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 [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)

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Anaël
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MessageSujet: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 24 Juil - 15:48

Première partie, la course céleste :


I.

_____Lorsque l’humble Erena pénétra dans le Temple Englouti, les Dieux lui donnèrent leur bénédiction et le Cristal de Vision s’inscrivit dans ses yeux, lui donnant alors le don de voyance. Elle découvrit l’Egide, puis le bâton des rois, de puissants artefacts qui lui permettront de réaliser la volonté des Dieux. Grâce à son immense sagesse, sa grande bonté et le pouvoir procuré par ces artefacts, elle put fonder le Royaume d’Orr, un pays prospère protégé par la générosité des Dieux. Il devint un lieu sûr où l’on ignore la maladie, la faim et la guerre ; et tant qu’Erena vécut, la prospérité sourit au Royaume.

_____Encore une fois, je referme ce fichu bouquin, une occupation médiocre quand on attend le moment où l’on va risquer sa vie. Mais que font-ils ? Ils sont censés être là depuis des heures, et il n’y a personne ! Après un dernier regard sur le livre, je repense à tout ce qui m’a mené ici, à la guerre, à la souffrance, à la tyrannie… Oui, le Royaume était prospère, jusqu’à ce que Cassandora arrive au pouvoir. Cette femme était folle, complètement folle, et le chaos dans lequel elle avait plongé le monde va bientôt tous nous faire tuer…

« -Sola ! Je t’ai cherché partout, qu’est-ce que tu fous ?
-Qu’est-ce que tu fous », je réplique, « je suis au point de rendez-vous, je te signale !
-Il n’y a plus de rendez-vous, t’es pas au courant ? Le conflit a commencé !
-Quoi ?! »

_____Le conflit. Cela ne veut dire qu’une chose, que la bataille pour la course céleste a déjà commencé. La course céleste ? Oh, rien de bien particulier, juste un évènement qui se passe une fois tous les dix ans, le genre de truc dans lequel on ne prend part qu’une fois dans sa vie. C’est très simple : une fois le départ lancé, il faut arriver en premier, c’est tout. Bon, il y a quand même une règle : il faut partir du port de granite, une vieille construction proche de la falaise. Le problème, c’est que les enjeux de cette course sont énormes. Du coup, les concurrents ont commencé à se taper dessus avant le départ.

« -Ramène-toi, faut qu’on rejoigne le navire !
-Où sont les autres, pourquoi t’es tout seul ?
-Mais je suis venu te chercher, voyons ! je savais bien que tu n’aurais pas été mis au courant ! »

_____Ben voyons. Autours de nous, ça a commencé à bouger… En fait, c’est carrément le bordel. Et oui, je suis du genre à ne pas trop m’inquiéter quand on fait du raffut dehors, c’est sûrement pour ça que je n’ai pas vu le signal. Le signal… Le signal de détresse, la fumée noire, merde, notre équipage est en danger ! Nous courrons à l’extérieur du bar où un spectacle désolant nous attend : des cadavres, partout ! des navires en feu, des gens qui se battent ! Je cours avec Léo parmi les décombres, essayant tant bien que mal de ne pas être touché par les explosions et les divers tirs de barrage… Je saute, plonge, frappe un fantassin ivre mort, roule à terre, me cache derrière Léo pour me protéger de son vomi nauséabond puis me mets à ramper frénétiquement sous un déluge de flèches. J’entends des carreaux se ficher dans du bois au-devant, et les vibrantes douleurs chantent en chœur au-dessus de moi ; mais où est-ce que je me suis encore fourré ? Léo, l’ami haut gradé qui est venu me chercher, ne s’en sort pas aussi bien que moi : il a ses vêtements pleins de vomi et un bout de son sac a été léché par les flammes… Rapidement, nous nous relevons et nous abritons derrière une maison ravagée par une explosion. Les tirs de barrage ont cessé et les coups de canon ne se font plus entendre. Il semblerait qu’on ait le droit à une accalmie.

« -Vite, faut qu’on rejoigne le navire !
-Et pourquoi faire ? La bataille doit être encore plus violente, là-bas ! Non, faut se mettre en sécurité ; où sont nos alliés ? »

_____Léo est un brave type, mais il manque parfois de pragmatisme. Il est un peu suicidaire, sur les bords. Surtout quand il veut rejoindre le cœur de la bataille. Il me lance un regard apeuré mais déterminé, me prend par le bras et commence à me traîner en direction du port d’où des clameurs sont parfaitement audibles.

« -On… on contrôle la situation, ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu ! … Suis-moi ! »

_____Je n’ai pas spécialement envie de mourir, mais rester là ne m’en empêcherait pas plus que de suivre le chef du corps stratégique. Je pense que, si je suis avec lui, il ne devrait pas m’arriver grand-chose… quoique. Le temps qu’on arrive sur la grande place, les gardes ont déjà repris le contrôle de la situation et calmé les belligérants : personne n’est en droit de tuer personne, la couronne a été très stricte sur ce point. D’habitude, on respecte cette volonté, mais cette année est assez spéciale. Cette année, la famille royale ne contrôle pas tout.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 24 Juil - 21:59

_____Il y a plusieurs trucs qui leur permettent, en temps normal, de tout contrôler. D’abord, le cristal de vision. C’est simple, il fait don d’omniscience. Il s’inscrit dans les yeux de l’héritier légitime du Royaume lorsqu’il atteint l’âge de seize ans. Ensuite, il y a l’Egide, un artefact qui protège tout de tout. Les bâtiments de la destruction, des ravages du temps et de l’érosion, les hommes de la maladie, des blessures et des accidents. La seule chose que l’Egide ne combat pas, c’est la faim, l’âge et la pauvreté. Et le chagrin. Et des trucs dans le même genre. Bon, après, il y a d’autres artefacts, mais, basiquement, ce sont les plus importants. Cette année, un des artefacts ne marche plus très bien, et ce depuis deux ans. Lorsque la princesse Natasha a atteint l’âge de seize ans, le cristal de vision s’est inscrit dans ses yeux, mais elle reste incapable de l’utiliser. Du coup, la famille royale a perdu son omniscience, et elle ne contrôle plus rien. Mais il y a plus important. Pour que l’Egide puisse fonctionner, elle a besoin de plusieurs choses : un réceptacle et un utilisateur. Idéalement, n’importe qui peut jouer le rôle de l’utilisateur, il suffit de posséder l’Egide. Et elle choisit son réceptacle, une personne qui doit rester près d’elle pour que ça fonctionne. En gros, l’Egide ne s’active pas d’elle-même : il faut que quelqu’un l’active pour qu’elle nous prévienne du mal, il faut un utilisateur. Grâce au cristal de vision, la famille royale l’activait toujours au bon moment, et il n’arrivait jamais rien à personne ; du moins, rien de mal… enfin, ça dépend. Sans le cristal de vision, c’est une autre histoire. Personne n’est plus capable d’activer l’Egide, et c’est un peu comme si elle n’existait pas.

_____Nous rejoignons le port où l’ambiance semble s’être un peu calmée, même si les bouts de bois carbonisés, derniers vestiges d’un auguste navire de combat, les cadavres jonchant ça et là ou encore l’odeur pestilentielle de la chair carbonisée nous rappellent qu’un violent combat vient d’avoir lieu… un très violent, même. Léo me guide jusqu’au Malhan, un petit navire de course, fine fleure de la rapidité et de la maniabilité. Avec ça, si on n’arrive pas en premier, c’est que nos adversaires auront réussi à nous couler.

« -Bon, les plans n’ont pas changé », m’annonce-t-il, « tu restes sur le Malhan, on compte sur toi. Ne fais pas le con une fois arrivé à la forteresse et évite de te faire repérer ! Tu dois prendre plusieurs heures d’avances, mais t’inquiète, on les ralentira. »

_____Il ne manquerait plus que les plans aient changé, tiens. Mais tant que je peux naviguer sur le Malhan, ça me va. C’est mon bateau préféré, le plus rapide, le plus agile et le plus pratique. Il a tout, sauf des canons. Du coup on a du en rajouter et les attacher sur le pont, au cas où… c’est galère, mais c’est indispensable si on se fourre dans le pétrin, ce qui, d’après Léo, finira irrémédiablement par se produire. Non pas parce que c’est moi qui suis aux commandes ; enfin, peut-être que si ; mais surtout par précaution. Vaut mieux prévoir.

_____Les plans sont très simples. On trace, on atteint la forteresse, on démonte ses remparts, on s’empare de l’Egide et on se barre. Facile, n’est-ce pas ? Ah, au fait, il faut quand même gagner la course, au passage. Ça veut dire qu’il faut s’emparer de l’Egide discrètement, sans quoi notre navire sera détruit une fois arrivé au palais, et on aura volé l’Egide pour rien. Heureusement, on a prévu un plan B. Si on n’arrive pas à nous emparer de l’Egide discrètement, s’il devient impossible pour nous de gagner la course, il nous suffira de couler tous les navires qui nous poursuivront, débarquer en force sur le palais, s’emparer du trône et réussir un coup d’état. Mais ça, c’est le plan B. Normalement, on s’en tient au plan A. Pour le réussir, on a deux navires de course et deux navires de guerre. Les navires de guerre sont là pour se faire taper à notre place au début de la course et ralentir nos concurrents pour nous permettre d’avoir suffisamment d’avance, arrivés à la forteresse, pour dérober l’Egide et repartir. Combien il en faudrait ? Un jour, deux, peut-être. Nous aurons quelques heures. Mais ça, ce n’est pas mon problème. Je suis le navigateur. Le temps qu’on aura d’avance pour subtiliser l’Egide, c’est le problème des voleurs. Quant au deuxième navire de course, l’Hermès, un de mes préférés, je n’ai pas très bien compris à quoi il servait dans les plans, mais disons que je ne suis pas une lumière à ce sujet. Ma spécialité, c’est de les rater, puis d’improviser. Bon, disons-le tout de suite : c’est la première fois que j’ai un plan à suivre. Il en faut bien une, de toute façon.

_____Léo me fausse compagnie pour rejoindre la Foudre, un des navires de guerre censé assurer notre couverture puis, dans la probabilité improbable où il faudrait recourir au plan B, prendre d’assaut le palais royal. Et moi je reste seul sur ce si beau navire, j’attends.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 25 Juil - 21:10

II.


_____La course céleste, c’est un évènement marrant, à la base. On se tape joyeusement dessus, coulons deux ou trois navires, sommes déchiquetés par des récifs ou d’horribles monstres marins, mais, au final, personne ne meurt. En plus, le gagnant a le droit au collier divin, un truc en perle censé apporter le bonheur, la richesse et la prospérité. Quand on ne se le fait pas voler après avoir été assassiné. En gros, tous ceux qui y touchent sont bénis par la fortune, et son possesseur voit tous ses désirs se réaliser. Tous les dix ans, le collier est remis en jeu lors de la course céleste, plus prosaïquement appelée « course navale » par les vétérans, et le porteur du cristal de vision le remet au vainqueur. Évidemment, le collier appartient à la famille royale, et il lui est préalablement restitué, c’est pour ça que la course n’a pas lieu exactement tous les dix ans, mais ça, on s’en fout. Le plus débile, dans cette course, c’est que la totalité de ses victimes le sont du fait de la jalousie, de la trahison et autres mensonges qui se déroulent inévitablement après l’obtention du collier par l’équipe gagnante. Tout le monde veut le posséder, mais il ne peut y avoir qu’un seul gagnant. Du coup, certains se contentent de le toucher et d’être béni par la fortune et la frustration pendant le restant de leurs jours pendant que d’autres se disputent pour posséder le collier pendant au moins une fraction de seconde : pendant ce temps, tous leurs souhaits sont exaucés par les Dieux et ça, c’est vraiment cool.

_____Cette année, ce sera un peu spécial. Déjà, il y a moins de participants parce que la perspective de se faire tuer pendant la course en refroidit plus d’un. Ensuite, ceux qui participent ne sont pas des rigolos ni des amateurs. Ce sont des gens déterminés qui ont bien l’intention de tuer tout le monde pour s’emparer du collier et être le seul à le posséder. Pas la peine de préciser que personne n’a l’intention de le restituer à la famille royale une fois les dix ans écoulés. Les anciens camarades, après avoir remporté la course, s’entre-déchireront. Les amis, les frères, les alliés et les mercenaires, tout le monde voudra posséder le collier ou sera victime de quelqu’un qui voudra le posséder. Et cette fois-ci, il n’y aura pas d’Egide pour empêcher quiconque de mourir. Si quelqu’un tombe à l’eau, il sera dévoré par les monstres marins. Si un navire coule, son équipage trouvera la mort. Si on se prend un coup de canon, on se prend un coup de canon. Cette fois-ci, il y aura beaucoup de victimes. Pour nous, c’est très simple : ça nous permet d’atteindre le palais royal en passant par la case « forteresse de platine », un lieu normalement inaccessible où est entreposé l’Egide. Du coup, la course, combinée à l’incompétence de Natasha, est une occasion unique pour renverser la couronne. Cela doit se faire en plusieurs étapes, à commencer par l’obtention de l’Egide. Une fois qu’on s’en sera emparé, on pourra s’en servir pour atteindre le palais royal, prendre les autres artefacts et envahir le Royaume.

_____La course céleste est une occasion unique. Pour le coup, le roi invite énormément de gens au palais et dans la capitale pour accueillir les vainqueurs, et c’est notre seule chance d’avoir des alliés en force au niveau du palais. Sinon, en temps normal, il n’y a que des courtisans et des proches du roi. Mais il y a une raison assez simple pour laquelle on doit remporter la course : seule l’équipe du vainqueur est acceptée au palais. Ça évitera à nos alliés d’avoir à défoncer les remparts pour entrer. Et puis, notre arrivée victorieuse signalera le déclenchement des opérations : ça voudra dire qu’on aura réussi à nous emparer de l’Egide et ça permettra à nos alliés de se coordonner pour déborder la famille royale. La couronne nous sera servie sur un plateau, et nous mettrons enfin un terme à cette interminable guerre et à la tyrannie du roi Théodore !

_____Ah, oui, Théodore. Le fils de Cassandora. Pour faire simple, Cassandora était complètement folle. Elle s’est mis dans la tête que les Dieux lui avaient parlé pour lui ordonner d’étendre la domination du Royaume d’Orr, qui vivait auparavant en paix avec ses voisins, et contrôler la totalité du monde connu. Du coup, elle s’est lancée dans la grande campagne de l’Est, une opération militaire au cours de laquelle elle a conquis d’immenses étendues sur les territoires orientaux. L’Orr est entré en guerre avec près de cinq pays et royaumes, les rationnements et les perquisitions se sont multipliés et des mesures liberticides ont été prises. On n’avait plus le droit de dire du mal de la reine, de critiquer sa politique ou quoi que ce soit ; sinon on s’exposait à des brimades, des amandes, voire à de la prison ou des exécutions pour ceux qui étaient accusés de « conspiration à l’encontre de la couronne ». Beaucoup de personnes sont mortes, frappées par les Dieux. Ils punissaient tout le monde, à la moindre occasion. Les règles devaient être respectées, sans quoi on risquait de tomber malade, nous ou ceux que nous aimions le plus. Maladies, infections, blessures malheureuses, les incidents se sont multipliés parmi ceux qui ne se pliaient pas aux directives de la couronne et leurs proches. On a commencé à vivre dans la terreur, à connaître la faim et la guerre, la crainte de ne pas voir son mari revenir, de voir son fils ou ses récoltes réclamé… La peur était partout.

_____Grâce à ses artefacts et à d’efficaces chefs militaires, l’Orr a remporté victoire sur victoire et a multiplié sa surface. Il s’est attaqué à de nombreux voisins, et Cassandora n’a pas hésité à se rendre sur le champ de bataille pour y massacrer une armée ou deux avec l’aide de son terrifiant bâton des rois, une arme capable de semer la destruction dans toutes ses nuances : de la mort d’un homme à la destruction d’un pays entier, la seule limite du bâton est celle de l’imagination. Il ne suit qu’une seule règle, détruire, et tout ce que ça suppose. De ça aussi, il faudra s’emparer avant de pouvoir renverser la couronne. Heureusement pour nos voisins, le cristal de vision n’est pas infaillible : il n’apporte la connaissance que sur les territoires que l’on contrôle, et c’est comme ça que Cassandora a trouvé la mort. Au combat, alors qu’elle livrait une bataille navale dans l’océan de l’Ouest. Son navire a été touché par un récif sans que Théodore ne puisse se servir de l’Egide, et l’équipage de sa mère s’est noyé. L’Egide ne prévient pas de la noyade. Si on arrête de respirer ou de se nourrir, on finit par mourir, Egide ou pas. C’est comme ça que certains vainqueurs de la course céleste ont été assassinés. Pendant la course, les concurrents sont repêchés, mais là, il n’y avait pas d’équipe d’intervention pour protéger la reine : à quoi bon, quand elle possédait la meilleure des protections ?

_____Après la mort tragique de notre bien-aimée souveraine, dont on pense sérieusement qu’elle a été arrangée par Théodore qui l’aurait simplement laissée mourir, celui-ci a hérité du trône avec sa femme Marianne. Les escarmouches de l’Orr ont pris un sérieux coup de frein et ses armées se sont retirées du front de l’Ouest. Les mesures liberticides ont été abolies et les gens ont de nouveau pu dire du mal de la couronne sans être immédiatement châtiés par les « Dieux ». Le Royaume a recommencé à respirer, mais c’était sans compter sur ses voisins et les pays conquis. Les uns voulaient récupérer leurs terres et toucher des dédommagements tandis que les autres voulaient recouvrer leur souveraineté. Ça n’allait pas s’arranger aussi facilement. La couronne n’a pas cédé et est rentrée en conflit, tenant d’une main de fer les contrées conquises. L’effort de guerre s’est maintenu et le deuil n’a jamais cessé. C’était il y a cinq ans. Entre-temps, la population s’est lassée de la guerre, la vie est devenue difficile et le roi fou. Convaincu que les artefacts apportent bonheur et prospérité, il veut étendre leur influence sur le monde entier afin de le mettre sous son Egide et à sa botte.

_____On a bien vite déchanté, mais les insurrections sont restées rares. À quoi bon ? Le roi n’a même pas besoin de bouger le petit doigt pour les contrer, trouver le coupable et le punir : les Dieux s’en chargent. Ils protègent le royaume contre toute tentative et punissent le coupable, où qu’il soit, en lui infligeant les pires afflictions. Parfois, quelqu’un tombe malade avant même qu’il n’ait pu mettre son plan à exécution, avant même qu’il n’ait pu essayer de faire du mal au Royaume. Parfois, des gens meurent pour avoir eu l’intention d’attenter à « l’intégrité du pouvoir ». À chaque fois, le roi prétend qu’ils ont été frappés par les Dieux et qu’ils projetaient de faire des choses terribles. Mais tout le monde sait qu’il s’est juste servi de son cristal de vision, de son Egide et de son bâton. Parfois, il a sûrement aidé les gens à tomber malades, aussi, mais faut pas le dire.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 29 Juil - 14:23

III.


_____Au bout de quelques minutes, Morghane et ses troupes me tirent de mes réflexions en embarquant sur mon navire, mais il y a comme un problème : ils ne sont que six. L’amirale aurait-elle perdu les trois quarts de ses troupes ? Je viens à leur rencontre pour lui poser la question, mais leur mine consternée, atterrée ou affolée répond de concert avec les mouvements négatifs de leur tête : dix-huit marins ont trouvé la mort au court de cet affrontement. J’en suis attristé : les marins de Délos sont des navigateurs confirmés et compétents, prêts à obéir aux ordres les plus improbables et à obtenir l’impossible pour leur capitaine. Leur perte nous désavantage atrocement, surtout que leurs camarades devront porter leur deuil et leur mémoire pendant toute la durée du périple, et plus loin encore… s’ils survivent. Si Morghane est aussi peinée que ses marins, elle n’en montre rien et leur assigne à chacun une position. Je la regarde d’un air dégoûté… Deux personnes pour gérer les voiles ? Ça ne suffira pas. Obéissant stoïquement aux ordres de leur amirale, les marins prennent position, puis attendent le cœur gros et les yeux pleins de larmes. Leur perte a été récente, mais des marins aguerris ne devraient pas pleurer… Rien ne s’est passé comme prévu ! Plus tard, c’est Arthur qui arrive avec une nouvelle tout aussi terrible :

« -Capitaines ! Capitaines, vous êtes là ?! »

_____J’échange un regard avec l’amirale pour savoir lequel d’entre nous est concerné par ces appels lorsqu’il embarque avec cinq de ses hommes.

« -Vipère noire ! », je m’exclame, « on commençait à s’inquiéter… où sont tes hommes ?
-Ils sont tous là, capitaine. »

_____Nouvel échange avec Morghane, mais cette fois-ci consterné. Que leur est-il arrivé ? Je voudrais leur poser la question, mais la douleur est trop grande. Eux aussi, ils ne sont que six. Après un court silence, Arthur continue :

« -Je… nous avons été surpris par les affrontements et… neuf de mes soldats sont morts. Désolé.
-C’est moi qui suis désolé », je lui assure tandis que Morghane et moi digérons la nouvelle.

