -Tiens, et ne t’avise plus jamais de l’égarer: il doit absolument rester dans ta famille, c’est ce qu’Erena avait compris. C’est pour ça qu’elle l’a donné à cette fille, cette petite paysanne qu’elle a rencontrée ; parce qu’elle savait que l’artefact devait rester dans sa famille. Et maintenant, à cause de toi… à cause de Khaine et de Cassandora, l’artefact a quitté ta famille depuis trop longtemps. Viens, viens à moi, viens le récupérer. Le destin du monde peut encore être sauvé. Mais avant… souffre le poids du péché ! »

_____Je vois. Je vois le palais pris par les rebelles. Ils y fêtent la victoire mais ne savent ce qu’il se passe en bas… Dans sa prison, l’oracle s’entretient avec les Dieux. Il murmure de suaves paroles, et les échos qui se propagent sur les murs résonnent pour lui répondre. Déjà, il leur donne son corps pour accueillir Sevril, le Dieu des ténèbres, maître de ceux qu’ont combattus les Cinq lors du premier jour. Bientôt, la séparation entre le divin et l’humain n’existera plus. Bientôt, les Dieux pourront se rendre sur Terre, mais seuls les plus mauvais le feront. Car si les Dieux viennent, c’est uniquement pour redessiner le monde à leur façon, c’est uniquement parce qu’ils n’ont pas été les grands gagnants de la création ; mais que font les Cinq ? Une image des artefacts s’impose à moi pour répondre à ma question tandis qu’une dernière pensée lucide traverse mon esprit : Le palais… tout le monde est mort !

_____Les artefacts sont la manifestation matérielle des Dieux sur la terre. Les Cinq sont déjà ici, depuis toujours. Depuis toujours ils veillent sur nous à travers la famille royale… Mais pour cela, ils ont créé un artefact. Un artefact qui assure leur cohésion et leur stabilité, un artefact qui leur permet de rester sur Terre en empêchant les autres Dieux de s’y rendre. Sans le savoir, Khaine et Cassandora on bouleversé l’ordre des choses : Cassandora en réclamant sa grâce et en demandant à Khaine de saisir les richesses de ma mère, et Khaine en s’exécutant. Le globe a quitté ma famille, et l’équilibre du monde a été perturbé… Pourquoi sommes-nous si importants ? Je l’ignore, mais c’est un peu comme l’Egide qui choisit son possesseur : peut-être que le globe choisit celui à qui il doit appartenir et que, s’il n’est pas entre ses mains, il ne fonctionne pas correctement… La première a avoir été frappée par la folie fut Cassandora. Longuement, elle a résisté.

_____Pendant longtemps, elle a tenu tête aux paroles viciées qui lui venaient en songes, mais elle a fini par sombrer. C’était il y a sept ans. Depuis, tout a empiré. Après mon dernier éclair de lucidité, je reviens à la triste réalité et ses mornes aspects, je reviens dans l’ignorance et dans le noir, étourdi par tant de connaissances.

_____La princesse se tient debout devant moi, à me regarder de ses yeux où je me perds un instant, mais la voix de Lyssa me rappelle constamment à moi, mais ces yeux, ces yeux sont tellement…

« -Sola, qu’est-ce que tu fais, reviens ! »

_____Non, ce ne sont pas ces yeux que je veux, ce n’est pas ce bleu si magnifique, si impérial, si absolu … ! Mais je me perds, je me perds dans l’infini de l’univers… Lyssa me tire en arrière pour me ramener au couvert des hautes herbes, m’arrachant à cette vision envoûtante que j’aurais pu contempler éternellement, et ses beaux yeux verts m’arrachent un doux sourire… oui, ce sont ces yeux-là. Lyssa se fait protectrice, faisant un rempart de son corps pour empêcher la princesse de m’envoyer un autre envoûtement mortel, et la silhouette du mercenaire se fait menaçante derrière Natasha… Victor protège Natasha de moi et Lyssa me protège de Victor… Vif comme l’éclair, Arthur surgit de nulle part pour se mettre à découvert à ses côtés, prêt à retenir la tignasse blonde suffisamment longtemps pour que Lyssa puisse l’abattre, mais la princesse nous rassure :

« -Arrêtez ! Nous ne sommes pas vos ennemis ! »

_____Une chaleur rassurante se diffuse sur ma poitrine, comme si l’espoir pouvait à nouveau renaître, et je me rends compte que le collier est de nouveau autour mon cou. De nouveau, il émane de lui une pâle lueur verte : il vient juste de revivre… J’ai compris, maintenant. Lorsque Léo lui a remis le collier, Natasha n’a pas eu le loisir de formuler son vœu. Léo n’a pas pris le risque. Peut-être que tout n’est pas perdu, après tout… mais je me dis que le mal est déjà fait : il est trop tard. Sevril s’est incarné dans le corps de l’oracle, il a décimé l’armée rebelle quelques heures après notre départ et s’approche à grands pas pour récupérer les artefacts… nous ne pourrons pas lui échapper.

« -Venez ! », dit la princesse avec des gestes rassurants : « Victor, baisse ton arme ! »

_____Le mercenaire obéit à contrecœur, mais nous n’avançons pas. La tristesse de la princesse est encore entière, mais nous avons peur. Nous avons peur parce que, pour la première fois, nous avons compris que, de tous, Natasha est la plus dangereuse. Si vous avez le bonheur de la regarder dans les yeux, ça pourrait bien être le dernier de vos actes sur la Terre. Mais non, ce n’est pas pour ça. C’est parce qu’elle sait. Elle sait tout.

« -Il faut nous éloigner de la mer, nous y serons plus en sécurité… dépêchez-vous, il nous attaquera à la tombée de la nuit ! »

_____Le Soleil a déjà disparu derrière les falaises, et la pâle lueur de la Lune nous offre une visibilité précaire : la tombée de la nuit est peut-être déjà passée, ou peut-être est-ce une question de minutes…

« -Il ? qui ça, il ? », se renseigne Morghane, restée cachée dans les hautes herbes.
« -Angello. », je lui réponds : « Il vient chercher les artefacts. »

_____Collier, Cristal, Egide, Globe et Larme, nous avons presque tous les artefacts… Parce que je sais que la princesse a récupéré la Larme. Il ne nous manque que le bâton, mais c’est bien vers nous qu’ira Angello. C’est une erreur, mais les Dieux commettent toujours des erreurs. La différence, entre un Dieu et un homme, c’est que le Dieu ne meurt pas. Du coup, il ne prend jamais de précaution, c’est notre seul avantage : nous pouvons mourir, c’est notre force. Mais bon, j’aurais préféré que ce soit le contraire, là…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 31 Mar - 17:15

_____Ma parole a plus d’impact que celle de la princesse puisque Morghane sort complètement de ses fourrés pour nous rejoindre. Je leur explique que, momentanément, on va former une alliance avec Natasha pour vaincre l’oracle, et qu’on pourra reprendre nos querelles intestines après. Parce que, face à un Dieu, il vaut mieux tous être dans le même camp… On continuera de se taper dessus une fois qu’on l’aura tué. En d’autres termes, jamais. Ça, c’est cool. Ce qui est moins cool, c’est que c’est le Dieu qui va nous tuer.

_____Mon artefact a un très grand pouvoir, celui de tout dérégler. Lorsque Natasha m’a montré sa vision, j’ai compris que les artefacts n’en faisaient plus qu’à leur tête, qu’ils ne fonctionneront plus jamais comme avant… avant, ils choisissaient leur utilisateur et n’obéissaient plus qu’à lui. Maintenant, ils sont capables de changer successivement d’utilisateur, impossible de savoir qui sera le suivant. Pour l’instant, c’est Léo qui "possède" la Larme, c’est-à-dire que l’artefact n’obéit qu’à lui. Le collier ne répond qu’à la princesse qui possède également le cristal.

