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 [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)

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Lyadrielle
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Où suis-je ? : Pas très loin de la lune

MessageSujet: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 4 Mai - 21:58

« Depuis le début, je ne voulais que le bien. Encore aujourd’hui, après tout ce qui s’est passé, je ne regrette rien et suis fière de ce que j’ai accompli. Le monde a changé et j’ai changé avec lui. La vie ne sera plus jamais comme avant mais les écarts subsisteront encore, car il en avait été décidé ainsi, bien avant ma naissance.

Malgré mon envie d’améliorer les conditions de vie de chacun, aucune n’était d’accord avec moi. Elles me traitaient d’insensée, d’utopique et je les ai même entendues murmurer que j’étais folle. Je ne les ai jamais comprises et ne le veux plus. La vie qu’elles mènent, bien différente de la mienne, n’a fait que les isoler davantage. A travers leur bulle, elles ne peuvent agir comme je le peux. Elles ne savent pas ce que c’est que de vivre comme je l’ai fait et comme le font des milliers de gens.

Survivre ne signifie rien pour elles alors comment peuvent-elles saisir ce qu’est la vie ? J’aurais aimé les rencontrer et leur parler pour faire évoluer les choses. Je n’en ai pas encore le pouvoir mais ma détermination sans faille me permettra d’arriver à mes fins. Je ne sais où me mèneront précisément mes futures recherches. Trouverai-je la mort ou me transformerai-je ? Me permettront-elles de leur parler même après tout ce que je leur ai fait subir ? M’aideront-elles vraiment ou me perdront-elles ?

Une chose est néanmoins sûre : moi et moi seule, vous sauverai. Je vous le promets, sur ma vie. »


Discours de Xavia Lyu, sur la place d’Ytredj la Damnée, année 17

Chapitre 1
Une drôle de boite

La porte pivota sur ses gonds en émettant un bruit qui se répercuta dans toute la salle. Personne ne sembla s’en inquiéter. Il faisait bien sombre dans cette petite église, et le peu de lumière qui arrivait à passer suffisait à éclairer le sol dallé. Une ombre passa dans l’ouverture et s’avança avec légèreté. Elle portait une longue cape noire et une capuche lui couvrait le visage, comme si elle cherchait à passer inaperçue. Elle marcha doucement en suivant le chemin qui bordait les rangées de sièges de la pièce et s’arrêta devant la représentation de la déesse bleue. La déesse Laria était resplendissante avec ses bras levés en signe de victoire, sa robe flottant autour de son corps gracieux et ses yeux révoltés. L’inconnu mit un genou à terre et murmura quelques mots en ancien langage afin que la déesse l’aide et le protège.

Penché sur ses méditations, il entendit des bruits de pas qui semblaient venir dans sa direction. Rapidement, il se leva et se cacha derrière des tabourets de bois. C’était un Larien, un homme d’église chargé de s’occuper du bâtiment, qui s’avançait afin de refermer la porte. Il devait s’occuper des Lauroires, ces cérémonies où il était le représentant de la déesse sur terre et durant lesquelles le prêtre, comme la prêtresse, faisait appel à Laria, la déesse créatrice.

- Qui est l’inconscient qui a laissé cette porte ouverte ? Il fait si froid, dit-il en grelottant. Sa tenue d’un blanc caractéristique ne semblait pas être taillée pour traverser cet hiver long et glacial qui touchait la majorité des pays en cette fin d’année.

L’inconnu décida de sortir de sa cachette, pensant pouvoir faire confiance à cet homme.

- Qui es-tu ? demanda le Larien en voyant la forme noire sortir de l’obscurité.

Afin de faire bonne mesure et par pure superstition, il chuchota quelques paroles sacrées pour tenter d’éloigner les mauvais esprits qui pouvaient tournoyer autour de l’étrange silhouette.

Il s’approcha du visiteur et leva un sourcil interrogateur. Avec cet accoutrement sinistre, l’inconnu paraissait porteur d’un mauvais présage. Sa prière ne s’était finalement pas avérée inutile.

- Je viens demander refuge.

Son interlocuteur s’était assez approché, permettant ainsi à l’homme d’église d’entendre cette petite voix. Le prêtre, qui s’attendait à quelque chose de bien plus macabre et de bien plus grave, s’étonna de cette fébrilité émanant de la silhouette.

- Pourquoi vous ferais-je confiance ? dit-il, soudain plus intrigué qu’effrayé.

L’étranger enleva sa capuche et l’homme découvrit un ravissant visage de jeune femme aux cheveux bleus. Bleus comme ceux de la déesse Laria : signe de la descendance royale. Après quelques secondes de réflexion, l’homme accepta.

- Suivez-moi mais couvrez-vous !

La venue de cette jeune princesse dans son humble église ne le rassurait pas du tout. Bien qu’appartenant à la famille royale, le prêtre, de par sa fonction, n’avait aucune obligation envers ses souverains. « Si ma femme apprend ça ! », se dit-il. Mais charmé par cette jeune princesse, il n’avait pu refuser.

La jeune femme remit sa capuche et suivit l’homme sans un mot. Ils passèrent devant le portrait de la déesse et prirent un couloir faiblement éclairé par quelques torches disséminées le long des murs. Les flammes, source de faible chaleur, semblaient réconforter par leur douce lueur. Le Larien, curieux de nature, ne put s’empêcher de demander :

- Pourquoi ne pas rester chez vous, ma fille ? Je sais que les temps sont durs pour vous en ce moment, mais ici vous ne serez pas plus à l’abri.
- Je le sais mais je n’ai plus de toit où dormir, mon père. Laria me protègera. Cependant je suis un rien pressée, pouvons-nous marcher plus vite ?

L’homme voulut répliquer quand, derrière eux, un bruit sourd se fit entendre. La porte d’entrée de l’église venait de s’ouvrir avec violence. Un grand homme entrait, suivi par une dizaine de ses soldats. Ces derniers commencèrent à fouiller le bâtiment avec bruit et fracas.

- Trouvez-la-moi, et tuez-la ! Je ne veux aucun témoin ! cria l’homme musclé à ses séides.

Dans le couloir, l’homme d’église entendit cette voix glaciale et s’inquiéta d’abord pour la vie de la jeune femme. Il se savait déjà perdu face à plus d’une dizaine de soldats armés et prêts à tuer sans pitié. De plus, cette jeune princesse, si frêle et exténuée, ne l’aiderait en rien. Il se mit à murmurer de multiples prières, pour lui, pour la jeune femme et pour ceux qui ne le reverraient certainement plus. « Laria, aie pitié de nous ! ».

- Continuez par ce couloir puis prenez celui de droite, là vous trouverez un passage. Il vous mènera vers la sortie qui se situe non loin des dortoirs.
- Merci, mon père. Que le Bleu de l’Océan vous Submerge, lui dit-elle en le regardant repartir vers la nef.
- Qu’Il vous Eloigne Des Côtes Aux Sommets Tranchants…

La jeune femme se mit alors à courir. Ses mouvements étaient irréguliers et sa respiration saccadée. Ce n’était pas dans son habitude d’accepter le sacrifice d’autrui dans le simple but de sauver sa propre vie. Chaque vie était importante, et aucune en particulier ne méritait autant de générosité. Elle quitta son hôte à regret, retenant avec peine ses larmes de couler.

Après seulement quelques minutes de course, elle s’arrêta net. Le dernier cri de son sauveur avait résonné jusqu’à ses oreilles. L’intensité, la douleur et la rapidité de ce hurlement avaient atteint l’inconnue tel un coup de fouet.

Tremblante de peur, de tristesse, elle continua tant bien que mal, une mort sur la conscience. Prenant son courage à deux mains, elle était décidée à s’enfuir d’ici. Ses yeux rivés sur la direction à prendre, elle ne vit pas le petit rocher qui allait la faire trébucher. La jeune fille tomba lourdement sur le sol et se mit à saigner. Le sang commençait à prendre la forme d’une flaque rouge sur la pierre pâle qui recouvrait le sol et les murs. Blessée aux jambes et au visage par le sol inégal, elle n’avait plus la force de se relever et s’adossa au mur.

Dans le couloir faiblement éclairé, elle entendit des bruits de pas rapides qui se rapprochaient d’elle. Un soldat de la garde royale banda son arc et tira une flèche sur la jeune femme sans défense. Le jet mortel ricocha à un mètre de sa cible avant de repartir vers son expéditeur. L’homme s’écroula sur le coup. Paniquée, la jeune femme voulut se relever afin de voir si le guerrier était bien mort. Complètement dans le vague, elle n’avait pas compris ce qui s’était passé mais s'en réjouissait.

Après un mouvement difficile, alors que son corps ne l’écoutait plus, pareil à une machine incontrôlable, elle s’aperçut que ses mains étaient rouges, rouge sang, sentant la mort. Elle n’eut pas à chercher longtemps la cause de cette éruption écarlate. La robe couleur ciel qu’elle portait sous sa cape était déchirée de toutes parts. Son ventre, d’habitude si pâle, s’était empourpré. La fugitive enfonça sa main dans le creux formé et poussa un râle terrible. Son corps écorché l’affaiblissait un peu plus chaque seconde. Son cerveau fonctionnait à plein régime mais la cause de cette blessure mortelle continuait de lui échapper.

La mort, habituée à faucher des corps depuis l’aube des temps, ne tarderait pas à se montrer. L’image de son sourire ironique et de son corps vide envahissait les pensées de la jeune femme terrifiée.


**

Année 1410, levée d’Iliath, jour 32

Via se réveilla en sursaut dans sa chambre. Ce n’était pas le premier cauchemar qu’elle faisait et ce n’était pas non plus la première fois qu’elle rêvait de la mort d’une jeune fille aux cheveux bleus. Elle-même avait les cheveux azur et descendait de la déesse Laria par sa mère, mariée à Falor, roi de Linaria, un gigantesque pays qui s’étendait sur un peu plus d’un tiers de la planète où elle vivait. Elle posa une main sur son front et s’aperçut qu’il était brûlant ; ses cheveux étaient collés sur ses joues par la transpiration et sa respiration se faisait haletante. Elle tremblait encore, bien que les images s’effaçaient peu à peu de son esprit. Mais pour combien de temps ?


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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 5 Mai - 16:03

Elle ne savait pas si la nuit était bien avancée. Encore un peu chamboulée, la jeune fille avait besoin d’air frais. Via prit les rideaux de velours rouge dans une de ses mains quand l’autre s’activait à ouvrir sa fenêtre. Le ciel était encore sombre mais on pouvait y apercevoir de légères éclaircies. Ainsi, le jour allait bientôt se lever. Via n’avait jamais eu à l’esprit l’idée de se rendormir après un tel rêve, ne désirant pas se retrouver dans un nouveau cauchemar qui la rendrait malade à coup sûr. Elle alla allumer une bougie et se dirigea vers son armoire afin de s’habiller. Contrairement à sa sœur Loria, qui avait besoin d’une multitude de robes pour son bon plaisir, la jeune princesse se sentait à l’aise en pantalon et n’avait pas besoin d’une quantité de vêtements, préférant plutôt sa bibliothèque qui prenait déjà toute la place. La faible lumière émise par la bougie lui permettait à peine de discerner les différentes couleurs de ses vêtements. « Vivement que je puisse utiliser la magie pour créer de la lumière à volonté », se dit-elle.

Elle choisit un pantalon fin, un chemisier noir ainsi qu’un gilet sur lequel était brodé un ciel étoilé. Prenant ses chaussures à la main et vérifiant, à la hâte, que les couleurs choisies s’accordaient, la jeune fille s’habilla rapidement. Via avait très faim après ces quelques aventures oniriques et descendit les escaliers qui la menèrent dans la petite salle à manger uniquement réservée au cercle restreint de la famille régnante et dans laquelle les servants avaient dressé le petit-déjeuner. Elle en profita alors pour se préparer quelques tartines sucrées et se servit du lait. Le silence la réconfortait, apaisant ses craintes et permettant à son cœur de se calmer.

Les murs de cette pièce, de bonnes dimensions, étaient couverts de tapisseries diverses et variées représentant des scènes de batailles. Son père, un grand guerrier, adorait séjourner dans un lieu où tout lui rappelait son talent pour le combat. Le rouge revenait souvent sur ses tableaux et rendait malade certaines femmes de ce château qui ne supportaient pas la violence. Via avait toujours regardé ces peintures avec indifférence et ne s’attardait jamais dans cette pièce. Ce matin-ci, pourtant, elle y resterait un peu plus longtemps que d’habitude.

Elle ne remarqua pas tout de suite qu’un drôle d’objet brillait sur une des tables voisines. Il étincelait d’un noir inquiétant. Bien que la salle soit encore assez sombre, les lumières ne s’allumant par magie qu’au petit matin, les chandelles installées sur certains meubles permettaient une assez bonne visibilité des deux tables situées au centre de la pièce.

Quand ses yeux se posèrent enfin sur la petite boîte, elle eut un hoquet de frayeur, se demandant si cette sombre couleur annonçait un aussi mauvais présage que celui de son rêve. Posant une de ses tartines, Via observa les alentours un instant, persuadée que quelqu’un s’était levé bien avant elle. L’objet n’était pas là par hasard, elle en était certaine. La jeune fille n’entendit pourtant aucun bruit, le silence s’attardant toujours autour d’elle.

L’objet semblait vivant et se mouvait comme s’il possédait une âme. Sa crainte ne fit que s’amplifier quand émana un rayon de lumière du carré noir qui, prenant cet évènement comme un signal, se pétrifia pour ne plus jamais bouger. Via avait-elle imaginé ce qui venait de se passer ? Interloquée, elle n’entendit plus les plaintes de son estomac et approcha de la table, marchant doucement. La boîte ressemblait maintenant à une pierre et, tout à sa curiosité, l’envie de la prendre dans ses mains se faisait de plus en plus forte. La jeune fille ne devait pourtant pas s’y résoudre.

Etant encore trop jeune, Via n’avait pas été initiée aux secrets de la magie, et ne semblait pas pressée outre mesure quand elle voyait ce que l’on pouvait en faire. Cet objet semblait tout droit sorti des livres qui lui étaient encore interdits. La princesse avait presque dix-huit ans, âge où ses pouvoirs se révèleraient. Encore incontrôlables, ses pouvoirs seraient dangereux. Un professeur la suivrait donc afin de lui enseigner comment les utiliser et comment les contrôler.

Pendant deux ans, elle suivrait des cours intensifs et s’entraînerait pour atteindre le niveau d’Adepte de la magie. Sa sœur, Loria, venait tout juste d’atteindre ce niveau et s’en montrait bien fière. Il ne lui restait plus que quelques jours de cours avant de recevoir ce titre. Son frère, Ystar, prince héritier de la couronne du royaume, avait, quant à lui, atteint l’âge adulte, vingt-trois ans, et était d’une prétention agaçante. Dans quelques jours, une cérémonie le proclamerait officiellement héritier du trône et son impatience exaspérait tous les habitants de ce château.

Via devait d’abord passer ses derniers examens avant de pouvoir devenir Disciple de la magie. Elle finissait actuellement son premier cycle d’études qui lui avait apporté tout ce dont elle avait besoin en termes de connaissances scientifiques, en écriture et en méthodologie de travail. Ce cycle durait dix ans et se terminait par une cérémonie durant laquelle il lui serait attribué son nouveau maître pour les deux ans à venir. Enfin, les trois dernières années étaient appelées « Spécialité ». Via devrait choisir la profession qu’elle voudrait exercer, si ses résultats s’avéraient cohérents dans la matière choisie. Elle pourrait alors approfondir cette dernière à sa guise, pendant trois ans, afin de pouvoir entrer dans la vie active à l’âge adulte.