_____Nous étions censés être quarante. Nous ne serons que treize, mauvais nombre. Je savais bien qu’il n’y aurait jamais eu la place pour quarante, dans ce minuscule bâtiment, mais quand même ! Il y aura deux couchettes de libres ! Endeuillée, la vipère noire murmure quelque chose d’inaudible puis passe son chemin. À ce moment-là, je ne sais pourquoi, mais Arthur lance à Morghane un regard mauvais et désapprobateur… Sans comprendre et encore abruti, je leur bougonne de choisir leur place « par affinité » avant qu’ils ne s’engouffrent dans les entrailles du navire. Le départ sera bientôt sonné, et il faut effectuer les préparatifs. Je laisse Morghane gérer ses hommes et m’attable sur le pont, le regard pointé vers le port, voyant du coin de l’œil des marins s’agiter sur mon bâtiment. Bientôt, il faudra partir. Qui sait combien de temps il me reste à vivre, encore ? Je pousse un soupir angoissé et balaie la scène du regard. Je ne l’avais pas encore remarqué, mais la plupart des bâtiments sont déjà prêts pour le départ, toutes voiles dehors. À nos côtés, j’entraperçois la mince silhouette de l’Hermès où des subordonnés de Morghane s’agitent également tandis que Noémie et la Foudre surveillent paisiblement nos arrières. Lorsque le départ sonnera, nous serons prêts, et ces deux navires de guerre devront livrer bataille pour nous permettre de quitter le port sans encombre. Peut-être que c’est moi qui ai le meilleur rôle, mais je suis tellement triste que je ne vois plus les choses avec autant d’optimisme… même si j’arrive à la forteresse avec plusieurs heures d’avance, qui sait combien d’hommes nous allons encore perdre en tentant de prendre l’Egide ? Je comprends enfin l’utilité de l’Hermès, qui sera un soutien très utile en cas de problèmes d’effectif…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 29 Juil - 14:34

_____Sur la Foudre, un homme me fait des signes pour me dire que tout va bien, et je reconnais Léo, le chef du corps stratégique de l’armée rebelle. On y voit aussi Victor le blond, reconnaissable entre mille pour sa légendaire couleur de cheveux. Il discute tranquillement avec ses mercenaires, une silhouette féminine écoutant discrètement leur conversation. J’y reconnais là Lyssa, mon amie que j’ai rencontrée au cours de ces deux dernières années, propices aux rencontres. Après que les Vertes Vallées aient capitulé devant le Royaume d’Orr, Natasha a hérité du cristal et des mouvements « rebelles » se sont constitués un peu partout, surtout dans les régions fraîchement conquises. À partir des Vertes Vallées, un petit pays prospère à l’extrême orient du Royaume, un personnage énigmatique est parvenu à coordonner ces différentes poches de « rébellions », à savoir des groupes de personnes qui bougonnaient contre la couronne et maudissaient son porteur. Avec une grande efficacité, une armée « rebelle », comme elle aime se faire appeler, s’est constituée et a commencé à rassembler, très minutieusement et avec une précaution extrême, un très grand nombre de personnes. C’est là que je l’ai rencontrée, cette magnifique jeune femme originaire des Vertes Vallées. Elle discutait discrètement avec un groupe de « rebelles » pour leur faire part d’un plan, je sirotais tranquillement une des spécialités de ce pays fraîchement conquis et je me souviens avoir surpris leur conversation :

« -Ecoutez : dans un an, il y aura une grande course, une course navale. Elle démarre au port de granite et l’arrivée est au palais. C’est très simple : on gagne la course, on arrive au palais et opération raz-de-marée, OK ? Au passage », rajouta-t-elle un ton plus bas, « on devra passer par la forteresse, mais je vous dirai pourquoi autre part, venez ! »

_____Je serais resté insoupçonné si je ne m’étais pas empressé de détourner le regard de la manière la plus indiscrète possible, et c’est comme ça que j’ai embrassé la cause rebelle, un peu par hasard, un peu parce qu’on m’avait dit « soit tu es avec nous, soit tu es contre nous ». Et comme être « contre nous » aurait pu s’avérer mortel, je n’ai pas eu beaucoup à réfléchir. Comment, je ne sais pas, mais les rebelles étaient bien informés, et déjà bien organisés : ils savaient que l’Egide se trouvait dans la forteresse de platine. Cela faisait presque un an que le mouvement prenait forme, et les guillemets qui avaient gentiment entouré le mot « rebelle » étaient alors superflus. Les rebelles, même s’ils restaient extrêmement discrets en prenant un maximum de précautions, étaient passés de l’anti-sympathisant au militant, du râleur à l’actif. Ils avaient saboté et volé pour affaiblir l’Orr et ils avaient soutenu ses adversaires. Depuis peu, ils avaient monté des unités et des corps. Depuis peu, ils avaient organisé des plans. Il y avait plusieurs opérations, et tout avait un nom de code pour éviter que les conversations surprises, à l’image de celle que je venais d’entendre, ne soient compromettantes. Par exemple, Léo avait 2’ pour nom de code. Le chef du corps exécutif, Vincent, s’appelle 1’ et celui du corps administratif s’appelle 3’. Pratique, simple, original.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 31 Juil - 16:03

_____Tout commence par l’opération Malhan, du nom du navire à qui elle sera assignée. On arrive jusqu’à la forteresse de platine, on s’empare de l’Egide et si possible de son réceptacle, sinon on le tue, puis on fuit. Ensuite, il y a l’opération Hermès, en l’honneur du Dieu des voleurs dans une mythologie occidentale : Quelqu’un doit s’emparer du bâton des rois une fois arrivé au niveau du palais royal, le bâton des rois et l’Egide étant les artefacts sine qua non pour l’obtention de la victoire militaire. En parallèle, il y a l’opération raz-de-marée qui consiste, pour tous les pays limitrophes qui avaient entre-temps formé une alliance avec la cause rebelle, en une immense offensive conjuguée et organisée pour se déverser sur l’Orr jusqu’à le submerger complètement. D’un autre côté, il y aura aussi une importante course contre la montre : il faut arriver en première position afin de pénétrer dans le palais royal et donner le signal qui lancera toutes les opérations. Être coordonnés est la clef : tout le monde a son propre rôle, et nous devons être extrêmement synchronisés. Du coup, il faut gagner la course céleste, mais ce n’est pas tout. Il nous faudra encore prendre les gardes de vitesse et enlever la princesse pour mettre le cristal en sécurité, puis fuir avec au moins le bâton des rois. En bonus, on peut aussi s’emparer des autres artefacts, mais on verra sur place. Cela devra se dérouler plus vite que l’éclair, c’est pourquoi on a nommé l’opération FTL, un acronyme qui veut littéralement dire « plus vite que l’éclair » dans la langue d’un lointain pays du Nord-Ouest. Pour que cela soit possible, les forces de l’alliance présentes sur place vont créer un soulèvement visant à neutraliser les gardes et prendre le palais royal ainsi que la capitale. Il y aura beaucoup de personnes présentes, l’équivalent d’une armée à laquelle s’ajouteront ceux des quatre navires qui auront survécu à la course, de quoi obtenir la victoire. Cela fait partie de l’opération raz-de-marée.

_____Lorsque le signal du départ retentit, je sursaute pendant que Morghane aboie des ordres et que des soldats paniqués sortent des compartiments :

« -Qu’est-ce que vous foutez là, armez les canons et tirez à vue », m’écrié-je, « toi, descends ce type avant qu’il ne nous allume, incapable ! Vigile, reviens sur le pont ou tu risques de le regretter ! je ne vois pas ce que tu fais là ! Morghane, est-ce qu’on peut accélérer avec les moteurs ou est-ce qu’on attend le dégel ? »

_____Après quelques ordres efficaces et un début chaotique, notre navire s’organise et file comme une flèche vers l’extérieur du port, suivi de près par l’Hermès et la Foudre tandis que les coups de canon du Noémie retentissent en chœur. Alors que nos propres canons réduisent au silence nos poursuivants les plus téméraires, nous accélérons, aidés par le courant qui nous mène à l’extérieur du port. Sans cesser de crier, Morghane organise ses marins pour nous faire reprendre le cap tandis que je synchronise les coups de rames afin de me calquer sur la volonté de l’amirale. Rapidement, les vents violents s’opposent à la faible puissance du courant et nous nous enfonçons dans le fleuve Impétueux, l’itinéraire que nous avons choisi pour rejoindre le palais au plus vite. Poussé par ses puissants moteurs, le navire file désormais à plus d’une trentaine de nœuds, et les rames sont rangées après que la trajectoire ait été stabilisée.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 31 Juil - 16:12

« -Virez de bord, virez de bord ! À tribord, plus vite que ça, tribord toutes !
-Capitaine, capitaine, les récifs vont nous réduire en charpie !
-Argh !
-Qu’est-ce que tu fous là, empoté, prends un fusil et retourne à la vigie ! », lui répond Morghane alors que des cris retentissent un peu partout.
« -C’est moi qui lui ai dit de descendre, calme-toi, on n’a pas besoin d’un cadavre de plus pour l’instant… Un médecin, il nous faut un médecin ! »

_____Même si j’ai pris la défense du vigile, je sens bien que l’amirale ne le voit pas de cet œil.

« -Vipère noire, arrête de te faire tirer dessus et ramène ton bras ! », s’écrie le médecin pendant qu’Arthur grimace de douleur.

_____Les noms de code sont assez obsolètes, arrivés à ce stade, mais tout le monde tient à son petit titre, et c’est devenu comme un jeu entre nous, un signe de complicité. Évidemment, ce n’est pas pratique quand Morghane et moi-même sommes tous deux désignés par le mot « capitaine », mais on s’y fait. Elle, à la base, c’est le Capitaine Vénus. Je n’ai pas de nom de code ; il n’y a que les gens importants qui en ont. En ce qui me concerne, je ne suis pas assez fou pour être important : ce sont toujours eux qui meurent en premier. Mais bon, comme je suis aux commandes du navire, il faut bien qu’on m’appelle « capitaine ».

« -Interdiction de se faire tuer ! », s’écrie le médecin en grimaçant, « le premier qui meure, il aura affaire à moi !! »

_____Je lui souris doucement pendant que les échos de la bataille s’affaiblissent derrière nous, les autres bâtiments ayant encore à se battre pour quitter le port. On s’organise rapidement : quelqu’un doit maintenir le cap, ce que je me propose de faire, pendant que le vigile rejoint sa place et qu’un canonnier surveille nos arrières. Les cinq marins de Morghane se battent avec les voiles et les nœuds pendant que les soldats essaient d’empêcher les canons de passer par-dessus bord tout en chassant l’eau qui s’infiltre un peu partout. C’est très simple : si les compartiments sont inondés, nous coulons… mais normalement, ça devrait le faire. Au bout d’un certain temps, l’amirale et moi-même arrêtons d’aboyer et un calme irréel s’installe sur le navire, à peine perturbé par le retentissement lointain de quelques coups de canon. Nous commençons déjà à distancer l’Hermès, mais nous ne pouvons pas nous permettre de l’attendre : chaque seconde compte. Brusquement, quelqu’un lance l’ancre à bâbord alors que tous les soldats s’emparent des rames pour faire tourner le navire dans cette direction…

« -Remontez l’ancre, remontez l’ancre immédiatement », m’écrié-je alors que Morghane me dit, un peu après que je l’aie fait, de virer d’urgence à bâbord. « Qu’est-ce qu’il se passe si on ne peut pas redémarrer, hein ? »

_____Une secousse immense ébranle le bâtiment tandis que nous évitons de justesse les récifs annoncés par le vigile, dessinant alors un arc-de-cercle quasi-parfait.

« -Amirale, monstre marin à tribord ! », nous avertit un marin de Délos.

_____Ah, les festivités commencent…

« -Faites donc parler les canons, et sortez vos fusils, bande de poules mouillées », m’écrié-je.

_____Le monstre marin en question fait danser son ombre près du flanc droit du navire, près des nombreux récifs. Serpentant sous les tirs de barrage des canons et des fusils, le reptile s’approche paresseusement…

« -On ne le prendra pas de vitesse », dis-je calmement, exprimant ce que tout le monde sait déjà.

_____Le silence se fait, saccadé de temps en temps par de lointains coups de fusil, et le fleuve s’est teinté de rouge. Le flanc ouvert par un coup de canon, la terreur rejoint les profondeurs d’où elle a surgi sous les acclamations bruyantes des marins et des soldats. L’amirale et moi-même soupirons de soulagement, nous attendant à devoir gérer une nouvelle menace. Après avoir échappé à d’autres ombres menaçantes, nous soufflons un peu et organisons les relais. Comme nous ne sommes pas bien nombreux, il n’y aura pas beaucoup de repos, mais nous devons absolument ménager nos forces pour parvenir jusqu’à la ligne d’arrivée. De fait, nous ne gardons que le strict minimum pour maintenir le cap tandis que c’est repos forcé pour les autres. C’est dangereux et irresponsable, mais c’est toujours mieux que de n’avoir que des cadavres à l’arrivée. Nous sommes donc trois. Deux sur le pont et un à la vigie, et les heures passent.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 1 Aoû - 20:57

« -Capitaines, nous arrivons sur la brume !
-Coupez les moteurs. »

_____Nous avons fait vite, et l’Hermès est désormais loin derrière nous. Nous ignorons ce qui est arrivé aux autres navires, mais l’important est ce qui nous fait face. Un mur de brume, immense et impénétrable. L’élargissement du fleuve ne laisse pas d’erreur possible : au milieu de cette brume se dresse la forteresse de platine. Lentement, de façon mesurée, je tourne le gouvernail dans le sens inverse, et le navire se dirige paresseusement vers la droite. À bâbord, des récifs se dessinent et une ombre imperceptible surgit de la brume : la forteresse, enfin. Tournant désormais le gouvernail dans le sens normal, je fais décrire à mon navire un grand arc-de-cercle afin de contourner les ombres, leurs récifs et ses monstres marins. Dissimulés par la brume, nous sommes encore inaperçus et devrons le rester le plus longtemps possible, jusqu’à ce qu’Arthur revienne avec le réceptacle et Morghane avec l’Egide. Bon, ne croyant pas vraiment aux contes de fées, je pense plutôt qu’on va rester inaperçu jusqu’au moment où l’on fera un trou dans leurs remparts.

_____Telle une cathédrale érigée dans la mer, la forteresse se dresse devant nous, presque invisible, ses incommensurables tours se perdant dans le brouillard. Le fleuve ralentissant notre course, nous avons suffisamment de maniabilité pour nous approcher de la construction, les dents lacérantes qui l’entourent nous rappelant ce qui nous attend en cas de mauvaise manœuvre… Trois coups de canon nous avertissent que l’Hermès arrive à son tour, et nous nous approchons avec précaution de l’immense masse noire qui se dresse devant nous. En chuchotant, j’ordonne que l’on fasse réveiller les hommes, que l’on oriente les voiles et sorte les rames afin d’optimiser notre allure et la prise au vent. Celui-ci est anormalement calme et régulier, et la brume épaisse ainsi que le lourd silence annoncent tous deux bien des choses inquiétantes. Mes hommes sont tendus, mais pas autant que moi : je sursaute au moindre bruit, au moindre pas qui résonne et au moindre éternuement…

« -Silence ! », murmuré-je, presque obsédé.

_____On distingue désormais les murs et ses briques lisses d’un gris luminescent, comme si la forteresse était effectivement bâtie en platine. Ils sont énormes. Le pâle reflet de la Lune sur l’une des briques nous indique que notre navire est presque au contact du fort, et l’amirale ordonne à ses hommes de faire stopper le Malhan.

« -Bien », déclaré-je à mi-voix, « vous savez ce qu’il vous reste à faire. Quoi qu’il arrive, il faut que tu saches… que ça a été un plaisir de faire ta connaissance… capitaine. »

_____Morghane hoche gravement la tête, sûrement en train de se demander pourquoi je l’ai appelée ainsi, tandis qu’Arthur saute habillement sur un rocher près de la forteresse. Il l’attend en silence, lui faisant des gestes pour lui demander de le rejoindre, ce que l’amirale finit par faire, lentement.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 1 Aoû - 21:09

IV.



_____Alors que leurs silhouettes se faufilent jusqu’aux murs, nous attendons. Au bout de quelques instants, un coup de canon retentit à bâbord et une explosion dissipe partiellement la brume devant nous, offrant à notre vue la face éventrée du rempart. Alors que des cris d’alarmes retentissent dans la forteresse, les coups de canon se succèdent et manquent de toucher notre navire ; mais à quoi jouent-ils ? Nous répliquons par trois coups de canon minutés, signifiant que la muraille a été percée, et les canons de l’Hermès se taisent, comme si nous l’avions coulé. Pendant un temps interminable, nous restons muets, osant à peine esquisser un mouvement et inquiets de ce qu’il a pu arriver à l’Hermès, inquiets de ce qu’il a pu arriver à la vipère noire et au capitaine Vénus. Une alarme est sonnée à l’intérieur de la forteresse et des cris retentissent tandis que trois coups de fusils nous préviennent qu’il faudra bientôt lever les voiles… Nous le faisons et nous préparons à lever l’ancre alors que déjà le vent gonfle nos voiles et penche doucement le navire vers l’avant. Avec une lenteur fantastique, le Malhan glisse silencieusement vers l’orient, nous éloignant des ombres de la forteresse. Nous restons sur place, comme changés en pierre, mais soudain la silhouette frêle d’un bâtiment se dessine à bâbord.

« -Merde ! », je murmure, « on n’était pas censé avoir plusieurs heures d’avance ? »

_____Le vigile reste muet, mais l’inquiétude se lit dans son silence. Bientôt, nous serrons repérés et il faudra ouvrir le feu, ouvrir le feu et couler leur navire avant qu’il n’ait pu esquisser un mouvement. Car, avec les flots qui s’opposent aux vents, l’ancre et l’attente de Morghane, nous ne pouvons manœuvrer et serons à la merci du moindre coup de canon.

« -C’est l’Hermès ! », chuchote le vigile, provoquant un soulagement collectif.

_____Nous attendons encore Morghane, l’alarme résonnant dans la forteresse minutant notre attente.

« -Qu’est-ce qu’elle fout ? », s’inquiète un marin de Délos.
« -Ce qu’elle peut », je lui réponds.

_____Alors que l’Hermès arrive à notre niveau, nous entrapercevons Arthur qui longe la muraille :

« -Ils sont là ! », s’écrie la vigie.
« -Silence ! », m’étranglé-je, mais trop tard ! On nous a peut-être entendu…

_____Dans une angoisse montante, nous attendons l’éternité qu’il faut à la silhouette pour nous rejoindre, n’attendant que Morghane pour pouvoir lever l’ancre. Les cris qui retentissent dans la forteresse se mêlent à l’alarme sonnée par les cloches, et un vent violent souffle efficacement le brouillard.

« -Vite », chuchoté-je, « restons à couvert de la brume ! À tribord, à tribord ! »

_____Oubliant que je suis censé tenir le gouvernail, je gesticule pour ordonner aux soldats de manier les rames et aux marins d’orienter les voiles… Avec notre prise de vitesse, une chaîne de fer se déroule dans un bruit épouvantable et des soldats s’agitent pour lever l’ancre, mais en vain : brusquement, notre navire est stoppé et penche dangereusement sous la contrainte de tant de forces opposées, émettant des craquements inquiétants qui nous glacent de terreur. Nous quittons la brume et sommes désormais à découvert, presque pris en joue par les canons de la forteresse. Heureusement, Arthur a déjà rejoint le pont, mais Morghane reste introuvable.

« -Au bâtiment en présence, maintenez votre position ! Je répète : maintenez votre position ! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mer 1 Aoû - 21:21

_____Un silence de mort se répand entre nos deux bâtiments, l’un couvert par la brume, déjà loin vers l’orient, l’autre à la merci des canons.

« -Elle arrive », annonce calmement Arthur.

_____Effectivement, elle arrive, poursuivie par une dizaine de soldats en colère :

« -L’Egide, elle a volé l’Egide, abattez-la !! »

_____Une pluie de flèches s’abat sur le fleuve en épargnant miraculeusement Morghane, pourtant au cœur du déluge, et nous levons enfin l’ancre alors qu’elle se dévêtit pour plonger à l’eau.

« -Cessez le feu, cessez le feu ! », crie un soldat, « Il ne faut pas couler l’Egide !! »

_____D’une façon irréelle, notre navire prend de la vitesse et s’éloigne rapidement des soldats tandis qu’une salve de boulets de canon s’abat sur le fleuve. Alors que Morghane s’accroche tant bien que mal à la corde que nous lui avons lancée, des ombres tournent autour de son corps dénudé et des cris de terreur montent parmi les poursuivants qui se sont jetés à l’eau.

« -Coulez leur navire, retrouvez l’Egide, coulez leur navire !! »

_____Les soldats s’agitent comme si les Dieux eux-mêmes aboyaient les ordres. Une flèche se fiche sur le pont puis explose bruyamment, provoquant bien des cris de douleur et ouvrant un trou béant là où se trouvait la table ; le feu se répand et d’autres flèches déchirent nos voiles, y allumant de terrifiants incendies… Alors que nos propres canons font cesser la pluie de flèches, les canons de la forteresse tentent en chœur de toucher notre navire, mais nous sommes déjà loin et la brume leur obscurcit la vue… Des cris fusent un peu partout, une autre explosion ouvre notre flanc gauche, des hommes courent dans tous les sens pour maîtriser les flammes…

« -La poudre, protégez la poudre !! »

_____Les soldats d’Arthur s’agitent de plus en plus vite et éteignent enfin les flammes, mais un cadavre calciné nous rappelle que l’heure n’est pas aux réjouissances.

« -Le réceptacle ? »

_____Arthur me regarde d’un air désolé et secoue négativement la tête :

« -Il est mort.
-Bon. »

_____Une longue minute de silence précède l’oraison funèbre alors que des marins remplacent rapidement les voiles. Avec peine, une femme dévêtue monte sur le pont, aidée par quelques soldats et le médecin. Grande et athlétique, sa peau bronzée à peine couverte par quelques vêtements en lambeaux, une Morghane frissonnante et parcourue d’éraflures et de brûlures claudique jusqu’à moi, une sphère parfaite et cristalline bien à l’abri contre sa poitrine. C’est donc ça, l’Egide ? Un truc bleu de la taille d’un poing ? Essoufflée, l’amirale s’effondre sur moi alors que des cris et des coups de canon résonnent encore derrière la poupe.

« -Morghane, tu es blessée ! Par quel miracle as-tu survécu ? »

_____Oh, comme c’est rassurant de la savoir vivante et comme je me plais de savoir qu’on a récupéré l’Egide, mais à quel prix ? Ses blessures sont sérieuses et nous avons un mort de plus à pleurer… Malgré moi, mes yeux s’humidifient et je sanglote avec elle, mes bras s’enroulant machinalement autour de son corps poisseux. Je sursaute et retire mes doigts :

« -Merde, faites quelque chose !
-Je crois qu’on ne peut plus rien faire, capitaine. C’est déjà bien qu’elle ne se soit pas faite avalée par un monstre marin. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 2 Aoû - 18:42

_____Je lance au médecin un regard dégoûté et lourd de reproches. Comme nous sommes déjà assez avancés dans le fleuve, il n’y a plus trop de monstres marins, mais ils sont anormalement nombreux autour de la forteresse, allez savoir pourquoi. Il entreprend tout de même de nettoyer la blessure qu’elle a sur le dos, retirant délicatement la flèche de son poumon gauche. Je sanglote à nouveau, terrifié à l’idée de perdre une amie, terrifié à l’idée de devoir continuer sans elle et terrifié à l’idée de courir moi-même à la mort. Parce qu’ils nous attendront. Ils nous tueront et ils récupéreront l’Egide. Des messages lumineux en provenance de la forteresse ont sûrement prévenu la couronne de ce vol, et le palais nous enverra ses puissants bâtiments de guerre pour nous intercepter ; nous ne ferons pas le poids. Devant, les navires en provenance du palais. Derrière, ceux qui nous poursuivent depuis la forteresse. Nous sommes cernés et je suis dégoûté. Pourquoi est-ce que Léo n’est pas là, dans un moment pareil ? Il aurait su quoi faire, lui. Il est tellement vif et brillant, tellement génial ! Qu’est-ce qu’il avait dit qu’on devrait faire, déjà ? Pour le cas où on n’arriverait pas à nous emparer discrètement de l’Egide ? Le plan B. Devant mon regard dépité, Morghane m’adresse une grimace de compassion et, entre deux cris de douleurs, me ramène à la réalité :

« -Ecoute, je suis désolée, d’accord ? Mais t’aurais pas préféré que j’attende que l’Egide soit sans surveillance !
-T’y es pour rien, ok ? T’as fait de ton mieux ! Tu nous as ramené l’Egide. Maintenant, ils peuvent bien nous poursuivre : ils ne nous rattraperont jamais… »

_____Mes paroles s’éteignent avec ma conviction : je ne sais plus trop quoi lui dire. Pourquoi s’excuse-t-elle ? Est-ce qu’elle délire ? Je soupire bruyamment et me dirige vers mes quartiers avant de me rappeler qu’ils ont été réduits en cendres. Je m’arrête, fais demi-tour, balaie mon navire du regard puis commence à déambuler, comme un automate. Au bout de trois secondes, je n’en peux plus et me précipite vers le médecin, l’agressant quasiment :

« -Elle va s’en sortir ? »

_____Il me dévisage gravement, choisissant ses mots, et décide de me laisser un soupçon d’espoir :

« -Elle est fiévreuse, la morsure du froid et des flèches l’ont diminuée et elle a perdu beaucoup de sang. Mais ce n’est rien d’incurable, et ses blessures ne sont que superficielles…
-Superficielles ? », je répète, incrédule, « et ça, c’est superficiel ? », rajouté-je en pointant son poumon perforé, « et ça, et ça ?! »

_____Je perds les pédales et des soldats se saisissent de moi pour me maîtriser avant que je n’énumère toutes ses blessures « superficielles » : un trou dans le poumon gauche, des brûlures au troisième degré, des plaies sanguinolentes et ce corps qui ne cesse de se vider de son sang… Elle va mourir, et je le ressens jusque dans mes tripes, mais je ne peux l’accepter :

« -Elle va s’en sortir, dis-moi qu’elle va s’en sortir ! »

_____Alors que les soldats m’éloignent contre mon gré de ce décourageant spectacle, je continue inlassablement de répéter « elle va s’en sortir, elle va s’en sortir », prière désespérée adressée aux Dieux. Maintenant que leur capitaine est hors service et que l’amirale est entre la vie et la mort, les marins sont livrés à eux-mêmes et s’organisent tant bien que mal pour guider le navire, même si aucun d’entre eux ne juge nécessaire de réorganiser les repos forcés. Après qu’un soldat m’ait arrosé d’un seau d’eau, giflé puis secoué, je suis ramené à la raison et reprends les commandes, corrigeant immédiatement cette grossière erreur. J’organise aussi un relais pour ceux qui doivent s’occuper des blessés car notre médecin a aussi besoin de repos et, calmé et serein, je rejoins le chevet de Morghane. Personne. Inquiet, je m’agite et surgis dans d’autres pièces, mais nulle trace d’elle, et les regards gênés des soldats m’indiquent qu’ils n’ont pas l’intention de me dire où elle se trouve… J’en agrippe un au hasard et lui supplie de me le dire, mais il continue obstinément de secouer la tête. Je le menace et hausse le ton, mais rien à faire : il est toujours aussi négatif. Déprimé, je rejoins le pont et regarde la falaise qui prend pieds à droite du navire, sa silhouette indistincte filant paresseusement à la faible vitesse offerte par le vent.

« -Attendez, y’a un problème : pourquoi on est aussi lents ?
-Ben… »

_____Le soldat m’adresse le regard de celui qui aurait tout donné pour se trouver autre part, et je lance un coup d’œil paniqué vers le trou ouvert dans le flanc gauche de notre navire. Un seul mot me vient à la bouche :

« -Merde ! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 2 Aoû - 20:07

V.