« -Pourquoi tu n’utilises pas le collier ? Il exauce tous tes souhaits, non ?
-Le collier ne t’accorde qu’un seul vœu, Sola. Mais son porteur est tellement béni par la chance que la plupart de ses attentes se réalise … »

_____Je comprends mieux pourquoi les vœux de Léo n’ont pas marché comme prévu… Non seulement le collier ne lui obéissait pas, mais en plus il a du le passer autour du cou d’un bon nombre de soldats… Mais il ne savait pas, pour l’appartenance. Pour lui, le collier n’est qu’un simple objet : il ne se doutait pas qu’il possédait une volonté propre. Puisqu’elle a déjà exprimé son souhait, la princesse est impuissante, tout comme le reste d’entre nous. Seule Morghane peut encore se servir de son artefact, mais pour combien de temps ? Même si j’ai récupéré le globe, je sais que l’Egide ne devrait pas appartenir à Morghane. Cette situation ne durera pas : mon globe rétablira l’ordre des choses, et l’Egide appartiendra à Natasha. Cette dernière a beau nous avoir dit de nous dépêcher, elle marche si lentement que je ne peux pas m’empêcher d’être triste pour elle, je ne peux pas m’empêcher d’éprouver de la compassion pour mon ennemie… La connaissance doit être si lourde à porter.

« -Je ne suis pas ton ennemie. La plupart de tes alliés sont morts, les autres chercheront à te trahir. Je suis de ton côté, Sola, et tu le sais. »

_____Lyssa intervient avec provocation, mais ses mots se perdent dans les deux océans qui s’agitent devant moi. Secouant la tête, je fais un effort pour détacher mon regard de ses yeux, mais c’est elle qui détourne le regard. Décidément, je suis complètement démuni, face à elle… Ces mots qui résonnent dans ma tête… ils sont tellement vrais ! La princesse et moi voulons la même chose, la cessation des hostilités. Natasha aussi veut restaurer la paix, Natasha aussi veut mettre un terme à la guerre. Natasha et moi voulons la même chose, alors pourquoi est-ce qu’on n’est pas dans le même camp ? Mais ce qu’elle m’a montré de son père correspond à sa propre vision. Elle voit son père en héros, elle ne sait pas qu’il est en fait un monstre… On a beau tout savoir, on peut faire sa propre interprétation des faits. Et ce que fait Théodore, c’est mal. Affamer ses paysans, forcer des hommes et des femmes à rejoindre son armée, taxer les nobles et les moins nobles pour soutenir son effort, s’approprier bassement les richesses des régions conquises, utiliser aveuglément le bâton des rois pour massacrer un par un ou tous à la fois les soldats d’Ascalon, c'est ça que fait Théodore.

_____Théodore a ses propres convictions et ses propres valeurs, c’est vrai. Mais la perte du cristal puis de Marianne l’a complètement aveuglé. Maintenant, il n’est plus qu’un amas de peine, de haine et de ressenti. Pour protéger son Royaume, il irait jusqu’à écraser tous les autres ! Pour sauver quelques milliers de vies, il en détruirait des centaines ! Et ce qu’il fait, ce n’est pas protéger son Royaume, non : il le détruit à petit feu. La guerre… écraser les autres par la force et réprimer les revendications des régions conquises, ce n’est pas la bonne solution. Comment peut-il affirmer que ses artefacts apportent la paix et la prospérité quand il s’en sert pour faire la guerre ? Comment peut-il affirmer qu’il représente l’espoir du bonheur quand il tyrannise les pays vaincus en leur imposant ses lois et ses croyances ? Théodore a tort. Je le sais ; je l’ai vu.

« -Mais qu’est-ce que tu as vu ? Tu as vu les intentions de Ramna et des Nisis, de s’emparer des artefacts !? Tu as vu les ambitions de Délos et des Zelmons, de faire tomber le palais, et tu as vu la raison cachée qui se trouve derrière l’attaque d’Ascalon ! Tu as vu ça, n’est-ce pas ? »

_____Il y a bien longtemps, les Ascalonniens vivaient sur les terres fertiles de l’Est, là où se trouve le désert. Mais le climat s’est lentement asséché, poussant la civilisation fleurissante à migrer très loin au Nord-est, jusqu’à la position actuelle du pays. Puis le temps est passé. Des nomades se sont installés, le désert à reculé… puis se furent les sédentaires, et des régions prospères y ont vu le jour. Depuis, Ascalon a toujours nourri l’ambition de récupérer ces terres de l’Est, et l’attaque de l’Orr sur les Vertes Vallées est un prétexte plus que suffisant pour marcher jusqu’au palais et reprendre la terre natale, la terre promise, la mère patrie qui les a vus naître. Et je le sais : Ascalon ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint le palais. Désormais, les Vertes Vallées et leur allié voient la famille royale comme un ennemi mortel, un danger potentiel qui peut les anéantir à tout moment… et ils n’ont pas tort. Désormais, la plupart des alliés a pour objectif de détruire tout ce qui a fait le Royaume, de détruire tout ce qui a été construit par Erena, et ça a déjà commencé. Les artefacts… Les pouvoirs ont été séparés : l’Egide appartient désormais à Morghane, c’est la première partie du plan. Après ça, rien ni personne ne pourra empêcher la Vague de déferler sur le Royaume, détruisant tout sur son passage. Mais ce n’est pas ce que j’ai voulu…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 31 Mar - 17:16

_____Je ne me rends compte que trop tard des ambitions à peine cachées de mes amis… Morghane n’ignore pas les plans de Délos, et Lyssa et Arthur sont bien conscients de ce qu’il va advenir de l’Orr. Subitement, je me sens trahi, je ne sais plus où me mettre, je ne sais plus où est ma place. Il n’y a pas d’équilibre, il n’y a pas de compromis possible. Ou bien l’Orr sera anéanti, ou bien la famille royale restera sur le trône. Mais ça ne sera pas si dramatique, après tout, si ? Si Natasha arrive au pouvoir, elle va tenter de mettre un terme à la guerre, elle va tenter de trouver des solutions… Mais elle est impuissante. Désormais, rien de ce que nous pouvons faire peut enrailler la marche de nos alliés, personne ne le peut. Oui, nous avons subi des pertes terribles. 3’ est mort, au palais ; Léo est le seul survivant. Oui, l’avancée de Zelmon a été stoppée par Khaine, oui, Yannick s’est emparé de Délos et est parti en renfort sur le front de l’Ouest où Loïc s’apprête à livrer bataille, oui, Ramna a retiré ses troupes après la signature du cessez-le-feu, mais les troupes de Khaine qui repoussent l’empire Zelmon sont les seuls vestiges de la glorieuse armée de l’Orr. À l’Est, rien ni personne ne peut s’opposer à l’avancée des forces d’Ascalon, pas même le roi qui sera bien obligé de battre en retraite à un moment donné, sans quoi il sera complètement encerclé.