A son grand regret, la jeune fille ne savait pas du tout quel métier choisir. Régner comme son frère ne lui disait rien et continuer à vivre dans cette demeure la répugnait. Tout ici n’était que vanité. Sa belle-mère, Helena, tout comme sa sœur, étaient nées pour vivre dans le luxe et ne le cachaient absolument pas. Presqu’aussi jeune que Loria, Helena était aussi frivole que ces jeunes filles qui ne pensaient qu’à s’amuser. Via, quant à elle, préférait passer le plus clair de son temps libre à apprendre et à lire dans sa bibliothèque personnelle. Elle s’y sentait alors plus humaine et avait moins honte de ses origines.

Pourquoi avait-elle d’ailleurs tant honte de son ancêtre ? Cette déesse avait fait le bien sur cette planète et, tous les jours, des cérémonies en son honneur étaient célébrées dans la joie et l’allégresse. Ce qu’elle ressentait était inexplicable et elle-même n’arrivait pas à le comprendre. Ce sentiment lui était apparu alors que ses premiers cauchemars la faisaient hurler la nuit. Cette jeune femme aux cheveux bleus, tout comme elle, la perturbait et rien n’était cohérent. Elle mourait à chaque fois et devait sans cesse fuir et se cacher comme si le monde entier lui en voulait.

Revenant à la réalité, Via comprit que le Soleil se levait, suivi de près par son partenaire, l’Etoile Rouge. Elle jeta un dernier regard à la boîte noire et décida de s’en écarter. Cela lui paraissait plus prudent compte tenu de sa connaissance quasi inexistante de ce genre d’objet étrange. Elle décida de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas, se rappelant qu’enfant, elle avait déçu son père pour avoir été trop curieuse.

Perdue dans ses pensées, la jeune fille prit le temps de finir ses tartines tout en laissant ses yeux fixer l’aurore. Spectacle d’autant plus magnifique que la grande fenêtre était située à l’endroit précis où les deux astres apparaissaient.


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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Lun 7 Mai - 17:22


- Bonjour Via.
- Bonjour Ystar, répondit la jeune fille en essayant de maîtriser son corps qui tremblait de peur.

Son frère l’avait encore effrayée et elle ne parvenait pas à se calmer. N’étant pas obligé de choisir une quelconque spécialité, l’héritier pouvait choisir les matières qui lui faisaient le plus envie. Ystar avait décidé de se les approprier toutes, au grand désarroi de son père qui s’inquiétait de la montée en puissance de son fils. Le jeune garçon avait ainsi développé le don d’apparaître et de réapparaître partout où il le voulait et quand il le voulait, capacité notamment enseignée aux espions et envoyés royaux.

La respiration de Via était encore haletante lorsque son frère reprit la parole. Elle leva ses yeux et l’observa. Il était habillé comme à son habitude, ressemblant plus à un artiste qu’à un prince. Sa veste de velours lui tombait à la taille et sa chemise bouffante le faisait paraître mince et sportif. Ses cheveux sombres avaient fait scandale de nombreuses années auparavant, montrant ainsi que la déesse n’accordait finalement pas ses dons à la gente masculine. Ystar s’en était montré outré et n’accompagnait plus sa famille aux cérémonies, prétextant devoir se venger et montrer à tout le monde combien il était furieux.

- Tu t’es levée tôt à ce que je vois, fit-il.

Le ton paraissait hautain et Via perçut du mépris. Il ne s’attendait pas du tout à la voir ici, c’était évident. Ayant repris le contrôle de ses gestes, la jeune fille le fixa d’un air indifférent. Le rouge de la pièce l’assommant plus que d’ordinaire, elle essayait de ne rien lui montrer. Mal à l’aise et fatiguée, la princesse s’efforça de lui répliquer :

- Toujours aussi perspicace à ce que je vois, lui dit-elle, surprise d’avoir su répondre à son frère malgré son état.

Les lèvres de son frère se plissèrent en un sourire mesquin et son rire parvint jusqu’aux oreilles de la jeune fille. Ystar ne semblait pas si sûr de lui malgré les apparences. Placé devant la table voisine, le corps de son frère lui cachait l’objet noir qui l’avait tant intriguée plus tôt. La boîte lui appartiendrait-elle ? Après tout, il avait toutes les connaissances nécessaires pour se fabriquer ou se procurer ce genre de maléfices. En rien rassurée, Via tordit légèrement son cou, espérant apercevoir l’objet en question. Le jeune homme avait bien observé son manège et finit par se retourner, dos à sa sœur. Il faisait maintenant face à ce qui était posé sur la table.

- A plus tard, lança-t-il avant de disparaître comme il était arrivé, sans un bruit.

L’objet avait disparu avec lui. La jeune fille fronça les sourcils et essaya de comprendre l’attitude mystérieuse de son frère. Il leur cachait quelque chose, elle en était sûre. Elle n’avait pourtant aucune preuve, cette dernière venant juste de disparaître sous son nez. Cette matinée était des plus étranges et son mauvais pressentiment ne l’abandonnait pas. Que se passait-il donc ? Devait-elle prévenir sa famille et les habitants de ce château des manigances de son frère ? Etait-ce pour lui un simple jeu inoffensif auquel il aimait s'adonner en ce moment ou était-ce quelque chose de bien plus sérieux et dangereux ?

Lasse de ne pouvoir répondre à aucune de ses questions, elle remonta dans sa chambre et, se sentant incapable de se rendormir malgré sa fatigue, choisit un livre avant de s’asseoir dans son fauteuil fétiche. Lire allait lui changer les idées, c’était du moins ce qu’elle espérait.


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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 8 Mai - 14:25


Elle avait choisi un livre d’histoire, racontant la vie de Laria et décrivant les actions de la déesse au fil du temps, jusqu’à sa création des espèces peuplant Linaria. La jeune fille trouvait son ancêtre fascinante même si elle n’arrivait pas à s’y attacher. Cependant, avant de pouvoir la critiquer, Via s’était donnée la tache de tout connaître sur cette jeune femme qui lui était étrangère même si leurs cheveux étaient identiques. C’était un principe que son père lui avait inculqué. Avant de dire du mal et ce, de n’importe quel sujet, il fallait s’assurer que l’on parlait en connaissance de cause. Le savoir faisait la différence avec la bêtise et critiquer ce que l’on ne connaissait pas pouvait s’avérer la plus belle erreur que l’on commettait. La jeune princesse avait bien retenu cette règle.

Apprendre de ses erreurs était un autre des fondements de son éducation stricte. « Laria aurait dû se souvenir de ce principe de bon sens. Cela lui aurait été très utile. Pour sûr ».

Elle lut quelques lignes mais ne put se concentrer longtemps. L’image de la boîte noire lui revenait sans cesse à l’esprit. Peut-être pourrait-elle en apprendre plus sur l’attitude de son frère plus tard, quand elle serait un peu plus rassérénée. Questionner, voire espionner son frère, s’avérait néanmoins impossible et très risqué compte tenu de ses nouvelles compétences acquises. « Il me fait encore plus peur que d’ordinaire avec cette nouvelle capacité. Disparaître à volonté est vraiment effrayant ».

S’exhortant au calme et laissant son regard se poser sur les premières lignes constituant le prologue du livre, la princesse s’obligea à mettre de côté ses inquiétudes. Un peu d’apaisement lui ferait le plus grand bien.


**

Quelques heures plus tard, le château s’agita : les serviteurs en charge du petit-déjeuner s’affairaient en cuisine tandis que, ceux chargés d’habiller ces majestés couraient dans tous les sens afin de satisfaire les désirs extravagants de la reine et de sa belle-fille, Loria. Certains jardiniers avaient commencé à tailler quelques haies quand d’autres, un panier à la main, récupéraient les fruits que le verger leur avait donnés. Nous étions alors en plein cœur de la période chaude : les arbres fruitiers jouaient les célébrités en montrant à tous les passants leurs plus belles couleurs quand les oiseaux s’amusaient à chanter pour les oreilles charmées des visiteurs. Tout semblait parfait pour la cérémonie durant laquelle Ystar allait être le centre de l’attention. Cette dernière, programmée pour dans deux jours, mettait le palais sens dessus dessous.

Toute à sa lecture, Via n’entendait pas, ou ignorait, les agitations perpétuelles qui faisaient trembler la maison. Totalement absorbée par ce qu’elle lisait, elle ne s’aperçut pas que l’on frappait à sa porte. Derrière celle-ci, Loria s’impatientait et ne prit pas la peine de toquer une seconde fois. Enervée qu’on ne lui réponde pas de suite, elle s’empara de la poignée et ouvrit en grand pour tomber sur sa petite sœur qui la regardait d’un air peu amène, toujours assise dans son fauteuil et pas très heureuse de la voir. Via était en colère et ne supportait décidément pas les libertés que prenait sa grande sœur à son égard. Son apaisement venait de voler en éclats. « Merci sœurette », se dit-elle intérieurement avant de se lever et de poser son livre sur sa table de chevet. Loria fixait les vêtements de sa sœur d’un air peu approbateur, presque dégouté.

- Via mais qu’es….
- Laisse-moi tranquille Loria, la coupa-t-elle rapidement.

La princesse savait très bien pourquoi sa sœur était venue la déranger et cela la fatiguait. Derrière la jeune femme, Via aperçut Nata, une jeune servante à la peau pâle qui devait suivre Loria tout au long de la journée. Via la plaignait grandement. Elle la salua de la main, ignorant le regard malveillant de sa sœur qui ne supportait pas que l’on prenne en considération ces simples paysans.

Une délégation importante devait arriver dans quelques heures afin de discuter avec le roi et la reine. Via n’y avait plus pensé jusqu’au moment de l’apparition soudaine de sa sœur, plus agacée que jamais.

- Tu as intérêt à te préparer, la reine nous attend en bas. Il semblerait qu’elle ait des choses à nous dire. Et enlève-moi ce pantalon ridicule, tu vas faire peur à nos invités !

Via n’aimait pas du tout ce que portait sa sœur. Cette robe vert pâle la mettait trop en valeur à son goût et sa poitrine se voyait trop. Sa taille était des plus fines et son visage ressemblait à celui d’une poupée. Ses cheveux bleus étaient surélevés en une coiffure des plus sophistiquée et parsemé de pétales de fleurs fraîches. A quoi jouait-elle donc ? Ils ne recevaient pourtant pas de jeunes prétendants aujourd’hui. « Loria aime qu’on la remarque », se rappela Via.

Aux piques de sa sœur, la jeune fille ne répliqua rien, ne voulant pas gaspiller son énergie dans de vaines paroles.

- Dis-lui que j’arrive.

Loria acquiesça, jeta un dernier coup d’œil à la chambre et, avec un rictus moqueur, partit d’un pas rapide, accompagnée de Nata, sa fidèle compagne.

Bien que détestant le protocole et toutes les stupidités protocolaires qui allaient avec, Via s’approcha de son armoire et sortit une robe blanche aux reflets d’azur parcourue de fleurs violettes et bleu foncé. Elle n’avait pas porté cette robe très souvent et ne se souvenait même pas de la dernière fois où elle l’avait mise. Elle se coiffa rapidement, laissant pendre ses cheveux de manière naturelle et ne se maquilla pas. Même insignifiants, ces manquements aux règles lui permettaient de se rebeller à sa façon, sans violence. Le fait qu’elle n’ait aucune suivante la différenciait également des autres femmes de la maison. Ne pas se coiffer ni se maquiller pendant des heures lui évitait d’y avoir recours.


**



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 8 Mai - 17:58


La réunion s’était passée sans aucun problème majeur. Ystar était arrivé, comme à son habitude, avec du retard et avait effrayé tout le monde. Via devenait de plus en plus habituée à ces surgissements intempestifs et se maîtrisait mieux quand il apparaissait à l’improviste. Ce n’était pas du tout le cas de la reine Helena, leur belle-mère, qui était enceinte de trois mois. Son frère n’avait décidément aucun scrupule. Loria avait rêvassé la plupart du temps et Via avait dû faire de même dès qu’il fut fait état du repas de bienvenue des invités. Helena ne parut rien remarquer et continuait de parler, fixant chacun de ses beaux-enfants tour à tour. Malgré son très jeune âge, Helena savait se faire respecter.

- J’espère de vous une tenue irréprochable les jours qui suivent. Nous représentons le royaume, continua-t-elle sur un ton ferme. Pas d’apparitions intempestives, compris ? dit-elle en se penchant vers Ystar qui pinça les lèvres, amusé. Quant à toi, Énévive, je ne veux pas que tu sortes voir ton amie Lemy durant ces trois prochains jours.

Via grimaça quand elle entendit son prénom complet, le même que celui de sa mère et parut complètement décontenancée à l’énoncé du prénom de son amie Lemy, princesse et héritière du royaume elfique voisin. Depuis quelques mois, elles ne se voyaient plus beaucoup mais continuaient de s’écrire régulièrement. Chez les elfes, la femme détenait le sang royal et avait tous les pouvoirs au détriment du roi. Lemy, en tant que future reine, avait droit à des cours que Via lui enviait. Quand elles se retrouvaient, elles s’entraînaient à l’épée, à la lance et à l’arc quand elles ne participaient pas aux rencontres de la guilde des Insoumis, autorisée partiellement par la guilde des Magiciens.

- Nous recevons des magiciens, et de surcroît les plus puissants. Je ne veux donc pas que tu ailles batifoler avec … des personnes non recommandables. Suis-je claire ? demanda Helena à Via, toute étonnée que sa belle-mère ait eu vent de ses agissements. J’ai mes sources, éluda la reine à la vue de l’expression de sa belle-fille. Dans une demi-heure je veux vous voir devant la porte principale. Séance levée.

Le salon s’emplit soudain du raclement des chaises que l’on traîne sur le sol. Ici, les teintures représentaient de beaux paysages marins et l’on en avait banni le rouge pour apaiser la reine. Cette dernière était partie vite, suivie de Loria, apparemment de nouveau réveillée, tandis qu’Ystar avait déjà disparu. Depuis qu’il avait acquis cette capacité, Via ne lui faisait plus confiance et avait même peur de lui. Il ne lui paraissait que plus sombre et plus démoniaque au fil des années.

Même si Via n’appréciait pas tellement sa belle-mère, celle-ci ne l’embêtait pas autant que Loria. Tant que la jeune fille portait une robe protocolaire et affichait un visage radieux tout en étant des plus polies, elle ne se formalisait pas du reste. Néanmoins, elle semblait être au courant, à présent, pour ses nombreuses visites à la guilde des Insoumis. Ses membres réclamaient notamment l’égalité face à l’éducation magique et utilisaient de façon illégale des armes intelligentes, douées d’esprit. Via, comme Lemy, donnait quelques cours de sortilèges à de jeunes enfants qui n’avaient pas eu droit à la même éducation. Il fallait en effet contribuer de façon financière et de manière plus ou moins importante, selon les régions, afin d’avoir droit à des enseignements magiques.

« Ceci est totalement inadmissible », avait déclaré Via à son amie elfe qui l’avait alors encouragée à venir participer aux réunions de la guilde. Lemy lui avait expliqué tout ce qu’elle devait savoir : Clarance Leara avait fondé cette guilde avec son mari, Carune. Ils désiraient que leurs enfants apprennent ce qu’ils avaient appris étant plus jeunes. Comme il n’était pas autorisé aux parents de devenir professeurs pour leurs propres enfants, ils avaient dû créer officiellement une guilde devant être approuvée par le conseil Supérieur. Un grand nombre de magiciens étaient contre, un siècle auparavant, prétextant une future pénurie d’apprentis dans leurs écoles. Afin de plaire à la majorité, il fut décidé que la guilde n’aurait droit de pratiquer ses cours que dans certaines régions. Annhorhellh, royaume où vivait Lemy, Nalsine, territoire gradien, et Délia, région montagnarde, bénéficiaient, encore aujourd’hui, de l’aide de cette guilde.