_____La salle des machines, c’est pour ça que le flanc gauche a explosé ! Sans la puissance de la vapeur, notre bâtiment n’est plus qu’un simple voilier, et même si le fleuve Impétueux est réputé pour ses puissantes rafales, celles-ci sont irrégulières et imprévisibles, changeantes et difficiles à exploiter… Peut-être même que nos poursuivants vont finir par nous rattraper ? Et les autres concurrents, alors ? Qui sait s’ils n’ont pas réussi à devancer la Foudre et Noémie ? Nous sommes bien moins rapides que l’Hermès, désormais, mais celui-ci a déjà disparu dans la brume… Qu’est-ce qu’il essaie de faire ? Arriver en première position ? Mais après le vol de l’Egide, personne ne sait comment est-ce que la couronne va réagir, et peut-être qu’elle va faire fouiller chacun des concurrents qui lui tombera sous la main ! Je ne sais pas ce qu’elle va faire, mais nous avons un avantage décisif. Nous pouvons être partout, et ça vaut aussi pour l’Egide. Nous pourrions très bien débarquer, faire débarquer l’Egide et continuer la course ou n’importe quoi ; nous avons une infinité d’options qui s’offrent à nous, et la couronne ne peut pas savoir laquelle sera prise. Elle aura beau envoyer ses bâtiments, elle sera toujours inquiète de savoir si l’artefact ne s’est pas échappé par la voie terrestre ! Du coup, nous avons l’avantage, nous avons l’initiative, et la décision que je vais prendre sera bien lourde de conséquences…

_____Je dois faire le vide dans ma tête, chasser Morghane de là-dedans et prendre une décision. Et vite, si possible. La tête emplie de tourmentes, j’envisage toutes les possibilités et je tente de me rappeler des instructions de Léo, mais tout est si confus ! Je crois qu’il aurait voulu qu’on passe au plan B, mais cela implique l’intervention de la Foudre et de Noémie, et qui sait ce qu’il leur est arrivé !? En plus, l’Hermès file toujours plus vite vers la ligne d’arrivée, ce qui veut dire qu’il va tenter de mener à bien l’opération FTL ainsi que celle qui porte son nom… L’Hermès s’en tient au plan A ! Nous pouvons choisir de les suivre, mais serions-nous assez rapides ?

« -Soldats, voyez ce que vous pouvez faire dans la salle des machines, vous voulez bien ? »

_____Après quelques secondes de silence, je replonge dans mes réflexions : si l’Hermès tente l’opération FTL, il pourrait avoir besoin de mon soutien et de celui de notre navire. Maintenant, je comprends parfaitement pourquoi il faut que l’Hermès soit présent… Peut-être que Léo l’avait expliqué, mais je ne devais pas écouter, à ce moment-là. D’un autre côté, on n’est que douze, et je ne vois pas comment douze personnes pourraient faire la différence, à supposer que Morghane survive. Cette simple pensée soulève un haut-le-cœur, et je chasse cette femme de mon esprit : il faut que je me concentre. La douleur enivrante envahit mon esprit, le sursaut d’un vertige ébranle encor ma vie et je sanglote. Faible, faible que je suis ! Ne suis-je donc pas préparé à tant de supplices ? Mais je m’égare… L’Hermès, l’opération FTL. Tout cela tourbillonne dans ma tête sans prendre aucun sens. Que va-t-il se passer ? Admettons que l’Hermès arrive en première position, ce qui est dans le domaine du possible même si on ne sait rien de la position des autres : il y a ceux qui ont choisi la voie terrestre et ceux qui ont choisi un autre itinéraire fluvial. Et puis, on a très bien pu se faire doubler pendant qu’on était dans la brume, elle était si épaisse !

_____Dans le cas où l’Hermès remporte la course, il va recevoir son prix dans le palais royal où vont se déclencher différentes opérations, du moins si on s’en tient au plan A : Hermès, FTL, raz-de-marée. Techniquement, l’équipage de l’Hermès et les alliés présents au palais devraient suffire pour cela. À la base, on devait capturer le réceptacle afin de rendre les choses plus faciles grâce à l’Egide, mais Arthur l’a tué, donc le plan A est un peu capoté. Malgré tout, il est encore réalisable. Quoi qu’il en soit, il est probable que l’Hermès soit ralenti par les fouilles de la couronne, et ce n’est pas dit qu’il gagnera la course. Et comme on ne peut pas y faire grand-chose, je pense que la meilleure décision à prendre, pour nous, est de nous préparer au cas où l’Hermès ne gagnera pas la course, au plan B. Pour cela, il faudra faire aveuglément confiance à Noémie et à la Foudre et miser sur le fait qu’ils arriveront au palais en un seul morceau. Pour cela, il va falloir affronter nos poursuivants, comme prévu. Se faire rattraper par nos deux navires de guerre, couler ceux envoyés par la couronne et tenter l’opération raz-de-marée sans l’Hermès. Nous avons divisé nos effectifs, mais on ne peut rien faire d’autre : je ne peux pas ordonner à l’Hermès de passer au plan B, de faire machine arrière et de nous rejoindre. Tout ce que je peux faire, c’est espérer qu’ils arriveront en premier et qu’on n’aura pas besoin d’assiéger le palais. Parce que ça reviendrait à affronter le bâton.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 2 Aoû - 20:15

« -Y’a rien à faire, capitaine. Elle est morte. »

_____Mon cœur rate un battement et mon corps entier sursaute, fébrile :

« -Comment ?
-Je parlais de la machine, capitaine.
-Ah ? La machine ?
-Oui, capitaine, il n’y a qu’un seul moteur d’endommagé. »

_____Rassuré, je pousse un soupir de soulagement à l’idée que Morghane puisse être encore en vie, moi qui m’étais attendu au pire… J’hésite un court instant, passablement perdu, puis demande :

« -Mais pourquoi on va à deux nœuds, là ?
-Trois, mon capitaine. Je ne sais pas, mon capitaine.
-Arrête de dire ça tout le temps, tu me stresses !
-Capitaine, pardon, capitaine. »

_____Énervé, je me rends dans la salle des machines pour inspecter les dégâts, et suis agréablement surpris par leur faible ampleur : Un canon, maladroitement placé au-dessus de la sale, avait explosé, puis la pression de la vapeur avait eu raison du moteur n°1, endommagé à l’occasion. Il avait donc explosé, ce qui avait soufflé les flammes et stoppé net les machines. Blasé, je dévisage longuement le soldat gêné qui finit par comprendre et court redémarrer les moteurs. Je le regarde silencieusement, ne sachant quoi penser, puis m’atèle mécaniquement à la lourde tâche qui est de remplacer le moteur n°1 par le moteur n°1 bis, un truc de secours prévu à cet effet. Deux-trois minutes et quatre coups de boulon plus tard, c’est chose faite et c’est un peu comme si la salle des machines n’avait subi aucun dégât. Je soupire, le cœur inhibé par tant d’émotions. Fatigué mais déterminé, je me retrouve sur le pont en train d’ordonner son rafistolage et celui du flanc gauche, puis dans mes compartiments flambants pas neufs en train de m’assoir sur ce qu’il reste du lit. Plus que flambants, mes compartiments sont flambés, en fait. Impressionnants, les dégâts qu’avait subis le Malhan n’étaient que fumée, et le navire n’a rien eu de sérieux. Malgré tout, je me surprends à souhaiter qu’il en soit de même pour Morghane, voire que sa situation soit échangée avec celle de mon navire…

_____De toute façon, si on passe au plan B, on n’a plus besoin du Malhan, alors que j’aurais toujours besoin de Morghane. Mais le fait que mon navire ait recouvert son plein potentiel de vélocité change complètement la donne : on a perdu de précieuses heures, c’est vrai, mais on peut toujours gagner la course. D’après la direction et la force des vents et en connaissant bien le fleuve, je peux vous dire qu’on va doubler l’Hermès au bout de quelques heures, et qu’on sera arrivé au palais assez rapidement, établissant ainsi un record de vitesse pour la course céleste. De fait, j’aurais pu être confiant et ordonner la pleine vitesse, mais c’est sans compter sur les navires que la couronne a nécessairement envoyés pour nous arrêter. Ces nouvelles variables se bousculent dans ma tête, et je ne sais pas trop comment elles vont s’imbriquer avec les autres. Je tente différentes configurations, j’envisage une bataille navale, prends en compte l’avance de l’Hermès et d’éventuels concurrents qui nous auraient doublés dans la brume, mais rien à faire ; impossible de prévoir ce qu’il va se passer, impossible de savoir s’il faut tenter le coup ou pas. Notre navire ne peut pas se permettre d’être coulé : il détient l’Egide, et l’artefact ne doit plus tomber entre les mains de l’ennemi. On ne peut pas se permettre de mener une bataille qu’on est certain de perdre. Mais quelque soit la puissance de feu qui nous sera opposée, on est sur l’Impétueux et je suis aux commandes du Malhan. C’est mon terrain. Je connais ce fleuve mieux que quiconque, ses vents, ses torrents, ses dangers et ses récifs, et le Malhan n’est ni plus ni moins que le plus rapide et le plus maniable qui soit, du moins à ma connaissance. Je me sens puissant, à ses commandes, mais je sais que cette puissance ne sera rien face aux navires de guerre de la couronne.

_____Mais il ne faut pas oublier qu’elle ne va pas envoyer toutes ses forces sur l’Impétueux : on pourrait très bien débarquer, et ce sera d’ailleurs le scénario privilégié par la couronne car c’est lui qui nous donne le plus de possibilités de nous échapper avec l’Egide, notre objectif d’après le roi… Penser comme l’ennemi. Théodore va croire qu’on aura débarqué. Grâce à la brume qui met des bâtons dans les roues des messages en provenance de la forteresse, le palais n’est pas encore au courant du vol, mais ça ne saurait tarder. À ce moment-là, comment va-t-il réagir, que va-t-il penser ? Il va craindre pour son artefact, bien sûr ! Il sera persuadé qu’on l’aura fait évacuer par la voie terrestre afin de le mettre en sécurité. Du coup, il fera quadriller un incalculable périmètre autour de la forteresse afin de fouiller tout le monde, et c’est là que se concentreront tous ses efforts, alors que nous, nous filerons tranquillement vers le palais.

_____Qui devinera qu’on va se précipiter dans les bras de Théodore avec l’Egide ? Celle-ci vient de le lui être volée, donc il ne s’attendra pas à ce qu’elle soit dirigée vers lui, il ne s’attendra pas à ce qu’on continue notre chemin vers le palais ! Torturant toujours plus mon esprit, je soupèse le pour et le contre tandis que mon navire gagne en vitesse sous l’impulsion de violentes rafales de vent qui se combinent aux efforts des moteurs. Théodore va nous envoyer des bâtiments pour nous fouiller, il faut partir de ce principe. Même si sa probabilité est minime, il ne faut pas la négliger, c’est ce qu’aurait dit Léo : principe de précaution. Malgré tout, cela ne dit pas ce qu’il va envoyer pour nous arrêter. Une armada ou un navire ? Si c’est un navire, il sera coulé par l’Hermès. Si c’est une armada, on est perdu, qu’on attende Noémie et la Foudre ou pas. Tout repose sur ce pari, en quelques sortes. Le roi sera tellement obnubilé par la fuite de l’Egide hors de son territoire qu’il ne nous enverra pas d’armada. Je vois clair dans les plans de Léo, à présent. Si le roi nous envoie quelque chose, il nous enverra l’artillerie lourde. Sinon, autant ne rien envoyer. Et puis, il ne faut pas oublier que chaque instant d’hésitation rapproche un peu plus les navires qui nous poursuivent. Non, je ne peux pas hésiter : je n’ai plus le choix, je dois continuer vers le palais. En ordonnant la pleine vitesse, je ne suis pas conscient d’avoir oublié un minuscule petit détail.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Aoû - 17:27

VI.


« Et alors, je suis sorti de ma cachette et je l’ai assommé d’un coup de poing ! »

_____Devant les éclats de rire admiratifs de ses camarades, Arthur poursuit son récit endiablé :

« -J’ai fouillé l’intérieur de la forteresse et j’ai réussi à localiser le comte. Mais le problème, c’est qu’il est toujours entouré : impossible de l’approcher ! J’ai pensé à neutraliser son entourage et à l’emmener de force, mais il y avait trop de distance jusqu’au Malhan, donc j’ai essayé de lui tendre un piège. Mais bon, ça n’a pas été aussi simple parce qu’il m’a repéré ! Il m’a demandé ce que je faisais à flâner dans le coin : chômer mes tours de garde ? Pris au dépourvu, j’ai improvisé un truc du genre "Non, monsieur, mais le général Khaine voudrait vous voir, il dit qu’on a tiré sur la forteresse !" »

_____Pouffant devant l’improbable réplique, les soldats interrogent leur héros d’un regard brillant et joyeux, le poussant à continuer l’histoire malgré l’ambiance hilare :

« -Bon, évidemment, ça n’a pas très bien marché… il m’a dit : "N’importe quoi ! Tu ne sais plus quoi inventer, hein ? Et d’abord, je vais t’apprendre la politesse : appelle-moi comte, tu veux, pas monsieur." Du coup, je me suis dit que je n’étais pas totalement grillé, et j’ai tenté le tout pour le tout en lui disant d’aller vérifier par lui-même, s’il ne me croyait pas, et j’ai essayé de le mener vers la brèche du rempart… mais il s’est douté de quelque chose : "Garde, attrapez-moi c’t’oiseau-là ! Tu vois, gamin, j’aime pas qu’on me prenne pour un con, alors maintenant tu vas me dire ce que tu fous là, pourquoi tu m’inventes ces histoires et, surtout, pour qui tu te prends à me parler comme ça !!!" J’ai essayé de protester, j’ai juré de ma sincérité, mais je n’ai fait qu’enfoncer le clou parce qu’il a dit "Tu n’es pas d’ici, n’est-ce pas ? Tu cherches à m’entraîner dans un piège, hein ? T’es complètement con ou t’en fais exprès ? Tu crois vraiment que Khaine va m’envoyer le premier empoté venu pour me dire ce genre de futilité, qu’il va daigner me faire déplacer et qu’il va me rapprocher de cette putain de brèche dans le rempart ?!" J’ai paniqué. J’ai tenu des propos incohérents et j’avais peur des gardes qui se rapprochaient un peu trop vite à mon goût.

_____Désespéré, j’ai fait un ultime essai en lui disant que je n’allais pas l’approcher de la brèche, mais il m’a coupé en me demandant pourquoi est-ce que les bruits des explosions étaient venus de là et pourquoi est-ce que c’était à l’opposé du général Khaine. Bref, en gros, j’étais complètement grillé, et je n’avais plus trop le choix. Je lui ai dit un truc dans le genre "Bon, ok, j’avoue, il fait trop froid dehors et j’y voyais rien, alors je me suis dit que je pourrais sécher mon tour de garde, mais vous m’êtes tombé dessus, alors…" Laurent se doutait de quelque chose, mais sa suspicion n’était pas plus forte que son orgueil : "Ah, j’le savais ! Dix coups de fouet pour m’avoir raconté des salades, et dix de plus pour ton impolitesse ! –Non, pitié, je me suis dit que ça allait vous amuser…" C’était la connerie de trop, mais il fallait que je gagne un peu de temps, et Laurent se rapprochait de plus en plus. Encore un peu, et on était suffisamment prêt pour que j’essaie de l’emmener vivant. Mais bon, il s’est arrêté net et a simplement ordonné "Tuez-le !" Mon histoire, tout ça… rien ne tenait debout, et il a fini par s’en rendre compte. Mais ses gardes étaient un peu plus longs à la détente, donc, le temps qu’ils dégainent leurs épées (en général, ils savent bien obéir à l’ordre "Tuez-le"), j’ai eu le temps de crier "Noooon !" d’un ton suppliant, tout en en poignardant un.

_____J’ai sorti un second poignard, égorgé le deuxième, me suis retourné, ai esquivé le coup d’épée du troisième, bousculé le quatrième et suis parvenu jusqu’au comte qui reculait désormais de terreur, mais trop tard : déjà, je le prenais en otage et ordonnai aux gardes de baisser leurs armes. Ils auraient du obéir au comte, parce que je ne pouvais pas simplement partir avec lui : les gardes auraient sonné l’alerte. J’ai "exploité" la situation pour planter le garde le plus proche. Profitant de la confusion qui s’en est découlée, j’ai asséné un violent coup sur la tête du comte pour lui faire perdre connaissance et j’ai lancé mon poignard sur un autre garde, mais l’arme a ricoché sur son casque ! J’ai ramassé une épée à terre, feinté, esquivé, botté puis l’ai frappé à deux reprises, mais son armure lui protégeait les flancs alors que rien ni personne ne protégeait mais arrières ! Heureusement, ils n’ont pas pensé à appeler à l’aide : ils étaient trop focalisés sur le comte qui gisait à mes pieds, ce qui m’a fait gagner de précieuses secondes ! Du plat de l’épée, j’en ai assommé un avant de virevolter pour en décapiter un autre, me retourner pour parer l’estocade qui aurait pu m’être fatale, dévier une botte de ma paume gauche et asséner mon poing droit dans un nez en guise de contre-attaque. Ayant entendu un bruit derrière mon dos, je me suis retourné juste à temps pour éviter d’être coupé net, j’ai ramassé mon épée et fait un contre mortel avant de balayer la scène du regard : il ne restait que trois gardes terrifiés qui tentaient de ramasser le corps sans vie de Laurent.

_____Furibond, j’éloignai le premier d’un coup d’épée circulaire avant de me précipiter vers ceux qui emportaient désormais le comte. Alors que l’un allait appeler à l’aide, je lui ferme le clapet d’un uppercut mais encaisse un violent direct qui me coupe momentanément le souffle. Souffrant atrocement de ce coup au plexus, je crois voir ma mort venir, mais je me rappelle de ma mission et, dans un sursaut de volonté, le repousse violemment de ma lame. Enivré par cette réussite, je botte et le touche au niveau de la poitrine, mais ma lame dérape sur son armure tandis que je sens une vive douleur au niveau du rein gauche : un garde vient d’y enfoncer son pied, me propulsant à terre. Aux aboies, je les éloigne de mon épée alors que l’un d’eux ramasse son arme. Boitillant, je l’en empêche avec de grands moulinets en me redressant, mais les deux autres brandissent de nouveau leurs lames ! Acculé mais de nouveau sur pieds, je romps la garde du premier d’un violent coup de droite à gauche, saute vers l’avant et le tranche d’un grand revers. Malgré son armure, mon épée pénètre dans sa chair, le blessant grièvement de la hanche droite à l’épaule gauche. Épuisé, je me retourne vers les deux autres gardes et fais mine de capituler : "C’est bon, vous avez gagné", dis-je entre deux halètements, "j’en peux plus." En fait, ce n’était pas foncièrement faux, mais je devais essayer de puiser dans la moindre ressource disponible.

_____Grâce à ce bluff, ils ont été rassurés et pensaient déjà le combat terminé alors qu’il n’en était rien : j’esquive le coup d’épée du garde qui me laisse une ouverture en or, et j’en profite pour le blesser à l’épaule gauche d’une violente estocade. Je lance un de mes couteaux dans l’espoir de toucher le dernier garde, mais celui-ci saute en arrière et mon projectile ricoche sur son armure ! Brandissant mon arme que je trouve anormalement lourde, je m’approche de lui tant bien que mal, conscient que ma vision était en train de se brouiller. Le garde sent ma faiblesse et tente un assaut frontal, mais je parviens à plonger sur le côté au dernier moment ! J’envoie ma paume contre son torse afin de le faire reculer et lâche un cri de douleur : malgré mon armure, l’autre soldat venait de me blesser par derrière ! Je l’envoie à terre du revers de ma main et abats mon épée sur mon autre homme, mais il l’évite et contre-attaque, ce qui m’oblige à faire un grand geste pour dévier sa lame.

_____Il en profite pour me frapper au poignet et tenter de me désarmer, mais je tiens fermement ma garde et lui décoche rapidement un coup de poing avant qu’il n’ait pu se désengager. Touché au visage, il s’empare de la garde de mon arme pour l’immobiliser, mais je la lâche pour le frapper à nouveau, ce qui le sonne assez longtemps pour que je sorte un autre couteau, mais c’était oublier le deuxième garde qui s’était courageusement relevé ! Mon couteau de lancer lui transperce la gorge, et je dégaine ma propre épée en reculant, juste à temps pour parer le coup de mon adversaire. Courageusement, le dernier survivant s’avance, botte, feinte puis tente un coup circulaire que j’évite en m’abaissant, mais ne réagit pas assez vite pour parer ma propre attaque qui lui transperce le rein droit. Finalement, je retire mon épée puis l’achève en lui tranchant la tête. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Aoû - 17:56

_____Le silence est total et la pression palpable : tout le monde veut savoir comment est mort le réceptacle.
« -Malheureusement, quand je suis arrivé jusqu’au comte, j’ai eu la mauvaise surprise de voir qu’il était mort : peut-être que quelqu’un l’avait malencontreusement piétiné pendant le combat, ou que je l’avais tué sur le coup, qui sait ? Je n’ai pas attendu bien longtemps parce que des soldats pouvaient surgir d’un instant à l’autre, alors je l’ai traîné sur une bonne centaine de mètres avant de vérifier son pouls et sa respiration, mais il n’y avait pas d’erreur possible : Laurent était bel et bien mort ! Je ne sais pas par quel mystère, mais c’est à ce moment précis que les cloches se sont mises à sonner : ils s’étaient finalement aperçu de la disparition de l’Egide… Du coup, je ne pouvais pas rester planté là ni me permettre de traîner le comte jusqu’au Malhan, ç’aurait été trop long ! Et puis, j’étais persuadé qu’il était déjà mort, alors… Je lui ai planté mon poignard dans le crâne pour être sûr de ne pas avoir de mauvaise surprise et, sans attendre mon reste, j’ai pris mes jambes à mon cou et j’ai décampé ! »

_____Souriant gentiment au récit héroïque de la vipère noire, je quitte discrètement le cercle des auditeurs tandis que les questions fusent autours du conteur : des tâches bien plus importantes m’attendent ailleurs. Loin de l’euphorie générale qui a accueilli mon dernier ordre, celui de gagner la course, je suis passablement déprimé, et je me surprends même à en vouloir à ceux qui sourient encore : comment peuvent-ils s’esclaffer devant le récit d’Arthur, ou plutôt du « tueur de comte », comme certains aiment l’appeler, alors que Morghane est si proche de la mort ? Ou peut-être est-elle déjà morte, et que personne ne veut me le dire, craignant à juste titre les accès de folie qui succéderaient à cette annonce ? On n’a même pas voulu me dire où est-ce qu’elle se fait soigner, aussi ai-je des raisons de penser qu’ils ont jeté son cadavre par-dessus bord, comme ils l’ont déjà fait pour ce pauvre homme pris dans l’explosion ! Aucun respect… Au moins avait-il eu le droit à une oraison funèbre, lui.

_____Sans pour autant laisser mes sentiments me déborder, je remplace un marin à la barre et en somme un autre de respecter ses horaires de repos. Ici, c’est le monde à l’envers : il faut crier sur les gens pour qu’ils se mettent à se reposer. Enfin, il faut aussi leur crier dessus pour qu’ils se mettent à bosser, mais ça, c’est normal. Du coup, j’ai l’impression d’être tout le temps en train de crier, ce qui n’est pas si loin de la réalité … Noyant mon chagrin dans une chope de bière rance, je finis les stocks d’alcool du navire, buvant plus que de raison. Lorsque je sens le vertige s’emparer de moi, je demande à être remplacé et je zigzague jusque dans ma cabine où l’insupportable odeur de brûlé rend toujours l’air suffocant. Chassé de mes compartiments par ces délirants relents, je gesticule pour affronter les formes qui dansent devant moi puis m’effondre pitoyablement sur le pont. En bon capitaine, je dois montrer l’exemple : il faut respecter ses horaires de repos.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Aoû - 18:12

_____Ma tête ne tourne plus lorsque je me réveille, et je suis miraculeusement épargné par la migraine qui aurait du me torturer l’esprit en représailles de cette nuit, mais la lueur d’un soleil déjà bien haut dans le ciel ne s’accompagne que de l’agréable sensation d’une main qui se presse contre la mienne, et je vois un visage se dessiner dans mes songes… Morghane, elle me sourit. Alors que je cligne des yeux pour chasser cette vision dérangeante, je vois sa silhouette se lever alors qu’on me lâche la main. Quelqu’un retire quelque chose de mon front et je sens un poids y disparaître, comme si le monde était devenu un peu moins lourd à porter. Car oui, à nouveau, je peux en partager le poids avec les épaules d’une autre.