_____J’ai vu, j’ai vu les conséquences de mes actes. Tout part de là, de la course céleste, lorsque les pouvoirs furent presque entièrement séparés… Lorsque ce sera le cas, lorsque chaque artefact sera possédé par une personne différente, le monde sombrera dans le chaos sans que les Dieux puissent intervenir. J’ai vu, j’ai vu des centaines de milliers de personnes périr au cours de guerres interminables, frappées par un mal étrange les couvrant de pustules ou mourant simplement de faim, j’ai vu : la mort fera son retour triomphal, la faim et la maladie succèderont à la guerre, et puis il ne restera plus rien… c’est ce qu’il adviendra si les artefacts disparaissent. Que pouvons-nous faire pour empêcher la folie des hommes de dévaster notre monde ? Ce n’est plus une question d’être pour ou contre le roi, ce n’est plus une question d’être un rebelle ou pas, c’est une question entre les hommes et les Dieux. Pour combattre les Dieux, il nous faut l’aide des Cinq. Il nous faut rassembler les artefacts. Il me faut l’aide de la princesse. Parce que, si la famille royale disparaît et que je garde le globe, les artefacts finiront par périr. Parce qu’ils appartiennent à la famille. Si je ne garde pas le globe, ce sera pire.

« -Tu pourrais me tuer, t’emparer du cristal et du collier. Tu es le vainqueur de la course : il t’obéira. Tu pourrais me prendre la Larme, tu pourrais aller trouver mon père et lui prendre son bâton… N’était-ce pas ce que tu voulais faire ? tuer Théodore… »

_____Je me vois un instant en possesseur des six artefacts… c’est tentant. Oui, je pourrais. Elle a beau savoir, elle ne pourra pas échapper aux flèches de Lyssa, et le collier sera à moi ! J’aurais le droit à un veux, mais pas n’importe lequel… Oui, je m’emparerais du cristal, et Ambogh me dira comment plier la Larme à ma volonté ! Je serais puissant, personne ne pourrait rien contre moi, pas même Angello ! Et si je parviens à m’emparer du bâton, les six artefacts seront réunis, et je serai le seigneur et maître de tout le Royaume ! … je restaurerai la paix, les paysans pourront garder leur récoltes, les mères n’auront plus à s’inquiéter pour leur fils, les nobles et les bourgeois n’auront plus à craindre pour leurs richesses et l’âge d’Orr renaîtra enfin ! Une nouvelle famille royale verra le jour et tout pourra redevenir comme avant… oui, il me suffit de tuer la princesse, et alors…

_____Lyssa claque ses doigts devant mes yeux sans rien savoir de mes pensées délirantes, me ramenant directement sur terre. Pendant un instant, j’ai eu l’impression que tout pouvait m’appartenir. Pendant un instant, j’ai eu l’impression d’être un Dieu. Mais le regard triste et désolé de Natasha, les yeux interrogateurs de Morghane et la mine sérieuse de Lyssa sont braqués sur mon visage dépassé. Oui, c’était tentant. Mais l’Egide appartient à Morghane, la Larme à Léo et le bâton au roi. Je n’aurai jamais tous ces artefacts, je ne serais pas plus puissant que la princesse, non. Ce n’est pas la solution. Et puis, je ne suis pas Emeric, je ne veux pas anéantir la famille royale pour parvenir à mes fins … surtout que ça amènera la fin du monde puisque les artefacts finiront par s’éteindre. Ne me reste-il pas un soupçon d’humanité, quelque part ? Ne puis-je pas plutôt me dire que je ne peux pas tuer cette innocente princesse ? Théodore a perdu la raison : ce serait un acte de charité que de le tuer, et la princesse le ressent jusque dans les tréfonds de son âme… Mais elle, elle est innocente ! Elle, elle est si jeune, elle est si pure, elle est si belle… Quel est le monstre qui pourrait envisager de la tuer ? Moi ? Tout d’un coup, j’ai honte, j’ai honte de moi qui suis si insignifiant et misérable, si monstrueux et ambitieux à la fois… Mais qui suis-je, mais qu’ai-je fait, mais que devons-nous faire ? Pour l’instant, la première des priorités. Survivre.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 24 Avr - 22:28

Quatrième partie, la chute du roi :

I.

_____Ça a été vraiment dur de convaincre mes amis : pourquoi on ne récupère pas la princesse ? C’était la mission… Mais pourtant, ça ne nous avancerait à rien de la capturer. Ce serait assez simple, pourtant, mais nous pouvions être sûrs qu’elle ne nous aiderait jamais… Personne ne doit pouvoir aller contre la volonté d’un autre, c’est ce qui fait de nous des hommes. Notre volonté. Et pourtant, pourtant Léo nous a envoyés ici : il doit avoir une idée derrière la tête. Il doit avoir un plan, il a sûrement trouvé un moyen d’exploiter le cristal, un argument quelconque, une combine brillante, quelque chose, quoi. Nous devrions nous en tenir à notre mission : ramener la princesse. Mais il faut prendre en compte la lettre de Léo, authentifiée par les trois points minutieusement placés qui atteste sa provenance :

__________« Le Noire Éclats de Vénus,

_____Alors que nous fêtions notre victoire, le Soleil a cessé de brillé… Le ciel s’est obscurci, couvert d’épais nuages, et les ténèbres se sont emparées de la capitale. J’ai pris peur, et j’ai ordonné aux rebelles de quitter la ville, mais personne ne m’a écouté. J’ai assisté, impuissant, depuis la colline surplombant le palais, aux terrifiants cris de douleur et de peur qui n’ont jamais cessé de résonner. Au-dessus de la ville, les nuages noirs annonçaient un bien mauvais présage : Sevril est de retour parmi nous, et sa noirceur va bientôt se répandre sur tout le Royaume… Rejoignez-moi avec la princesse là où il pensait qu’elle sera, dans trois jours au plus tard. Bon courage et bonne chance, puissent les Dieux être avec vous. »

_____La lettre s’adresse manifestement à mes trois compagnons, chacun désigné par une partie de leur nom de code. Elle confirme les dires de la princesse, mais elle nous confirme aussi notre mission : la ramener en lieu sûr. Sauf que nous n’arriverons pas au point de rendez-vous avant qu’Angello ne nous rattrape… C’est peut-être ce qu’il insinuait avec la dernière phrase… La princesse nous a menés loin dans la plaine, désormais, et la nuit est presque entièrement tombée… Il arrive.

_____Nous sommes six. Trois d’entre nous sont assis en cercles, dos à dos. Lyssa se crispe sur son arc dans l’attente oppressante, la princesse tressaillante ravale ses larmes en silence et je tremble. Je tremble de peur et de terreur, je tremble parce que je ne sais pas ce qu’il va m’arriver, je tremble parce que ce qui vient est plus fort que moi, plus fort que nous, plus fort que tout. Je tremble parce que je sais que je vis mes derniers instants et que je ne connaîtrai plus la chaleur du Soleil… Les trois autres se sont cachés dans les fourrés. Autour de nous se trouvent des torches régulièrement espacés qui nous offrent une visibilité importante, comme pour signaler notre position : « Ils sont là, venez les tuer ! », crient les torches, mais je sais que la lumière est notre seule arme face aux ténèbres.

_____Très loin dans le ciel, la Lune se voile derrière d’épais nuages, et les étoiles nous privent bientôt de leur éclat, nous laissant seuls dans les ténèbres, avec une vingtaine de torches comme dernier rempart face à la mort.

« -Il arrive. »

_____La princesse n’avait pas besoin de nous prévenir, mais entendre une voix humaine nous rappelle que nous sommes encore vivants, que nous n’avons pas abandonné, que tout peut encore arriver… Il arrive. De longs et obscurs filaments rampent sur les herbes qui semblent grisonner à leurs côtés, et un épais manteau de fumée s’approche lentement de nous, prenant forme silencieusement devant nos yeux incrédules. Lyssa arme son arc, prête à décocher une ridicule flèche, prête à fendre la nuit d’un trait dont elle se rie. Quant à moi, je regarde mon sabre avec hébétude, sans trop savoir ce que je suis censé en faire… Je finis par le sortir de sa gaine, mais l’arme de Morghane est si étrangère que je ne saurais comment m’en servir…

_____Dans un aboiement de fureur, une immense créature, un loup gigantesque aux poils noirs et hérissées, un monstre de puissance et de rage de la taille d’un petit cheval surgit des ténèbres pour nous bondir dessus dans un jappement de douleur. Nous nous dispersons et la bête s’effondre, glissant sans bruits à l’endroit où je me trouvais… Qu’est-ce que c’était ?