Via avait tout de suite épousé cette cause et se plaisait à aider ceux qui en avaient le plus besoin. Le système d’écoles de magie avait pourtant disparu : le rôle des précepteurs s’était alors accru pour devenir indispensable. Elle était si heureuse avec son propre professeur et ce qu’elle apprenait lui plaisait tellement qu’elle voulait que d’autres en profitent.

Revenue à la réalité, Via décida de se rendre directement devant la porte principale afin de guetter l’arrivée des invités. Son père arriva cinq minutes plus tard, à cheval, entouré d’une demi-douzaine d’hommes aux costumes gris et noirs. Certains étaient ses conseillers personnels, quand d’autres étaient les précepteurs de ses enfants. La jeune fille salua de la tête son professeur actuel, Syr Etnel, qu’elle n’avait pas vu depuis la semaine précédente. Dispensée de cours cette semaine-ci, il lui avait néanmoins donné à lire quelques livres de géométrie et de sciences magiques. La jeune fille les avait déjà tous dévorés.




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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 12 Mai - 19:51

Avisant l’arc que son père portait parmi tout son attirail, quelques images de son rêve lui revinrent en tête. Elle se rappela la flèche, la blessure et la mort. Un peu nauséeuse, elle se demanda si elle devait en parler à quelqu’un. Via ne savait pas à qui se confier et ne voulait pas être prise pour une folle. Elle tourna la tête pour fixer quelques fleurs en bas des marches afin de ne pas afficher son trouble devant la garde du roi et son père. Celui-ci regarda sa fille et la détailla rapidement avant de continuer sa conversation avec un de ses compagnons. Il était apparemment pressé et devait se préparer avant l’arrivée des magiciens. Il pénétra hâtivement dans le château. Via sourit à son professeur qui abandonna la troupe pour venir lui parler.

- La semaine prochaine on va préparer tes examens. Y-a-t-il des matières que tu veux que l’on révise plus que d’autres ? lui demanda-t-il.

Il avait l’air sincèrement soucieux de son avenir et cela la touchait. Il était son précepteur mais elle le prenait plutôt pour son grand frère.

- Non, faisons comme d’habitude, ce sera parfait. Tu vas rester ? voulut-elle savoir.

Il prit un certain temps pour lui répondre ne voyant pas à quoi la jeune fille faisait référence. Il finit par réaliser qu’elle pensait à l’arrivée des magiciens.

- Je ne fais que passer, lui dit-il. Je te dis à très bientôt.

Via acquiesça et le regarda partir alors qu’il rejoignait ses camarades qui étaient restés sur leurs montures. Il lui fit un dernier signe de la main et disparut, caché par la poussière que dégageait le galop des chevaux. La jeune fille finit par se retrouver seule, entourée seulement par le bruit des animaux de la forêt qui entourait la demeure. Alors qu’elle s’asseyait sur les marches, un jardinier passa près d’elle, un arrosoir et un sac à la main, lui jeta un coup d’œil nerveux et se volatilisa à son tour. Ces quelques minutes de repos lui permirent de réfléchir et de programmer sa prochaine visite chez son amie Lemy. Elle devait découvrir qui était l’espion qui la suivait et en parler à la jeune elfe dont les perceptions sensorielles développées pouvaient s’avérer utiles.

Son frère apparut à ses côtés, malveillant et un sourire cynique sur les lèvres. Via tremblait encore quand elle lui jeta un regard furieux qu’il feignit de ne pas remarquer. Loria et Helena arrivèrent ensemble, majestueuses dans leurs tenues claires rappelant le printemps. Leurs confidentes les plus fidèles les suivaient de près. Elles discutaient à voix basse, riant à des blagues que la jeune fille ne pouvait entendre. Le roi refit surface, tout sourire, suivi par deux de ses conseillers que Via ne connaissait que depuis peu. N’ayant participé à aucune réunion politique, elle n’avait jamais eu l’occasion de leur parler. Elle connaissait cependant quelques anecdotes sur la vie du plus brun d’entre eux. Loria avait jeté son dévolu sur le jeune homme il y avait un peu moins d’un an et avait cherché à en savoir plus sur lui. Ce qu’elle avait découvert ne l’avait attirée que davantage, malgré le fait que ce dernier soit marié. Aimant les défis et les scandales, elle essayait de lui plaire et de lui faire oublier sa femme. Via comprit alors pourquoi sa sœur avait passé tant de temps à se préparer ce matin. D’ailleurs, Loria regardait de manière peu discrète le conseiller qui se sentait assez mal à l’aise.

Helena se rapprocha de son mari et tous deux se mirent à discuter avec enthousiasme alors que de petits points noirs se faisaient visibles à l’horizon. Ystar fixait le sol et semblait réfléchir à toute vitesse. Via l’observa à la dérobée avant de regarder devant elle et de se lever. Entourés des deux rangées d’arbres de l’allée, cinq cavaliers approchaient, enveloppés dans de longues et amples capes noires qui les protégeaient des regards curieux et faisaient peur aux bandits de grand chemin. Comme s’ils s’étaient concertés auparavant, ils descendirent de cheval au même instant et s’abaissèrent devant la famille royale, s’accordant au salut protocolaire. Leurs chevaux, grands et clairs, furent vite pris en charge par les écuyers de la demeure qui s’empressèrent de s’éloigner, effrayés par l’arrivée des nouveaux venus, alignés devant le palais tels des soldats bien entraînés.

Le plus grand des magiciens sortit du rang et s’avança devant le roi.

- Ravi de vous revoir, mon roi, fit-il en s’inclinant une fois de plus sous le regard satisfait de sa majesté. Vous nous appelez et nous voici.
- Merci à vous, Enèdjär : magiciens du royaume et gardiens de la paix. Moi, Falor, roi de ce pays qui m’est cher, suis heureux de vous accueillir en ma demeure.

Le seigneur s’inclina et invita ses invités à entrer. Les Enèdjär enlevèrent tour à tour leur capuche ainsi que leur cape et suivirent leur supérieur à l’intérieur du château. Via regarda son père un instant et se demanda pourquoi il avait appelé ces magiciens. Un peu naïve, elle avait pensé qu’ils leur rendaient une simple visite mais il devait s’agir d’autre chose. Ce fut alors qu’elle se souvint de la cérémonie durant laquelle son frère allait être la vedette. Comment avait-elle pu oublier cette fête ? La présence des hauts magiciens était nécessaire quant à l’accomplissement du couronnement d’Ystar. Désorientée, elle fixa chacun des magiciens et les suivit.

Via avait baissé les yeux. Ses pas se faisaient lourds : elle ne se sentait pas très bien. La présence de ces êtres puissants et redoutés la mettait mal à l’aise. Les magiciens étaient pourtant des entités intrinsèques du royaume. Bien avant l’arrivée de Laria sur cette planète, les Enèdjär gouvernaient certains peuples et étaient vénérés pour leur grand pouvoir.

« Cela n’est plus le cas aujourd’hui, se dit Via. Laria ne permet pas d’autres cultes que le sien ».

**

Il y avait longtemps de cela, Via avait surpris une discussion, entre Syr et son père. Syr venait d’être admis au palais en tant que son nouveau précepteur. Scientifique mais également très intéressé par l’histoire de son pays, Syr avait osé critiquer une des statues de la déesse bleue placée au centre du sanctuaire du palais. Via ne se souvenait pas de ce qu’avait dit son ami mais Falor n’avait pas du tout apprécié que l’on critiquât celle grâce à qui ses enfants étaient là aujourd’hui. Le précepteur avait retenu la leçon : mieux valait ne pas offenser son hôte même si pour cela il fallait mentir.

Ayant trouvé quelqu’un vers qui se confier, surtout en ce qui concernait son détachement vis-à-vis de son ancêtre, la jeune fille avait pu apprendre ce qui lui était nécessaire pour se forger sa propre opinion sur la question.

- Beaucoup de choses ont changé depuis l’avènement de Laria, avait commencé Syr. Un des philosophes de ces dernières décennies avait qualifié cette mutation de « nécessaire quant à l’évolution du royaume et de ses habitants ». Assez ridicule n’est-ce pas ? Surtout que les habitants n’avaient pas eu le droit de donner leur avis. Linaria s’était alors vue modifiée : ses lois, pour la plupart désuètes, s’étaient vues totalement remaniées, et ses institutions, trop « vieilles », avaient été entièrement démantelées, comme celle, essentielle, du groupe des Enèdjär.
- Qui sont-ils ? avait demandé Via, faisant les gros yeux.

Syr s’était amusé de la curiosité de la petite fille. Il l’appréciait déjà beaucoup.

- Ce sont de puissants magiciens, Via. Crains-les car, malgré leur apparence simple et leurs sourires bienveillants, ils peuvent être extrêmement dangereux.

Via avait froncé les sourcils. Syr était comme son grand frère et tout ce qu’il pouvait lui dire, elle le croyait. « Enèdjär = dangereux. Noté ».

Syr s’était levé et s’était dirigé vers une vieille étagère qui fléchissait sous le poids des livres d’histoires que chérissait son père. Le professeur était revenu avec un livre bleu et vert dont l’odeur de poussière avait fait frémir la petite fille. Syr avait épousseté les premières pages de l’ouvrage avant de feuilleter le livre pour s’arrêter sur la page qui l’intéressait. Ce livre avait été écrit il y avait seulement quelques années mais la poussière montrait tout de même que personne ne s’y était jamais intéressé.

- Ecoute-bien, Via.

Il s’était raclé la gorge avant de commencer sa lecture :

- Linaria est divisée en plusieurs parties, que l’on appelle Régences, gouvernées chacune par une espèce différente. Un protecteur est choisi pour représenter sa région, son espèce et protéger le pays tout entier. Six des huit régions possèdent le droit, d’après le conseil Magique, d’élire un haut magicien afin qu’il fasse partie des Enèdjär, les défenseurs de la paix. Le choix n’est jamais simple et les candidats doivent subir de nombreuses épreuves afin d’entrer dans le groupe. Une fois …
- Quelles épreuves ?
- Chut ! lui intima Syr. Je te le raconterai quand le moment sera venu. Je continue. Une fois désigné, le magicien y restait jusqu’à sa mort et n’était pas remplacé immédiatement. Chris et Khor, les deux hommes, Lidrine, le gradien ainsi que Lhonhas et Dhanine, les deux elfes, se sont montrés assez dignes et puissants pour défendre notre royaume. Ce sont nos cinq hauts magiciens depuis maintenant un an et nous leur devons le respect le plus complet. Le sixième membre n’a pas encore été désigné mais nous savons tous que cette place est maudite : chaque candidat victorieux pour ce poste se fait tuer de façon mystérieuse et plutôt sanglante. Paix à leurs âmes ! A l’heure où je vous parle, le conseil a donc décidé de s’en tenir à cinq Enèdjär. Je suis prêt à parier que le futur sixième sera une femme, ce qui révolutionnerait leur confrérie. Mais y survivrait-elle assez longtemps ? Il faut en effet rappeler que…
- Une femme peut tout aussi bien protéger le royaume, s’était énervé Via. Je ferai partie des Enèdjär plus tard et je sauverai le monde !

Syr avait beaucoup ri et avait taquiné la petite fille jusqu’à l’heure du repas du soir.


**

Via sourit : ces moments d’inconscience lui manquaient maintenant qu’elle devait se séparer de son précepteur. Resterait-il son ami, même après la cérémonie qui clôturerait son premier cycle ? « Je l’espère », pensa-t-elle, pénétrant, à la suite des invités, à l’intérieur du palais.



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Jeu 17 Mai - 16:57

« Je ne pensais pas avoir autant de succès parmi les jeunes filles de tous les royaumes de la planète. Chacune a ses raisons pour venir me voir et, après leur avoir prêté une oreille attentive, je les invite à rejoindre mes appartements pour que nous parlions en privée, sans que personne ne puisse nous écouter.

La vie choisie par ces jeunes filles n’est pas une vie facile. Découpées de tout et de tous ceux qu’elles aiment, elles devront faire preuve d’une discipline exemplaire, d’un courage incroyable et d’une forte détermination. Les entraînements sont longs, difficiles, et douloureux. Certaines blessures peuvent s’avérer mortelles, pour les plus faibles, alors que les plus endurcies ne sentiront qu’une simple éraflure. Chaque espèce a ses points forts et doit savoir les utiliser en toutes circonstances et au bon moment.

Le travail de l’esprit est essentiel et doit être réalisé avec une concentration et une force surhumaine. L’esprit doit être le plus solide possible afin de ne pas tomber en pleine bataille, face à l’ennemi. La force de l’esprit, comme je le dis toujours, est l’outil indispensable mais, bien qu’invisible pour l’adversaire, il peut être aisé, pour celui ayant reçu les enseignements adéquats, de le manipuler à sa guise. Vous ne devez tomber sous le joug de personne d’autre que vous-même et cela demande du travail.

Chacune de mes recrues est unique et je fais en sorte que cette unicité multiple soit le point fort de mes guerrières. »


Interview de Sylvia Li, tête de la Trinité Sylvia, recueillie par Yrt Ijn pour la Lettre Identité : ce que nous sommes, année 823

Chapitre 2
Drôles de pensées

Le salon avait été décoré en l’honneur des invités. Quelques tapisseries guerrières avaient en effet été remplacées par des scènes représentant les exploits de quelques hauts magiciens qui s’étaient rendus célèbres il y a des années de cela. Sur de ces peintures, on pouvait admirer Amalia, la magicienne monteuse de dragons, seule femme ayant eu l’honneur d’entrer dans le groupe. Des siècles auparavant, les humains s’étaient alliés aux dragons pour défendre leur territoire et gagner la guerre. Rares étaient les Hommes ayant le privilège de monter sur le dos d’un dragon et de lui parler mentalement. Les dragons apprenaient alors le langage des humains et pouvaient communiquer avec eux, bien que leur vocabulaire fût des plus basiques. Les généraux étaient pourtant satisfaits de pouvoir se faire comprendre par ces bêtes majestueuses qui avaient acceptées de se laisser commander quelques temps. Amalia, pour ses dons multiples mais également pour sa générosité et sa gentillesse, était devenue l’amie d’un des dragons avec qui elle semblait bien mieux s’entendre qu’avec ses pairs.

Via regardait la tapisserie et s’en approcha pour toucher le tissu et s’imprégner de la scène qui, autrefois, la faisait rêver. Elle savait très bien que les dragons avaient disparu et que les Hommes étaient devenus beaucoup trop orgueilleux pour faire de nouveau appel à eux, ou à qui que ce soit d’autre d’ailleurs. A quelques pas de là, un des magiciens, le plus jeune, la fixait depuis quelques instants déjà sans que la jeune fille ne remarquât rien.

- Prenez place, je vous prie, déclara le roi avec enthousiasme. Que le repas commence !

Après un signe aux cuisiniers et aux serviteurs, il s’intéressa à Dhanine, le chef actuel des Enèdjär. Tous deux partirent dans une conversion politique à laquelle Ystar participait de temps à autre, donnant son avis sur telle ou telle arme ou sur tel ou tel trait de caractère du régent dont il était question. Les quatre autres magiciens parlaient peu : ils échangeaient des nouvelles de leur contrée respective et complimentaient la reine pour le choix de la nourriture et des spécialités qui leur rappelaient leur enfance. Loria, quant à elle, fixait de plus en plus intensément le conseiller assis près du roi qui, comme tout bon acteur, faisait semblant d’ignorer sa popularité, se concentrant sur son assiette plus qu’il n’était nécessaire.