« -Tu te sens bien ?
-Ce n’est pas plutôt à moi de poser la question ? », je réplique d’une voix chevrotante.

_____La joie et la légèreté ont de nouveau leur place dans ce monde, et le bruit amusé que fait Morghane me réchauffe le cœur. Même si elle me dit qu’elle pourrait aller mieux, j’éprouve un soulagement si intense que mon visage s’illumine d’un radieux sourire. Malgré la fatigue et la peine, malgré la peur et la douleur, je me sens bien.

« -J’ai survécu. »

_____Incroyable. Le monde peut s’arrêter de tourner, maintenant.

« -Dis-moi, tu vas pouvoir me remplacer en tant que capitaine ? Parce que je crois que tu as un peu dépassé tes heures de repos. »

_____Elle acquiesce et je me rendors. En paix, cette fois. Simplement, je repense à toutes ces fois où Morghane et moi avons mené une équipe ensemble, à toutes ces fois où nous avons fêté une réussite autour d’une chope de « tonique du marin », à toutes ces fois où nous nous sommes lancé un regard complice, certains de nous comprendre vraiment… Je repense au moment de notre rencontre, dans cette auberge des Vertes Vallées où Lyssa m’avait emmené : elle, l’amirale des imminentes troupes de Délos et moi, une personne parmi d’autres. En voyant son visage, j’ai tout de suite reconnu les traits à peine masqués par son capuchon et d’habiles coups de crayon : placardé dans toutes les rues, le visage de l’amirale des troupes adverses était devenu une légende… douce, belle et sensuelle, Morghane avait un visage très fin, très délicat… sa peau bronzée était si lisse qu’elle attirait le regard comme un joyau. Mais son corps athlétique, sa carrure et sa grande taille qui laissaient tout de même une place aux attributs féminins faisaient d’elle quelqu’un de particulièrement impressionnant. Impressionnante, belle et dangereuse, voilà ce qu’on pensait d’elle au premier regard… C’était donc vrai qu’elle se trouvait dans le Royaume d’Orr, et mon esprit patriotique m’a de suite inspiré une grande crainte, mais ce n’était plus un adversaire, à ce moment-là, car j’avais rejoint la cause adverse, j’avais basculé dans l’autre camp.

_____Oui, je suis un traître, et je n’en suis pas fier… mais c’est le Royaume qui m’a trahi en premier. Théodore nous a tous trahis, après tout. Il nous a fait croire que la paix et la quiétude pourraient être retrouvées, puis il a continué la guerre. Et moi, je n’ai plus de famille ni d’amis à cause de lui. Mon village entier a été frappé par sa colère, car il abritait une poche de résistance. Je ne saurai sans doute jamais si tous ceux qui sont morts étaient véritablement coupables, mais de voir tant de personnes disparues, emportées et exécutées sans procès ni occasion de se justifier, ça m’a révulsé plus que tout. Non, on ne m’a pas dit ce qu’ils étaient devenus, personne ne m’a rien dit. Le village est resté muet devant mes questions : ils me regardaient comme un revenant ! Mais je ne suis pas dupe. Mes amis… ma famille n’a pas disparu comme ça, par enchantement ! Théodore les a tués, aussi sûrement que s’il avait ordonné leur mort, je le sais. Et pour ça, il doit payer. Ma seule famille, désormais, ce sont les rebelles.

_____Mes rêves délirants m’emportent encore quelques instants à mes premiers instants dans la Cause, à ce moment où je suis revenu des Vertes Vallées pour reprendre mes activités de navigateur, à ce moment où je suis revenu sur les bords de l’Impétueux pour y voir que mon village avait brûlé et que près de la moitié de ses habitants avaient disparu, emportés par l’incendie. Je venais de rencontrer Lyssa et d’embrasser la cause rebelle, mais c’est véritablement ça qui m’a convaincu que j’avais pris la bonne décision. Moi, simple navigateur revenant d’un voyage professionnel où j’ai appris quelques spécialités du pays, je venais de devenir un rebelle qui n’avait plus rien à perdre.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 5 Aoû - 18:17

_____Je ne sais pas quand Morghane et moi sommes devenus amis. Au début, j’ai rejoint son équipe et subi une formation : j’étais sous ses ordres. Par la force des choses, je suis devenu capitaine. J’ai démontré mes compétences et mon habilité à conduire le Malhan jusqu’à la forteresse et, plus que tout, j’ai prouvé ma loyauté et ma détermination. Morghane et moi n’avions pas beaucoup en commun, si ce n’est cette chose-là : nous n’avions pas besoin d’avoir quelque chose en commun pour devenir amis. Je l’ai appréciée pour ce qu’elle était : déterminée, intelligente et incroyablement talentueuse. Elle m’a compris car elle aussi a perdu sa famille à cause de l’Orr, elle aussi a perdu ses amis à cause de l’Orr. Elle habitait une petite île proche du Royaume, et sa famille fut l’une des premières victimes des escarmouches de la reine : plus personne ne l’attend, à Délos, ni mari ni enfants. Ils sont tous morts. Nous étions seuls, nous étions désespérés, nous avions besoin l’un de l’autre, et on s’est aidé. On s’est aidé dans les épreuves du quotidien, car c’est toujours plus léger d’affronter la journée avec un ami ; on s’est aidé à accomplir nos exploits, car je n’aurais jamais pu ramener ce navire à bon port, sans son aide. Oui, nous l’avions piraté, mais c’était de bonne guerre ! Je ne suis pas un pirate. Pourtant, j’ai piraté. Je ne suis pas un meurtrier. Pourtant, j’ai meurtri. J’ai fait ça dans un but précis, j’ai fait ça pour que, le jour venu, le Malhan arrive devant le palais royal et que nous y fassions tomber la tête de Théodore, voilà pourquoi je l’ai fait. Et oui, à ce moment-là, on pourra dire que je serai un meurtrier, car j’aurais meurtri, mais j’aurais meurtri pour le bien de tous alors que lui, Théodore, ne meurtrit que pour son propre intérêt. Il se prend pour un Dieu et se croit tout permis, et quelqu’un doit le rappeler à l’ordre et lui montrer qu’il n’est rien d’autre qu’un mortel. Et cette personne, ce sera moi.

_____Je n’ai pas partagé tant de choses, avec l’amirale : elle est plutôt du genre inaccessible et occupée. Mais bon, nous avons fait équipe de temps en temps, nous avons construit une certaine complicité et nous aimons nous retrouver pour souffler, pour parler, pour passer le peu de temps libre qu’on nous octroie… Au-delà d’une amie, Morghane est une personne expérimentée et une excellente commandante : elle n’est pas amirale pour rien, et c’est aussi pour ça que j’ai demandé à ce qu’elle soit sur le Malhan. Au début, elle était réticente, et le chef des rebelles a même formellement refusé ma requête : pas question de mettre une amirale en première ligne ! Mais elle a changé d’avis au dernier moment, et j’avoue que ça me rassure beaucoup de pouvoir compter sur elle. Même Arthur, qui voyait ça d’un très mauvais œil lorsque j’ai fait la proposition, a été soulagé : grâce à elle, il n’avait plus à se charger du vol de l’Egide et du réceptacle.

_____Mes rêves se confondent avec mes pensées, et je vois différentes figures s’y mélanger : je vois le comte Laurent, le réceptacle de l’Egide qu’Arthur a malheureusement tué, je vois le général Khaine, le terrifiant dirigeant de la forteresse de platine, j’y vois une île de l’archipel de Délos, là où Morghane m’avait emmené jadis, je vois un hôtel récemment construit dans les Vertes Vallées, où l’on accueille les nobles de mon Royaume venus admirer ce pays tout juste conquis, je cauchemarde sur les navires de guerre que la forteresse de platine nous a envoyés : ils essaient vainement rattraper le Malhan qui file comme une flèche ; et je revois le visage de Lyssa, son doux et merveilleux sourire qui balaie les inquiétudes de mon cœur… Malgré moi, je soupire d’aise, mais les violentes secousses s’emparant du navire me ramènent à une bien autre réalité.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 10 Aoû - 18:53

VII.


_____Les coups de canon retentissent et me tirent pour de bon de ma somnolence. Quatre navires se dressent devant nous : trois à l’horizon et un qui se fait de plus en plus près, l’Hermès. Le Soleil, presque au zénith, m’indique qu’on se situe en plein milieu de l’après-midi et que j’ai dormi une bonne dizaine d’heures : je me sens complètement d’attaque pour gérer cette situation. Sur le pont, une Morghane convalescente crie faiblement des ordres que les marins exécutent aussitôt, et je vois de la fumée s’échapper de l’Hermès. Malgré moi, je m’inquiète énormément pour nos alliés, et nos canons tirent trois coups minutés pour leur redire de nous rejoindre : à deux contre trois, nous aurons une minuscule petite chance de l’emporter. Ils ont déjà amorcé la manœuvre, mais les bâtiments qui leur font face se rapprochent dangereusement… nous ne pouvons rien faire. Maladroitement, je rejoins le vigile pour lui emprunter sa longue-vue, et je regarde anxieusement la scène sans pouvoir intervenir :

_____Sur le pont de l’Hermès, le capitaine Salas aboie des ordres inaudibles que ses subordonnés s’empressent d’exécuter. Courant dans tous les sens, les marins de Délos, d’habitude organisés et méthodiques, semblent pris de court devant ces trois puissants bâtiments. Favorisés par le courant, ces immenses silhouettes s’encombrent de grands mâts dépourvus de voiles et s’avancent rapidement à la force de rames que je vois s’agiter en rythme à leurs côtés, et les colonnes de fumée qui s’échappent de part et d’autre de leur arrière trahissent l’existence de puissants moteurs. Alors que je rends sa longue-vue à l’homme, j’analyse les différents paramètres : courants, vents, relief accidenté parcourant le lit de l’Impétueux, tout semble en la défaveur de l’Hermès, à l’exception peut-être des inquiétants nuages de tempêtes qui s’annoncent au loin, juste au-dessus des nos adversaires. Derrière nous, la brume semble à notre poursuite tandis que les ténèbres nous attendent au devant… génial.

_____Salas s’empare du porte-voix pour demander quelque chose et plisse les yeux en attendant la réponse. Très inquiet, il murmure ce qui semble être une injure puis aboie autre chose en guise de réponse. Avec les cliquetis inquiétants qui nous parviennent à peine, nous nous doutons que les hostilités vont bientôt débuter, mais il faudrait que l’Hermès gagne encore un peu de temps pour que nous arrivions à son niveau… Salas est une personne de confiance, du genre très compétent et très calme. Il sait gérer les situations de crise et je sais qu’on peut compter sur lui, mais que peut-il faire face à ces trois monstres ? Gigantesques, les flancs recouverts de gueules de canons, ces bâtiments sont conçus spécialement pour cracher la mort. Oui, ce sont des monstres, mais les monstres n’ont pas leur place dans ce fleuve.

_____Je vois Salas hésiter à travers ma propre longue-vue, et je sens qu’il va prendre la bonne décision. Quelque chose de définitif et d’infiniment regrettable. Le cœur gros, il crie un ordre inaudible qui fait s’arrêter le mien. Lentement, les canons de l’Hermès s’orientent vers ceux de la couronne, puis crachent en même temps le feu de leurs entrailles. Le capitaine Salas va tenter de faire croire qu’il détient l’Egide, il va tenter de nous laisser un maximum de chances. Il va tenter de se sacrifier pour nous. Peut-être va-t-il saborder son navire pour qu’ils restent et envoient désespérément leurs plongeurs à la recherche de l’artefact… Un goût amer s’empare de moi alors que tant de personnes s’apprêtent à risquer leur vie pour la mienne… je suis frustré, révolté et impuissant.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 10 Aoû - 18:58

_____Cinq boulets de canon explosent sur le flanc d’un navire de guerre. Lentement, puis impétueusement, l’eau s’engouffre dans sa coque, hémorragie aqueuse menaçant bien des hommes. J’entends en esprit les soldats paniqués tenter de colmater la brèche, mais d’autres coups de canon vont s’écraser un peu partout sur le pont, sur ses flancs ou dans le fleuve. Une pluie de flèches enflammées s’abat sur l’Hermès. Un coup de canon pulvérise son mât. Des tireurs répliquent sur le pont, des cris fusent et le capitaine marche tranquillement sur un pont bombardé par les canons. Aucun ne touche la coque. Sachant qu’il va livrer sa dernière bataille, Salas se rappelle tout ce pourquoi il se bat, il se rappelle tout ce pourquoi il y croit, et il entreprend de galvaniser ses troupes. Pour la liberté, pour la paix, pour la justice, pour l’alliance. Débordantes, ses émotions rendent son discours émouvant et irréel, d’autant plus que je ne peux entendre ses paroles : Je vois ses lèvres bouger, sa bouche articuler des sons, mais rien ne parvient à mes oreilles. Pendant un instant suspendu dans l’éternité, les soldats oublient la mort et crient. Ils seront ensembles jusqu’à la fin, jusqu’à leur dernier souffle, jusqu’à la mort, tous unis derrière leur capitaine. Les navires de guerre se rapprochent, faisant enfin cesser leurs coups de canon, mais s’acharnent à vider leurs carquois sur l’Hermès. Prenant désormais l’allure d’un hérisson, le bateau refuse obstinément de prendre feu, comme protégé par quelques enchantements, puis s’avance avec arrogance en plein milieu de la bataille.

_____Restant cependant proche de la rive droite, si proche qu’il risque de s’y échouer à tout moment, le capitaine n’offre qu’un seul de ses flans à ses adversaires. Malgré les incessants tirs de l’Hermès, les navires de guerre se rapprochent encore, celui avec la coque percée s’étant quelque peu enfoncé dans les eaux dangereuses du fleuve. L’Impétueux n’est pas un fleuve facilement navigable : le niveau de l’eau y est particulièrement bas et le relief de son lit peut facilement y déchirer la coque de n’importe quel navire. De plus, ses courants sont particulièrement rapides passé la forteresse : le lit du fleuve se rétrécit et le débit devient extrêmement rapide, ce qui en fait un piège mortel pour les grands bâtiments. Mais bon, les falaises sont loin derrière nous et le débit s’est fait beaucoup plus lent, depuis quelques heures… Je fais appel à mes connaissances pour me souvenir s’il y a des récifs dans le coin, et je regarde à l’endroit désigné par ma mémoire : si nous pouvons entraîner nos adversaires ici, nous aurons une chance de gagner ! Je regarde à nouveau l’Hermès, puis la position des trois navires qui s’en approchent, et je me rends compte que c’est sans doutes ce que Salas essaie de faire… ingénieux !

_____L’Impétueux est le seul fleuve qui possède des récifs, c’est-à-dire des bouts de roche tranchants qui dépassent de la surface de l’eau. Mais cela ne représente qu’une infime partie des dangers qu’il referme : par endroits, les bouts de roches ne dépassent pas de la surface de l’eau, mais remontent suffisamment haut pour pouvoir transpercer la coque d’un imprudent navire, c’est pourquoi il faut connaître le fleuve sur le bout des doigts pour pouvoir s’y aventurer avec un navire de guerre. Les rebelles n’ayant pas grand-monde qui connaisse à ce point le fleuve, j’ai été professeur attitré des deux futurs capitaines de la Foudre et de Noémie : je ne pouvais pas commander les deux à la fois, et on me préférait sur le Malhan. Quoi qu'il en soit, ces navires de guerre ne sont sûrement pas des habitués de l’Impétueux, mais viennent plus plausiblement de l’un de ses nombreux affluents, le Miénon, qui encercle le plus proche emplacement militaire après la forteresse de platine. Ces navires ne peuvent venir que de là, étant donné le temps qu’il leur a fallu pour arriver. Ils ne sont peut-être pas au courant pour les dents du fleuve, et Salas est en train de jouer gros sur cette carte. Si leurs capitaines sont conscients que l’Impétueux est particulièrement dangereux, ils ne savent peut-être pas qu’il y a du relief sous-marin à cet endroit précis ; et peut-être qu’ils tomberont directement dans le panneau !

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 10 Aoû - 19:10

_____Cela m’est confirmé par un bruit infernal, craquements en série déformés par les eaux, crissements survenus directement des flots, le son d’un frottement que tout le fleuve avale… Il retentit encore, amplifié par le fond, l’écho sonne la mort sur un unique ton, nous tressaillons. J’imagine de loin les cris de panique qui fusent dans ce bateau en proie aux secousses, le capitaine qui perd son sang-froid en comprenant qu’il est condamné et les canaux de sauvetage qui se remplissent en désordre. Lentement, imperceptiblement, le navire éventré s’enfonce dans le fleuve en penchant vers l’avant puis sur le côté, neutralisé. Alors que les canons de l’Hermès détruisent avec acharnement les canaux de sauvetage qui auraient pu sauver la vie de tous ces soldats, les deux autres navires se rapprochent furieusement, précédés des inquiétants nuages qui les survolent. Choqué et révulsé, je détourne mon regard de ce terrible massacre où des soldats désespérés et paniqués sont pulvérisés par d’impitoyables canons… ils ne faisaient qu’obéir aux ordres !

_____Mais nous n’avons pas le choix : si nous les laissons en vie, ils participeront à l’abordage, et ces soldats que nous aurons épargnés deviendront nos pires ennemis. Pour la réussite des opérations, ces soldats doivent mourir. Je serre les dents et retiens ma hargne avec peine, d’autant plus frustré d’être si impuissant, d’autant plus frustré d’avoir à tuer de tant de gens… Ils avaient peut-être une famille, eux aussi, une femme qui les attend avec impatience, des enfants qui ont hâte de revoir leur père, ce héros ! Ils ne les reverront jamais, pas plus que leurs amis… C’est si cruel ! Faisant peu d’état d’âme de ses horribles meurtres, le capitaine Salas, un militaire confirmé, coordonne ses marins pour livrer son navire à la puissance des flots tout en gardant une certaine distance avec la rive : lentement, l’Hermès entame une marche arrière de plus en plus rapide, poursuivit par deux puissants navires de guerre qui le bombardent à nouveau de leurs innombrables canons. Quant à nous, nous contournerons les dents du fleuve par la gauche, ce qui nous permettra de prendre nos adversaires en tenaille. Nous ne sommes plus qu’à une cinquantaine de mètres de nos alliés, et les monstres se dressent à moins de cent mètres, suffisamment près pour nous bombarder nous aussi de boulets de canon. Nous ripostons minutieusement, soucieux de ne pas nous dévier mortellement de notre trajectoire.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 12 Aoû - 15:03

« -Mais pourquoi ils nous tirent dessus ; on n’a rien fait, nous ?!! »

_____Mes camarades consternés s’agitent et s’organisent sur le pont tandis que j’entreprends de les rejoindre.

« -Tu devrais descendre, toi aussi, » dis-je au vigile, « tu seras tout aussi utile, en bas.
-Mais… capitaine !
-Descends, c’est un ordre ! »

_____Les hommes n’aiment pas quitter leur poste, c’est une raison pour mettre une femme à la vigie, mais au moins les hommes savent-ils obéir aux ordres. Je n’aime pas laisser quelqu’un sur le nid-de-pie pendant un combat : si le mât est touché, il est condamné. Nous rejoignons le pont où je retrouve Morghane, divisée entre deux positions :

« -Ah, Sola, tu tombes bien ! J’ai besoin de toi, là !
-Je vois ça… je ne les attendais pas d’aussi tôt, à dire vrai.
-Écoute… ça serait bien, si on pouvait le toucher de l’intérieur. »

_____Quand on progresse avec le vent de face, même le faible courant d’un fleuve ne peut permettre aux rameurs d’obtenir une vitesse satisfaisante : il faut s’aider de moteurs. Clairement, les moteurs constituent le point fort de nos adversaires, car ils leur permettent de se mouvoir rapidement, mais ils sont particulièrement vulnérables. Si on les fait exploser, le bateau sombrera.

« -Certes.
-Le problème, c’est qu’on va se faire canarder avant…
-C’est sûr… »

_____Les moteurs, la poudre à canon, les flèches explosives… Toutes ces choses sont gardées bien à l’abri pour éviter les accidents regrettables : il y a peu de chance pour qu’on les touche d’un coup de canon. Par contre, il on arrive à l’intérieur…
« -Tu veux qu’on fasse monter quelqu’un sur leur navire ? »
Surpris et ahuri, je n’arrive pas à croire que son regard s’illumine : c’est vraiment ce qu’elle veut faire ? Mais c’est du suicide ! En admettant qu’on arrive à monter sur leur navire, tout ce qu’on y obtiendra, ce sera la mort ! Et puis, on n’a pas vraiment de moyen d’envoyer quelqu’un là-bas… Les yeux brillants de l’amirale me font peur, et je crains qu’elle ne nous ait encore préparé l’un de ses plans-surprise foireux… Qu’est-ce quelle nous a encore inventé ?

_____Non loin de là, Salas ne savourera pas sa victoire bien longtemps : un des navires ennemis est presque entièrement submergé, c’est vrai, mais il en reste deux et ils se rapprochent beaucoup trop vite à son goût, chacun de leurs coups de canon endommageant encore plus son navire. Plusieurs de ses camarades sont déjà morts à cause de ça, et une rage nouvelle s’est sûrement emparé de lui. Je connais Salas : il tient particulièrement à son équipage, et fera payer chaque mort au centuple. Je le vois aboyer des ordres avec colère, et les canons qu’il a faits installer sur la proue tirent sans répit sur leurs cibles gigantesques, cherchant désespérément à créer l’exploit. Les fenêtres volent en éclats, des boulets de canon vont pulvériser le pont, mais pour chaque projectile envoyé par Salas, celui-ci en reçoit quatre, et bientôt son navire ne ressemblera plus qu’à une épave dévastée… il ne pourra sûrement pas résister à l’abordage, pas sans nous. Continuant courageusement le combat, Salas demande à viser les flancs et la coque, mais les canons n’ont pas une très bonne précision…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 12 Aoû - 15:06

_____Salas ordonne à ses hommes de déployer les voiles, je le sais car je peux les voir s’exécuter. Malheureusement, son deuxième mât est pulvérisé par un boulet de canon, ce qui n’empêche pas l’Hermès de s’immobiliser puis de repartir vers l’avant : désormais à notre niveau, nos alliés font tourner leurs moteurs dans l’autre sens pour relancer leur navire, et c’est du deux contre deux. Alors que les marins de l’Hermès coupent promptement des cordes pour laisser leur mât glisser dans le fleuve, nos archers font pleuvoir des flèches en direction des bâtiments adverses. Des explosions retentissent un peu partout, mais seule une flèche transperce la coque. Après un court instant, une autre explosion retentit et une fumée grise s’échappe de là où elle s’est plantée, et le navire penche dangereusement vers la droite. Nos adversaires s’estiment à leur tour assez proches pour nous bombarder de flèches, mais c’est sans compter sur les vents capricieux qui règnent ici : leurs projectiles se fichent lamentablement dans le fleuve ou viennent ricocher contre un rocher ; créant de temps en temps une explosion dont les retentissements sont amplifiés par l’écho.

_____Bientôt, le Malhan présentera son flanc droit au navire qu’il doit affronter, et les innombrables canons de nos adversaires nous réduiront en poussière… Nous nous rapprochons très vite, il ne reste que quelques secondes… J’entends le capitaine crier pour préparer ses soldats, je vois des gens courir sur le pont pour disparaître dans les entrailles du navire et je sais que, bientôt, le cours de la bataille va s’inverser. Le miracle ne peut venir que du ciel.

« -Maintenant !! », crions-nous en chœur.