« -Je ne sais pas, » dit Lyssa, « mais ce n’est plus. »

_____Encore une fois, je me dis que je n’aurais pas assez de l’éternité pour la remercier, mais la reconnaissance ne trouve plus sa place dans mon cœur : la peur, encore la peur, seule la peur me domine. Ce monstre surgi de nulle part nous rappelle que nous affrontons quelque chose que nous ne comprenons pas, ce loup assoiffé de sang qui s’attaque à l’homme nous rappelle que nous ne pouvons pas vaincre… Mais pourtant, pourtant nous l’avons vaincu ! Alors, il a beau avoir été envoyé pour nous faire peur, je sens monter une terrible hargne en moi, une rage nouvelle et impérieuse, une force, un appel, un besoin qui surmonte tout : plus que la peur, plus que le désespoir et la crainte, je suis désormais habité par la rage de survivre ! Non, plus que tout, ce n’est pas la volonté de vivre qui m’habite, mais la volonté de tuer. Oui, car je veux en découdre. Non, notre adversaire n’est pas invincible, non, ce loup n’était pas immortel : ce n’était qu’une faible créature comme nous tous. Quelque que soit sa nature, celui qui nous fait face veut nous faire croire qu’il est plus fort que nous, mais en fait… En fait, nous avons terrassé ce monstre, Lyssa a terrassé ce monstre, et désormais nous savons que Sevril n’est pas invincible.

_____Avec des cris de rage, des dizaines de loups surgissent des ténèbres, de tous les côtés, de partout… Des hurlements jaillissent ici et là, à droite, à gauche, derrière… Les loups s’attaquent d’abord à nos torches, les renversent, les étouffent en se brûlant les pattes dans des glapissements de douleur… Des dizaines de cadavres jonchent le sol, une flèche dépassant de leur carcasse inanimée, mais à chaque fois, ce n’est pas un, ce n’est pas deux, ce sont trois loups qui viennent remplacer leur camarade tombé sous les Éclats de la Lune. Soudain, la lumière se fait dans un brasier infernal, et les cris d’agonie de ces monstres nous déchirent les oreilles… Partout, partout autour de nous, l’herbe prend feu et la chaleur de la vie vient repousser nos assaillants qui se font craintifs, n’osant s’approcher des dévorantes flammes qui pourtant progressent. Elles ne progressent pas vers nous, mais gagnent le reste de la plaine, illuminant la nuit d’une lueur énigmatique, réchauffant nos cœurs d’un grand espoir qui pointe… Brûlés, carbonisés, les monstres battent en retraite, tombés comme des débutants dans le piège que nous leur avons tendu… La princesse savait bien qu’Il s’attaquerait aux torches… Mais Sevril ne se montre toujours pas, et la terreur n’a pas encore été vaincue…

_____Dans un grondement de tonnerre, les épais nuages illuminent un temps le ciel avant de déverser sur nous la froide et dure pluie de la mort… Les flammes s’éteignent dans nos cœurs et le noir se fait ; seules restent les ténèbres qui triomphent en silence. Soudain, un cri. C’est Arthur. Il crie sa douleur et sa peur, sa voix déchirante s’élevant longtemps avant de s’éteindre… Reste alors sa respiration saccadée accompagnée de quelques gémissements, puis nous entendons un corps s’écrouler sur le sol… Non, Arthur ne peut pas être mort, ce n’est pas possible ! Pas Arthur, pas lui, pas mon ami ! Et Lyssa… Je n’ai pas besoin de Soleil, ce n’est pas ce que je désire… Mais se fane une autre merveille : où est donc passé ton sourire ? Seule l’horreur reste, et nous nous sentons ridicules d’avoir songé à gagner, et nous nous sentons ridicules d’avoir songé à résister : ce n’est pas la peine, nous n’y gagnerons que la souffrance. Notre adversaire est plus fort que nous.

_____Une lumière verte éclaire désormais la plaine. Noires et calcinées, les herbes meurent de tous côtés. Des colonnes de fumées se rassemblent devant moi, matérialisant les ténèbres dans une silhouette humaine : une mimique effarée au visage, l’oracle apparaît bientôt devant nous, éclairé de mon globe de plus en plus brillant qui lévite devant moi, toujours rattaché à mon cou par ce mince collier. À ses pieds gît Arthur qui cherche à s’éloigner en rampant, comme un condamné qui refuse de mourir, comme un insecte blessé qui fuit vainement son bourreau. À ma droite, la princesse me regarde calmement de ses yeux si tristes et emplis de douleur, à ma gauche, une Lyssa tremblotante tient son arc sans assurance, encochant une flèche destinée à tuer, encochant une flèche destinée à venger.

_____L’oracle regarde mon Globe sans comprendre, aveuglé par sa sainte lueur, paralysé, immobilisé et rendu impuissant par la force de la lumière… La flèche de Lyssa part avec une lenteur irréelle, parcourant lentement les quelques mètres qui la séparent du cœur de l’oracle, et la flèche de Lyssa se fiche en silence entre les côtes d’Angello dont le visage se déforme de douleur, d’impuissance et d’incompréhension. Nous avons vaincu.

_____L’oracle s’effondre lourdement sur Arthur et Lyssa se précipite pour le dégager, n’en croyant pas de le revoir vivant. Arthur est vert. Il est aussi vert que ma lumière. Ses yeux fatigués nous dévisagent d’un air hagard devant le visage impuissant de Lyssa qui crie, crie pour le ramener à la vie, mais Arthur est mort…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 24 Avr - 22:31

« -Non, Arthur, ramène-toi, ramène-toi, reviens !!! », lui crie Lyssa.

_____Son compatriote, son camarade, son compagnon, son ami lui échappe entre les doigts. Et alors elle crie. Elle crie sa rage et sa douleur, elle crie parce qu’elle ne peut rien faire et elle crie parce qu’elle maudit les Dieux. Je la vois compresser sa tête contre sa poitrine pour lui déverser sa chaleur, je la vois dans cette lumière irréelle, se révoltant contre la mort… Mais Lyssa, il respire encore ! Ses yeux verts luisent dans la nuit, ses larmes coulent et je suis si impuissant devant la mort… Oh mais Lyssa, il vit encor ! Mais ses paupières fatiguées privent ses yeux de l’éclairé, mais sa conscience torturée s’en va déjà pour nous quitter…

_____Lyssa le secoue encore en criant, le suppliant et le berçant, mais le noir se fait. Je repense à tout ce qu’ils ont vécu. Je me rappelle les fois où ils plaisantaient gentiment sur les exploits de l’autre, sur leurs erreurs et sur leurs gaffes, je me rappelle qu’ils se connaissent depuis l’enfance, depuis si longtemps, depuis huit ans déjà, et je ne peux imaginer l’amitié, la complicité et tout ce qui les a soudés… Pourquoi, pourquoi une seule nuit suffit-elle à les séparer ? Mais triste, triste est le ciel ce soir, parce que, malgré tout, seuls les Dieux ne meurent pas. Mon globe cesse de léviter et se cogne lourdement contre ma poitrine. Un cri rageur, furieux et lointain résonne dans la plaine :

« -Il arrive. », nous annonce la princesse.