Chris observait Via, de temps à autre, curieux et intrigué. La jeune fille se sentait de plus en plus mal à l’aise et quelques gouttes de sueur apparurent sur son front. Quand elle releva la tête, le magicien discutait avec son voisin, riant à quelques unes de ses remarques. La princesse se désintéressa de lui et but une longue gorgée d’eau mais, au moment de reposer le verre, elle eut comme un malaise et sa main lâcha la coupe qui se fracassa sur son assiette. Le bruit avait été atténué par l’arrivée du plat de résistance que les serviteurs étaient en train de poser sur la table. Les magiciens, excepté leur chef, l’observaient tous, ainsi que la reine, d’un regard désapprobateur. Via se mit à trembler et décida de se lever pour prendre l’air. Elle s’excusa timidement et sortit pour s’installer quelques instants sur une chaise de la terrasse, face au jardin, dont une porte y donnait accès depuis le salon. Elle ne savait pas ce qui n’allait pas chez elle et avait honte de ce qu’elle venait de faire. Essayant de se calmer, elle respira lentement et prit le temps de passer à la cuisine pour s’éponger le front avant de revenir à sa place. Avisant son assiette et ayant retrouvé un peu d’appétit, elle croqua quelques tomates en faisant attention à ne pas se faire remarquer une seconde fois.

- … ne fera pas un bon roi, c’est moi qui te le dis !
- Pourtant nous devrons le bénir, tu le sais très bien, Lidrine.
- Oui, à mon grand regret et je suis sur que ….

Via leva la tête, choquée que les magiciens osent parler de son frère alors qu’il se trouvait à quelques pas de là, toujours absorbé par la conversion avec le roi et le haut magicien, Dhanine. Lidrine ne parlait pourtant pas et buvait son verre, plein d’un liquide vert clair qu’il semblait apprécier.

- Regarde-le ! Il est vraiment ….

Via ne comprenait plus rien à ce qu’il se passait. Entendait-elle des voix ? Rêvait-elle ? Bien qu’elle l’entendît critiquer son frère, les lèvres de Lidrine ne bougeaient pas et personne, à part elle, n’avait, apparemment, entendu cette petite conversion. Se croyant devenir folle, elle se prit la tête dans ses mains, lasse de cette journée. Ce fut alors qu’elle comprit.

Les hauts magiciens pouvaient communiquer entre eux par transmission de pensées. Personne d’autres ne pouvait cependant les entendre parler. L’amulette d’Alaha, petit objet magique incrusté sur leur front, permettait ces dialogues d’esprit à esprit. Elle était en forme de losange et prenait la couleur de l’esprit de son porteur. A peine visible sur le haut de leur crâne, on pouvait pourtant la voir quand il y avait de la lumière car l’amulette reflétait les rayons lumineux.

L’amulette de Dhanine était bleue, pour sa sagesse et son grand pouvoir ; verte pour Khor, de par sa communion parfaite avec la nature et les animaux ; rouge pour Lidrine car il excellait dans l’art du combat mais aussi parce que sa rage de vaincre était sans limite ; jaune pour Lhonhas, le plus jeune ainsi que le plus ambitieux de tous et, enfin, blanche pour Chris car il était le plus âgé du groupe et le plus expérimenté.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 18 Mai - 13:55

Ainsi, elle les entendait penser, ce qui était tout bonnement impossible. Quelque chose clochait et cela venait d’elle. La jeune fille pouvait les entendre dans sa tête et une migraine inhabituelle commençait à lui faire atrocement mal. Inquiète, elle entortillait ses cheveux avec empressement et avait perdu son appétit. Consciente de son état et ne voulant alarmer personne, elle résista à l’envie de déguerpir et soupira longuement quand la fin du dîner approcha. Loria était partie discrètement, suivie de près par le conseiller du roi tandis que celui-ci, accompagné de Lidrine, Dhanine, Lhonhas et Ystar, se dirigeait vers une petite pièce, près de la terrasse afin de continuer leur conversion tout en fumant une herbe de la région. Via parvint à s’échapper de l’autre côté, rejoignant ainsi la bibliothèque du rez-de-chaussée où elle s’assit avec hâte sur un fauteuil devant la cheminée. Sa tête la faisait encore souffrir et bien qu’elle puisse encore les entendre penser, elle ne comprenait plus leurs paroles tant tout était confus.

La pièce était obscure : le temps avait changé et de gros nuages gris parcouraient le ciel en ce milieu d’après midi. Chris vint également s’assoir dans la bibliothèque et se posa tout près de la jeune fille. Il l’avait observée durant le repas et voulait s’excuser pour son attitude des plus désobligeantes. Il s’arrêta devant elle, s’apprêtant à parler quand il remarqua la sueur et l’inquiétude sur les traits de la princesse. Oubliant ce pour quoi il était venu, il prit un air soucieux et fronça les sourcils.

- Qu’avez-vous princesse ? lui demanda-t-il.

Via sursauta, ne l’ayant pas vu arriver et le regarda un moment. A son grand regret, des pensées claires, qui n’étaient pas les siennes, lui parvinrent : « Se pourrait-il que ce soit elle, celle dont parlent les manuscrits anciens ? ». Cette voix dans sa tête était celle de Chris. La jeune fille ne comprenait aucune des pensées du magicien et nageait en plein cauchemar, perdue. Son esprit, comme en plein délire, ne cessait de se questionner : « Quels manuscrits anciens ? Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait ? ».

- Je vais bien, merci, parvint-elle pourtant à dire, le cerveau en ébullition prêt à exploser.

Heureusement qu’il ne pouvait pas entendre ses pensées comme elle entendait les siennes. Il l’aurait prise pour une folle, à coup sûr ! Bien qu’allant mal, elle ne voulait pas déranger cet homme et s’en voulait. A bout de forces, ses cheveux collés sur son front, la jeune fille essaya de se lever, sans succès. Chris la rattrapa en pleine chute, peinant sous l’effort, et l’installa confortablement sur le fauteuil de sorte qu’il puisse l’examiner de plus près.

- Laisse-moi au moins te soulager, fit-il en s’approchant d’elle, un sourire amical aux lèvres.

Via s’entendit refuser bien que son état empirât. Sa vision devint trouble et ses bras tremblaient toujours. Sa tête devint lourde et elle ne sut plus très bien si ce qu’elle entendait étaient ses pensées ou celles du magicien tant tout était flou. Chris, soucieux, se mit à genoux devant le fauteuil et prit les doigts de la jeune fille dans les siens. Comme ses camarades, il portait une tenue vestimentaire très simple, agrémentée de carrés colorés et d’une petite sacoche en cuir accrochée à sa ceinture. Dans celle-ci, il récupéra une compresse qu’il mouilla grâce à sa magie. Il disposa ce tissu frais sur le visage de Via et se releva afin de poser sa main droite sur le front de la princesse. Chris ferma les yeux et se concentra, essayant de détecter ce qui lui faisait du mal. Après un cours instant dans cette position, le cœur de la jeune fille se mit à battre normalement et son visage perdit de sa rougeur. Chris récupéra sa compresse et s’éloigna, plutôt satisfait de ce qu’il venait de faire. Il n’était pourtant pas très sur de ce qu’il avait vu. Cet état étrange était-il la manifestation d’une menace, l’éveil d’un grand pouvoir ou simplement un état de fatigue extrême ? Il n’aurait su le dire et ses camarades, aussi dubitatifs, se posaient les mêmes questions.

**

Au milieu d’une immense forêt, une jeune femme courait comme si sa vie en dépendait. Ce qui était d’ailleurs le cas. Sa longue capuche sombre ne couvrait plus son visage mais semblait voler derrière elle, au-dessus de ses épaules. Sa tenue ne lui permettait pas de courir convenablement mais elle faisait le maximum, déterminée. Sa chevelure bleue flottait autour de son beau visage crispé par la peur. A bout de force elle s’arrêta pour reprendre son souffle. La jeune femme s’adossa sur le tronc d’un arbre pendant quelques secondes qui lui parurent des heures. Soudain elle appela :

- Ama !

Au départ rien ne se produisit mais après quelques instants, un bruit se fit entendre au-dessus de la cime des arbres. Un vent violent s’abattit sur elle mais elle souriait. Ce fut alors qu’un dragon, plus précisément une dragonne, parut devant elle et atterrit en faisant se soulever quelques feuilles éparpillées sur le sol. Cette dernière n’était pas très grande pour son espèce mais dépassait la jeune femme de presque un mètre. Après que ses ailes se soient stabilisées, la jeune femme monta sur le dos du dragon où une selle était dressée à cet effet.
- Où veux-tu aller ? Où que l’on aille, ils nous retrouveront ! s’exclama la dragonne de sa voix mélodieuse où une pointe de frayeur se faisait percevoir.
- Fais-moi confiance ! Sors du pays, nous improviserons par la suite ! lui répondit sa Dravalle (personne attachée à un dragon) d’une voix qui se voulait dure mais protectrice.

La dragonne obéit immédiatement et s’éleva dans les airs de toute sa puissance. Ses ailes effleurèrent à peine les branches et le feuillage des arbres. Une fois au-dessus de la forêt, elle fit un tour sur elle-même pour savoir dans quelle direction se diriger. Après une courte réflexion, elle prit à droite et accéléra ses battements d’ailes, faisant paniquer quelque peu la jeune femme installée sur son dos. Tout semblait aller pour le mieux, pour l’instant. Le ciel était vide, à part quelques oiseaux qui s’écartaient sur leur passage. Mais le soulagement ne dura qu’un temps. Plus haut dans le ciel, une tempête se préparait. Les nuages s’agitaient fortement et le vent commençait à se faire de plus en plus fort.

- Ils veulent nous piéger ! s’écria la jeune femme désespérée, s’accrochant de toutes ses forces à sa monture pour y trouver du réconfort.

Comme pour répondre à sa protectrice, Ama agita ses ailes de plus belle mais la tempête semblait couvrir le firmament tout entier. Où qu’elles aillent, elles seraient prises par cet ouragan. Les bourrasques étaient vraiment violentes et empêchaient même l’avancement de la dragonne. La jeune femme n’avait même plus le courage de se tenir à la selle ou au cou d’Ama pour se maintenir sur son dos. Mais il ne fallait pas qu’elle tombe, surtout pas. Après quelques minutes passées ainsi, le vent redoubla de puissance et de la pluie se mit à tomber par cascade, aveuglant Ama. La jeune femme n’en pouvait plus de ce temps monstrueux et décida d’utiliser un de ses sorts de protection. Elle cria un « Esthärté » qui se perdit dans les tourmentes du vent. Ce sort avait été prononcé en Elfique, une ancienne langue que tout le monde parlait autrefois mais qui avait été remplacée par le Linarien, la langue du pays où elle vivait.

Autour d’elles, un halot bleu apparut. A l’intérieur de celui-ci, le vent ne pouvait entrer et il empêchait également la pluie de s’y glisser. Son sort avait fonctionné ! Ama recouvra une vue parfaite et continua à voler comme si rien ne pouvait l’atteindre. Pour lancer un sortilège, aucune force n’était nécessaire mais pour le maintenir longtemps, il fallait avoir de l’énergie en réserve, ce que n’avait pas la jeune femme. Sur le dos de la dragonne, elle souffrait énormément. Ses forces disparaissaient doucement. Ama le ressentait et se demanda si elle devait continuer ou atterrir immédiatement. Elle savait qu’un sort n’avait jamais tué personne mais sa Dravalle semblait aux portes de la mort. Soudain, la jeune femme lâcha prise et se mit à tomber vers le sol.

Ama se précipita pour la sauver mais le vent et la pluie l’en empêchèrent. De rage, elle inspira fortement et laissa échapper une longue flamme de feu qui toucha les arbres au-dessous elle. Le début d’incendie cessa immédiatement, atténué par la pluie. La dragonne ne savait plus quoi faire. Abattue, elle arrêta de battre des ailes et se laissa tomber comme sa protectrice.

- Regardez ! s’exclama un homme qui pontait son doigt en direction du haut des arbres où une petite masse informe semblait tomber droit sur eux.

Quatre autres personnes se retournèrent pour regarder la silhouette sombre qui se rapprochait dangereusement du sol. Le chef du petit groupe ordonna à tous de s’écarter afin de le laisser passer. Après quelques secondes d’attente, une jeune femme tomba d’une des branches d’un arbre pour s’aplatir sur le sol juste aux pieds du dirigeant. Ce dernier sourit en regardant ce corps éteint et si faible. Autour de lui, les autres personnes se rapprochaient pour pouvoir voir ce qui avait tout l’air d’un cadavre.

- Espèces d’idiots ! s’écria l’homme. Ne vous déconcentrez pas et continuez votre magie ! Il ne faut pas que sa dragonne s’en aille !

Justement, ce fut à ce moment là qu’Ama décida de faire son apparition. Un bruit de branches cassées et de chutes fit tressaillir le commandant. A quelques mètres de lui, une petite dragonne tomba sur ses quatre pattes. Elle saignait à plusieurs endroits mais semblait encore assez en forme pour se battre et sauver la jeune femme évanouie.

- Tuez-la ! ordonna l’homme.

Les cinq autres personnes présentes s’approchèrent de leur victime. Celle-ci se mit à cracher du feu mais son souffle ne s’étendait même pas sur plus d’un mètre tant elle était épuisée. Ama prit peur et tenta de s’échapper dans les bois mais un éclair rouge l’atteignit en plein cœur, la tuant sur le coup. L’homme gradé rit de plus belle et ordonna à ses sbires de transporter la jeune femme et de l’amener au palais.


Via se réveilla, hurlant, transpirant et gigotant dans ses draps. La jeune fille se redressa et, nauséeuse, s’effondra près de son lit, plongeant dans un sommeil sans rêve.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Dim 27 Mai - 21:32

Quand elle se réveilla, encore mal en point, le noir complet qu’elle avait ressenti était encore présent. La journée, déjà bien entamée, ne lui disait pas grand-chose. Elle ne pouvait pourtant rester au lit, ses devoirs en tant que princesse le lui empêchant. La cérémonie était, de plus, prévue pour demain et les magiciens étaient toujours invités. Ne tombant que très rarement malade, sa famille ne l’aurait pas crue, prétextant une de ses sautes d’humeur ou une de ses « crises de solitude », comme Helena aimait à le dire. Lasse de ces disputes inutiles, elle se leva et essaya de commencer sa journée du bon pied. Reprenant son calme, malgré sa fatigue et ses maux de tête persistants, Via se prépara et se hâta, ayant remarqué que le Soleil avait déjà atteint une de ses positions clé, indiquant que l’heure du repas du midi approchait à grands pas, alors que sa compagne, l’étoile Rouge, était encore basse sur l’horizon, illuminant les maisons de son rouge flamboyant.

Le château, aidé notamment par tous les serviteurs, se transformait doucement pour rappeler que le lendemain aurait lieu, ici même, un évènement des plus importants. Les chambres d’hôtes étaient presque toutes prêtes, certains régents ne pouvant retourner chez eux le soir venu, après la cérémonie. On préparait également des estrades dans la cour car le peuple avait droit d’assister à la cérémonie. Cependant, de là où la majorité se trouverait, parce que les choses étaient pensées ainsi, le héro du jour leur paraîtrait tel un point perdu dans le lointain. Il fallait en effet contribuer financièrement pour avoir une place des plus convenables ou simplement être une personnalité de marque pour avoir un siège réservé à l’endroit adéquat. « Le roi ne se fait pas élire par le peuple après tout », pensa Via, « Alors pourquoi se dérangerait-il à les considérer comme autre chose que du bétail ? ». Cette fois-ci, elle comptait bien permettre à des familles d’assister à la cérémonie en leur donnant un papier rédigé par son père, ou du moins qui porterait sa signature. Depuis qu’elle savait écrire, elle s’amusait à recopier l’écriture de son père et, plus jeune, avec son frère, cela lui avait permis de jouer avec des enfants avec lesquels elle n’aurait pas du. Se rappelant cette époque et les traits insouciants d’Ystar, alors aussi immature qu’elle, une vague de tristesse l’envahit. Les choses avaient bien changé et Ystar était devenu quelqu’un d’autre qu’elle ne reconnaissait plus.