_____Je dévisage Morghane qui m’accorde un sourire complice : nous nous comprenons. Le ciel est désormais noir. La brume nous a entièrement recouverts. Les rayons du Soleil stoppés dans les cieux n’ont pas la moindre chance de pénétrer la brume : on n’y voit plus à un mètre malgré toutes les lanternes, mais nul besoin de voir, car nos mouvements ont été minutieusement préparés. Des marins tirent les cordes afin d’enrouler les voiles tandis que les moteurs baissent singulièrement de régime, offrant juste assez de puissance au navire pour triompher du courant et progresser à un rythme calculé. Je me placerai à l’avant afin de guetter les obstacles et Morghane prendra la barre pour obéir à la moindre de mes instructions. Les coups de canon cessent et nous entendons un cri accueilli d’une inquiétante clameur :

« -À l’abordage !
-Yaaah !!!! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 12 Aoû - 21:26

_____Et là, c’est vraiment le bordel, la confusion totale. Impossible de savoir si la personne qui vient de surgir devant moi est amie ou ennemie… je frappe le sol trois fois et me décale silencieusement vers la droite, mais elle n’en fait rien, se contentant de frapper à l’aveuglette dans ma direction. Esquivant maladroitement ses attaques, je me retrouve au sol, mais mon adversaire n’y voit pas mieux que moi. Sans vraiment connaître sa position, je bondis sur lui avec toute ma rage et ma haine et je le pousse violemment par-dessus bord, et un cri de terreur précède le bruit sourd indiquant qu’il a rejoint les eaux. Ahuri, je ne me rends pas compte de ce que je viens de faire, et je regarde en direction de mes mains avec un air abruti… en direction de ces mains pleines de sang que je ne peux même pas voir. Paniqué, je m’éloigne à tâtons de la clameur des combats, et j’entends plusieurs personnes subir le même sort que mon adversaire, beaucoup trop, même. À ma droite, quelqu’un frappe le sol trois fois et je réponds en frappant à mon tour. Sa respiration se rapproche jusqu’à ce que je puisse trouver sa silhouette indistincte. Calmement, je m’approche de lui jusqu’à pouvoir distinguer les ombres de son visage : nous nous touchons presque et nos souffles s’entremêlent alors que je reconnais un soldat d’Arthur qui a l’air tout aussi perdu que moi. Cependant, son regard s’illumine lorsqu’il me reconnait :

« -Capitaine, c’est bien vous ! Je dois assurer votre protection !
-C’est bien aimable ! », lui dis-je en appréciant cette aide inespérée.

_____Nous sommes terriblement moins nombreux, peut-être à onze contre deux cent cinquante, mais l’aveuglément nous avantage tout autant : à chaque fois que nous entendons quelqu’un, nous frappons le sol pour savoir s’il est ami ou ennemi, alors que nos adversaires combattent dans la confusion. Comme je le pensais, c’est mon terrain. Je gagne. Le combat semble interminable, mais mon garde du corps attitré pourfend quiconque s’approche d’un peu trop près sans signaler qu’il est ami. Parfois, des pas feutrés parcourent le pont en créant un son oppressant dont on ne peut pas déterminer la provenance, et mon compagnon apeuré s’agite bruyamment en cherchant à localiser l’ennemi, mais aucune patte de velours ne vient nous attaquer. Nos adversaires essaient bien de nous imiter, mais chacun d’entre nous a sa propre identité, sa propre suite de trois frappes, si bien qu’il est encore plus facile d’éliminer ceux qui se font passer pour l’un des nôtres. Sans vraiment connaître le déroulement de la bataille, je suis extrêmement confiant et je m’éloigne du mât avec précaution, suivi de près par Christian, mon nouveau garde du corps. Nos ennemis sont en train de s’entre-tuer dans la confusion alors que nous, nous nous aidons mutuellement, c’est ça qui fait la différence.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 17 Aoû - 16:10

« -Viens, faut qu’on rejoigne l’avant du navire ! », chuchoté-je à mon coéquipier temporaire.
-Ce sera un honneur, capitaine. »

_____Je lui tapote l’épaule pour lui exprimer ma reconnaissance et progresse lentement en direction de la proue, Christian ne quittant jamais mon épaule de sa main pour pouvoir m’emboiter le pas. Puisqu’il me fait part de ses inquiétudes, je le rassure quant au déroulement de la bataille, et lui assure que ce que nous faisons est tout aussi important. C’est vrai, il risquera moins de mourir à la proue plutôt qu’au cœur du combat, mais ce n’est pas pour autant qu’il sera considéré comme un couard : c’est un autre type d’adversaire qu’il doit affronter ici, et si personne ne guette où l’on va, nous risquons de percuter le relief. Bon, celui-ci est beaucoup plus rare, à cet endroit du fleuve, mais nous risquons surtout de nous échouer sur la rive gauche. C’est assez peu probable puisque l’Impétueux a au moins ça de positif qu’il décrit une longue ligne droite, mais il faut dire qu’on n’y voit vraiment rien, alors vaut mieux avoir quelqu’un pour nous éviter ce sort.

_____Lentement, je le guide sur le pont, mais un bruit suspect, un pas furtif ou un craquement dans le bois nous prévient à maintes reprises qu’un adversaire est tout proche, et je ne peux pas compter toutes les fois où Christian défait un des innombrables adversaires que nous rencontrons. Les affrontements sont longs et difficiles, les silhouettes invisibles des hommes n’apparaissent qu’au toucher, le faible bruit qu’ils font en bougeant se confond trop avec le vent, mais nous y sommes tous préparés. Christian prend facilement l’avantage et tire profit de l’obscurité tel un démon sévissant dans les ténèbres, et le fait qu’ils nous révèlent systématiquement leur position d’un inquiet "Qui… qui est là ?" lui permet d’éliminer nos adversaires avec une aisance démentielle. Parmi tous ceux que nous rencontrons, nous ne reconnaissons aucun ami, ce qui porte un coup à ma confiance : pourquoi est-ce qu’on n’a toujours pas rencontré d’alliés ? Où sont nos camarades ? En tant que capitaine, je ne peux pas faire part de mes inquiétudes à Christian, mais je suis bien content que la brume l’empêche de distinguer mes traits torturés : ma mine défaite lui ferait perdre courage. Soudain, j’entends le bruit rauque d’une respiration à ma droite, mon camarade se trouvant à ma gauche. Je me rapproche de lui en frappant trois fois le sol, mais je n’obtiens que des menaces pour réponse :

« -Qui êtes-vous, ami ou ennemi ?
-Je suis un ami ! », je réponds en me rapprochant discrètement.
« -Matricule ? », me demande une voix suspicieuse.

_____Trop tard : mon poing percute quelque chose de dur, sûrement une pommette, et mon client crie de douleur en me traitant de tous les noms. J’assène un coup de pied au hasard, et je crois toucher son épaule, mais mon coup suivant ne rencontre que du vide. De mon oreille gauche, j’entends un mouvement et je me penche en protégeant ma tête de mes mains, conscient que cette protection précaire mais instinctive ne sera nullement utile contre un coup d’épée. Le bruit d’une arme fauchant l’air me prévient que l’attaque est passée, et je balance mon poing gauche dans un coup remontant qui percute miraculeusement son menton : j’entends ses dents claquer et je l’ai désormais à ma merci. Lui assénant deux nouveaux coups de poing, je l’entraîne vers le bord puis enfonce ma main gauche là où je pense être son estomac, grossière erreur. Me figeant de douleur après que mon poing ait violemment rencontré son armure, je suis sonné par le revers de sa main qui m’envoie à terre. Je tombe bruyamment mais roule discrètement vers la droite avant qu’une arme ne se plante sur le pont. Me relevant douloureusement, je m’abstiens de répondre à ses « Où es-tu, chenapan ? » et autres insultes, mais entreprends de le contourner. Lorsque je pense être derrière lui, je lui saute littéralement dessus, le faisant basculer vers l’avant. Me relevant pour éviter un éventuel coup d’épée, je lui saute à nouveau dessus alors qu’il s’est tout juste retourné. Son épée fauche l’air je ne se sais où, et mon talon gauche s’enfonce dans son plexus, chassant l’air de ses poumons dans un cri de douleur. Sans perdre de temps, je balance mon pied là d’où vient sa plainte mais ne rencontre que du vide.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 17 Aoû - 16:36

_____Apeuré, je m’éloigne à toute vitesse en craignant de me faire faucher par son épée, mais il ne fait rien. Je scrute les ténèbres à la recherche d’un signe, mais impossible de dire où se trouve son bras droit. Je marche sur son bras gauche, perds l’équilibre et m’étale complètement sur le sol, mais je parviens à me retourner au dernier moment pour l’atteindre sans un bruit, me réceptionnant avec l’adresse d’un chat amputé. Alors que je me dirige à quatre pattes vers l’avant du navire, j’entends mon adversaire se relever, crier des insultes et frapper l’air à l’aveuglette, juste avant qu’un cri de douleur m’indique qu’il vient de recevoir un mortel coup d’épée. Quelqu’un s’approche de moi et trois coups frappés sur le sol m’indiquent qu’il s’agit de Mylène, une subordonnée de Morghane. Rassuré, je lui réponds en frappant le sol trois fois, puis entreprends de tâtonner à la recherche d’une arme. Mes doigts se referment sur quelque chose de collant et de visqueux et, sans avoir vraiment conscience de ce que je viens de toucher, je m’essuie prestement sur mes vêtements avant de redoubler d’efforts dans mes recherches. Me saisissant finalement d’une chaîne avec plus de bruits que je ne l’aurais voulu, je la remonte jusqu’à l’ancre qui sera mon arme jusqu’à nouvel ordre.

_____Retournant à mon premier objectif, je fais demi-tour et m’approche à pas feutrés de la proue, mais l’ancre est beaucoup trop lourde : elle traîne sur le pont et me fait sursauter à chaque fois que sa chaîne laisse échapper un bruit indiscret ! Malheureusement, cela ne fait qu’ameuter les adversaires : auprès d’une lanterne, deux silhouettes se dessinent dans le noir sans répondre à mes coups frappés au sol. Poussant un léger soupir, je soulève mon fardeau pour donner un coup violent qui en frappe un au tibia, provoquant un horrible craquement suivi d’un désincarné braillement de douleur. J’entends mon homme s’effondrer par terre et gémir pitoyablement, et c’est le cœur serré que je dois affronter son compagnon… Son arme fait retentir un coup de feu déchirant mes tympans. Grimaçant de douleur, je tire vainement l’ancre à moi pour pouvoir l’asséner à nouveau, mais bon… Si jamais vous trouvez une ancre, ne pensez jamais à vous en servir comme arme : c’est beaucoup trop lourd. Par contre, vous pouvez la lâcher, ce qui est très pratique pour écraser les pieds de l’adversaire et lui faire lâcher son arme, et c’est à peu près comme ça que je me débarrasse de lui : en entendant son cri de douleur et son arme qui percute le sol, je lui décoche un coup de pied qui atteint quelque chose dans un craquement, lui faisant alors perdre l’équilibre dans un glapissement. Pour une raison inconnue, peut-être essayait-il d’extirper son pied de l’écrasant poids de mon arme, il bascule soudainement vers l’arrière, et j’en profite pour le pousser en me penchant en avant : les deux paumes ouvertes, j’atteins une épaulière en cuir et le fais basculer par-dessus bord, manquant moi aussi de rejoindre le Dieu des flots. Il lance un long beuglement de peur et s’accroche à une corde que j’entreprends de sectionner avec un couteau.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Ven 17 Aoû - 16:49

_____À la question « Comment est-ce que j’ai trouvé le couteau ? », je répondrais « Je ne sais pas. » Il était là, je l’ai pris, c’est tout. Par contre, j’ai une explication un peu plus rationnelle pour la corde : sous l’effet de son poids, l’adversaire a tendu la corde qui se trouvait à mes pieds, et je suis tombé. Je suis tombé sur le couteau. Il était planté sur le pont et je me suis lamentablement pris son manche dans les dents, mais au moins ai-je désormais une arme. Après que mon adversaire ait rejoint le Dieu du fleuve dans un dernier cri précédant un bruit sourd, je reprends la direction de l’avant du navire, réfléchissant profondément à ce que je viens de faire. J’ai tué de sang-froid. Je suis un monstre dominé par la peur. J’ai désormais rejoint l’avant du navire et observe d’un air dégoûté les eaux qui s’écoulent devant moi. Je n’y vois vraiment rien. Machinalement, je tire sur la corde qui se situe à ma droite, ordonnant à Morghane de diriger le navire à tribord.

« -Oh, capitaine, je vous ai cherché partout ! Vous n’étiez pas avec ce gros lard qui criait tout le temps, là, alors je me suis dit… pense comme ton capitaine ! »

_____Christian est visiblement fier de lui, et je le félicite pour ses exploits de déduction. Penché sur le rebord, à deux doigts de la figure de proue, je chuchote de sombres paroles, encore agité et troublé. J’ai eu peur, c’est sûr. J’ai toujours aimé la nuit, les lumières dansantes de la capitale et ses soirées enivrées… Pour moi, la nuit était synonyme de calme et de tranquillité. Après ça, après ces combats qui se déroulent dans les ténèbres, j’aurais toujours cette inquiétude latente dans le noir. Comme lorsque j’étais enfant, j’associe de nouveau l’obscurité à la peur.

« -Waouh, vous avez battu des gens à mains nues, des gens armés ? Trop fort ! »
_____ Je pousse un soupir dépassé en tirant deux coups secs sur la corde qui se situe à ma gauche, ordonnant à Morghane de redresser la trajectoire. Christian semble me tenir en haute estime, il me voit comme un héros. Mais en fait, la personne qui a terrassé son homme et écrasé les pieds d’un autre avec l’ancre n’a rien d’un héros. J’ai fait ça pour sauver ma peau, rien de plus. Je ne suis pas un héros mais plutôt un monstre, un monstre qui n’hésite pas à tuer, à prendre des vies lorsqu’il est dominé par la peur.

« -Je n’aime pas tuer, je… je ne peux pas m’empêcher de penser… que cet homme avait une famille, une femme qui attend son retour et… de savoir la souffrance que je leur ai infligée, que ses enfants vont devoir pleurer leur père à cause de moi, à cause de ce que j’ai fait… »

_____Je m’arrête avant de fondre complètement en larmes et retiens mes sanglots, ridicule, m’agrippant de plus en plus fort au rebord de la proue… mais qu’est-ce que je raconte ? Je suis le capitaine, je n’ai pas le droit de saper le moral de mes camarades ! Ah, je suis à deux doigts de pleurer parce que j’ai peur du noir ?! Tu parles d’un capitaine… Heureusement, Christian ne se laisse pas abattre aussi facilement et essaie même de me remonter le moral :

« -Mais… capitaine ! Ces hommes étaient des soldats, ils étaient préparés à mourir ! Et puis… ils ont abordé notre navire, votre navire ! Vous ne faisiez que le défendre ! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 18 Aoû - 18:44

_____Mais est-ce que défendre son navire implique de faire passer un homme par-dessus bord, un homme blessé et désarmé ? Christian a raison, bien sûr, je ne fais que mon devoir, mais est-ce que ça me donne le droit de tuer ? Je ne fais pas part de mes doutes, car je ne peux pas me permettre de douter, mais je suis tellement frustré… Je ne me reconnais plus. Je ne suis pas un soldat, je ne suis pas fait pour tuer. Qui est fait pour tuer, après tout ?

« -Merci. »

_____Je n’ai pas besoin de le voir pour savoir qu’il sourit, et ma reconnaissance est réelle. Même si je devrais, je ne m’excuse pas, encore une fois parce que je dois être fort, mais j’aimerais tellement me recroqueviller quelque part et pleurer, j’aimerais tellement exprimer mes sentiments à quelqu’un ! Ce ne sera pas possible, ici, car personne n’est là pour m’écouter me plaindre, personne n’est là pour m’y voir pleurer. Tout le monde attend de moi que je sois fort, et je serai fort pour eux. Parler ainsi à Christian m’a fait du bien, mais ce sera la dernière fois. Je peux compter sur sa discrétion, mais il doit pouvoir compter sur son capitaine.

« -Surveille mes arrières, Christian, on va mener ce navire jusqu’au palais royal et faire rouler la tête de ce putain de roi, ok ?
-Oui capitaine ! »

_____Christian reprend courage et me tourne le dos. Lui aussi, il a besoin qu’on le réconforte : toutes ces ténèbres, tous ces bruits étouffés, cette mort qui peut survenir de partout… Tout le monde aurait besoin d’être rassuré, dans cette bataille endiablée. Maintenant, il est flatté que je mette ma vie entre ses mains et que j’aie retenu son prénom. Maintenant, l’horizon que je lui ai montré lui donne une raison de continuer, et c’est avec une vigueur nouvelle qu’il retournera au combat, galvanisé par mes paroles. Au fil de l’eau, recouvert d’une brume ténébreuse, je reconnais un infime changement annonçant la première bifurcation du fleuve, un petit rocher presque invisible auprès de la berge. On arrive au but. Prévenant Morghane par trois coups secs sur la corde de droite, je me dis que l’Impétueux est un itinéraire vraiment pratique pour le palais royal : une grande ligne droite, deux bifurcations et une ligne droite, il n’y a pas de chemin plus court à moins d’emprunter la voie des airs, ce qui relèverait de la magie. Heureusement pour nous, la magie n’est pas de ce monde. Ceux qui choisissent la voie terrestre doivent d’abord contourner la falaise qui surplombe le port, ce qui leur fait décrire un très long et handicapant détour, mais c’est un pari intéressant parce que, par la suite, la distance n’est pas si grande jusqu’à la première station de chemin de fer de l’histoire, un bâtiment flambant neuf où se trouve une immense machine, toute en longueur, qui avance sans chevaux grâce à la puissance de la vapeur, atteignant alors des vitesses exceptionnelles. Évidemment, cela revient à un aller simple jusqu’au palais royal, mais nous y seront avant que quiconque atteigne la gare. Sinon, on peut choisir de prendre un affluant de l’Impétueux, le Paisible, une large rivière qui porte bien son nom. L’avantage évident est qu’on n’a pas à lutter contre le courant ni à être exposé au relief, mais le tracé du Paisible est bien moins rectiligne que celui de son grand frère, si bien que ceux qui passeront par là n’ont aucune chance, contre nous. En fait, je ne pense pas que quiconque ait la moindre chance de gagner la course, puisque c’est nous qui allons la gagner.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 18 Aoû - 18:48

_____Je tapote de façon régulière sur le pont jusqu’à ce que le navire accélère, exactement comme prévu. Nous progressons maintenant à notre vitesse de croisière, la brume empêchant tout homme rationnel de vouloir progresser à la vitesse de pointe. Afin de nous assurer que nous ne rencontrons aucune mauvaise surprise, je coupe une corde qui libère deux longs bouts de bois destinés à se fracasser à notre place si un obstacle se pointe à gauche ou devant. À ce moment-là, nous serons prévenus et nous pourrons changer notre trajectoire à temps, sans que la coque ne soit endommagée. D’un sourire amusé, je me rends compte que je ne vois même pas un dixième des bouts de bois, le reste disparaissant dans la brume. Alors que le fracas des armes s’éternise à l’arrière, je pousse un discret mais long soupir qui expie ainsi toute ma fatigue, et je scrute attentivement les ténèbres, à l’affut de tout élément menaçant. De temps en temps, je tire sur une corde pour corriger la trajectoire du navire ; et Christian doit souvent mettre sa vie en jeu pour affronter et terrasser un adversaire.

_____J’entends des cris et des hurlements, des gens se battre dans le vent… toutes les minutes, la plainte ultime d’un soldat retentit avant qu’il ne bascule dans le vide. À chaque seconde, on devine le fracas d’une arme qui s’abat quelque part. Un bruit sourd quand c’est sur le pont, une note aigüe lorsque deux sabres s’entrechoquent… les craquements du bois, le bruit du pas des hommes, les menaces des soldats, les mugissements de douleur, le son rauque d’une voix, les puissants coups de feu… tout se mélange en dissonance… La clameur des combats est presque irréelle tant elle paraît lointaine : les hommes chuchotent et retiennent leur respiration, se guettent et se frôlent sans se voir, mais les farouches cris de guerre et la rumeur des batailles se font plus discrets qu’une palomena dans la forêt. Des frottements, des glapissements, des respirations gutturales qui semblent venir de nulle part et de partout à la fois, voilà tout ce qui survit au vent. Celui-ci est partout, tout le temps. À chaque instant, je sursaute en croyant entendre un adversaire survenir, et la crainte est omniprésente…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 18 Aoû - 18:50

_____Au bout d’un temps interminable, une immense explosion me fait sursauter à tribord, et la voix d’Arthur, sûrement amplifiée par un porte-voix, retentit sur tout le bâtiment :

« -Soldat du Royaume d’Orr ! J’ai coulé votre navire. Le notre a manœuvré et est désormais hors d’atteinte : vous ne pouvez pas espérer recevoir de renforts supplémentaires ! Rendez-vous maintenant et jetez immédiatement les armes ou vous serez anéantis ! »

_____Devant cette annonce refroidissante, les soldats ennemis se font hésitants et le fracas des armes cesse d’un seul coup, laissant place aux murmures oppressants du zéphire véloce. Machinalement, je tire sur la corde de droite tandis que le capitaine adverse ordonne à ses soldats de se compter. L’ambiance est tendue, mais Arthur ne fait pas d’autre somation : tout le monde attend de savoir combien il reste d’adversaires : cent, deux cents ? « –Un. –Deux ! –Trois… » Le compte s’arrête à trente-deux, mais c’est déjà impressionnant. Je sais que la parole me revient, mais je ne sais pas vraiment quoi dire.

« -Vous êtes trente ? C’est heureux, mais n’êtes-vous pas plus de deux cents, normalement ? Nous, je ne vais pas vous le cacher, nous sommes douze. Mais, comme vous avez pu le constater, nous sommes plus qu’avantagés par la brume, et on n’est pas près de la quitter ! Alors jetez vos armes immédiatement, ou il n’y aura pas de quartier ! »

_____La tension est palpable, le capitaine adverse hésite. Qu’espère-t-il, que craint-il ? Si ses hommes meurent, ils mourront en héros, ils mourront en accomplissant leur devoir, mais ils mourront quand même. S’ils se rendent, ils auront une minuscule petite chance de s’en sortir vivants, même si je n’ai pas du tout l’intention de les mener gentiment jusqu’au palais royal. À vrai dire, je ne sais pas trop quelle décision prendre, mais je pense qu’on les fera passer par-dessus bord. Sans leurs armures et à un endroit où le fleuve est plus calme, ils pourront facilement rejoindre la rive.

« -Promettez-nous que nous aurons tous la vie sauve, et nous nous rendrons. », annonce le capitaine.

_____Une rumeur de désapprobation monte dans les rangs ennemis, mais l’immense majorité des leurs reste silencieuse, sûrement lasse de livrer bataille dans le noir, de se battre contre ces démons invisibles qui se meuvent dans les ténèbres ainsi que des poissons dans l’eau.

« -Accordé. Jetez tous vos armes et regroupez-vous près du mât. Au moindre écart, nous vous massacrons jusqu’au dernier !
-Jetez vos armes ! »

_____La plupart ne se le font pas dire deux fois, mais certains rechignent et reprennent les combats… Des cris fusent et j’ordonne à mes hommes « Massacrez-les jusqu’au dernier ! » avant que leur capitaine ne les supplie d’arrêter le combat. Cette fois-ci, la clameur est réelle : les soldats chargent en criant leur rage et leur colère, et mes camarades répliquent témérairement, provoquant une cacophonie digne d’un champ de bataille. Au bout d’un long et terrible moment, les belligérants sont éliminés et mes hommes reprennent le contrôle de la situation en considérant que le mot « les » désignait les hommes armés.

« -Arrêtez, vous nous avez promis la vie sauve !
-C’est bon, mes hommes ne tuent pas les innocents, eux. Tu diras ça à ton roi. »

_____Mes hommes acquiescent en chœur, faisant chacun une petite remarque perso, et cela donne lieu à un capharnaüm assez désagréable mais rassurant : la plupart de mes hommes sont encore debout, Dieux merci. J’ai eu confiance en eux. Personne ne s’est fait tuer, et cela m’adoucit le cœur à un point inimaginable. Oui, j’ai vécu ces instants dans la terreur mais non, je ne suis pas un monstre, je ne suis pas comme eux. Grâce à ça, j’ai repris confiance : ils auront la vie sauve.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 19 Aoû - 17:03

« -Assurez-vous qu’ils soient tous hors d’état de nuire ! », ordonné-je alors que la brume se désépaissit.

_____Nous finissons par sortir de la brume, mais n’accélérons pas pour autant par manque de visibilité : si je peux me permettre de maintenir la vitesse de croisière, c’est parce que je connais le fleuve sur le bout des doigts. Hauts dans le ciel, les épais nuages noirs filtrent efficacement la lumière, et nous avons la fantastique impression d’être en plein milieu de la nuit. La lumière que j’ai fait installer sur la figure de proue perçant à peine les ténèbres, je ne peux toujours pas voir le bout des barres de bois à l’avant du navire. Cependant, je remarque en scrutant le fleuve qu’on s’est légèrement décalé vers la droite, et une succession complexe de coups sur les deux cordes a vite fait de corriger cette erreur. Alors que je me rapproche de nos prisonniers, attachés pour la plupart les uns aux autres et attroupés sur le pont, je scrute désespérément nos arrières à la recherche d’un signe de l’Hermès, mais l’épais manteau blanc que je contemple n’indique absolument pas que Salas a réussi la même manœuvre que moi…

_____Le capitaine et moi-même nous défions du regard tandis que je cherche une solution à la question des prisonniers. Pour l’instant, la priorité est la sécurité : il faut s’assurer que personne ne tentera quoi que ce soit, surtout qu’on peut y voir un peu plus facilement grâce aux nombreuses lumières présentes sur le Malhan : au sortir de la brume, elles ont récupéré toute leur efficacité.