_____Le noir est presque total, à peine percé par la faible lueur de mon globe de jade, une lueur épuisée qui n’en peut plus de se battre. Et moi, dépassé et impuissant, j’entre avec violence dans la peur de la nuit et rage et m’enrage contre la mort de la lumière…

« -Sola, derrière toi ! »

_____Une flèche frappe la nuit, ne rencontrant que du vide. Je me retourne en reculant, mais seules les ténèbres me font face : la lumière verte de mon globe rencontre d’épaisses colonnes de fumée qui s’approchent lentement… je recule à nouveau, criant ma peur, criant ma peur parce que c’est tout ce qu’il me reste. Je n’y vois rien, le monde est entièrement noir, mon esprit s’obscurcit comme si plus aucune pensée ne pourra plus jamais le traverser, et je crie, je crie avant de sombrer dans le néant. J’ai une dernière pensée pour Arthur qui en est revenu, et puis plus rien, absolument rien, le néant total.

_____Des cris de douleur s’élèvent. Une douce musique parvient à mes oreilles. Une improbable lumière bleue s’est emparée de mon monde. Un bleu foncé, foncé comme un ciel d’été. Un bleu pareil à ce ciel au-dessous duquel tout est encore possible. Quelqu’un agite rageusement ma lourde tête qui se balance de droite à gauche, quelqu’un me tapote désespérément la joue et crie mon nom d’une voix si familière… Oh, mais pourquoi tant de douleur ? le monde était si calme, dans le noir. Plus d’espoir, plus de crainte, plus de peur, plus rien.

_____Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, le visage inquiet de Lyssa se rassure instantanément et elle me secoue et elle me secoue, et elle manque de me replonger dans la mort ; mais sa joie est si réelle que je lui offre un sourire, oubliant qu’il n’a plus vraiment sa place, ici-bas. Devant moi, Pasht se tient debout avec son Egide qui lévite calmement au-dessus de sa paume, éclairant la plaine d’une lumière impérieuse et irrésistible qui me redonne aussitôt la chaleur. Arthur gémit quelque part aux pieds de la princesse et Lyssa me caresse doucement les cheveux alors que Victor se tient là, à ma gauche, sa sombre silhouette complétant notre groupe de six. Mon regard se tourne à nouveau vers le possesseur de l’Egide : grande, belle et sereine, Morghane nous protège pour un temps du mal, mais cela nous suffira-t-il pour vaincre les ténèbres ? Car non, ce n’est pas Pasht qui se tient auprès de moi, c’est bien Morghane, l’amirale des troupes de Délos…

_____Lorsque Lyssa retire ses mains de mes cheveux, je me redresse calmement et consulte la princesse qui semble toujours aussi triste. Ses yeux brillent tellement qu’on pourrait les confondre avec deux étoiles, ces tâches bleutées que l’on voit parfois par la nuit sans Lune, sauf que ces étoiles-là, elles se trouvent juste ici, tout près de moi, alors que les autres se trouvent bien loin dans le ciel, peut-être à des milliers de kilomètres, peut-être plus, plus loin encore que le Soleil et que la Lune, plus loin encore que Vénus et que toutes les autres étoiles… Ces étoiles-là, on peut les voir distinctement et s’y brûler, s’y consumer éternellement. À son cou, son collier émet une puissante lumière blanche qui provoque en moi une inquiétude latente, un malaise si puissant que je détourne le regard.

_____Dans la plaine, les colonnes de fumée se rassemblent rageusement pour tenter de progresser malgré tout, mais la lumière est si brillante que nulles ténèbres n’y sévissent, et Sevril est impuissant devant nous… pour l’instant. Au bout d’un moment, la pâle lueur de la Lune pointe à nouveau parmi les étoiles, et une douce clarté s’empare de notre plaine, dissipant les ténèbres pour de bon. Nous sommes incrédules, nous sommes épuisés, nous sommes dépassés mais nous avons gagné. L’Egide et le cristal cessent lentement de briller pour retrouver leur luminescence initiale, cette faible lueur qui émane de mon propre artefact.

_____Lorsque je me rapproche d’Arthur, des frissons me parcourent le corps de part en part, et je me rends compte que j’ai froid, si froid, tellement froid que je pourrais geler. Livide et pâle, la vipère noire soutient mon regard avec ses yeux d’outre-tombe, des yeux entièrement blancs qui reprennent à peine leur teinte si caractéristique : gris clair, ces yeux sont faits pour se fondre dans la nuit, comme le sont ces cheveux noirs. Arthur est un agent de l’ombre, il excelle à exploiter l’obscurité pour se dissimuler subrepticement aux yeux de tous avant de fondre vers l’objectif tel un serpent vers sa proie. Assassinat, vol et espionnage sont des jeux, pour lui, mais, même s’il ne s’encombre pas d’état d’âme pour effectuer ses missions, je sais qu’en lui bat un cœur d’homme. Après tout, j’ai vu son regard à la fin de la course céleste : c’était la première fois qu’il dirigeait une unité, et tous ses hommes sont morts. Depuis, il est habité par un puissant sentiment d’échec et de culpabilité qui le ronge et le mure dans un épais silence, le rendant plus noir que jamais… Arthur ne devrait pas craindre les ténèbres.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Mai - 21:17

« -Il pourrait revenir à n’importe quel moment, » dit la princesse : « Nous devrions organiser des tours de garde. Dès que la lumière commence à faiblir, ça veut dire qu’il revient. »

_____En d’autres termes, le danger n’est écarté que temporairement : ce n’est pas le moment de nous entre-tuer, pas encore. La princesse s’achète du temps. Mais au bout d’un moment, si nous survivons, il faudra revenir à la réalité, une réalité où nous n’étions pas dans le même camp. Calme et déterminée, Lyssa acquiesce :

« -Je prends le premier tour. »

_____Évidemment, la princesse ne répond pas à la question "Qu’est-ce qu’on fait, si il revient ?", et un sourire amusé se dessine sur mes lèvres lorsque je la vois rejoindre Victor… Les Dieux n’ont jamais eu le sens de l’humour. Je me retourne vers Lyssa qui fixe la Lune du regard, cet astre pâle et ridicule dont le disque nous offre une faible mais bienvenue lumière.

_____La lumière rouge danse silencieusement au rythme de ces fins nuages et de la fumée grise s’élève partout dans la plaine. Elle masque la vue, asphyxie les poumons, et je cherche une échappatoire, je cherche un moyen de respirer, mais il n’y en a pas ! La plaine entière est envahie des ténèbres, et l’atmosphère est irrespirable… il faut que je m’enfuie, il faut vite que je m’enfuie ! Des brasiers infernaux s’allument dans un bruit étouffé, torturant encore plus mes poumons de leur aveuglante et épaisse fumée noire. Mes yeux me piquent, ma gorge me brûle, mes poumons me déchirent et j’essaie de crier mais aucun son ne sort ! Je m’étouffe. La lumière rouge s’affaiblit à mesure que mes yeux se voilent et m’emportent dans le néant. Je me retrouve dans cette ville en ruine, celle où ils ont vécu lorsqu’ils étaient enfants, je crois entendre sa voix quelque part mais je suis si seul, pourquoi est-ce que je suis si seul ? Je cours parmi les décombres et trébuche sur quelque chose, mais pourquoi est-ce que je ne peux pas trouver la sortie ? Je suis perdu, je ne sais plus, je suis perdu… J’ai la désagréable sensation de tomber, de tomber sans fin, sans qu’il n’y ait rien pour me rattraper, de tomber de plus en plus vite sans avoir quoi que ce soit à quoi me raccrocher, de tomber dans le vide, encore et encore. Il est oppressant, il est partout, il n’y a plus rien que le vide.