- Bonjour Via.

Helena et trois magiciens conversaient dans la cuisine en attendant que tout le monde arrivât. Dhanine, à l’amulette bleue, avait vu arriver la jeune fille et l’avait saluée. Les trois hommes avaient retiré leurs capes et avaient opté pour des vêtements amples et agréables, en soi, dont les couleurs et les motifs se mariaient joliment. Via salua l’assistance à son tour avant de s’approcher. La reine tourna la tête, comme agacée d’avoir eu à s’interrompre. Sa belle-fille ne lut pourtant pas de colère dans ses yeux quand son beau visage lui fit face, indescriptible.

- Quelle mine affreuse !
- Je .. oui, je sais, c’est parce que j’ai mal dormi, tenta de se justifier Via, mal à l’aise, regardant tour à tour les personnes présentes et entortillant ses cheveux.

Interloquée, Helena regarda sa belle-fille avec de gros yeux. Les trois magiciens, également surpris, se levèrent dans un même mouvement et fixèrent Via comme si celle-ci avait sorti la plus grosse des obscénités. La jeune fille ne comprit rien à cette scène et recula instinctivement, effrayée par le regard des magiciens.

- Qu’est-ce qu’elle vient de dire ? s’interrogea Lidrine.
- Elle l’a entendu, j’en suis sur ! s’exclama l’elfe, d’un ton où perçait l’excitation.
- Qui ça ?
- Mais elle ! Ne comprends-tu donc jamais rien ? répliqua Chris, las de devoir toujours s’expliquer quand la réponse était des plus évidentes. Après ce qui s’était passé hier, le magicien avait eu tout le temps pour réfléchir. Il en était arrivé à la conclusion que cette jeune fille possédait des dons particuliers.

Aucune parole n’avait pourtant été prononcée à voix haute, les magiciens avaient eu recours à leur communication par la pensée. Depuis que Dhanine avait salué Via, personne n’avait ouvert la bouche, pas même la reine. Ils avaient cependant tous entendu la jeune fille se justifier, comme si quelqu’un lui avait reproché son état. Ce qui devait être le cas.

La princesse, immobile à quelques pas d’eux, semblait batailler pour rester consciente. Ses yeux s’étaient dilatés, son front luisant de transpiration et ses bras tremblant sous l’effort. C’était un miracle si elle pouvait encore rester debout. D’ailleurs, elle n’arrivait plus à réfléchir, de nombreuses paroles défilant dans sa tête comme une tornade sur laquelle elle n’avait aucun contrôle. A bout de force, elle s’évanouit à nouveau, vite soutenue par Chris qui, inquiet, l’avait déposée sur une chaise et commençait à l’examiner. Des serviteurs avaient accouru afin de soutenir la jeune princesse.

Furieuse qu’on ne lui prêtât plus d’attention, la reine se leva et partit, prétextant devoir aller chercher son mari pour l’avertir de l’état de Via. Sa belle-fille devait encore faire une de ses scènes, bien que son talent d’actrice l’étonnât beaucoup. Via, entourée par une dizaine de silhouettes, nageait en pleine confusion. Parlaient-ils de vive voix ou entendait-elle leurs pensées ? Elle n’aurait su le dire. Elle comprit cependant de quoi ils discouraient mais ne pouvait intervenir.

- Il faut lui apprendre à filtrer ses pensées, dit Lidrine comme se parlant à lui-même.
- Je lui apprendrai, déclara Chris qui s’acharnait à faire descendre la fièvre à l’aide de compresses et de magie.
- C’est la première humaine que je vois posséder ce don. Un elfe sur cent possède également ce genre de caractéristiques, déclara Dhanine, un début de sourire sur les lèvres. Cependant, n’arrivant pas à maîtriser cette capacité, même après des années d’apprentissage dans nos rangs, beaucoup deviennent fous ou se tuent.

Les deux autres magiciens lui jetèrent un regard noir. La jeune fille pouvait les entendre et ce genre de déclaration n’était pas très encourageant. L’elfe s’excusa, n’ayant pas réfléchi à ce qu’il disait et, avec l’aide de ses camarades, parvint à rétablir la jeune fille. C’était lors de ces moments-là que Chris se demandait pourquoi son collègue avait été choisi comme leur dirigeant à sa place. Il était, en effet, le plus expérimenté et le plus sage des hauts magiciens.

Pour l’instant, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle soit capable de le faire seule, un sortilège la protégerait des pensées d’autrui. La jeune fille devait d’abord se reposer avant toute chose et, tel un médecin soucieux de l’état de son patient, Chris resta près de Via, assis dans un fauteuil face à elle dans la bibliothèque. Dès qu’elle serait en état, il lui apprendrait tout ce qu’il sait et espérait que, contrairement à ce que disait son collègue, Via survivrait assez longtemps pour maîtriser sa nouvelle capacité. Il n’en doutait pas beaucoup, connaissant les cas dont avait parlé Dhanine. Ces jeunes gens désiraient se servir de leur don à outrance et pour des fins non appropriées. Il les soupçonnait également de ne pas avoir suivi ses conseils qui préconisaient un entraînement quotidien sur plusieurs mois. C’était à croire que la patience ne faisait plus partie des vertus des habitants de cette planète.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Lun 28 Mai - 22:32

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Dans la noirceur de l’univers de Rédos, une nouvelle forme sphérique apparut. Cette planète, si énorme, serait-elle une illusion ? Jamais si grosse taille n’avait été vue auparavant et cela fit peur au peuple des Imagés, peuple à la fois réel et irréel, beau et majestueux, protecteur et destructeur. Des Dieux, des Déesses, et autres formes abstraites et invisibles composaient cette population aux allures toutes aussi mystérieuses que fantastiques. Les femmes y étaient plus présentes que les hommes, qui se soumettaient à elles, plus par obligation que par vertu. Lylia, Dalya et Kalya constituaient l’élite, le groupe le plus intelligent mais aussi le plus sournois. Chacune avait des idées et des ambitions démesurées, ce qui ne plaisait pas au reste du peuple. Gouverner et diriger étaient leurs seuls mots d’ordre ! Peu à peu, elles finirent par s’isoler pour échafauder un plan ingénieux.

Cette nouvelle planète, nommée Lyadelnos, qui venait d’apparaître dans le système solaire de Luria, serait leur terrain de jeu. Après l’avoir séparée en trois parties équivalentes, chacune pourrait y vivre et commander selon ses désirs. Mais les trois femmes ne voulaient plus cohabiter avec leurs pairs qui se moquaient d’elles et les rabaissaient sans cesse. Elles décidèrent alors de s’unir pour créer de nouvelles espèces. Cette étape de la création de nombreuses races d’humains, d’elfes, de gradiens, d’ildiens, ou que sais-je encore, reste une étape inconnue de tous et personne ne sait comment cela s’est réalisé. Une fois ces humanoïdes créés, ils évoluèrent sur leur nouvelle Terre et le peuple Imagé regardait cette évolution d’un œil attentif et curieux. Durant des milliers d’années, les trois femmes observaient ces petits êtres tout en les influençant dans leurs choix par la voie des esprits. La planète était alors divisée en trois grands pays : Ultime, Arcaria et Terrana. Les Imagés supportaient de plus en plus mal la domination des déesses et leurs jeux pervers. Ils décidèrent de les faire disparaître !

Dans un peuple autrefois uni, des oppositions se créèrent et la Guerre Imaginaire commença. Lylia, Dalya et Kalya se retrouvèrent seules contre tous les autres ! Mais le trio ne se laissa pas vaincre si facilement. Leur magie réunie surpassait celle du peuple Imagé qui finit par disparaître petit à petit. Ces derniers se mouraient. Le retournement de situation les avait surpris. L’univers devint soudain agité, et s’emplit peu à peu de fumées bleues, rouges, jaunes ou vertes qui volaient dans tous les sens. Le peuple Imagé était l’esprit, la vie de l’univers de Rédos, que cette guerre avait inexorablement détruit. Mais seulement quelques secondes plus tard, son noir habituel refit surface et Dalya, Lilya et Kalya restèrent les seules rescapées de cet effroyable combat. Il ne resta alors plus de planète propice à la vie dans le système solaire de Luria, Lyadelnos devenant hostile de par la disparition des Imagés et de leurs sources d’énergie. Des volcans crachèrent leur flamme et fumée quand des nuages de cendre s’abattaient sur les populations. Des secousses sismiques secouèrent tous les pays, détruisant de nombreuses habitations et de grandes inondations submergèrent tout sur leur passage.

Quelques années plus tard, une chose inattendue se produisit. Un énorme astéroïde, long de plusieurs kilomètres, s’approcha de plus en plus de la planète. Les femmes mirent leurs pouvoirs en commun pour essayer de l’arrêter mais, comme si un être supérieur voulait les punir, leur magie s’avéra inefficace. L’astéroïde, appelé plus tard Ragnarök, ébranla la planète et la détruisit de toute part. Par le plus grand des hasards, les poussières provenant de l’explosion se réunirent et finirent par former trois planètes. Après une brève concertation, les trois femmes décidèrent de se partager ce nouvel univers. Chacun prit une planète sous sa domination et recréa la vie dont elle rêvait. Ce fut ainsi que chaque planète du système solaire de Luria fut sous la domination de sa déesse créatrice et protectrice. Lilya dirigeait Arcaria, Dalya gérait Ultime et Kalya gouvernait Terrana.


Chapitre 1 – Partie 2 : Introduction à la vie, de Pourquoi le monde par Irani Destia, historien grède, 400

- Ce passage est plutôt mal écrit, ne crois-tu pas ? Il faut dire que de cette époque, aucun véritable récit ne nous est parvenu. Je me demande comment cet Irani a pu écrire ce livre. Cela m’échappe toujours mais je ne me lasse jamais de le lire. Et de le critiquer, bien entendu.

Lemy, comme à son habitude, parlait surtout pour elle seule, n’écoutant pas souvent les avis des autres quand son esprit était préoccupé. Depuis que son père lui avait donné ce livre, de nombreuses questions avaient germé dans son esprit et elle passait souvent ses nuits à réfléchir, en vain.

- J’ai bien aimé le passage de la guerre Imaginaire je dois dire ! Même s’il l’a inventée, cet Irani avait au moins une imagination hors du commun, répondit Lildrille, en faisant onduler ses longs cheveux noirs sur ses épaules d’un geste ample de la main.
- Tu es comme tous les mâles : sans-cœur et meurtrier ! Si je lis ce livre ce n’est pas pour entendre tes commentaires inutiles ! s’énerva sa sœur Lemy en haussant le ton.

Son frère la regarda, exaspéré. Sa sœur était une elfe aux mœurs les plus rudes et il ne l’aimait guère pour cela. Son aversion pour ce qui était étranger à la gente féminine commençait par lui taper sur le système. Leur mère était très malade et Lemy accusait leur père de cet état, criant sur tous les toits qu’il avait été irresponsable durant de longues années. Lildrille avait refusé d’entrer dans ce débat sachant qu’il l’aurait perdu à coup sur. La maladie de leur mère était certes rare mais cela ne voulait pas dire que tous les maux de cette famille devait retomber sur son père et lui.

Tous deux étaient assis dans le salon du palais elfique et essayaient de se détendre avant le retour de leur père, parti régler les derniers détails avant leur départ pour la cérémonie de demain. La pièce était assez spacieuse et les murs étaient recouverts d’immenses tapisseries représentant des scènes de la vie quotidienne des elfes. Sur certaines, on pouvait voir des enfants jouer à cache-cache ou d’autres tirer à l’arc. La particularité de ces tableaux était leurs couleurs. Cette alternance de noir et de gris se changeait en bleu accompagné de rouge quand la nuit tombait. Ce tissu, appelé Changeur, était une spécialité que les elfes aimaient et utilisaient régulièrement.

Lildrille, prince elfe, regardait une de ces images, le regard vide, comme s’il ne la voyait pas vraiment. Ses pensées dérivaient bien au delà de ces petites scènes d’enfants. Sa cape noire, qu’il portait constamment, recouvrait tout son corps, faisant ressortir ses beaux yeux verts virant au bleu quand le temps se réchauffait. Son visage était dur et froid. La tristesse se lisait sur ses traits.

- Je n’aime décidément pas ta tenue Lil’ ! Ce noir, toujours cette cape noire ! Nous ne sommes pas en guerre et personne de notre entourage n’est mort. Ce n’est pas un temps pour déprimer et pour porter du noir. Mère te l’a déjà dit.

Lemy, plus jeune que son frère, était déjà bien plus autoritaire que son aîné et ne supportait nullement que l’on ne l’écoutât pas. Contrairement aux jeunes filles de son âge, elle ne portait pas de robe mais un pantalon vert en velours qui soulignait bien ses formes qu’elle avait gracieuses de par la pratique de multiples activités sportives. Son haut vert était tout de dentelle, et ce vert était si clair qu’il en paraissait presque transparent. Ses manches lui arrivaient aux coudes pour ensuite se transformer en une sorte de voile qui traînait presque sur le sol. Ses bottes noires la grandissaient et la faisaient paraître telle une princesse, ce qu’elle était, de surcroît.

- Je n’ai d’ordre à recevoir de personne et surtout pas de toi, que tu le veuilles ou non. Tu sais très bien pourquoi je suis ainsi, n’est-ce pas ? répliqua-t-il, la regardant droit dans les yeux.

Pendant quelques minutes, le silence s’installa dans la pièce. Tous deux se fixaient intensément et leurs regards paraissaient meurtriers. Lemy finit par fermer les paupières et lâcha un soupir.

- Excuse-moi, je n’ai pas pu résister.

La jeune fille avait la capacité et le don de pouvoir lire dans les pensées des autres. Dès sa naissance, cette aptitude lui avait beaucoup servi et l’amusait. Elle ne l’utilisait pas toujours, ne voulant pas procéder comme une espionne. Cependant, quand l’envie s’avérait irrésistible, elle ne pouvait pas s’empêcher de commettre l’irréparable. C’était une des rares personnes à avoir su maîtriser ce don et à en avoir fait une arme impitoyable. Beaucoup d’autres elfes en étaient morts.

- Qu’as tu vu ? demanda Lildrille, sachant ne rien pouvoir cacher à sa sœur. Dès qu’il en aurait le temps, il se promit d’apprendre à dissimuler ses pensées, comme ses parents avaient appris à le faire avant qu’ils ne naissent.
- Je l’ai vu elle ! Elle obnubile tes pensées. Elle te plaît beaucoup, apparemment, cette petite humaine, fit Lemy d’un ton moqueur et dédaigneux.

Lildrille ne sut quoi dire. Il était assis dans un fauteuil qui se trouvait en face de celui de sa sœur et, derrière lui, des étagères remplies de livres s’étendaient à perte de vue. Il baissa les yeux et soupira doucement. Via lui plaisait et, à chacune de ses visites, il essayait d’être le plus jovial et amical possible, espérant lui avoir fait bonne impression sans l’offusquer.

Il appréciait Via et désirait passer plus de temps avec elle, mais sa présence à ses côtés ne pouvait que lui causer des problèmes. Les elfes et les hommes ne pouvaient pas entretenir de relations amoureuses sérieuses. De telles unions donnaient naissance à de nombreux problèmes d’ordre religieux et il savait que sa famille, comme celle de Via, étaient très pratiquantes. Ces faux principes l’énervaient de plus en plus au fil des jours et son envie de déguerpir de ce royaume, gouverné par des absurdités, grandissait chaque minute davantage.

- Laria est derrière tout ça. Tiens, je l’ai lu il n’y a pas très longtemps dans le livre d’Irani, attends ! s’exclama Lemy avant de se plonger dans son roman.