« -Mettez-en un maximum au fer, mais laissez le capitaine sur le pont… lui et moi allons avoir une petite discussion, n’est-ce pas ? »

_____Devant son regard méprisant, je devine que ça ne serait pas facile de lui soutirer des informations, mais ce n’est absolument pas ce que j’ai en tête. Je me retourne afin qu’il ne voit pas mon sourire suffisant, puis ordonne aux hommes d’Arthur d’attacher solidement les autres là où c’est possible : autour du mât, sur les rebords … enchaînés pour certains et ligotés pour d’autres, les vingt-quatre soldats adverses sont désormais solidement attachés ou derrière les barreaux. Amusé, je ne peux m’empêcher de penser que douze personnes ont fait vingt-quatre prisonniers, mais mon sourire se fane bien rapidement. Pris d’un doute fulgurant, je parcours le Malhan du regard pour y compter mes camarades, mais je n’en vois que six…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 19 Aoû - 17:04

« -Milàs !! »

_____Le cadavre du jeune homme est tordu à l’avant du bateau, à quelques mètres seulement de là où je m’étais posté…

« -Oh, Milàs, réponds-moi ! »

_____Je le secoue rageusement puis vérifie son pouls, mais il est trop tard. Je retiens mes larmes en tentant de le retourner pour qu’il fasse face aux cieux qu’il a certainement rejoints, mais son corps est déjà de marbre, et j’ai du mal à faire plier ses articulations. Je ne sais pas combien de temps les combats ont duré, mais il est sûrement mort au tout début. Ses amis s’attroupent autours de lui, et je m’éloigne pour les laisser le porter jusqu’au centre du pont, et je parcours mon bateau à la recherche d’autres cadavres. Rassurés, je n’en trouve aucun mais tombe au contraire sur trois marins de Morghane qui reviennent des fers.

« -Que tout le monde se regroupe sur le pont ! »

_____Les hommes d’Arthur et de Morghane obéissent en silence et jettent des regards inquiets autours d’eux, conscients qu’il manque encore quelqu’un. Je les énumère du regard et murmure un prénom :

« -Riefford. »

_____Contrairement à Milàs qui avait toute la vie devant lui, Riefford était un guerrier aguerri qui avait connu bien plus d’une bataille, mais sa perte n’en est que plus douloureuse, car bien des soldats d’Arthur l’avaient connu personnellement.

« -Cherchez son cadavre ! »

_____Sans faire de commentaires, mon équipage se disperse dans le navire, sous le regard attentif de nos prisonniers. Conscient d’être au centre de l’attention, je place une table auprès du mât, assez loin pour qu’un homme puisse se tenir entre elle et les prisonniers, et y installe dix chaises de façon mesurée, retournant régulièrement à l’avant du Malhan pour en contrôler la trajectoire. Intrigués par ces allés-retours énigmatiques, les prisonniers ne me lâchent plus du regard. Je pénètre dans les compartiments, atteins la pièce qui nous sert de garde-manger et en sors dix récipients que je place sur la table avant de fouiller un sac qui se trouve près de l’entrée. Je ressors mes mains bredouilles mais m’attaque à un autre sac d’où je sors une magnifique bouteille de rhum : ça fera l’affaire. Minutieusement, je remplis chacun des verres alors que mes camarades se regroupent de nouveau autours de moi, s’asseyant en silence, un par un, sur les chaises que j’ai installées. Je m’empare d’une chope, imité par une dizaine de main, la soulève et déclare « À Milàs ! ». Neuf voix s’élèvent pour répéter mon hommage et nous buvons une gorgée avant de reposer notre chope quelque part. Je crispe les doigts autours de la mienne, posée entre mes deux jambes. Au bout d’une minute de silence, je lève de nouveau ma chope et rends hommage à Riefford, imité par chacun de mes camarades. Personne n’ose faire la moindre remarque, et même les prisonniers sont murés dans un profond silence, regrettant sûrement leurs propres camarades et amis. Au bout d’une minute, je me lève et pose ma chope sur la table sans la lâcher, attendant patiemment d’être rejoint par mon équipage. Comme un seul homme, nous levons nos boissons de fortune et murmurons « puissent-ils vivre éternellement… », puis certains rompent le silence pour discuter dans leur coin, parlant pour la plupart en la mémoire des disparus. Après une piètre cérémonie, nous jetons le cadavre par-dessus bord, regrettant cette vie brisée dans l’œuf. Sans ménagement, nous rassemblons les cadavres de nos adversaires devant les prisonniers. Aucun ne réagit.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 19 Aoû - 17:07

« -Capitaine ? »

_____Le capitaine m’adresse enfin la parole, attirant le regard de Morghane. Elle est fatiguée, elle n’a pas envie de répondre, elle sait que ces paroles sont adressées à moi. Je vois bien qu’elle comprend et partage ma peine, mais ce ne sont pas ses hommes qui sont morts, ce sont ceux d’Arthur. Même si la vipère noire reste silencieuse, je sais qu’elle est encore plus affectée que moi : Arthur doit s’en vouloir à mort, il doit se dire que, s’il avait mis moins de temps à saboter le navire adverse, s’il n’en avait pas perdu à voler des provisions, peut-être que ses hommes ne seraient pas morts. Moi aussi, je multiplie les « si seulement », mais je sais que je n’ai pas à m’en faire : Malgré les lumières, on n’y voyait strictement rien, et j’ai fait tout ce que j’ai pu pour préserver mon équipage. Mais Arthur, Arthur doit s’en vouloir, il doit se dire qu’il aurait du être là pour ses hommes et qu’il est parti comme un lâche. Il doit se dire qu’il a manqué à ses devoirs de chef d’unité, il doit se dire que ses hommes vont tous finir par mourir… Je le comprends.

« -Oui, capitaine ?
-J’apprécie ce que vous faites pour mes morts, mais la vue de ce tas d’immondices m’est insupportable… jetez-les par-dessus bord, vous voulez bien ? »

_____Je hoche la tête et en donne l’ordre, et c’est à contrecœur que mes camarades obéissent. Après m’avoir dévisagé avec suspicion, le capitaine finit par engager la conversation…

« -Vous avez pris l’Egide, n’est-ce pas ? »

_____Je fronce les sourcils et m’approche lentement :

« -Alors c’est pour ça que vous nous avez attaqués !? »

_____Nous nous dévisageons mutuellement, nous défions de nos yeux emplis de méfiance et de haine. Je fais les cents pas avec colère puis explose :

« -Vous avez perdu l’Egide ?!
-Vous avez quelque chose à voir avec ce navire qui était devant vous, non ? On avait ordre de l’arrêter. »

_____Sans savoir pourquoi, je me mets à le tutoyer comme s’il était l’un de mes camarades, ce qui le déstabilise un peu puisque mon ton reste très agressif :

« -Écoute, je ne sais pas ce que tu insinues, mais nous n’avons rien à voir avec l’Hermès, d’accord ? »

_____Oups.

« -Comment tu connais son nom ? »

_____Je le dévisage avec surprise, cherchant à paraître le plus naturel possible :

« -C’était écrit sur leur bâtiment, à l’arrière et sur le côté gauche.
-Mais prends-moi pour un con ! Vous avez vu la façon dont il a manœuvré ?! »

_____Ah, retour au vouvoiement. L’approche amicale a échoué, on dirait.

« -À ce moment-là, vous nous aviez déjà balancé un ou deux boulets de canon, il me semble !
-Parce que vous nous avez tiré dessus !
-N’importe quoi ! », répliqué-je révolté.

_____Je m’énerve, je perds mon calme et je l’agrippe par le col du morceau de tissus qui lui sert de vêtement :

« -Au début, on échangeait des coups de canon avec l’Hermès, ok ? Ensuite, on n’a pas vraiment compris ce qu’il s’est passé : des monstres nous canardaient… vous vouliez notre mort, n’est-ce pas ?
-À votre avis ?! … vous ne seriez plus là pour en parler. »

_____Le capitaine dit vrai, et je le sais. Ça m’agace. C’est une bonne chose que je sois navigateur. Je n’aurais pas fait un très bon comédien. Trois coups de canon sont tirés pour signaler notre victoire à l’Hermès, et je sursaute de surprise. Je ferme les yeux et tente de contrôler ma respiration, mais le capitaine voit bien que je suis bouleversé :

« -Quand on se battait dans le noir, vous aviez une sorte de code, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
-Rien du tout !
-Vous étiez préparé à ce que la brume survienne, comme si ça faisait partie de vos plans, n’est-ce pas ?
-Évidemment, on avait trois navires de guerre devant nous, fallait bien trouver quelque chose pour nous avantager ! »

_____Il ne croit pas un traître mot de ce que je lui dis, et il a bien raison : Je dis n’importe quoi. Un coup de canon est tiré, puis un autre, et un autre, encore. Je me lève avec précipitation et rejoins l’arrière du navire, scrutant obsessivement l’obscurité. Une gigantesque silhouette s’avance dangereusement entre les impacts de nos boulets de canons, à peine ralentie par la pluie de flèches que les marins de Morghane font tomber sur elle. Tout en gardant mon calme, j’énumère les créatures du fleuve qui pourraient répondre à ce signalement, mais aucune ne peut avoir cette taille. Soudain, je me rappelle d’un détail, et je suis pris d’un accès de panique : j’ai été négligeant.

« -Un Kantathrodon !!! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 25 Aoû - 16:06

_____L’Impétueux est un fleuve globalement très bas et très rapide, au relief irrégulier et particulièrement mortel pour les monstres marins, pas moyen d’en trouver dans ce fleuve. À trois exceptions près, dont une que j’ai négligée. Car jamais, au grand jamais un monstre marin n’avait été observé ici, aussi loin de l’océan où ces créatures résident en temps normal. Leur présence en ce lieu n’est que théorique, envisageable, possible, car ici le lit du fleuve s’élargit, le relief disparaît et sa profondeur augmente, c’est pourquoi des monstres de la taille d’un Nür peuvent facilement s’y retrouver. Mais il faut encore qu’ils y parviennent, et ça me paraît impossible qu’un Nür fasse tout le chemin depuis la forteresse de platine sans avoir le flanc ouvert par le relief. Un Nür est à un Kantathrodon ce que le poney est au cheval. Insignifiant et minuscule. Il n’y a pas moyen pour qu’un Kantathrodon soit parvenu jusqu’ici, c’est impossible ! Le visage de Morghane se remplit de terreur tandis que des soldats se placent sur le pont, attendant visiblement mes ordres.

« -Pleine vitesse ! »,

_____Malgré les inconnus masqués par les ténèbres, la menace du Kantathrodon est la plus forte : Il faut fuir.

_____Le Malhan accélère subitement tandis que la créature des profondeurs se rapproche furieusement d’un bond prodigieux, manquant de peu d’écraser notre frêle bâtiment. Alourdi par ses prisonniers, le navire n’atteint pas sa vitesse de pointe aussi vite que je l’aurais voulu, et nous sommes ébranlés par la vague d’eau démentielle projetée par la légende…

« -Morghane, tu prends la barre, Arthur, démerde-toi ! Je rejoins l’avant ! »

_____Mes deux amis acquiescent gravement tandis que je me précipite vers la proue, mais je sais que j’arriverai trop tard :

« -Tribord, tribord toutes ! », je hurle avant d’atteindre mon point d’observation.
« -Tu diriges ton navire les yeux fermés ? », me demande un soldat moqueur.

_____Sans lui adresser un regard, je rejoins mon poste, maudissant ma négligence : ils avaient confiance en moi et je les ai menés à la mort…

« -Capitaine, libérez mes soldats ou nous allons tous mourir ! Si vous n’avez pas l’Egide, vous n’avez rien à craindre de nous, libérez mes soldats ! »

_____Le capitaine panique : il n’est pas habitué à gérer les monstres des profondeurs, nul n’y est habitué. Je sais ce qu’on raconte au sujet des Kantathrodon, et je comprends qu’un homme de sa trempe ait perdu son calme : moi-même ai du mal à contenir ma rage et ma frustration, mais mes hommes sont tous en train de calquer leur comportement sur le mien. Si je garde mon calme, ils feront de même. Pour l’instant, ça ne m’apporte rien de céder à la panique. Garder son calme. La lumière jaillit d’un seul coup, pourfendant les ténèbres tandis qu’un paysage se dessine à la faible lueur du Soleil : des plaines s’étendent à perte de vue, à peine interrompues par quelques maisons, tandis que je vois un village de pêcheurs à ma gauche. À tribord, la rive du fleuve est anormalement lointaine : nous avons rejoint le lac. Des arbres se dressent jusqu’à la rive, et une épaisse forêt se dessine avec peine au travers de l’obscurité. En altitude, un vent violent disperse les nuages, mais c’est un calme désespérant qui règne ici-bas : on ne peut pas compter sur les vents, pas plus que sur le courant qui est quasiment inexistant, dans ce lac.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 25 Aoû - 16:07

_____Il existe des couloirs souterrains qui communiquent avec l’océan. Immenses, ils sont plus larges que trois Impétueux, épais comme quatre Kantathrodons et s’enfoncent très loin sous le continent. À certains endroits, il exista du relief volcanique qui a travaillé la terre pendant des millénaires jusqu’à atteindre la surface et se vider de leur magma, créant des ouvertures dans la roche d’où s’échappent parfois des volutes de fumée, entretenant mythes et légendes depuis des lustres. Ici, ces trous ont été inondés et l’eau du fleuve s’est mêlée avec celle salée du couloir souterrain, créant un milieu propice au développement de créatures improbables, et le lac est devenu célèbre pour ses prises légendaires et ses annuels concours de pêche. Au fil des siècles, ces « cheminées » ont été élargies par l’érosion, jusqu’à offrir un passage assez large pour un Kantathrodon. C’est sûrement de là qu’il est venu. C’est sûrement de là qu’il est venu. Pourquoi il est remonté, nous l’ignorons. Il avait une incroyable faune à sa disposition, en bas, mais toujours est-il que ce monstre est là, et qu’il va tous nous tuer. Surtout qu’il a l’air très en colère : il a du pulvériser la roche pour atteindre le lac, car, malgré les siècles des siècles, l’ouverture n’est pas encore assez grande pour un homme, du moins pas à ma connaissance. Voilà, je ne peux même pas maudire les Dieux en me demandant « Comment est-ce possible ? », parce que je connais la réponse : la seule personne que je peux maudire, c’est moi.

« -Pour que vous nous massacriez juste après ? Non merci ! D’ailleurs, vous avez de la chance que je ne vous fasse pas balancer par-dessus bord pour nous débarrasser de ce monstre ! »

_____Un frisson de panique s’empare de mes hommes comme des soldats, mais je vois bien que mes camarades sont prêts à m’obéir, s’il le faut, et il le faudra.

« -Quoi ? Vous aviez promis !! Soyez maudits ! … les Dieux auront raison de votre âme ! »

_____Sans même lui accorder un regard, je lui réponds simplement que, dans certaines circonstances, on est tout simplement incapable de tenir sa parole, peu importe les moyens qu’on se donne. Là, en l’occurrence, il semblerait que je n’aie pas vraiment le choix. Mes hommes et les soldats frissonnent, mais mes camarades sont prêts à abandonner ces soldats à une mort atroce si c’est ce qu’il faut pour nous sauver la mise ; et pourtant… pourtant, personne n’esquisse un mouvement, tout le monde garde le silence. Ils attendent les ordres. De toute façon, j’ai héroïquement délégué le commandement à Arthur qui prend à peine conscience de la situation :

« -Vipère noire, dois-je te rappeler que tu es aux commandes ou as-tu l’intention de laisser ce monstre nous dévorer tout crus ? »

_____Je tire frénétiquement sur la corde de droite avant qu’on ne s’échoue sur la rive, mais, dans un bruit cauchemardesque, la créature surgit du lac et envoie voler notre navire d’un puissant coup de patte qui ouvre trois immenses déchirures le long de sa coque, et le Malhan est renversé comme s’il ne pesait rien. Valdinguant sur le lac de façon terrifiante, nous pulvérisons les eaux dans un bruit de fin du monde dont les affres retentissements accompagnent les cris des soldats. Des dizaines de prisonniers sont broyés par le choc, et leur sang se répand dans le lac, attirant le monstre aussi sûrement qu’un pot de miel tendu vers une abeille affamée. Le rebord du flanc droit, qui est désormais à gauche, est tout simplement réduit en miettes, mais le Malhan a résisté au choc et la leste joue son rôle en le faisant basculer violemment, nous sortant de l’eau alors que notre bâtiment reprend sa position habituelle… Les hurlements des marins qui n’ont pas pu obéir à l’ordre « Accrochez-vous ! » se mêlent dans un frisson d’horreur avec ceux des soldats propulsés dans le lac, et nous observons, impuissants, Mylène qui gesticule pour s’éloigner du navire, juste avant qu’une gueule effroyable ne se renferme sur elle et sur bien des autres. Héroïque jusqu’au bout, elle aura essayé d’éloigner ce monstre de nous… Un court silence s’impose aux survivants, mais je ne peux me permettre d’attendre une minute symbolique : affolé, j’ordonne de rallumer les moteurs inondés et de chasser l’eau du Malhan avant que la créature ne rapplique. Sans ménagement, j’exige à quelqu’un de jeter par-dessus bord les prisonniers morts sur le coup, la tête ou le corps écrasé par quelque canon ou autre masse mortelle. Solidement attachés, certains canons ne se sont pas moins libérés du pont avec une incroyable violence, et trois d’entre eux se sont perdus dans le lac pendant que deux autres sont inutilisables car complètement trempés.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 25 Aoû - 16:09

« -Oubliez les fusils et armez vos arcs ! », ordonne Arthur alors que notre navire s’éloigne à faible vitesse des trois cadavres laissés dans son sillage.
« -Détachez mes hommes, je vous en supplie, détachez mes hommes ! », s’écrie le capitaine.
« -Pleine vitesse ! »

_____De nouveau, le Malhan accélère violemment, soulevant presque la proue sous l’impulsion des moteurs. Dans un fracas épouvantable, la gueule du monstre gobe les trois cadavres d’un seul coup, puis sa silhouette disparaît dans les profondeurs du lac, les minuscules ondes de choc laissées par les flèches tentant vainement de la faire reculer. Le cuir parcouru de nombreux projectiles, le hérisson géant se dirige à nouveau vers nous à une vitesse hallucinante. Une flèche explosive se fiche entre ses deux yeux dans une explosion assourdissante, et nous attendons en silence que la fumée se dégage, mais rien à faire : le crâne ouvert par l’explosion, le Kantathrodon nous dévoile une seconde couche de peau ! C’est donc vrai qu’ils possèdent deux squelettes ! Ni reptile, ni mammifère, ce croisement hideux garde les caractéristiques de ces deux vertébrés : Quatre pattes, sang chaud, poils et queue cohabitent avec un corps allongé et recouvert d’écailles… Oui, sous le cuir de ce monstre incohérent se trouve une deuxième couche de peau ! Le premier squelette n’est autre qu’une protection à toute épreuve, capable d’encaisser coups de canon et autres surprises réservés par les marins. Plus que tous, le Kantathrodon est bien la terreur des profondeurs, un monstre dans tous les sens du terme, un poisson issu de l’imagination délirante des Dieux les plus farfelus. Devant un tel phénomène, le capitaine de mes prisonniers perd totalement son sang froid et sa dignité, nous suppliant sans cesse par d’insupportables cris :

« -Oh, je vous en supplie, libérez mes hommes, par pitié !!! Par tous les Dieux, je ne vous ferez pas de mal… libérez mes hommes !! »

_____Mon cœur se serre devant cet homme suppliant, et je ne peux tout simplement pas l’ignorer plus longtemps… Le monstre, c’est le Kantathrodon, pas moi. J’ordonne à mes hommes de libérer les prisonniers qui s’emparent aussitôt de diverses armes plus ou moins ridicules, se dévisageant les uns les autres sans savoir quoi faire. Dans un rugissement de cauchemar, notre adversaire se précipite à nouveau vers nous, mais cinq boulets de canon viennent exploser sur son torse, ses épaules et sa tête, le coupant net de son élan. Énervée, la créature s’enfonce dans le lac avec un glapissement de douleur, sûrement pour prendre appui dans le fond, et nous devons réagir avant d’être complètement réduits à néant :

« -Virez de bord ! »

_____Morghane se désosse sur le gouvernail et notre agile navire penche de façon inquiétante à tribord, nous faisant tourner juste à temps. Sortant entièrement de l’eau, un Kantathrodon dévoile alors, pour la première fois de l’histoire, son abject corps à un œil humain : la partie extérieure de son organisme est entièrement recouverte d’écailles, mais la peau lisse de son crâne que nous avons mise à nue est parcourue de fins et nombreux poils, une protection efficace contre les températures extrêmes qui règnent dans les abysses. Ses pattes arrière évoquent celles d’un crocodile, ou plutôt d’une grenouille : pratiques pour la nage, elles permettent également de prendre efficacement appui sur le fond pour pouvoir bondir sur une proie imprudente. Cependant, elles peuvent aussi s’aligner le long de son immense et épaisse queue qui lui permet de se déplacer à une vitesse époustouflante en serpentant dans les eaux. Quant à ses pattes avant, elles évoquent plutôt celles d’un félin : faites pour frapper, attraper ou déchirer, leurs longues griffes non rétractiles sont pourtant jointes en leur base par une membrane fine et transparente… lorsque sa gueule démesurée aux dents redoutables s’enfonce dans les eaux du fleuve, nous avons le temps de penser qu’elle n’aurait fait qu’une bouchée des trois navires que nous avons eu tant de mal à terrasser… La vague est immense et impérieuse, et je tire frénétiquement sur la corde de gauche pour tenter de maîtriser notre trajectoire, mais ça n’empêche pas notre navire d’être violemment déporté à tribord. Trempés jusqu’aux os, nous faisons pleuvoir une nouvelle volée de flèches explosives sur la créature, et le bruit lointain des détonations sous-marines s’accompagne du rugissement de colère du Kantathrodon : mon sourire se fait hargneux.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 11:07

« -Dégagez cette créature de mon fleuve, vous voulez bien ? »

_____Serpentant rageusement vers notre position, ladite créature nous rejoint sous un déluge de flèches et de boulets de canons, mais nos archers épargnent avec avarice les quelques flèches explosives qui leur restent, si bien que c’est à peine si les pointes de métal parviennent à chatouiller le monstre… a-t-il seulement des nerfs sur sa peau ? Sûrement pas : à mon avis, c’est une protection destinée à supporter la terrible pression qui règne dans les profondeurs, et elle doit constamment subir la force d’une dizaine de boulets de canon sur chaque centimètre carré… ce n’est qu’un coup de chance qui nous a permis d’ouvrir sa première couche de peau, car le monstre ignore nos boulets comme s’ils étaient des cailloux lancés par des enfants sur les murs d’une forteresse…

« -Archers, » s’écrie Arthur, « préparez vos flèches explosives, visez au centre ! Visez la tête !
-Continuez de faire parler les canons, revoyez-moi cette créature dans les profondeurs ! », exhorte Morghane.