_____Lyssa me secoue avec inquiétude et j’émerge lentement dans la douce réalité… Son visage inquiet se dessine devant moi, mais tout est flou autour de lui. Je la rassure d’un sourire et émerge en baillant : je suis toujours en vie, prenant conscience de ce qui m’entoure alors qu’elle se relève… non loin de moi, un Arthur hésitant et terriblement blanc se redresse avec une lenteur démesurée, tel un mort s’extirpant de la tombe. Auprès de lui se trouve Morghane qui s’inquiète de son teint pâle avec ses sourcils froncés, ceux qu’elle arbore lorsque la curiosité et l’inquiétude se mêlent à l’incompréhension. Des mètres plus loin, Natasha frissonne, adossée à son arbre, et Victor est assis par terre, tripotant machinalement un brin d’herbe sans vraiment savoir quoi en faire. Lorsque je regarde à nouveau Lyssa, son visage éclairé par les timides et rasants rayons du Soleil lui confère un aspect calme et irréel, reflet gracieux de l’insoupçonnable beauté qu’irradie tout son corps.

« -Votre armée… tout le monde est mort… pourquoi est-ce que tout le monde est mort ? »

_____Sevril a profité de la nuit pour décimer l’armée rebelle, si on en croit la princesse… Des centaines de personnes sont mortes, cette nuit, mais pas nous… pourquoi pas nous ? D’un seul coup, je ressens la soudaine envie d’en finir : je me sens coupable, je sais que tout est de ma faute et je veux juste mourir… à quoi bon fouler à nouveau la terre ? La vie n’est que douleur… c’était tellement agréable, quand j’étais mort, enveloppé par les ténèbres ! plus de soucis, plus d’espoir, plus de souffrance, plus rien. Maintenant, je veux juste que cette souffrance prenne un terme, je veux juste que la folie prenne un terme, je veux juste que la mort vienne me libérer.

« -Qu’est-ce que tu veux dire ? »

_____Les forces militaires de Délos et des rebelles ont été anéanties. Zelmon est en train d’être repoussé vers le Nord et Yannick et Loïc se battent furieusement contre les Nisis…. Mais pourquoi est-ce que tout le monde se bat, mais pourquoi est-ce que personne ne peut vivre en paix ? Tout d’un coup, je comprends que la paix et le bonheur dans lesquels j’ai vécu n’étaient qu’une illusion, qu’une chose aussi factice qu’un rêve, un mensonge proféré par les artefacts. Tout d’un coup, je comprends que la quiétude n’a été obtenue que par la force et qu’il ne peut y avoir de paix sans guerre… Pourquoi faut-il se battre pour obtenir la paix ? Il n’y a plus de roi tyran et d’armée libératrice, il n’y a plus qu’un conflit d’intérêts, des gens qui poursuivent leurs idéaux, qui convoitent des richesses et du pouvoir, toujours plus de pouvoir. Il faut se battre parce que chacun a ses revendications, il faut se battre parce que chacun conçoit le monde à sa manière, et il faut se battre parce que nous avons tous des idéaux différents, parce que nous sommes tous à la poursuite de nos propres objectifs. Il faut se battre pour s’imposer devant tous les autres.

_____Moi, j’étais à la poursuite d’un rêve : je voulais que tout redevienne comme avant. Mais en fait, rien ne sera plus jamais pareil. La paix que connaissait l’Orr n’était rendue possible que grâce à l’Egide. La stabilité du Royaume aussi : dès que la couronne perd le cristal, la moitié du pays se soulève contre son roi. Le bonheur que je poursuis a toujours été factice. J’ai l’impression d’avoir été une marionnette… on m’a manipulé en agitant un rêve devant moi, et pourtant… Théodore est un tyran, c’est un fait. Il ne peut garder le pouvoir, il ne peut rester sur le trône, car sa vision des choses n’est pas assez souple, parce qu’il veut imposer sa paix en conquérant d’autres territoires, par la force, par les armes et par la guerre. Les Dieux ne voulaient pas ça.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Mai - 21:18

_____Mais l’alliance, l’alliance ne vaut pas mieux que Théodore : elle veut s’emparer de l’Orr et la gouverner pour être sûre qu’il ne sera plus jamais une menace… est-ce ça que je voulais ? Remplacer un tyran par un autre ? Peut-être… Je pense que, si le tyran est juste, alors c’est un bon tyran. Je pensais qu’il fallait payer un prix, pour la paix. Je savais bien que Délos n’allait pas s’arrêter une fois le roi renversé, je savais bien qu’Ascalon et les Vertes Vallées n’allaient pas gentiment retourner dans leurs territoires de l’Est, mais peut-être que je préférais ça à la guerre… Mais maintenant, qu’en est-il ? Je sais que si la famille royale disparaît, on assistera à la naissance d’un nouveau monde, d’un monde sans artefacts. Mais avons-nous vraiment besoin des Dieux ? Les Dieux ne servent qu’à nous protéger les uns des autres, après tout. S’il n’y avait pas la menace latente de ce mal étrange qu’a vu Natasha en songe, de cette malédiction qui couvre les hommes de pustules et les tuent dans d’atroces souffrances, on n’aurait pas véritablement besoin de l’Egide.

_____Parce que l’Egide a sa propre volonté, je l’ai vu : elle n’a pas besoin d’être activée pour nous protéger de ce mal, elle le fait d’elle-même. Ce qu’a vu Natasha correspondait à la réalité, oui, parce que je n’avais pas le Globe et que l’Egide ne fonctionnait plus correctement. Des gens sont morts par ma faute, c’est vrai, mais mon artefact possède un autre pouvoir, tout aussi important : celui de tout reconstruire. Maintenant, je le sais, l’Egide nous protège à nouveau … Sinon, qu’est-ce qui aurait empêché Sevril de nous anéantir ?

_____Moi, je ne sais pas ce qu’il va se passer, mais Léo n’a pas tort : pas besoin de cristal pour y voir. Il suffit d’ouvrir les yeux : Quelque soit le résultat de la bataille navale à l’Ouest, rien ne pourra empêcher Ascalon et les Vertes Vallées d’avancer sur le palais, pas même le roi. La famille royale va être anéantie, et le cristal retournera à son possesseur initial, Ambogh, le Dieu de la clairvoyance et de la lucidité. Ascalon s’emparera du bâton, mais l’artefact n’obéit qu’à son possesseur, et il ne sera plus rien qu’un simple bâton. Lorsque tout sera terminé, peu importe ce qu’il adviendra du Royaume, Morghane retournera dans son archipel avec l’Egide, et Lyssa dans les Vertes Vallées, à l’autre bout du monde. Plus personne ne pourra se servir de l’Egide. Quant au collier, Natasha se débrouillera pour le détruire ou le cacher : sans l’Egide pour empêcher les hommes de se le disputer, il sera à l’origine de plus de souffrance que de bonheur… La Larme aussi sera perdue, parce qu’elle n’obéit qu’à la reine, et que Natasha n’aura pas l’occasion de devenir reine… Ne restera plus que le Globe, dernier vestige de la volonté des Dieux sur le monde.

_____De cela dépendra l’avenir de tous. Si mon Globe reste entre de bonnes mains, il rétablira l’équilibre. La frontière entre les Dieux et les hommes sera rétablie et les hommes pourront s’entretuer tranquillement. Car oui, ils ne cesseront jamais de se battre, pas sans l’Egide. Mais bon, quoi qu’on fasse, il y a quelque chose qui ne changera pas : Sevril, le Dieu des ténèbres, arpentera à jamais la surface de la Terre pour y semer un joyeux bazar, et rien de ce qu’on pourra faire contre lui n’y changera quoi que ce soit. Mais j’ai vu, j’ai vu à travers les yeux de Natasha : Il existe un moyen de vaincre Sevril et de le renvoyer d’où il vient. Il nous faut le bâton.