La faculté de sa sœur n’étonnait même plus son frère qui s’y était habitué. Tout ce qu’il pensait, elle le savait et, même ce qu’il allait faire, elle s’en doutait toujours. Même si Lemy ne comprenait pas son frère, elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Elle feuilletait les pages de l’œuvre de l’historien à la recherche du bon chapitre devant un Lildrille fatigué qui se contentait d’observer, impuissant. Cette Laria, déesse humaine, l’irritait, aussi bien que les propres dieux de son peuple. Cette hypocrisie ambiante ne lui allait plus, surtout depuis que sa mère était tombée malade. Ils n’avaient même pas pu faire appel aux meilleurs guérisseurs du royaume, ceux-ci s’avérant être des humains de la guilde des guérisseurs. Le jeune homme soupçonnait que toute cette mascarade ne soit plutôt d’ordre politique et que l’énorme égo des elfes soit en faute. Les haines inter-espèces devaient cesser, au plus vite.

Avant que Lemy ne prenne la parole, les deux jeunes gens entendirent les craquements du bois de leur grand escalier. Deux elfes descendaient les marches. Leur mine était lugubre et ils avançaient lentement. Ils portaient des tissus mouillés et rouges et une bassine dont un liquide à l’odeur inconnue tanguait gaiement sous leurs pas. Ils portaient la tenue traditionnelle des guérisseurs et revenaient d’une entrevue avec la reine, alitée à l’étage. Ils saluèrent Lemy et Lildrille et se dirigèrent vers la cuisine afin de nettoyer ce qu’ils avaient rapporté. La princesse avait baissé la tête à la vue des guérisseurs et de leur charge immonde, et regardait les pages du livre d’un air détaché, comme si elle ne voyait pas ce qui y était écrit. Après quelques minutes, les guérisseurs sortirent du château, sans un bruit, laissant les jeunes gens dans un silence pesant et triste. Lildrille observait sa sœur. Celle-ci semblait toujours pensive et paraissait malheureuse. Il l’était tout autant qu’elle et déplorait les souffrances de sa mère, ne sachant pas quoi faire pour l’aider.

- Ah, voilà ce que je cherchais, s’exclama soudain Lemy qui avait repris un peu de sa contenance habituelle. Dès son arrivée en Linaria, Laria fut choquée de voir tant d’espèces différentes vivre ainsi en communauté. Sur Planète Ultime, elle ne fréquentait que des humains, et les oreilles pointues des uns, ou les cheveux dorés des autres, lui firent peur. Ses parents, tous deux d’accord avec elle, lui suggérèrent d’aller voir le Régent de ce drôle de pays et de lui demander ce qu’il se passait ici. Durant ses escales très courtes en Adroua ou en Mélog, la jeune fille n’était pas restée assez longtemps pour voir que partout sur cette planète, les espèces savaient s’aimer et se respecter. Son ignorance et son égoïsme changea la face de Linaria pour toujours. Le Régent, du nom de Lucarius, les accueillit avec surprise. Il n’avait jamais vu de personnes d’une autre planète du système solaire que la sienne. Il répondit à leurs questions avec honnêteté et leur dit que les elfes, les humains, les ildiens et les gradiens vivaient en paix et que s’ils le désiraient ils pourraient dormir au sein de son palais le temps qu’ils trouvent où habiter définitivement. La vie de princesse manquait à Laria qui accepta cette offre avec plaisir. Le palais, appelé Vatés par hommage à son créateur, était immense et s’étendait jusqu’aux lacs Sycarius et Valistère qui constituaient la frontière naturelle avec la régence de Délia. La jeune fille prit le temps de visiter chaque pièce du magnifique château et passa ses nuits dans la grande bibliothèque régentiale. Ce qu’elle lut la troubla beaucoup. Les aventures fantastiques des derniers Erigeurs, ces dravals aux talents incroyables ; les inventions ahurissantes du professeur Zélikiel, cet homme qui créa les changeurs, pas ce tissu elfique mais bien ces personnes aux drôles de capacités ; les exploits d’un des Dieus elfe Lorane et ses guerriers impitoyables, ou encore les fabuleux pouvoirs d’Analoriel, une Anima issue de l’école des arts Bellari, furent des récits qui l’impressionnèrent énormément. Ses parents ne la voyaient plus, leur fille ne faisant que lire à longueur de journée. Les histoires de ces héros, de ces hommes, de ces elfes, de ces légendes, lui faisaient envie. Elle désirait tant être comme eux, être aussi courageuse, combattante et adorée que ces figures illustres. Laria voulait faire partie de l’histoire de ce pays, de ce monde, de cet univers. Pour cela, plusieurs plans lui vinrent à l’esprit, tous aussi grandioses les uns que les autres. Le plus diabolique était celui concernant la suprématie des hommes. Laria désirait que les autres espèces disparaissent afin de permettre l’hégémonie parfaite des humains, peuple qu’elle jugeait supérieur depuis sa plus tendre enfance. Mais elle savait très bien que ses idées ne conviendraient à personne sur ce monde. Les espèces vivaient si bien en communauté que son plan serait voué à l’échec. Pourquoi, me demanderez-vous, Laria pensait que cette idée allait la projeter au devant de la scène et la rendre aussi célèbre que les légendes passées ? Cela reste encore un mystère pour nombre de personnes. Les humains n’étaient pas aussi talentueux que les autres espèces qui étaient plus puissantes de par leurs nombreux pouvoirs détenus des dieux. Sur Ultime, Laria avait appris une multitude de sortilèges, de techniques magiques et autres formes plus noires, qui lui permettaient de faire tout ce qu’elle désirait. Une fois les hommes éduqués et aptes à se servir de l’essence de la magie, elle les incita à utiliser leurs dons. Des couples formés par deux espèces différentes furent alors étrangement touchés par de funestes nouvelles. La femme ou le mari mourait dans d’abominables souffrances. Laria accusa ainsi ces relations scandaleuses d’être à l’origine de ces morts impromptues. Le nombre de morts humains dépassaient largement celui des autres espèces, ce qui lui permit de critiquer les elfes, les gradiens et les ildiens et d’interdire tous rapports avec eux. De plus, les progénitures nées de ces relations étaient toutes malformées ou mourraient très jeunes. Ces histoires s’envenimèrent avec le temps et ébranlèrent tout le pays. Chaque espèce vivait à présent dans son coin et craignait la venue « d’étrangers ». Le peuple des hommes n’avait jamais été aussi fort que dans ces temps là. De fil en aiguille, Laria devint leur dirigeante et sa gloire dépassa même les frontières du pays.

Chapitre 6 – Partie 1 : Arrivée de Laria en Linaria, de Pourquoi le monde par Irani Destia, historien gradien, 400

Lildrille lui fit un geste de la main. Il en avait assez entendu et son humeur était passée de la lassitude à l’exaspération. Son visage avait repris des couleurs. Personne ne croyait Irani Destia, soupçonné d’avoir écrit ce livre sous l’influence de substances illicites. Il était dit que les gradiens étaient simplement jaloux de cette suprématie qui ne les concernait pas et disaient du mal des humains pour se venger des atrocités commises sur leur peuple dans les temps anciens. De plus, il était interdit de commercer ce livre et, dès son arrivée aux portes des villes humaines, ce roman était brûlé. Le roi avait justifié cela à son peuple en leur expliquant qu’il ne voulait pas d’une nouvelle guerre avec ses voisins. En ceci il avait raison : certains propos de l’historien auraient offensé les plus susceptibles qui se seraient offusqués avant de demander réparation. Quelques envoyés royaux tentaient d’ailleurs d’éradiquer ce livre bien que son contenu n’ait jamais été prouvé. Seul le livre concernant la vie de Laria avait été jugé vrai et digne, et il ne correspondait en aucun point à ce que venait de lire Lemy. Le simple fait que leur père ait réussi à se procurer cet ouvrage dépassait totalement les deux jeunes gens.

- Ce qu’il raconte semble invraisemblable et je suis sure que …
- Arrête Lemy. Personne ne sait si ces faits sont véritables ou non. Nos religions donnent de nombreuses raisons qui interdisent les relations inter-espèces et je sais que ces relations sont possibles, dit-il avant de reprendre son souffle. J’ai rencontré un couple de ce genre-ci. La femme, bien qu’inadaptée à porter un enfant d’une espèce différente, a réussi à l’élever normalement. J’admets que leur enfant n’était ni elfe ni humain et qu’il semblait différent des autres enfants de son âge mais cela ne justifie en rien les lois actuelles. La naissance de sang-mêlé ne diminue en rien ce que nous sommes. Toi qui as renoncé à tant de bonnes choses par amour pour ton Dieu, tu ne pourras jamais me comprendre de toute manière, lui rétorqua finalement son frère.
- Je n’ai besoin de personne, et encore moins d’un mâle pour me rendre heureuse. Je suis libre et le serai à jamais dans mes choix et ne dépendrai de personne.

Lemy faisait partie d’une Trinité, groupe religieux désirant vivre différemment des autres en sacrifiant toutes sortes de désirs les conduisant sur le mauvais chemin. Constituée seulement de femmes, la Trinité Sylvia était connue pour ses interventions armées en temps de guerre. Le combat était pour elles une sorte de libération leur permettant de se défouler et de purifier leurs pensées.

- Nous ferions mieux de questionner père sur ce livre. Si des gardes le trouvent ici, nous pourrions avoir des problèmes. Il ne doit plus en rester beaucoup d’exemplaires par le monde aujourd’hui.

Lemy regarda son frère et acquiesça à ses propos. Elle ferma l’ouvrage et, lui souriant, disparut dans sa chambre. La rapidité des elfes était bien connue des autres peuples mais cette capacité ne pouvait s’user à loisir, contrairement à ce que les autres pouvaient penser. Lildrille resta seul un instant, savourant le silence qui l’entourait et se plongea dans une intense réflexion qui devait définir les prochaines grandes décisions de sa vie. Sa sœur n’avait rien dit sur ses propos concernant le couple de sang-mêlé. Cela l’avait tout d’abord étonné, connaissant son caractère bien trempé et ses croyances bien encrées. Il avait fini par se dire qu’elle se fichait de ce qu’il pouvait dire. Cela n’aurait pas, après tout, été la première fois. A l’avenir, il éviterait de parler de ce sujet-ci avec sa sœur, aussi bien pour lui que pour ces amis en question qui ne désiraient pas que leur histoire se sache, ce qui était totalement compréhensible vu les lois en vigueur dans ce royaume. Une autre question lui taraudait l’esprit depuis un moment. Il se demandait pourquoi personne ne vénérait les trois déesses créatrices dont Irani avait parlées. Peut-être que, tout simplement, personne ne croyait à ces histoires. Peu convaincu, il décida de laisser ces pensées morbides à plus tard.



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 9 Juin - 15:57

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Via était assise sur une chaise du salon et personne ne l’entourait. La pièce avait repris son rouge habituel et cela ne la perturbait pas. Son esprit était en effet meurtri par les dernières heures et tout ce qu’elle voyait lui paraissait confus. Le soir était tombé vite. Sa notion du temps avait été quelque peu altérée par les derniers évènements. Les chandeliers et bougies de la salle donnaient à la pièce une atmosphère mystique qui lui rappelait le matin où elle avait vu la boîte noire sur la table qui lui faisait face. Elle ne savait toujours pas ce que son frère avait fait de cette boîte et n’en avait parlé à personne. Devait-elle le faire, devait-elle s’en préoccuper ? Encore secouée par ses maux de tête, les images de la boîte sombre s’évaporèrent.

Quatre des magiciens dinaient à l’extérieur, avec le reste de sa famille, précaution prise par Chris, soucieux des maux de tête de la jeune fille. Il était resté afin de lui apprendre à canaliser ses pensées et à mieux les contrôler. Ainsi, elle pourrait enfin savoir quelles pensées étaient les siennes et lesquelles ne l’étaient pas, ces intrusions hostiles ne lui laissant guère de répit. Le silence de la salle lui faisait du bien et améliorait son état qui s’était grandement dégradé après son évanouissement survenu le matin même. Son visage avait repris des couleurs et elle avait réussi à avaler quelques fruits lors du déjeuner ce qui lui avait permis de reprendre des forces. « Chris ne devrait plus tarder à présent », se dit-elle, impatiente de commencer les exercices qu’il lui avait prévus. Quelques minutes plus tard, elle le vit et attendit qu’il s’asseye près d’elle. Plissant les yeux, elle se prépara au déluge de pensées qui l’atteindraient mais rien ne vint. Etonnée, elle leva les yeux et regarda Chris.

- Mes camarades et moi avons décidé d’être plus prudents désormais. Aucune de nos pensées ne vous parviendra plus, lui expliqua-t-il.

A la fois soulagée et déçue, à sa surprise, elle acquiesça, consciente des efforts faits par les magiciens pour la protéger. Chris, amusé, avait perçu ces émotions contradictoires et entreprit d’expliquer à la jeune fille que lire les pensées était un don précieux mais qui pouvait s’avérer dangereux et que la curiosité, même contenue, pouvait détruire et décevoir.

- Nous ne nous étions pas attendus à trouver un télépathe parmi vous, d’où le fait que vous pouviez lire nos pensées car nous ne les avions pas protégées. Nous nous excusons, princesse.

Chris avait une voix douce et paternelle qui réchauffait Via, maintenant complètement détendue et prête à apprendre. Le magicien rapprocha sa chaise et la plaça devant celle de la jeune fille de sorte qu’ils se firent face. Dans la faible lumière des chandeliers placés sur la table, seul le haut de son visage était pleinement éclairé, les rides sous ses yeux et son front apparaissant encore plus clairement aux yeux de la jeune fille. Malgré son âge, elle ne voyait rien en lui qui lui paraissait très âgé. Peut-être que les magiciens de leur niveau avaient le pouvoir de se prémunir contre la vieillesse ?

- Comme vous devez le savoir, seuls les hauts magiciens ont le droit d’enseigner, à ceux le désirant, toute matière ayant un lien avec les pensées. Ce que je vais vous apprendre à présent est appelé « Tunnel » car cette expression représente fidèlement le phénomène que je vais vous montrer.

Il lui prit les mains et ferma les yeux pour mieux se concentrer. Via le fixait, raide sur sa chaise, attendant que quelque chose se produise. Sans qu’elle s’y attende, quelques fragments de pensées finirent par lui parvenir. D’abord doucement, comme une lente caresse, puis des vagues plus violentes l’atteignirent. Elle vit alors plusieurs images du passé du magicien, ses années d’étudiant et perçut sa joie lorsqu’il fut autorisé à participer à la sélection pour devenir un haut magicien. Puis, plus rien ne vint. Ses seules pensées se bousculaient dans sa tête. Les images avaient défilé si vite qu’elle n’était pas sûre de ce qu’elle avait pu voir.

- Vous pouvez toujours choisir ce que vous montrez ou non aux autres, là est toute la subtilité. Vous pouvez aussi arrêter ton flux de pensées quand vous le désirez ou fermer votre esprit à toute intrusion.
- Je veux essayer, dit la jeune fille, de plus en impatiente.

Chris lui sourit et lui demanda de faire comme lui. Ils se reprirent les mains, améliorant ainsi le lien mental, et fermèrent les yeux. « Via, regarde bien ce que je vais te montrer », commença Chris, parlant dans sa tête. Cette présence la rendait toujours aussi mal à l’aise mais ne lui donnait plus aucun maux de tête, ce dont la jeune fille se réjouissait. « Concentrez-vous ! ». La jeune princesse essaya de mettre de côté ses soucis et les fragments d’images que ses rêves lui laissaient de temps à autre. Elle tenta de ne penser qu’au moment présent, chose qu’elle ne parvint totalement à faire qu’après quelques minutes de respiration lente et posée. « Bien », fit Chris, satisfait de son état. « A présent, regardez et essayez de comprendre ».