_____Les canons reprennent de plus belle, tentant vainement d’atteindre le monstre en pleine poire, mais faut-il préciser qu’il se déplace à une vitesse insoupçonnable ? Alors qu’il jaillit de nouveau du lac, ses incommensurables dents se referment sur notre flanc en emportant une dizaine de soldats dans une kyrielle de terreur et de supplications… me saisissant d’un fusil qui m’a l’air épargné par les flots, je tire une balle qui vient ricocher sur la paupière du monstre… mais n’a-t-il donc aucun point faible ? Je regarde sa paupière de plus près et me rends compte qu’il ne s’agit pas d’une paupière, mais d’une fine couche de peau tendue…

« -Là, au niveau des yeux ! Sa peau est plus fine !
-Il n’a pas d’yeux, si ? »

_____Nous faisons silence, conscients que nos cris peuvent en fait nous trahir ; mais les vrombissements du moteur donnent sans cesse notre position… J’échange un regard avec Morghane, et elle court éteindre les moteurs, faisant s’installer un silence irréel dans le lac. Le Malhan ne ralentit presque pas, et nous nous rapprochons de plus en plus de la sortie du lac, là où le fleuve impose son courant, là où nous pourrons espérer échapper au cauchemar. D’un seul coup, le monstre jaillit juste derrière nous et referme sa gueule dans un claquement cataclysmique et dévastateur qui déchire le vide, provoquant un nouvel échange de regards avec Morghane. Silencieuse, une volée de flèches file à toute vitesse vers la tête du Kantathrodon, et l’une d’entre elles se fiche dans ce qui ressemble à sa paupière tandis qu’une autre atteint le crâne découvert du monstre. Dans une série d’explosions apocalyptique, il est propulsé sur le côté et ouvre la gueule pour pousser une plainte d’un autre monde. Nos canons tirent quatre boulets dans cette direction, à peine remis de l’humide eau du lac, et trois d’entre eux viennent exploser sur son indestructible carapace tandis que le quatrième lui pulvérise les dents. Quatre autres boulets sont tirés, puis quatre autres encore, et le monstre nous fait face, pataugeant tant bien que mal à la surface de l’eau dans laquelle il s’enfonce irrésistiblement. Au dernier moment, il pousse un rugissement infernal avant de s’enfoncer à nouveau dans le lac, offrant inespérément une ouverture à nos projectiles : Explosant sa joue, ses dents et pénétrant même dans sa gorge, ceux-ci font des ravages dans la carcasse de la terreur, ce alors que nos dernières flèches explosives lui explosent la cervelle par le haut du crâne, projetant des trombes d’eau autour de notre adversaire légendaire. Ce monstre avait des points faibles, finalement.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 11:09

« -Victoire !!!! », crient les soldats en chœur, « victoire !! »

_____Même les prisonniers se joignent à l’euphorie générale et esquissent des pas de danse en lançant des objets diverses et variés allant du chapeau du capitaine jusqu’au bout de tonneau déchiqueté. Les archers lancent de joyeux « Dans ta face ! » tandis que les subordonnés de Morghane crient rageusement des « Ça, c’était pour Mylène, gros lard ! ». Le lac se noircit du sang du démon tandis que celui-ci disparaît devant mon sourire incrédule :

« -Morghane ?
-Oui ?
-Je crois qu’on a gagné le concours de pêche. »

_____Elle me sourit sincèrement tandis que je me joins aux éclats de rire, un sourire naïf aux lèvres.

« -On l’a fait, on a tué un Kantathrodon, mec !
-Oh, tu vas entrer dans la légende : la terreur des terreurs, le tueur de Kantathrodons !
-On l’a tué ensemble.
-Mais c’est toi, le capitaine, c’est grâce à toi, si on l’a tué !
-C’est grâce à vous tous. »

_____Mais rien n’est fait. Un rugissement furibond surgit des flots, et la créature écervelée projette son corps entier dans notre direction. Alors que les visages se remplissent d’horreur, je perds enfin mon calme et m’écrie :

« -Mais qu’est-ce que vous attendez, accueillez-moi ce monstre à coups de canon !! »

_____Trop tard. Je n’ai pas encore fini ma phrase que le monstre s’étale de tout son long devant nous, soulevant bien des gerbes d’eau qui nous font dangereusement tanguer. La plupart d’entre nous perd son équilibre et tombe sur le pont, mais certains parviennent à rejoindre les canons et se tiennent prêts à répliquer alors que notre épave éventrée s’extirpe enfin du lac en rejoignant le fleuve.

« -Abruti, va, t’as oublié ta cervelle ! »

_____ Malgré moi, j’éclate de rire devant le piètre comique de cette phrase, bientôt imité par mes camarades… on vient juste d’avoir la peur de notre vie, à deux reprises, et c’est tellement euphorique de voir qu’on n’est pas morts que nous en rions grassement, unis avec nos prisonniers par nos instincts les plus primordiaux. Bien que la menace ne soit pas encore écartée, c’est si jouissif de se sentir vivants que nous nous sentons particulièrement bien, comme si les choses pouvaient prendre d’autant plus de goût qu’elles sont sur le point de disparaître. Alors que nos coups de canon tiennent un temps les ombres en respect, j’ordonne la pleine vitesse et nos moteurs redémarrent, faisant littéralement bondir le Malhan vers l’avant. L’infernal bruit de l’horreur surgissant des flots s’accompagne des retentissements de nos coups de canon et des terrifiantes explosions qui leur sucèdent. La carcasse disproportionnée du roi des abysses est bien trop grosse pour les dimensions du fleuve, et l’écervelée, gênée par le lit et le courant, bombardée de coups de canon, de flèches et de « pan », ne peut que difficilement nous poursuivre sur l’Impétueux. Lorsque son corps retombe à nouveau dans le fleuve, il en chasse les flots dans un bruit terrible et se fracasse le crâne contre un rocher, provoquant un puissant son inquiétant. Le Kantathrodon occupe les trois quarts de la largeur du fleuve, mais celui-ci s’amincit à mesure que son courant accélère : nous serons bientôt hors d’atteinte… Le corps sans vie de la terreur s’étale sur le lit du fleuve sous nos coups de canon, et le courant écarte de nous cette effrayante carcasse. Tout d’un coup, nous prenons conscience que nous venons d’abattre une légende. De puissants hourras retentissent pendant que nous rions notre bonheur et notre peur, et nous dansons sans réfléchir à la victoire contre le monstre, et nous crions et nous sautons de joie, si rassurés d’avoir enfin vaincu le mal.

« -Après ça, même le roi sera terrifié à notre vue ! »

_____Mes camarades s’esclaffent en chœur et nos prisonniers sourient à cette plaisanterie, trop contents d’être en vie pour se poser des questions. Comme promis, nous leur laissons la vie sauve, mais il faudra attendre un autre endroit où le courant est moins fort, car j’avais l’intention de les lâcher dans le lac... Nous échangeons des plaisanteries et oublions même que, quelques heures plus tôt, nous nous affrontions et nous combattions à mort sous le couvert de la brume. La peur a le pouvoir de souder comme elle peut séparer. Désormais, si je croise de nouveau le capitaine, je le saluerai jovialement en lui proposant de prendre un verre en la mémoire de nos exploits légendaires… Dès que le courant se calme, nous leur demandons de sauter à l’eau, et c’est gaiment que les soldats s’exécutent, regrettant presque de ne pas pouvoir nous accompagner jusqu’à la fin de la route. Dans quelques heures, nous serons arrivés au palais royal, et il en sera fini de cette course céleste.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 16:25

Deuxième partie, le raz-de-marée :


I.

« -Capitaine, le palais royal est en vue !! »

_____Enfin, enfin nous en voyons le bout, enfin nous arrivons au but, enfin nous pouvons voir le rivage… Bientôt, le raz-de-marée va tout emporter sur son passage et balayer le roi de la surface de la terre ; bientôt, tout sera définitivement terminé…

« -Bien joué, les gars, la victoire est proche ! »

_____Je m’imagine déjà au palais, dans cette magnifique construction, prodige d’architecture et de décorations, le collier au cou, les artefacts en sécurité et le trône à mes pieds… Léo ne m’a pas expliqué la suite des opérations. Je sais simplement comment en arriver là, mais je ne sais pas ce qu’il se passera après. Une chose est sûre : Théodore ne sera plus jamais une menace pour nous. Que sa tête roule ou non, il sera destitué et le chef du mouvement rebelle prendra la tête du Royaume. Des accords seront négociés avec l’alliance et la guerre prendra enfin son terme et nous serons tous… heureux. À cette simple pensée, un sourire empli d’espoir s’affiche sur mon visage, et mes camarades fatigués reprennent courage : notre navire entier reprend vie. Le roi doit être furieux pour l’Egide, mais il ne s’attend pas à ce qui va lui tomber dessus… oh, non, il ne s’y attend pas. Le fleuve nous guide aussi loin qu’il le peut, mais nos mâts nous empêche de continuer jusqu’au palais : un vieux pont nous barrant la route, nous devons débarquer à quelques centaines de mètres de cette merveille de la symétrie, un joyau parmi les joyeux d’une beauté irréelle. Immense, le palais est bien plus grand que la forteresse de platine. Ses gigantesques remparts dorés reflètent les rayons du Soleil avec les éclats de l’or tandis que ses tours iridescentes défient les nuages. De grands toits multicolores se distinguent derrière les fortifications, et le palais en lui-même n’est autre que l’assemblage improbable de tous ces incroyables et éclatants chefs-d’œuvre. De l’autre côté du fleuve, le Temple se tient fièrement au centre d’une place pavée de marbre qui surplombe les rues marchandes : de taille réduite, il est parsemé de sculptures à la précision divine, de rosaces taillées finement dans une pierre blanche et lisse ou encore de motifs dorés qui recouvrent son toit. Soutenu par de simples colonnes de pierre, il offre cependant une importante palette de couleurs qui donne une beauté surréaliste aux sculptures qui le décorent, et s’érige humblement au cœur de cette ville grouillante de monde, cette ville si vivante où des centaines de personnes s’agitent dans les rues en voyant le Malhan arriver.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 16:28

_____L’ambiance est incroyable, les cris exaltés redoublent nos ardeurs et la foule se presse autour de nous en nous voyant débarquer… les gens tendent les bras pour pouvoir nous toucher, pour pouvoir acclamer le vainqueur de la course céleste, pour garder une image de celui qui sera béni pour les dix ans à venir… C’est incroyable. Tout ce monde… il crie pour moi ! En courant le plus vite possible, notre petit groupe se dirige, sous les acclamations de la foule en délire, vers le saint des saints qui se tient juste devant nous, et un de nos alliés nous accueille avec une trentaine de chevaux, se frayant tant bien que mal un passage dans la foule en délire :

« -Tenez, j’ai préparé vos montures… vous n’êtes que neuf ? »

_____Je hoche la tête avec reconnaissance, constatant que d’autres chevaux sont prêts, de l’autre côté de l’avenue… le cœur gros, je me rends compte que nos alliés avaient préparé quarante chevaux, un pour chaque personne qui devait monter sur mon navire, et je ne peux retenir mes larmes lorsque je lance rageusement mon destrier au galop. Tout le monde aurait du arriver jusqu’ici, normalement… En bons chevaux de course enhardis par une foule de plus en plus chaleureuse, nos montures nous mènent au palais en un rien de temps, et les gardes ont à peine ouvert ses portes que nous pénétrons déjà dans cet étrange complexe de bâtiments. Galopant toujours en direction de la salle du trône, nos chevaux semblent connaître le trajet sur le bout des sabots car nous n’avons même pas à les guider. Concentré sur la course et cette dernière ligne droite, j’oublie tout et suis obsédé par cette énorme double-porte qui se rapproche, au loin : la salle du trône… Lorsque nous y pénétrons, le bruit des sabots s’assourdit alors que nous galopons sur le tapis rouge, et nous devons sensiblement ralentir… La salle est noire de monde ! Des dizaines de courtisans endiablés nous saluent avec véhémence tandis que d’autres s’attroupent autour de nous dans un capharnaüm enivrant, nos chevaux progressent au pas au milieu des acclamations et des cris surexcités, d’innombrables mains cherchent à nous toucher, à caresser la robe de nos étalons ou simplement à nous saluer, et c’est avec une lenteur perverse que nous nous frayons un passage au milieu de ces hommes qui nous adulent… En retrait, la majorité des présents nous regardent avec un air grave, et je me rappelle que nous avons une mission : atteindre la ligne d’arrivée, une corde rouge dressée juste devant le trône. Je fais donc accélérer ma monture qui fait vrombir ses puissants naseaux, et déjà me voilà devant la ligne symbolique, à quelques pas du trône et de mon ami Théodore. Triomphant, je saute de mon destrier, atterris légèrement et franchis la ligne d’arrivée, pulvérisant alors le record de vitesse pour la course céleste : un peu moins de deux jours, c’est le temps qu’il nous a fallu pour arriver au bout de cette course.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 16:29

_____Les cris de joie et d’acclamation fusent dans tous les sens, des hommes et des femmes que je ne connais pas se précipitent pour m’embrasser, pour me toucher ou pour me voir, d’autres sautent en signe de victoire, et je vois nos alliés se fendre d’un sourire satisfait : mission accomplie, je pense alors qu’une charmante courtisane m’embrasse en me couvrant d’incompréhensibles paroles noyées dans l’immensité… Le roi nous accueille à bras ouverts, la princesse nous sourit sincèrement, et je peux voir non loin de là le coussin sur lequel repose l’ultime récompense, le trésor absolu, la fortune incarnée, le collier divin… Parmi nos royaux et chaleureux hôtes, la belle et ténébreuse épouse du roi s’approche avec suspicion, curieuse de savoir comment nous avons fait aussi vite. Grande et magnifique, sa silhouette finement dessinée se dresse majestueusement devant nous alors que son diadème d’argent retient son imposante et élégante chevelure châtain clair. Doux et soyeux, ses longs cheveux retombent impérialement à l’arrière de son gracieux dos alors que son sourire bienveillant souligne à merveille la délicate beauté de ses traits. Fins, parfaits, à peine entamés par le temps, les royaux traits de Marianne sont aujourd’hui mis en valeur par une blanche robe aux odeurs de roses, comme si elle avait été faite à partir des pétales de cette belle et épineuse fleur. Ses morceaux de tissus se placent les uns sur les autres tels des cercles concentriques, avec une teinte grisâtre à leur bout qui lui donne une bien curieuse allure. Le visage couvert d’une mince couche de maquillage qui s’accorde avec sa robe dans une inquiétante pâleur, la reine s’avance et me fait l’honneur de la révérence, ses gants d’un blanc pur et innocent laissant quelques parties de sa douce et tendre peau apparaître au grand jour à travers les motifs recherchés de sa dentelle. En détournant avec effort mon regard de son décolleté plongeant qui dévoile en partie sa généreuse poitrine, je remarque ses discrètes boucles d’oreilles renfermant un cristallin saphir, bijou assez étrange car ne s’accordant ni avec sa robe, ni avec ses cheveux, ni avec ses yeux d’un vert sombre et énigmatique.

« -Approchez, approchez ! Chers vainqueurs… que diriez-vous d’un banquet en votre honneur ? Je serais bien aise d’entendre le récit de vos avent… »

_____Le roi arrête sa phrase en apercevant le visage provocateur et arrogant de Morghane.

« -Vous… que faites-vous ici ?! »

_____Mais trop tard : avant que le roi n’ait eu le temps d’appeler ses gardes, nous déclenchons les opérations :

« -Raz-de-marée !!!!! »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Sam 8 Sep - 22:38

_____Devant le regard médusé et paniqué du roi, une gigantesque vague s’abat sur le palais : par centaines, nos alliés sortent des armes de nulle part, écartent les courtisans et neutralisent les gardes. Pris par surprise et en infériorité numérique, les fidèles de la couronne battent en retraite tandis que les fêtards dépassés courent dans tous les sens en regrettant d’avoir abusé sur la boisson avant l’heure. Les mouvements sont confus et anarchiques, nos alliés sont aussi désorganisés que nos ennemis, et on ne sait plus vraiment qui a l’avantage de la surprise : la plupart de nos alliés n’est pas armée et lutte à mains nues pour immobiliser les gardes ! Sans perdre de temps, je m’approche doucement de la princesse pour la prendre par le poignet et la guider vers la sortie. Vif comme l’éclair, Arthur se précipite sur le roi sans lui donner une chance, mais sa garde rapprochée s’interpose héroïquement, laissant deux précieuses secondes au souverain. Grâce aux Dieux, celui-ci n’a pas son arme légendaire, et c’est une simple épée de cérémonie qu’il dégaine pour faire face à la vipère noire… éloignant la princesse du gros du combat, je me précipite vers l’extérieur du palais, cherchant à atteindre le point de rendez-vous.

« -Hé, que faites-vous ?! Les quartiers royaux sont de l’autre côté !
-Je vous mets en sécurité, princesse ! Vous ne pouvez pas rester au cœur de la bataille !
-C’est bien aimable, mais je peux veiller à ma sécurité toute seule, merci ! »

_____Sans crier gare, la princesse me décoche un violent coup de poing qui me sonne un instant avant de m’enfoncer quelque chose dans le bras. Furieux, je me saisis de son poignet pour l’empêcher de partir puis la tire à moi avec rage :

« -Hé, mais ça fait mal ! »

_____La princesse se débat et se défait aisément de mon étreinte tandis qu’une froideur inquiétante se répand dans mon bras gauche, m’arrachant un frisson de panique. Portant ma main droite à mon muscle tétanisé, je lance un regard affolé à la princesse qui ne m’accorde que du mépris :

« -Tu vas mourir, mais lentement, vainqueur. Ce poison est fait pour paralyser les muscles. »

_____Sentant la douleur se répandre jusque dans mon épaule, je boitille vers elle en tendant désespérément la main dans sa direction :

« -Je dois… vous mettre en sécurité. »

_____La princesse secoue négativement la tête et s’éloigne rapidement alors que ma vue commence à se déformer et que mes jambes se font de plus en plus faibles : déjà, elles sont incapables de supporter mon poids et je m’effondre pitoyablement vers l’avant. J’ai alors le bon sens de retirer ce qui ressemble fort à une des épines empoisonnées d’Arthur, et le poison cesse de se déverser dans mon corps. Je me retourne douloureusement pour faire face au ciel et faciliter ma respiration, mais celle-ci se fait de plus en plus difficile alors que mes bras tremblent comme la peau d’un tambour. Rapidement, je ne sens plus ma main gauche, et tous mes membres se font douloureux, mes grimaces redoublant d’horreur lorsque je sens la froideur s’emparer de mon visage… plus que tout, ce sont les battements de mon cœur qui ralentissent de façon inquiétante, et déjà les formes tournent dans ma tête en panne d’oxygène. Ma respiration se fait haletante, mon cœur s’accélère sous l’effet de la peur et mes muscles se contractent dans un ultime sursaut, mais en vain : bientôt, je suis entièrement paralysé et ne peux même plus bouger le petit doigt. C’est donc comme ça que meurent les victimes de la vipère noire ? Comme c’est cruel ! Mon esprit s’embrume de plus en plus alors que mes jambes se replient d’elles-mêmes, dernier de leurs mouvements en ce monde. Petit à petit, peu à peu, lentement mais inexorablement, mon thorax a de plus en plus de mal à se soulever tandis que les battements de mon cœur se font de plus en plus laborieux. Je tente de respirer, de luter contre les effets du poison, de bouger mes muscles et de me redresser, mais c’est impossible : aucun n’obéit à mes ordres désespérés, mon corps ne m’appartient plus et ni mon cœur ni mes poumons ne reprennent les tâches qui me maintiennent en vie depuis l’enfance. Un temps inimaginable s’écoule. Les secondes semblent être des heures et les heures des secondes. Je perds tout repère, toute notion de haut et de bas : seuls restent le vertige et la sensation de tomber. Mon esprit dérive et je perds conscience, ma vie s’échappant inéluctablement de mon corps.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Sep - 15:08

_____Des formes et des couleurs dansent dans mon esprit en délire, je vois des silhouettes se déformer, des scènes se dérouler, mais ma vie ne défile pas encore à mes yeux. Des masques que je ne reconnais pas se rient de ma situation, des visages se mélangent devant moi, se moquant d’un navigateur terrassé par une fille et d’un homme vaincu par une gamine pendant le roi Théodore plaisante méchamment avec d’ironiques remarques : "Alors voilà l’homme qui a remporté la course ?" Armé de son bâton des rois, je le vois massacrer mes amis les uns après les autres, sans aucune pitié et avec délectation… "Tout ça, c’est de ta faute !", me disent les masques : "si tu avais su maîtriser l’enfant, tes amis ne seraient pas morts…"

_____Non, non ! mes amis ne sont pas morts, c’est impossible ! Avec un dernier sursaut de volonté, j’émerge momentanément dans une réalité incolore parsemée de formes indistinctes, la noirceur du ciel illuminé d’innombrables étoiles plaçant la scène au milieu de la nuit, une douzaine d’heures après que je sois arrivé au palais. Je crois entendre des cris et le fracas de la bataille, mais c’est impossible : quelque soit l’issue du combat, elle s’est décidée sans moi. Avant de replonger dans l’inconscience, j’ai une petite pensée pour la Foudre qui devrait désormais avoir débarqué, pour Lyssa, Léo, Victor et ses mercenaires qui sont arrivés à la toute fin de l’action, sur une montagne de cadavres et de blessés maudissant la couronne ou ceux qui voulaient la renverser.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Sep - 22:14

II.

_____Combien de temps s’est-il écoulé ? Un jour, deux, peut-être ? Je l’ignore, mais lorsque j’émerge de nouveau, mes organes vitaux fonctionnent normalement même si j’ai encore des raideurs au niveau de la plupart des muscles. Peut-être que les effets du poison se sont dissipés, finalement ? En me redressant avec peine, je ne peux m’empêcher de penser que j’ai été stupide de ne pas retirer l’épine plus tôt, mais le passé ne changera pas. Le tournis qui s’empare immédiatement de moi me terrasse de nouveau, et je dois me rallonger pour que ma tête cesse enfin de tourner. La faible lueur de l’aube pointe tranquillement alors que mon estomac proteste vigoureusement contre cette faim déchirante qui me torture le ventre. Au moins, je suis vivant. Vivant et libre, que demander de plus ? Tranquillement, je me rends compte que je ne me trouve pas à l’endroit où j’ai perdu connaissance, et les délicieuses effluves qui émanent de la gauche m’indiquent qu’un petit déjeuner m’attend chaleureusement. Lentement, précautionneusement, je me redresse à nouveau en luttant contre l’inévitable vertige, et celui-ci se fait de moins en moins fort. Lorsque ma tête cesse enfin de tourner, je me précipite sur mon chocolat et dévore littéralement la savoureuse miche de pain qui l’accompagne… oh, mon pain préféré, tout droit venu des Vertes Vallées ! Et ce chocolat ! Il me rappelle mes premiers jours en cette contrée paradisiaque, là où j’avais siroté cette merveilleuse et réchauffante boisson…

_____Minute ! Les Vertes Vallées sont à l’autre bout du Royaume ! Si je ne suis pas aux Vertes Vallées, alors je suis mort et les Dieux ont jugé bon de m’accorder ce repas ; mais je ne crois pas qu’un mort puisse connaître la faim… où suis-je ? Je m’allonge de nouveau sur ma couchette de fortune, mon estomac torturé manquant de rejeter cette nourriture trop rapidement ingérée, ce qui m’arrache des convulsions et des grimaces de douleur… Lentement, une merveilleuse silhouette se dessine auprès de moi, et je sens une présence réconfortante envahir mon esprit. Une jeune femme à la beauté incomparable s’assoie à côté de moi, me parlant doucement de sa voie mélodieuse… Ses longs cheveux roux dansent harmonieusement autour de son visage délicat, révélant avec grâce une boucle d’oreille dont les motifs dorés et délicieux renferment une discrète et sublime améthyste. Me fixant de ses yeux clairs qui ont les reflets de l’émeraude, cet ange de l’autre monde rouspète d’un air amusé mais rassuré :

« -Oh, Sola, tu as tout mangé… tu dois manger moins vite ! »

_____Lyssa. Je le savais, je suis en train de délirer. Rien de tout cela ne peut être réel, mais je m’en fiche. Je me sens bien, incroyablement bien, et c’est tout ce qui compte, après tout. Mon amie m’offre le contact de sa douce main froide comme la mort, puis la retire au bout de quelques secondes :

« -Tu es brûlant… »

_____De fièvre ? Mais je ne suis pas malade, pourquoi est-ce que j’aurais la fièvre ? Quoique… peut-être que de rester aussi longtemps dehors m’aurait attiré quelque maladie, ou peut-être est-ce les ultimes effets du poison qui se manifestent ainsi ? En tant qu’habitant du Royaume, je ne suis pas vraiment une référence, au niveau maladies.

« -Où… où sommes-nous ? », demandé-je d’une voix faible.