« -Ascalon va repousser mon père jusqu’au palais. Il va revendiquer le trône. Nous devrons y être pour sauver mon père, c’est le seul moyen de vaincre Sevril.
-Non, Natasha, tu te trompes. Tu viens avec nous. Léo nous a donné rendez-vous. Je suis sûr qu’il va nous trouver un moyen. »

_____Ce n’est pas étonnant qu’on ne veuille pas sauver Théodore : non seulement c’est l’homme à abattre, mais en plus il a complètement sombré dans la folie après la mort de sa femme. Mais Natasha secoue la tête avec vigueur :

« -Non, non ! Je ne viens pas avec vous, vous venez avec moi ! Vous voulez tuer mon père !!
-Ton père est mort, de toute façon… rends-toi à l’évidence ! »

_____Elle secoue de nouveau la tête mais manque de conviction lorsqu’elle sanglote :

« -Non, père n’est pas mort, c’est pas vrai ! Père ne va pas mourir, il va sauver le Royaume ! il va sauver le Royaume, n’est-ce pas ? … »

_____Mais Natasha ne croit pas en ses propres paroles : elle se replie dans son chagrin, indifférente aux consolations apportées par Victor, indifférente à tout ce qu’il pourrait lui apporter.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 12 Mai - 15:28

II.

_____Nous avons essayé, nous lui avons parlé, mais jamais la princesse ne nous aidera. Nous voulons tuer son père, nous annonce-t-elle en boucle, et pas moyen de la ranger de notre côté. Si nous traînons Natasha et Victor jusqu’à Léo, jusqu’au point de rendez-vous, nous aurons une seule certitude : nous n’obtiendrons jamais rien d’eux, et ils nous anéantiront dès que possible. Et puis, nous ignorons le plan de Léo, même s’il consiste certainement à exploiter le collier et récupérer le bâton. Oui : après la princesse, Victor est le deuxième à pouvoir revendiquer la possession du collier. D’ailleurs, ce dernier devrait lui appartenir, en toute logique. Pourquoi ? Parce que nous lui avions promis, et que le collier appartient au vainqueur. Je suis le vainqueur, mais Emeric a promis le collier à Victor. Or, je suis censé obéir à mon chef… bon, dans les faits, ce n’est pas exactement ce qu’il s’est passé, mais n’empêche que le collier devrait appartenir à Victor. Du coup, si on fait en sorte que la princesse remette le collier au mercenaire, il aura le droit à un vœu. On pourra récupérer le bâton. Après, je ne sais pas trop comment on fait pour pouvoir nous en servir, mais bon… une chose à la fois…

_____Quoi qu’il en soit, je n’ai pas spécialement envie de rester à la merci des caprices de la gamine en attendant que Sevril revienne, donc je suis plutôt partant pour emmener Victor et Natasha de force. Mais le problème, c’est que ce ne sera pas si simple : on a près d’un jour de marche jusqu’à la gare, mais nous ne pourrons pas l’atteindre avant la tombée de la nuit, pas si nous devons neutraliser puis porter ces deux zigotos… nous sommes donc dans une impasse, nous sommes donc impuissants, et tout ce que nous pouvons essayer de faire est de raisonner la princesse, mais rien à faire. Jamais elle ne nous aidera. Finalement, c’est le bruit des sabots qui nous tirera de cette situation.
Chevauchant un puissant cheval blanc, un jeune homme se pointe à l’horizon, suivi de toute une procession de chevaux. Lorsqu’il arrive à notre niveau, il descend tranquillement de sa grande monture pour venir nous saluer :

« -Et bien, et bien, je pensais que vous seriez plus avancés ! … C’est la princesse, qui fait des siennes ? »

_____Suffisant et insolent, le jeune homme vient à notre rencontre avec une mine réjouie :

« -Je me suis dit que je ferais mieux de venir vous chercher, finalement. »

_____Petit, souple et agile, il trottine d’une démarche enfantine pour s’arrêter devant moi, un sourire naïf aux lèvres :

« -Mais faut dire que j’ai eu de la chance : je suis tombé sur un train qui partait du palais ! Il a bien voulu me prendre, et me voilà ! Bon, par contre, le palais a été repris, vous avez eu ma lettre ?
-Repris ? Pas repris, dévasté, détruit, réduit à néant… Il n’y a plus rien, rien que les ténèbres… »

_____Que Natasha ne puisse plus voir le palais signifie qu’il n’appartient plus à la famille royale. Il a bien été repris. Sans attendre la réponse, Léo continue, tout excité :

« -Et vous êtes encore vivants ! », s’écrie-t-il en levant les bras en signe de victoire : « Vous avez vaincu Sevril… incroyable !
-En fait, on ne l’a pas exactement vaincu … »

_____Déçu, Léo baisse lentement les bras, et toute joie s’efface immédiatement de son être :

« -Ah ? »

_____Il y a toute une question dans ce « Ah ? », toute une attente, tout un espoir.

« -Les Dieux ne peuvent pas mourir. », lui rappelle la princesse, « Sevril ne peut être vaincu… Nous sommes condamnés. Les ténèbres… Il a repris la forteresse… et le port. Des zones d’ombre dans mes yeux, des zones que je pouvais voir jadis mais qui ne sont plus… la noirceur se répand dans notre monde ! Il est trop tard… »

_____Sans se dégonfler devant ces mauvaises nouvelles, Léo semble au contraire s’en réjouir :

« -Oh, princesse ! Vous daignez enfin m’adresser la parole… quel bonheur ! C’est assez vilain, de mentir, tu sais ? »

_____Natasha ne répond pas et s’enfouie de nouveau le visage derrière ses genoux pour continuer de pleurnicher, ce qui semble désoler Léo :

« -Ah, mais tu vas pas arrêter de pleurnicher ? Tu sais, il y a un temps pour tout : il y a un temps pour pleurer, et un temps pour renvoyer Sevril d’où il vient… Et là, tu vois, c’est pas trop le moment de pleurer… »

La princesse est immature, mais Léo est encore plus jeune. Il a dix-sept ans. Tout le monde le considère comme un gamin, sauf ceux qui savent qui se cache véritablement derrière ce masque de candeur et d’innocence. Car oui, derrière ce visage angélique de jeune homme, derrière ses traits d’enfant et ses fins cheveux marrons se cache le plus redoutable cerveau de l’histoire. Derrière ce masque se cache 2’, le chef du corps stratégique de l’armée rebelle. Sa plus grande force n'est pas son intelligence mais son impensable habilité à la cacher. Il a trouvé le camouflage idéal. Personne, absolument personne n’est à même de se douter que ce gamin est en fait une des figures les plus importantes de la cause rebelle, pas même les rebelles eux-mêmes. Seules quelques rares personnes sont au courant, et encore. Si Arthur est au courant, c’est bien parce que Lyssa l’a mis dans le secret, de même pour moi avec Morghane. Normalement, Arthur et moi n’étions pas censés savoir qui se cache derrière le mystérieux nom de 2’.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 12 Mai - 15:30

_____Et là, nous assistons à un spectacle des plus improbables : Léo, ici, en train de faire une leçon de morale à la princesse, en train de réussir là où nous avons tous échoué, en train de parvenir à lui faire sécher ses larmes. La princesse vient enfin d’accepter la dure vérité : son père est condamné. Et nous aussi, mais seulement si elle ne nous aide pas. Mais elle n’est toujours pas décidée à nous aider, juste à s’arrêter de pleurer. Léo pousse un long soupir d’exaspération lorsque la princesse se met à bouder contre son arbre, mais il n’abandonne pas pour autant. Lui aussi, il sait. Il sait des choses que je n’ai pas pu voir, pas même avec la vision de Natasha. Parce que la princesse voit tout, elle est redoutable. Parce que Léo voit ce qui est mis sous ses yeux, il l’est encore plus. Léo est bien conscient que Sevril ne va pas attendre gentiment la tombée de la nuit, non. Il va revenir à la charge, ce n’est qu’une question de minutes. Heureusement, le cours des événements est plutôt bien minuté, pour une fois.