Aussi bizarre que cela puisse paraître, la jeune fille vit effectivement un genre de tunnel se matérialiser dans les pensées du magicien. Il y laissait passer ce qu’il voulait et bloquait l’accès à certaines intrusions non désirées. Les parois de son tunnel paraissaient solides, épaisses et résistantes face aux attaques spirituelles et le contrôle qu’il exerçait face à tous ces mouvements était des plus fermes. A le voir ainsi, Via se dit que ce n’était pas si compliqué à reproduire et s’y risqua. Il s’avéra très vite que son propre tunnel était mal construit, petit et pourvu de plusieurs aspérités qui laissaient s’introduire toutes sortes de pensées contradictoires que Chris lui envoyait. La quantité d’information à gérer en même temps lui fit perdre pied. Les pensées affluaient en masse, elle n’avait aucun contrôle sur ces différents flux et ne parvenait pas à trier les pensées, les interdire ou les accepter quand cela était possible. Tout allait trop vite et son tunnel disparut. Des maux de tête la firent s’écarter du magicien qui s’excusa d’avoir été si brutal alors qu’ils n’étaient qu’à leur première leçon.

- Ce n’est pas aussi facile qu’on ne le pense, Via. L’image que je vous ai donnée permet aux débutants de savoir sur quoi s’entraîner. Il est en effet plus simple d’avoir un support physique sur lequel travailler afin de ne pas vous déstabiliser. Vous aurez besoin de temps et de pratique pour assurer à votre tunnel la capacité de résister aux invasions. Ensuite, vous aurez à vous entraîner sur ce que l’on nomme « le filtre » pour la simple et bonne raison qu’il vous permettra de laisser passer certaines choses tout en interdisant d’autres. Il existe beaucoup d’autres techniques mais celles que je viens de vous montrer me semblaient les plus appropriées pour votre cas.
- Merci. Je m’entraînerai tous les jours.

Chris abaissa la tête et approuva son choix. L’entraînement serait pénible mais si elle le voulait il pourrait être son cobaye et Via l’en remercia, un sourire timide sur les lèvres. Le magicien remit sa chaise près de la table. Il semblait fatigué et las. La jeune fille l’observa avant de le rejoindre et hésita avant de prendre la parole. Elle se posait tant de questions. Contre toute attente, ce qu’elle dit était loin de ce que Chris avait imaginé.

- Je vous ai entendu penser à un manuscrit, de quoi parliez-vous ?

Chris se figea, furieux contre lui-même. Il se sentait stupide d’avoir laissé ainsi divaguer ses pensées. Soulagé d’avoir bloqué son esprit à la jeune fille pour que ces révélations ne lui parviennent plus, il recouvra une expression impassible. L’attitude du magicien n’avait pourtant pas échappé à la jeune fille qui fronça les sourcils, persuadée que Chris allait lui mentir.

- Plus personne ne croit en ce genre d’histoires de nos jours, déclara l’Enèdjär, reprenant son sérieux dû à sa fonction.

Via préféra abandonner, sachant déjà que ce combat était perdu d’avance. Qu’il puisse lire ses pensées l’agaçait et elle se promit de s’entraîner dur afin que plus personne ne lise en elle aussi facilement. Ce silence tendu la perturbait. Chris avait toujours été gentil avec elle mais ses cachoteries la laissaient perplexe et elle ne savait plus si elle pouvait ou non compter sur lui.

- Avais-tu déjà enseigné à quelqu’un d’autre ce que tu viens de m’apprendre ? demanda-t-elle, utilisant le tutoiement naturellement. Quand elle s’en rendit compte, elle rougit. Chris la rassura néanmoins d’un sourire malicieux signifiant qu’il l’excusait bien volontiers. Quand on s’échangeait ses pensées, des liens spéciaux pouvaient se créer.
- Oui, à de nombreuses reprises, répondit Chris. Cependant, ceci fait parti de mes secrets professionnels. Je ne peux vous dire à qui je l’ai enseigné ni quand. Quand vous serez assez expérimentée et que vous essaierez de lire les esprits, vous pourrez rapidement identifier ceux qui connaissent cette méthode car vous n’aurez accès qu’à une porte fermée à double tour, malgré tous vos efforts. Cette porte possèdera un signe, une marque spécifique à son porteur. La marque peut aussi différer selon la méthode utilisée par la personne pour dissimuler ses pensées. Vous ne connaitrez qu’un seul signe majeur, celui du « Tunnel », et un signe mineur, celui du « filtre ». Les signes majeurs sont des formes bien particulières et reconnaissables alors que les autres signes sont confus et parfois invisibles. Je ne peux vous en dire plus, à moins que vous ne choisissiez la matière liée à l’esprit et aux pensées pour votre spécialité de vos trois dernières années d’étude.

Ils discutèrent encore un moment sur ce même sujet et allèrent manger dans la cuisine où quelques serviteurs leur avaient préparé des plats chauds qu’ils engloutirent avec plaisir. Via repensa à ce qu’il lui avait dit plus tôt. Selon ses dires, elle pourrait choisir de lire ou non dans les pensées, ce qui lui paraissait pour le moment impossible. Effectivement, son don, ou cette malédiction, était actif 24h/24h et ne la laissait jamais en paix. Riant avec joie aux plaisanteries du magicien concernant sa vie de jeune apprenti, ses troubles s’effacèrent et elle put profiter de ce moment sans qu’aucune autre pensée que les siennes ne vienne la perturber.



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 23 Juin - 20:37

« Je ne pensais pas m’intéresser de si près à ces lacs dont les histoires racontaient les effets bienfaisants depuis des centaines d’années. J’en avais entendu parler lorsque j’étais enfant mais je ne m’étais alors pas, ou peu, demandé ce qui faisait la force de ces vastes et rares étendues. Avant de partir à la recherche de ces Plaques à la Force Triomphante, comme on les appelait dans les anciens temps, j’ai passé de nombreux mois dans les plus grandes et les plus fameuses bibliothèques afin d’en apprendre davantage sur l’énergie dégagée par ces lacs.

Ce que j’ai appris m’a laissé perplexe et a suscité ma curiosité toujours plus grandissante. Il était dit, notamment dans l’ouvrage du grand Almonade, que ces lacs permettaient une amplification non négligeable de l’essence magique contenue en chacun de nous. Ces ajouts d’énergie pouvaient s’avérer mortels, notamment pour des êtres à la magie déjà présente en grande quantité. Pour les autres, cela pouvait avoir des effets tout aussi désastreux comme de violents maux de tête, des évanouissements, des vomissements, des pertes de mémoire ou des paralysies. Pour les êtres dépourvus de magie, les effets, bien que minimes, pouvait tout de même brûler certaines parties du corps.

Ainsi, après ces quelques nouvelles peu ragoutantes, je me demandais si je devais poursuivre mes recherches. Toujours plus curieux et passionné par ces lacs à la magie destructrice, je décidai de partir à la recherche de cartes du pays. Des Plaques à la Force Triomphante étaient indiquées sur plusieurs cartes mais celles-ci ne concordaient jamais. Je vins même à me demander si ces lacs avaient été réellement approchés par des voyageurs.

Continuant mes lectures et mes voyages, je finis par découvrir, au loin, un lac de feu à la couleur aveuglante. Après avoir déployé mon campement et installé mes instruments, je commençai mes expérimentations. Celles-ci, après de nombreuses tentatives, m’ont permis de découvrir ce que tant avant moi n’avaient pas trouvé. Ecoutez-moi bien car vous n’en reviendrez pas. »


Introduction de la thèse de Syr Etnel, Le mystère des Plaques à la Force Triomphante ou des Filaments Energétiques aux origines douteuses, année 1397

Chapitre 3
Cérémonie

L’après-midi était chaud et sec dans les quartiers des artisans. Lildrille avait tout de même voulu garder sa cape noire, plus par habitude que par bon sens. Ses cheveux étaient attachés et sa capuche descendue permettait à tous de voir qui il était. Plus personne ne portait de cape noire de nos jours, ce signe de malveillance avait été banni de la société. Seuls les hauts magiciens, pour leurs grands pouvoirs et la peur qu’ils inspiraient, avaient été autorisés à porter cet accoutrement sinistre. Le jeune homme ne portait pas ce noir par simple rébellion envers les lois instaurées. Ses intentions allaient en fait bien plus loin.

Les rues étaient plein de monde et les marchands divers, criant et appelant chacun à venir voir leurs produits de plus près, se bousculaient sur le grand parvis et se disputaient les meilleures places. Toute cette cacophonie faisait du bien au jeune elfe. Loin d’ici, au palais, tout était trop calme et surnaturel. Ici, au contraire, il se sentait revivre et, même les bousculades suivies de « pardon mon prince » ne le dérangeaient en aucune façon. Il venait régulièrement ici admirer les dernières armes, les dernières armures, les nouvelles épées étincelantes, les heaumes argentés ou les derniers vêtements à la mode. Il aimait également s’arrêter devant les boutiques où un homme, rarement une femme, travaillait le fer ou le métal tout en expliquant chacun de ses gestes ou en vantant la qualité de son travail. Il ne partait jamais sans aller s’émerveiller devant les dernières œuvres des ébénistes novateurs, des pâtissiers magiciens ou des sculpteurs au talent incroyable. Il y a des années de cela, n’ayant pas vu le temps passé, il était resté à se promener dans ce quartier toute une journée sans jamais trouver le temps de s’ennuyer une seconde. Aujourd’hui encore, il se sentait là comme chez lui et n’hésitait pas à s’arrêter pour parler affaire ou pour prendre des nouvelles de certains de ses amis. Il abhorrait le mot « sujet » qu’il trouvait déshonorant et distant. Tout à son devoir, il récupérait aussi des demandes qu’il envoyait ensuite directement chez son père.

Un grand elfe au visage noir de suie l’interpella. Lildrille s’approcha et le salua chaleureusement avant de le féliciter. Darien était forgeron et s’était spécialisé dans la fonte d’épées devenues célèbres pour leur légèreté et leur capacité à percer du métal aussi facilement que du tissu. Darien, tout juste père de deux jumeaux, remercia le prince et l’amena dans sa maison, déjà siège de nombreux cris et pleurs. Ariane, sa femme, était une elfe aux cheveux courts et blonds. Fatiguée après son accouchement, elle se reposait encore avant de reprendre ses activités. Célèbre marchande, son talent de conviction et de gestion financière, avait grandement aidé son mari qui se félicitait chaque jour d’avoir eu autant de chance dans sa vie. Lildrille grimaça et se retint de se boucher les oreilles. Les jumeaux semblaient rendre la vie de leur mère infernale. Ariane vint à leur rencontre, un petit garçon au visage larmoyant dans les bras et salua le prince dans les normes.

- Que veux-tu boire, mon prince ? lui demanda Ariane, secouant les bras pour calmer son petit. Le tutoiement était de mise entre ses vieux amis.
- La même chose que ton mari, s’il te plaît.

La jeune femme acquiesça avec un sourire et s’en alla dans la cuisine. Darien essayait d’apaiser l’autre petit garçon qui semblait s’être quelque peu calmé. Ses yeux minuscules étaient posés sur Lildrille qui, peu habitué aux bébés, se mit lui aussi à le fixer d’un air surpris. Le père éclata de rire.

- Tu verrais ta tête, c’est hilarant ! dit-il à un Lildrille mal à l’aise et qui grognait, honteux.

Cet elfe, autrefois, avait été son maître d’escrime. Lildrille avait énormément appris à ses côtés et ce, pendant de longues années. Une fois que le jeune homme eût passé avec succès les différentes épreuves, Darien était rentré chez lui et, quelques années plus tard, s’était marié avec celle dont il était tombé amoureux. Les deux hommes parlèrent de tout et de rien, riant à des plaisanteries douteuses et buvant gaiement. Ariane participait à la conversation, sans montrer toutefois un intérêt marquant. Elle finit par aller coucher ses deux enfants, endormis l’un contre l’autre dans ses bras. Refusant l’aide de son mari, elle disparut vite, laissant simplement derrière elle les bruits des marches de l’escalier dont le bois craquait sous son poids. Darien, un peu préoccupé, décida de parler affaire, dévoilant certains problèmes qu’il avait avec ses fournisseurs et se plaignant de leur augmentation de prix. Lildrille lui promit d’aller voir ces vendeurs afin d’obtenir plus d’informations.

- Il me semble avoir entendu que la forêt Larmoyante dépérissait, déclara Darien. Cette forêt était le lieu d’approvisionnement de ses fournisseurs.

Lildrille écouta son ami lui raconter qu’une étrange maladie pourrissait le bois, le rendant alors inutilisable pour ce qu’il comptait en faire. En brûlant, il dégageait d’étranges substances qui, après plusieurs heures, rendaient le métal cassant et fragile. Darien paraissait bien plus soucieux que d’habitude et, remarqua le jeune homme, ses traits enjoués s’étaient durcis. Le forgeron finit par conclure : « Je comprends pourquoi leurs prix augmentent mais si cela continue comme ça, je vais devoir changer de fournisseur et la forêt sera désertée par tous mes collègues qui pensent de la même façon ».

Le prince promit d’envoyer un spécialiste dans la forêt, siège de pluies incessantes et parfois violentes qui bordait le quartier des artisans au sud. Ils discutèrent encore avant de se dire au revoir.

- Nous ne viendrons pas demain, déclara Darien. Ariane est trop fatiguée et la nourrice est malade.

Lildrille prit sur lui pour ne pas montrer sa déception et acquiesça, compréhensif. Darien, pour son statut d’ancien professeur royal et de forgeron émérite, aurait eu une place de luxe, près de la famille du jeune homme. Celui-ci s’ennuierait surement demain sans ses amis. Mais son père n’aurait certainement pas supporté d’assister à la cérémonie alors que des jumeaux auraient trouvé un malin plaisir d’agrémenter la fête de leurs pleurs.

Lildrille s’éloigna et continua sa ronde, ne se souciant de rien d’autre que du moment présent. De nombreux marchands l’interpellèrent, lui racontant leurs problèmes ou leur joie d’assister à la cérémonie de demain. Il eut même droit à des lettres de jeunes filles lui déclarant certainement vouloir devenir sa femme et, amusé, le jeune homme récupéra des mots doux destinés à sa sœur qu’il s’empressa de jeter en cachette. Il essayait toujours d’être courtois, de sourire et d’écouter au mieux. Bien qu’au début il n’aimât pas s’afficher ainsi, il avait fini par comprendre que son statut l’obligeait à faire certaines choses déplaisantes qu’il apprendrait à aimer avec le temps. Sa sœur ne s’aventurait jamais ici, ce qui décevait les habitants de ce quartier. Elle considérait comme mauvais pour son image de venir parlementer ainsi avec la gente masculine qui composait la majorité des marchands. Lildrille lui avait pourtant signalé que de nombreuses femmes pratiquaient ici et que la plupart étaient d’ailleurs d’excellentes gestionnaires mais rien de ce qu’il pouvait dire n’aurait paru satisfaisant aux yeux de sa sœur.

Enfin seul, il continua sa marche, questionnant les passants sur leur qualité de vie et s’arrêtant à quelques échoppes pour goûter quelques boissons ou quelques apéritifs dont leurs propriétaires étaient des plus fiers. Darien lui avait appris un sortilège très simple qui dissipait les effets de la boisson sur son organisme. Lildrille l’utilisait dès qu’il se retrouvait seul, ne voulant pas alarmer les passants ou décevoir les irréductibles qui trouveraient dégradant qu’un prince n’appréciât pas boire.

- Excuse moi, peux-tu ou me dire où se trouve la maison des Allées ?