_____Nous sommes loin de la ville, au point de rendez-vous. Dans sa fuite, Lyssa a failli me marcher dessus et m’a récupéré, mais c’est à Arthur que je dois la vie : s’il m’avait administré l’antidote un tout petit peu plus tard, je serais sans doute mort.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Sep - 22:15

« -Combien de temps suis-je resté inconscient ? »

_____Un linge frais est plaqué contre mon front tandis que mon corps entier se refroidit, parcouru par des langues d’eau salvatrices. Je suis resté inconscient deux jours, enfin, ça dépend. Oui, elle ne pouvait pas savoir à quel moment je suis tombé inconscient, mais je comprends que ça fera bientôt trois jours que l’opération raz-de-marée a été lancée. D’un seul coup, je me redresse, ce qui ranime bien des douleurs et des vertiges, et Lyssa me pousse sans ménagement pour me ramener en position allongée :

« -Oh, non, ne bouge pas, toi !
-Le raz-de-marée…. Arthur… Morghane ! Où est Morghane ?
-Je ne sais pas, mais Arthur est là. »

_____L’ambivalence de ses réponses me partage entre le rassurement et l’inquiétude, mais c’est une crainte encore plus grande qui m’envahit lorsque je pose la question suivante :

« -Et… l’opération… comment ça s’est passé ? »

_____Lyssa hésite un long moment avant de me répondre, puis finit par se rassoir à mes côtés pour m’annoncer la terrible nouvelle :

« -Quand je suis arrivée, la plupart des combats était terminée : les rebelles avaient pris la ville et le palais royal, mais le roi était introuvable… Nous sommes entrés dans le palais, mais Arthur est apparu en criant "Fuyez !!!", comme si les Dieux eux-mêmes étaient à sa poursuite, ce qui n’était pas loin d’être le cas : les yeux exorbités, le roi brandissait son bâton en courant dans tous les sens, la confusion totale ! Notre armée entière s’est défaite et a rompu les rangs ! Tout le monde a commencé à courir… Le roi était furieux, mais je n’ai pas cherché à comprendre : Il a exterminé une bonne centaine de rebelles, massacrant sans discernement tous ceux qui se dressaient devant lui… Heureusement, il ne songeait pas à nous poursuivre, mais plutôt à rejoindre la salle du trône…

_____Arthur m’a dit que Marianne est morte au début des combats, c’est peut-être pour ça… j’ai fui avec Arthur, et nous t’avons trouvé en train d’agoniser dans un coin… je ne sais pas trop ce qui t’est arrivé, mais t’étais vraiment mal… j’ai cru que tu étais mort !! Heureusement, Arthur y a reconnu un poison et t’a administré l’antidote… On a fui, mais ça n’a pas été facile. Les soldats du roi multipliaient les rafles pour faire des centaines de prisonniers et éradiquer les poches de rébellion, mais je crois surtout qu’ils étaient à la recherche de l’Egide… On a encore une raison d’espérer : peut-être qu’il leur reste le bâton, mais nous avons l’Egide !
-Mais pas le cristal. La princesse m’a échappé, elle m’a planté cette aiguille dans le bras, et je n’ai pas pu la retenir… désolé. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 9 Sep - 22:17

_____Mon amie me lance un regard compatissant et je sais qu’elle ne m’en veut pas.

« -Merci, Lyssa. »

_____Simplement, elle m’offre le plus beau cadeau que l’on m’ait jamais fait : un sourire, un sourire sincère et magnifique. Les traits fascinants de son visage s’illuminent de concert pour s’agencer dans un bonheur miraculeux qui se propage mystérieusement jusqu’à moi, me faisant contracter d’innombrables muscles pour tenter de lui communiquer ma joie dans une pâle imitation de la perfection qui me fait face. Merci, Lyssa, merci pour ton sourire. Je ne lui dis rien de plus parce que ce serait inutile : tout est dans ce merci. Merci de m’avoir trimballé et traîné pendant tout ce temps, merci de m’avoir sauvé et protégé, merci de m’avoir préparé ce repas merveilleux, merci de me pardonner d’être un pareil boulet, merci de me compter parmi tes amis et merci d’exister. Merci d’exister, parce que ce simple fait devrait suffire à me rendre heureux.

_____Au bout d’un moment, Arthur arrive à son tour à mon chevet, demandant bruyamment à sa compatriote des nouvelles de leur grand blessé :

« -Alors, comment va notre belle au bois dormant ? »

_____Je souris à cette pointe et lui dis d’un ton complice :

« -Bien, le prince charmant est venu pour me sauver, merci. »

_____Les yeux brillants de mon amie s’éloignent en silence pour laisser place au regard grave de la vipère noire :

« -Lyssa t’a briefé, sur la situation ?
-Ouais. Ça craint.
-Entre nous, je crois que tu as bien réussi ta mission. Trop bien, même. On est arrivé dix heures trop tôt, Noémie et la Foudre sont arrivés après la bataille, tu te rends compte !
-On m’a dit d’arriver au plus vite au palais, alors j’arrive au plus vite au palais royal, ce n’est pas de ma faute si on a du déclencher les opérations ! »

_____Arthur lève les yeux au ciel, contrarié par mes protestations :

« -Écoute, je ne t’en veux pas, c’est bon ? Ce n’est pas toi qui as élaboré les plans ou les équipes… mais, entre nous… je n’aurais pas mis Morghane sur la Malhan. »

_____Médusé, je ne réponds pas à cette provocation, mais la colère qui me monte à la tête est bien réelle, à tel point que je foudroie mon ami du regard. On ne serait jamais arrivé au bout, sans Morghane ; et qui aurait volé l’Egide ? Toi, la vipère noire ? Tu étais déjà trop occupé à tuer le comte que tu étais censé ramener vivant ! Je ne dis rien de tout cela à Arthur, mais je n’en pense pas moins. C’est moi qui ai demandé à Morghane de venir sur le Malhan. Et, même si c’est elle qui a fait foirer les opérations, d’après Arthur, je n’ai absolument pas à regretter ce choix. Morghane est mon amie et une alliée précieuse. Elle est compétente, réactive et intelligente : c’est grâce à elle si on a pu en arriver là. Et puis, je n’ai absolument pas à me sentir responsable de quoi que ce soit sur la composition de l’équipage : c’est Léo qui a insisté au dernier moment pour que Morghane monte sur le Malhan, pas moi. Lorsque je lui avais proposé, l’amirale avait refusé. Lyssa met fin aux éclairs qui font rage entre nos quatre yeux en apportant des boissons, du jambon et du pain, et je me rends compte que je meure encore de faim.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 11 Sep - 21:29

« -Aller, les garçons, à table ! »

_____J’échange un regard étonné avec Arthur mais ne me le fais pas dire deux fois. M’extirpant avec peine de ma couchette improvisée (décidément très inconfortable), je me lève avec difficultés et boitille jusqu’à la souche disproportionnée qui nous servira de table. Lorsque j’arrive au bout de mon périple, je m’assoie tranquillement et fixe le repas du regard avant de le poser sur Lyssa :

« -Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Lyssa ? »

_____Elle me sourie gentiment et hausse les sourcils avant de me servir une misérable part de jambon, une miche de pain rassis et un récipient d’eau.

« -Arrête de dire des bêtises ! », dit-elle, amusée. « Aller, mange !
-Oui, maman ! »

_____J’échange un regard complice avec un Arthur aux yeux pétillants alors que Lyssa lâche un soupir exaspéré, se demandant une fois de plus pourquoi elle a des amis à la place d’avoir des amies. Après ce court instant de répit, nous retournons à la dure réalité du monde et Arthur me raconte sa propre expérience du palais :

« -Hum. J’attendais ton réveil pour le dire… », dit-il avant de s’éclaircir la gorge en évitant le regard de Lyssa : « Bon, quand on est arrivé au palais, le roi a tout de suite reconnu Morghane, alors on a déclenché les opérations : quelqu’un a crié "raz-de-marée" et nos alliés se sont précipités pour écarter les civils et neutraliser les gardes. Mais le problème, c’est que ça ne devait pas se passer comme ça ! Je ne sais pas pourquoi, mais je crois qu’il y a eu un malentendu… Nos alliés n’étaient pas prêts, ils étaient pour la plupart désarmés et c’était vraiment le bordel … tout ça à cause de Morghane ?! … Je me suis précipité sur le roi et Morghane sur la reine, et nous pensions que tu saurais maîtriser la princesse … »

_____Je le foudroie du regard et Lyssa commence à faire les cents pas, contrariée.

« -Bref, le roi n’avait pas son arme, mais il n’en était pas moins redoutable : il a dégainé son épée et je n’ai pas pu m’approcher suffisamment pour utiliser le poignard. Je lui ai lancé une épine pour le neutraliser, mais il a réussi à l’esquiver et j’ai dégainé ma propre épée, conscient de ne pas faire le poids face à lui, dans un combat régulier. Nous avons longuement bataillé au milieu des coups de feu et du fracas des armes, mais le roi avait l’avantage, et il gagnait du terrain, peu à peu, me forçant rageusement à reculer ; mais c’est exactement ce que je voulais faire : je voulais le maintenir au cœur de l’affrontement, là où il était le plus vulnérable. Mais bon, il a fini par me désarmer et a tenté de m’achever, et ce sont les cris de Marianne qui l’ont détourné de cette sinistre besogne… j’ai eu de la chance ! Une vision d’horreur s’est alors offerte à moi, et j’ai vu la reine s’effondrer, un poignard rebelle enfoncé dans le rein. Sa figure majestueuse l’a été jusque dans la mort, mais son corps a rapidement été piétiné et malmené par des combattants que le roi a massacrés sans discernement. À partir de là, je me suis élancé à sa poursuite pour tenter de le tuer à distance ou par derrière, mais il est devenu totalement imprévisible : fou de chagrin et ivre de colère, il a poussé un long et terrible cri qui a stoppé les combattants pendant quelques secondes. Massacrant quiconque se dressait sur son passage, le roi disparut, protégé dans sa retraite par sa garde rapprochée qui constitua un rempart efficace et impénétrable pendant de précieuses minutes : Impossible de retrouver sa trace ! Nous avons pris le contrôle du palais, puis de la ville, les combats incessants s’éternisant de plus en plus longuement, mais le roi est resté introuvable, sûrement en train de pleurer sa femme dans quelque recoin caché de la ville. Lorsque la Foudre est arrivée, les combats avaient déjà cessé et nous fouillions la ville dans ses moindres parcelles pour trouver le roi et ses artefacts. Lorsque nous l’avons enfin déniché, il avait son bâton bien ancré dans sa main gauche. Nous avons tenté de le neutraliser, mais nos flèches ont été réduites en poussières, nos armures fracassées et nos épées tordues. Nos armes à feu nous ont explosé à la main et nous avons commencé à fuir dans le désordre et la confusion… Peut-être que tu connais la suite, mais il me faut préciser encore deux choses : la princesse a disparu et Maël a été retrouvé mort, sauvagement assassiné.
-Comment est-il mort ?
-On lui a arraché la gorge. Désolé. »

_____Il aurait pu le dire plus tôt, c’est vrai, mais Arthur ne s’en veut absolument pas.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Mar 11 Sep - 21:31

_____D’un accord tacite, nous décidons que nous n’avons que trop traîné ici et que Morghane trouvera bien un moyen de nous retrouver, et nous commençons à lever le camp, mais un bruit alarmant nous prévient que nous ne sommes pas seuls. Derrière l’unique arbre de cette étendue de hautes herbes, quelqu’un a eu l’indiscrétion d’écraser une feuille morte, et Lyssa tend son arc dans cette direction pendant que je m’empare fébrilement d’un fusil en espérant savoir m’en servir… Arthur s’arme en silence de deux couteaux de lancer, craignant de voir surgir quelque créature fabuleuse… J’observe les alentours. Quelque chose cloche. Les hautes herbes dansent bruyamment en l’absence de vent et il nous semble entendre des murmures venant de nulle part. Trois coups sont frappés sur le tronc de l’arbre, et nous nous tendons, parés à toute éventualité.

_____Sorti de nulle part, un soldat dégaine son arme à quelques pas de moi mais reçoit immédiatement une flèche en plein cœur. Il s’effondre. Je pointe mon fusil sur une silhouette humaine et écrase la détente, provoquant une assourdissante explosion suivie d’un cri de douleur, et l’homme tombe dans un bruit étouffé. Les herbes dansent tranquillement. Sans comprendre, je regarde autour de moi : un autre soldat surgit des fourrés, puis un autre, encore ! Poussant de puissants cris de guerre, de nombreux fantassins jaillissent de l’herbe, nous encerclant complètement. Je recule précipitamment, un couteau se fiche quelque part, Lyssa se précipite sur moi pour me mettre à terre, des flèches se perdent dans les herbes, je la remercie du regard, me relève et suis cerné. Rapidement, nous lâchons nos armes et levons les mains vers le ciel, signe de reddition.


« -Bien ! J’avais dit à Morghane d’annoncer sa venue, mais on dirait qu’elle a annoncé la mienne ! »

_____Triomphant, un sergent apparaît à côté de l’arbre, traînant une Morghane saucissonnée et récalcitrante. Paniqué, je l’interroge du regard, mais le sergent sort une sphère anormalement brillante : l’Egide.

« -Vous cherchez ça, peut-être ? Oh, je sens que le roi sera ravi ! L’amirale des troupes de Délos, rien que ça ! »

_____Soudain, ses yeux se posent sur moi et s’illuminent :

« -Et le vainqueur de la course céleste, jolie prise ! Avec ça, je deviendrai au moins lieutenant ! »

_____Je vois les yeux du sous-officier briller devant la récompense qui l’attend, et je lui lance un regard empli de haine et de mépris…

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Jeu 13 Sep - 20:24

« -Oh, ne me regarde pas comme ça, voyons… Tu te demandes peut-être comment on a su, pour votre point de rendez-vous ? Ah-ah ! Ça n’a pas été facile, vous savez, mais il se trouve que je suis très intelligent, vous voyez ? »

_____La colère envahit mon visage pendant que le sergent nous raconte ses « exploits »… et oui, il a suivi l’amirale jusqu’au point de rendez-vous car, plutôt que de la remettre directement au roi (parce que, voyez-vous, il n’est pas intéressé par la récompense, mais uniquement par son devoir), il l’a pistée jusqu’ici en sachant que d’autres y viendront… Puis il l’a ingénieusement piégée, savez-vous comment ? Alors que les soldats se rapprochent de nous pour nous attacher, l’amirale se dégage les bras, s’empare du couteau du bruyant sergent et lui tranche la gorge sans ménagement, récupérant immédiatement l’Egide. Arthur n’en demande pas plus : sautant à terre, il ramasse ses armes pour profiter de notre unique chance de victoire. Avec la vitesse d’un serpent fondant sur sa proie, la vipère noire abat deux soldats dans un tourbillon mortel alors qu’une flèche vient se ficher entre les deux yeux d’un autre. Dépassés, apeurés, ne sachant que faire en l’absence de leur supérieur, les soldats surpris mettent trop de temps pour réagir, et mes deux amis en abattent deux autres avant que, enfin, les survivants se ressaisissent pour nous attaquer.

_____La balance a penché de notre côté. Esquivant, reculant et sautant à terre, je roule puis me relève pour essayer tant bien que mal de m’éloigner et de rester en vie, mais les soldats sont partout ! Acculé, je recule précipitamment pour esquiver un coup d’épée pendant qu’une flèche s’abat derrière moi, je me retourne et repousse quelqu’un avec violence pour envoyer mon pied dans le thorax d’un autre et je vois des couteaux de lancer fendre l’air à une vitesse inimaginable… Des armes s’abattent sur le sol pendant que je zigzague souplement entre les soldats encombrés de leurs armures, un homme pousse un ultime hurlement, je me jette de nouveau à terre, prévenu par la voix paniquée de Lyssa, je soulève mon corps pour décocher un coup quelque part, et soudain je vois une lame s’abattre sur moi… je ne pourrai pas l’esquiver.

_____Comme déviée par la main d’un Dieu, elle décrit alors un arc de cercle pour éviter ma tête et se ficher dans le sol. Le soldat perd l’équilibre et s’effondre sur moi. Me ressaisissant plus vite que lui, je roule sur le côté pour l’immobiliser de tout mon poids et referme mon poing droit. Il tente de me frapper avec son arme, mais je referme ma main gauche sur la garde de son épée, immobilisant son bras droit tandis que mon poing s’abat violemment sur son visage. Ivre de peur, j’abats mon poing sans relâche, encore et encore, criant pour expier ma rage en m’ouvrant des blessures exaltantes un peu partout sur la main… La douleur est omniprésente. De l’acromio-claviculaire aux phalanges, tous mes os et toutes mes articulations me font souffrir, mais ça ne fait que décupler ma force et je ne m’arrête que lorsque la main de Lyssa se referme sur mon poing, ses yeux terrifiés soutenant la vision des miens. Reprenant mon calme en me concentrant sur ma respiration, je la remercie d’un geste et m’extirpe de mon adversaire. Autour de moi, deux soldats sont morts d’une flèche dans le dos et un autre se vide de son sang, une veine sectionnée par un efficace coup de couteau. D’une flèche bien placée, Lyssa met fin à ses souffrances avant d’entreprendre de récupérer ses projectiles, me laissant seul avec le soldat inconscient sur lequel je me suis assis. M’apercevant qu’il respire encore, j’observe son crâne sanguinolent et son visage amoché par d’innombrables coups acharnés, et je me rends compte de la folie qui s’est emparé de moi… Pendant un court instant, je me fais peur… l’arrière de son crâne ouvert, sa bouche cherchant désespérément l’air qui pourrait le sauver, ce sang qui se déverse de sa bouche et de sa gencive, les tremblements désespérés et les frissons qui secouent son corps, je ne peux pas croire que je suis l’auteur de tout ceci… Poussant un long soupir, je me relève et aperçois une Morghane au moins aussi hébétée que moi, l’Egide entre ses deux mains.

_____Une forte lumière d’un bleu cristallin émane de l’artefact, comme s’il venait à peine de reprendre vie. J’échange avec elle un regard empli d’espoir et d’incompréhension, puis la laisse sur place, rejoignant un Arthur qui finit de nettoyer et de regrouper ses armes. Sans rien dire, nous soufflons un peu en attendant que Lyssa réapparaisse. Son visage farouche recouvert de sang et de sueur, ses vêtements tâchés de terre et de sang séché, ses mains sales et son pantalon déchiré lui donnent un air particulièrement inquiétant, un air différent. Lyssa a l’air d’une guerrière, d’une guerrière redoutable, et Morghane continue de fixer l’Egide comme si elle allait la dévorer. Au bout d’un moment, Lyssa rompt le silence en me demandant pourquoi je la fixe comme ça, et, me retenant de lui dire que c’est parce qu’elle est belle, je lui donne une raison toute aussi valable :

« -On dirait que l’Egide s’est trouvé un nouveau réceptacle. »

_____Je désigne l’artefact du menton, puis mon regard se dirige lentement vers mon amie qui ne comprend pas tout de suite :

« -Tu es la seule à ne pas avoir été sur le bateau. »

_____Incrédule, l’archère s’illumine et je vois l’espoir envahir son visage tandis qu’elle se précipite vers Morghane : maintenant, nous ne sommes plus démunis. Maintenant, nous avons l’Egide.

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 16 Sep - 11:55

III.


_____Nous avons marché tout le restant de la journée, nous éloignant tant que possible du point de rendez-vous. Sans avoir besoin de nous le dire, nous nous sommes dirigés vers le Sud-ouest, là où nos alliés pourront nous accueillir, mais il nous reste encore une mission à accomplir avant de nous expatrier. Je déplie une carte et y pose un doigt pour indiquer notre position à mes amis suspicieux : nous sommes désespérément proches du point de rendez-vous, mais l’échelle de la carte est minuscule et nous avons bel et bien mis un jour de distance entre nous et nos plus proches poursuivants, exploitant dès que possible le moindre cours d’eau pour laisser un minimum de traces.

« -Bon, alors… je crois que notre cible est ici, n’est-ce pas ? », dis-je en désignant un point assez proche du palais royal. « Nous sommes près du but. »

_____Arthur et Lyssa hochent gravement la tête : nous devrons faire un petit détour pour atteindre notre objectif en toute sécurité. Notre objectif… Le chef des rebelles a assigné une importante mission à Lyssa, celle de remettre un message à une personne énigmatique et inconnue. Nous ignorons le contenu du message et les raisons qui ont poussé le chef à confier cette mission à Lyssa plutôt qu’à l’un de ses fidèles, mais nous nous devons de la mener à bien, quoi qu’il arrive. Nous sommes bien naïfs. Ce qui nous posera le plus de difficultés, dans cette histoire, ce sera de rejoindre le village où réside notre correspondant, celui qui se trouve près de la citadelle Mut’sev, une noire construction dressée sur une petite colline au Sud-ouest de la capitale… Qui sait combien d’unités d’élite ont été dépêchées pour retrouver la fille du roi et nous-mêmes, qui sait combien de traqueurs et de pisteurs sont à notre recherche ? Malgré l’insistance d’Arthur qui est très inquiet sur ce point, nous avons décidé de délivrer ce message avant de fuir vers le Royaume de Ramna, un de nos alliés dans l’opération raz-de-marée. Notre principal argument : la citadelle se situe quasiment sur le chemin, même s’il nous faudra éviter les grandes villes où nos visages sont sûrement placardés … heureusement, le village qui entoure Mut’sev n’est pas excessivement grand, et je crois me souvenir qu’on y compte un peu moins de mille habitants, des paysans, pour la plupart. C’est la citadelle, qu’il nous faudra éviter, mais nous pourrons facilement, grâce aux indications laissées par le chef des rebelles, retrouver notre correspondant sans nous faire repérer puis fuir une fois la mission accomplie.

« -Ça doit être fait. », ajoute Morghane, qui a comme nous tous le sens du devoir : « C’est peut-être extrêmement important ! »

_____Je ne vois pas trop en quoi ça pourrait être extrêmement important, mais je me dis que notre chef doit bien avoir une raison pour nous confier cette lettre… Peut-être que c’était au cas où le roi garderait son bâton, ce qui s’est effectivement produit. Et puis, de toute façon, nous sommes désormais sans but et le chemin vers Ramna ne sera pas facile, pour ne pas dire impossible. Si on prend contact avec un allié, ça nous facilitera les choses. Morghane a raison, bien sûr. On ne sait pas où en sont les hommes de Ramna, et on ne peut pas nous rendre dans ce royaume de par nos propres moyens : il faudrait un bateau !

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Anaël
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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Dim 16 Sep - 11:56

_____Malgré les protestations d’Arthur qui n’est pas spécialement motivé pour cette expédition hasardeuse, nous n’avons rien à dire contre une telle argumentation : nous sommes en territoire ennemi, après tout. Il nous faut trouver des alliés. Lorsque je surprends le regard haineux de mon ami, je ne peux m’empêcher d’avoir mal au cœur. Mais au fond, je le comprends. Comment ne pas en vouloir à Morghane ? C’est elle qui est à l’origine du déclenchement des opérations. Le roi l’a reconnue. Pour Arthur, le roi tient toujours sur ses pieds parce que les opérations se sont déclenchées trop tôt, mais je ne le crois pas. Pour moi, notre arrivée était un message. Nous avons mis du temps, pour traverser la capitale. Les rebelles auraient du se préparer pour le raz-de-marée… mais pourquoi n’étaient-ils pas prêts ? Parce que, maintenant que j’y réfléchis, ça devient évident que nous n’étions pas prêts, lors du déclenchement des opérations.

_____En silence, je replie la carte et les guide hors sentiers battus, dans des fourrés où on ne risque pas de faire de mauvaises rencontres. Des morceaux de bois craquent régulièrement sous nos pas, mais nous progressons globalement en silence, une forêt se dessinant à l’horizon.

« -La forêt de Lanvergne ! Nous y sommes presque ! »

_____La bonne nouvelle, c’est que seuls quelques kilomètres nous séparent du village. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il va falloir traverser la forêt.

« -T’inquiète pas, Sola, c’est que des racontars ! », me rassure Arthur.

_____Mais je vois bien qu’il est tendu, lui aussi. Seules les filles ne semblent pas craindre cette forêt ; sûrement n’en ont-elles jamais entendu parler.

« -Qu’est-ce qu’elle a, cette forêt ? », se renseigne Morghane.

_____Oh, rien de particulier, juste que les gens qui la traversent ont une fâcheuse tendance à disparaître. Ah, et les éleveurs qui vivent à proximité perdent régulièrement du bétail et on y trouve deux ou trois cadavres d’animaux affreusement mutilés, de temps en temps, rien que des trucs réjouissants ! Du coup, tout le monde craint cette forêt en disant qu’elle est maudite : depuis deux ans, les accidents et les disparitions s’y sont multipliés, et ne me demandez pas pourquoi il ne s’y est jamais rien passé avant. On raconte même des histoires à dormir debout sur on-ne-sait-quel-monstre qui roderait dans les environs, mais ça ne vaut pas la peine d’être évoqué : je ne crois pas à ce genre de balivernes. Les gens ne savent plus quoi inventer.

« -Rien. Des gens y ont disparu au cours des deux dernières années, et on dit qu’elle est maudite. »

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MessageSujet: Re: [Anaël] Le Royaume d'Orr (Roman)   Aujourd'hui à 23:01

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