_____Il faut dire que la bataille était très mal engagée, pour le roi. Déjà, il ne pouvait pas faire une barrière complète devant l’avancée des troupes, il aurait fallu couvrir un trop grand territoire et il ne disposait pas d’assez d’hommes. Donc il a regroupé ses troupes en une seule partie, misant sur le pouvoir du bâton pour protéger ses hommes et riposter. Car la meilleure défense, c’est l’attaque. Détruire les armes de l’adversaire fut la première étape. Ensuite, le roi a tenté de les intimider pour les faire fuir, mais Ascalon était en surnombre. Ils ont chargé. À partir de là, il faut savoir que la puissance du bâton est nettement diminuée, sans le cristal, au moins autant que l’est l’Egide, car le bâton fonctionne de la même manière, sauf qu’il ne faut pas de réceptacle. Le roi n’a pas pu empêcher ses soldats de mourir, et il a même été blessé à plusieurs reprises. Lorsque des adversaires se retrouvaient derrière son dos, ça devenait vraiment difficile. Impossible d’esquiver, de parer ou de détruire une attaque que l’on ne voit pas arriver. Du coup, le roi a été contraint de se battre en retraite, encore et encore, pour éviter d’avoir à exposer ses arrières. Le problème, dans tout ça, c’est que ça n’empêche toujours pas ses hommes de se faire tuer.

_____Assez rapidement, les troupes du roi se sont retrouvées décimées, et le monarque s’est retrouvé tout seul, seul avec son bâton. Il est entré dans une sorte de folie destructrice, éliminant toute trace de vie autour de lui… c’est peut-être pour ça qu’il n’y avait qu’une étendue désolée à cet endroit, quand Natasha m'a montré la scène d’après. Ascalon a compris qu’il ne fallait pas s’approcher du roi, qu’il ne fallait pas entrer dans son champ de vision. Donc l’alliance a entrepris de le contourner pour le prendre par derrière. Pour l’encercler. Le roi a compris, mais trop tard : lorsqu’il a pris la fuite, il était déjà pris au piège. Alors il a décidé de se battre, de se battre jusqu’au bout pour protéger son Royaume. Parce qu’au fond, il le savait : il n’y a pas de grâce possible pour lui, pas pour le roi, pas pour Théodore, pas pour celui qui a envahi les Vertes Vallées et refusé de se plier aux revendications des futurs membres de l’alliance.

_____Et à cet instant encore, il se bat. Malgré tout, le roi est redoutable. Il bouge sans répit pour ne pas offrir d’angle mort et réduit en poussière chaque flèche qui lui arrive dessus, répliquant aveuglément dans l’espoir de détruire les archers. Mais il y a aussi les boulets de canons, les catapultes, les trébuchets… Ces armes ont la précision d’un épevrier aveugle, mais elles n’en sont pas moins dangereuses. Le roi sera rapidement submergé, et Natasha le sait. Ce n’est qu’une question de secondes, de minutes tout au plus. Bientôt, la princesse va assister à la chute du roi. Bientôt, l’attaque de l’alliance va porter ses fruits et les opérations seront une réussite totale, comme l’avait souhaité Léo. Le général Khaine qui a repoussé l’empire Zelmon au-delà des frontières de l’Orr ne peut disperser ses troupes pour s’enfoncer dans cet immense empire, mais il ne peut pas les retirer non plus, car, à ce moment-là, qui barrera la route des troupes de Zelmon ? Il y a quelque chose que j’ai vu, mais Khaine ne le sait pas : Zelmon ne réattaquera pas l’Orr. L’empire a obtenu ce qu’il voulait, c’est-à-dire qu’il a récupéré ses terres. Si Khaine part à la rencontre d’Ascalon, les Zelmons n’en profiteront pas pour prendre le palais. L’empire du Nord n’est pas empli d’ambition, contrairement à la plupart des grands empires… pour ne pas citer les Nisis.

_____D’après ce que Natasha m’a montré, ils sont en passe de remporter la bataille navale. Ça m’attriste un peu, parce que j’aimais bien Loïc et Léa… Pas pour les légendes qui circulaient à leur propos, non, ça n’a pas de sens, mais pour ce qu’ils représentent véritablement. Ces deux personnes qui s’aiment, sans retenue et sans complexe, ces deux personnes modèles qui vivent sans faire de mal à personne, le plus simplement du monde, sans ambition, si ce n’est que d’être ensemble, ces deux personnes sont des icônes dans mon Royaume. Si tout le monde pouvait être comme Loïc… Mais en preux chevalier, il n’a pas résisté à l’appel du devoir et s’est précipité à la rescousse des forces navales de l’Orr, scellant son destin. Peut-être qu’il était déjà écrit, après tout ? Mais ça m’attriste vraiment d’avoir vu ces deux personnes sur le point de tout perdre, ces amants qui s’embrassaient dans une dernière étreinte, qui s’aimeront jusqu’au bout, jusqu’à ce que la mort les sépare… non, qui s’aimeront éternellement, car même la mort ne pourra pas les séparer. S’ils meurent, ils mourront ensemble.

_____Et ils mourront. Car même avec les renforts envoyés par Yannick, l’empire Nisi va quand même obtenir la victoire. Et Yannick ira rejoindre la légende en sombrant dans le néant. Ça aussi, je le trouve triste. Tant de vies qui prennent fin avant l’heure, tant d’espoirs qui ne se réaliseront pas, tant de peines jamais récompensées… À quoi bon ? À quoi bon vivre, si c’est pour mourir ? À quoi bon souffrir, à quoi bon se battre ? Franchement, je n’ai pas la réponse, mais ce n’est pas pour autant que j’ai envie d’en finir. Oui, c’est vrai, j’ai eu mes moments de doute, j’ai eu mes moments de crainte ou de désespoir… Lorsque l’obscurité s’est complètement emparée de moi, j’ai pensé que tout était fini, que rien de ce que j’ai connu n’existera jamais plus, que je ne pourrai plus jamais rien connaître et que c’était bien comme ça. Parce que, enfin, je pouvais enfin arrêter ma course folle, cette interminable lutte pour la survie qui n’avait finalement aucun sens puisque, à la fin, on finit irrémédiablement par mourir.

_____Oui, c’est vrai, j’ai déjà souhaité la mort, mais je n’étais pas désespéré pour autant. Si on souhaite la mort, ça veut dire qu’on espère encore quelque chose, n’est-ce pas ? On espère peut-être que la mort va nous libérer de nos tourmentes, on espère peut-être qu’on aura le droit à une autre vie, une vie meilleure… On se dit peut-être que, entre la certitude de vivre dans la souffrance et la perspective de mourir sans savoir ce qu’il va advenir, on préfère encore mourir et voir ce qu’il va se passer, on préfère aller quelque part où l’on ne sait pas si on sera heureux ou malheureux plutôt que de rester là, dans la souffrance… peut-être qu’il y a encore de l’espoir, même dans la mort…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Aujourd'hui à 23:01

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