Le petit garçon fixa Lildrille d’un œil d’abord apeuré. Il ne s’était jamais attendu à être questionné par un prince. Le jeune elfe, dont l’expression adoucie ne montrait aucun signe de danger, rassura le garçon qui lui indiqua où trouver cette maison. Chaque habitat portait un nom, ce qui permettait aux visiteurs de demander facilement leur chemin. Cette maison, en particulier abritait le couple dont il avait parlé à sa sœur. Il espérait prendre de leurs nouvelles et savoir si personne ne leur voulait du mal ou était au courant de leur histoire. Si Lildrille avait entendu parler de ce couple, d’autres avaient pu également le savoir et cela l’effrayait. Le quartier des artisans était toutefois connu pour son laxisme religieux, d’où, certainement, le fait que le couple se soit installé ici.

Reconnaissant les plantes grimpantes qui recouvraient presque en totalité les murs de la maison, Lildrille s’arrêta et vérifia que le panneau de bois indiquât bien le nom qu’il cherchait. Il n’était venu ici qu’une seule fois et, à l’époque, il s’était senti si sonné qu’il n’avait pas retenu le chemin menant à cet endroit. Il regarda autour de lui, cherchant quelques regards assassins ou malveillants, toujours aussi paranoïaque. Il se demandait pourquoi Darien ne lui avait pas parlé de ce couple, aujourd’hui. C’était pourtant lui qui lui avait fait savoir qu’une étrange rumeur, près de la maison des Allées, inquiétait les habitants. Curieux, il avait alors décidé d’y jeter un œil. Il n’avait pas été déçu.

Il frappa à la porte et attendit que quelqu’un veuille bien lui ouvrir. Après quelques minutes d’attente, n’entendant aucun bruit de l’intérieur de la maison, Lildrille se demanda s’il ne s’était pas trompé. Se souvenait-il vraiment du nom de la maison ? Ces plantes lui rappelaient pourtant quelque chose, il en était certain. Quelque chose clochait et un frisson glacial le fit trembler. Il frappa une fois de plus et tendit l’oreille, la collant presque sur le bois clair de la porte. Rien. Pas un son.

- Mon prince, il n’y a personne ici !

Lildrille se retourna et aperçut une vielle dame qui portait des sacs remplis de fruits en tout genre. Il l’examina, cherchant à savoir si elle se moquait de lui. Il ne décela rien de spécial et l’interrogea, soucieux.

- Personne ? Mais je suis venu ici il y moins d’un mois, et un couple y vivait.
- Vous devez vous tromper, mon prince. Cette maison est à vendre depuis deux mois maintenant. Une famille doit d’ailleurs venir aujourd’hui pour y prendre place.

La vieille femme le salua d’un mouvement de la tête, et se dépêcha de partir, perturbée par l’attitude du jeune homme. Lildrille s’écarta de la porte, une expression indéchiffrable sur le visage, et tourna les talons aussi vite que le lui permirent ses jambes. Ainsi, personne n’habitait plus ici depuis près de deux mois ? Qu’est-ce que cela signifiait donc ? Une puissance sournoise s’était-elle réincarnée dans la vieille dame afin de lui jouer un mauvais tour ? Il s’arrêta, complètement perdu. Arrêté en plein dans son élan, un marchand transportant de lourds sacs de pierre bouscula le jeune homme qui s’écarta vivement en s’excusant. Il jeta un dernier coup d’œil à la maison hantée derrière lui, au bout de la rue, et détourna le regard. Bien que le temps fût au beau fixe, il resserra sa cape et mit sa capuche, espérant ainsi cacher sa mine sinistre pour ne pas alarmer les passants.



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 30 Juin - 16:20

**

L’immense jardin du palais était bondé. Tous les peuples, elfes, gradiens, ildiens et humains étaient réunis pour la fameuse cérémonie dont le héros du jour, Ystar, allait être proclamé héritier officiel de la couronne du royaume. Tout ce monde bavardait en dégustant les boissons mises à leur disposition. Cette journée était si importante qu’ils en oubliaient la chaleur qui les pénétrait. Certaines femmes, pour éviter les effets néfastes du soleil, portaient de légers voiles et leurs filles s’éventaient doucement tout en se désaltérant. Les garçons avaient opté pour des vestes aux couleurs claires et au tissu fin quand les robes des femmes paraissaient plus courtes que d’ordinaire.

Les serviteurs avaient, très tôt dans la matinée, installé des dizaines de tables ainsi que des centaines de plats sur ces dernières. Les tables argentées étaient accompagnées de magnifiques chaises en bois de chêne et chaque plat était présenté sur une grande assiette en bronze. En face de ces installations, une grande estrade en bois était placée de telle sorte que chacun puisse voir ce qui s’y déroulerait. Un orchestre se préparait sur le côté et certaines jeunes filles s’attroupaient déjà autour des instruments, demandant aux musiciens de jouer leurs musiques favorites pour qu’elles puissent danser et ainsi attirer l’œil d’un éminent jeune homme. Pour faire honneur à la variété de fruits cultivés dans le verger, une table avait été spécialement réservée aux mets fruités et délicats, recouverts de sucre, d’amande ou de chocolat. De nombreuses bassines aux reflets bleus abritaient des boissons toutes aussi raffinées, préparées avec grand soin à partir des agrumes royaux. De nombreuses personnes discutaient déjà, un verre à la main, appréciant la fraicheur de ces liqueurs et leur doux parfum aux saveurs de l’été.

Les estrades positionnées pour le peuple, à l’arrière, étaient pleine de monde. Ils ne pourraient certainement rien voir, si ce n’est en minuscule, mais ils pourraient tout entendre. Avant que les discours ennuyeux et le couronnement en lui-même ne débutent, ceux qui n’étaient pas assez distingués aux yeux du roi, pouvaient cependant danser et boire comme tous les autres. D’autres tables et plats habilement préparés avaient été placés près des estrades du fond et un orchestre y jouait, riant et valsant en rythme devant des couples qui s’emportaient déjà, aveuglés par les tourments endiablés de la musique.

Le roi, entouré des hauts magiciens, parlementait gaiement avec d’autres dignitaires et nobles du royaume. Les différents régents n’étaient pas encore arrivés et une délégation constituée notamment de la famille royale, attendait patiemment l’arrivée de ces familles qui avaient dû voyager, pour la plupart, une grande partie de la journée d’hier.

Soudain, un son grave se fit entendre. Le Cor des Hommes, mélodie majestueuse, avait attiré l’attention de toute l’assistance. Toute la famille royale s’avança pour accueillir les nouveaux arrivants. Les hommes de la Régence du Nord, vêtus de leurs longs manteaux de velours bleu, étaient imposants et incitaient le respect. Ils étaient les meilleurs guerriers de la race humaine mais les moins sociables de tous. Les femmes, tout particulièrement, étaient célèbres pour leur rapidité et leurs talents d’espionnes. Le régent, Altaïr, très célèbre pour ses nombreuses victoires (et victimes) en temps de guerre, arborait un sourire des plus mesquins. Malgré son apparence, il n'avait pourtant pas l'air d'un tueur inconditionnel. Cet homme était grand et musclé alors que son visage semblait paisible, doux. Ses yeux clairs se voulaient rassurants sous ses nombreuses mèches blondes qui lui arrivaient juste en dessous des oreilles. Au cou, il portait un pendentif particulier où une épée toute blanche parsemée de pétales de fleur violette et rouge s’alliait à un bouclier en or. Ce collier était le symbole de la capitale Hor-Mathia où vivait Altaïr. Ce dernier n’était pas venu seul. Ses deux fils Véga et Eltanin, son épouse Encelade et ses deux filles Aurora et Capella l’accompagnaient, entourés de nombreux autres hommes et femmes qui se devaient de protéger la famille ou avaient simplement voulu faire le voyage en leur compagnie. Via, non sans intérêt, posa les yeux sur les armes bien visibles que portaient les deux fils d’Altaïr. Leurs épées fines et acérées, rangées dans leur fourreau de cuir, s’apparentaient plus à des équipements de guerre qu’à des armes d’apparat. La jeune fille ne doutait absolument pas de leur capacité à savoir utiliser ces lames tranchantes si une guerre devait s’annoncer. Elle jeta un coup d’œil vers son père mais ce dernier, tout occupé à sa flatterie habituelle, n’avait rien remarqué. Peut-être s’en fichait-il aussi.

Après quelques salutations, le roi de Linaria et sa famille disparurent dans la foule afin de pouvoir saluer une autre importante famille qui venait également d’arriver. Ils saluèrent ainsi les hommes de la Régence du Sud, dirigée par Sirius, un homme connu pour son intelligence hors du commun. Pas très grand mais pas très mince non plus, il était toujours de bonne humeur et son caractère jovial le rendait agréable et indispensable lors d’une fête comme celle-ci. Ses trois filles, Céphée, Alphecca et Zvezda ainsi que son fils unique Antarés, étaient également là alors que leur mère, Cassiopée, avait préféré rester dans leur palais pour soigner une blessure due à une chute. Loria s’approcha de Céphée pour lui parler à voix basse, contente d’avoir retrouvé une de ses amies d’enfance. A la mort de leur mère, Loria, Ystar et Via avaient séjourné quelques mois dans le sud afin de digérer les derniers évènements. Loria s’était prise d’amitié pour les trois jeunes filles. Via ne gardait que de vagues souvenirs de cette époque. Apercevant son frère faire un clin d’œil, elle tenta de suivre son regard pour savoir vers qui se tournait cette marque d’attention. Zvezda souriait aux anges, sous le regard approbateur de son père. Levant un sourcil interrogateur, la jeune fille s’essaya à trouver ce qui plaisait à son frère chez cette jeune femme. Mise à part ses formes charmantes et un visage attirant, Via ne la connaissait pas du tout et préféra arrêter là ses interrogations. Ystar semblait radieux aujourd’hui et irradiait dans ses vêtements dorés. La princesse du sud n’était pas la seule à tomber sous son charme et cela ne faisait qu’accroître la vanité de son frère qui prenait un malin plaisir à rendre les autres hommes jaloux de sa suprématie et de son futur titre de souverain.

Via et sa famille présentèrent également leurs civilités aux elfes de la Régence d’Annhorhellh et de celle de Caharnha. La première était commandée par Osrile, un bon vivant qui ne se souciait de pas grand chose, alors que la deuxième était menée par Êta, un dirigeant très imbu de lui-même. Leurs enfants les suivaient pareillement. Lemy, ravissante dans ses atours vermeilles, salua Via d’un geste de la main. La jeune fille lui rendit son salut et lui sourit. Par chance, pour la cérémonie et la foule qui y assistait, les magiciens lui avaient confectionné une protection mentale, de sorte qu’aucune pensée ne lui parvienne et qu’aucune des siennes ne s’échappe. L’elfe télépathe dut le remarquer car son sourire disparut et ses traits se plissèrent, anxieux. Elle ne s’était pas attendue à ce que son amie ait appris à protéger ses pensées depuis sa dernière visite. Dans quel but l’avait-elle fait ? Doutait-elle de sa capacité à garder ses secrets ? Lemy, troublée, se força à sourire de nouveau pour faire bonne figure aux autres membres de la famille royale. Après que Loria et Ystar eurent salué dans les règles, Lemy s’éloigna et fixa Via. Cette dernière comprit que son amie voulait lui parler. L’expression de la jeune elfe était des plus sérieuses et la princesse se doutait très bien du sujet de leur future conversation. Lildrille observait Via à la dérobée et avait, pour l’occasion, reçu l’ordre de laisser sa cape noire au château. Il paraissait plus mince que d’habitude mais ses membres musclés ressortaient quand ses longs cheveux noirs voletaient autour de sa taille. Son regard perçant rencontra celui de Via qui, mal à l’aise, se plongea malgré elle dans le bleu de ses yeux. Le jeune homme lui offrit un sourire sincère et, après un léger mouvement de la tête, alla rejoindre sa sœur qui commandait des boissons à une table voisine. Via le suivit un instant du regard. Elle n’avait jamais trouvé d’explications au malaise qu’elle ressentait quand il s’approchait. Elle n’eut pas le temps de réfléchir davantage car d’autres dignitaires s’approchaient.

Aldébaran, le régent gradien de la région montagnarde de Délia, précédé par son camarade Mira de Nalsine, se présenta au roi avec enthousiasme avant de laisser la place à Rhor, le régent ildien de Nidrine. On appelait ildien tout être ne possédant aucune capacité pour la pratique de la magie. Les personnes de cette espèce n’avaient même pas le pouvoir d’invoquer ne serait-ce que le plus faible et le plus simple des sortilèges. Ils ne s’en plaignaient toutefois pas et vivaient très simplement. Les gradiens, créatures mi-marine, mi-terrienne, se distinguaient par leurs cheveux qui se doraient quand ils sortaient de l’eau. Selon les heures d’exposition au soleil et à son étoile voisine, ou aux astres de la nuit, leurs yeux et leurs cheveux changeaient de couleur comme mû par une volonté propre. Sans y regarder de trop près, ils ressemblaient aux hommes mais leurs visages anguleux et leur façon de bouger rappelaient plutôt un elfe. Ces êtres étaient inqualifiables et leur façon d’être étonnait toujours les autres peuples de Linaria qui les respectaient et les évitaient.

Une fois les présentations et les salutations enfin terminées, les jeunes gens se dispersèrent afin de s’occuper avant le début des discours interminables. Via, dans sa légère robe en soie blanche, chercha Lemy et son frère dans la foule qui s’était maintenant mise à s’animer joyeusement. Loria, resplendissante et entourée de quatre jeunes hommes, discutait et riait, profitant de l’attention que l’on lui portait. Ystar, quant à lui, s’était volatilisé, comme à son habitude ou peut-être était-il occupé à charmer d’autres jeunes femmes assez crédules pour l’écouter. Helena s’était installée à une table afin de prendre des nouvelles de Cassiopée auprès d’une femme de la suite du régent. Les deux femmes semblaient s’entendre à merveille et furent bientôt rejointes par d’autres amies avec qui elles commencèrent le jeu de la mariée. C’était en fait un jeu de cartes assez simple où chaque joueuse devait s’imaginer comme future épouse. Sur chaque carte était représenté un élément traditionnel de la cérémonie du mariage et la gagnante était celle qui avait réussi à réunir tous les éléments pour proposer le mariage idéal. Le plus difficile était de connaître les différentes traditions des différents peuples de cette planète car, selon les races, la cérémonie pouvait différer grandement tant dans les coutumes, que dans les vêtements, les danses, la musique ou les objets utilisés.

- Via, viens avec nous !

La jeune fille tourna la tête pour apercevoir Lemy qui l’appelait, assise près de son frère à une petite table à côté d’une fontaine. Celle-ci, tout en sculptures et mosaïques, était la plus belle fontaine du jardin et datait d’il y a une centaine d’années. Lildrille regardait ailleurs, apparemment préoccupé. Il fixait les passants d’un air étrange et semblait ne pas avoir aperçu la jeune fille qui s’assit à leur table. Via regarda tour à tour les deux elfes, sentant son malaise qui reprenait de plus belle. Lemy la regardait, concentrée. Via devina alors qu’elle essayait de lire ses pensées, sans succès. L’elfe n’en parut que plus agacée et un silence pesant s’installa à la table. Le jeune garçon, comme revenu de loin, observa Via d’un air énigmatique avant de lâcher un « le blanc te va bien, tu es magnifique » si affectueux qu’elle en fut toute retournée. Via le remercia, se sentant rougir sous la confusion.

- Laisse-nous, s’énerva Lemy, jetant un regard noir à son frère qui l’ignorait ostensiblement. De là où elle était, Via pouvait cependant voir qu’un début de sourire s’était affiché sur le visage du garçon.

Lemy, d’habitude maîtresse de ses émotions, ne parvenait pas à se calmer. Tout semblait lui échapper. Son amie lui cachait à présent son esprit et son frère ne l’écoutait plus. Sa perte de pouvoir l’irritait et son attitude n’en devenait que plus exécrable.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Dim 1 Juil - 18:49

Via mordillait quelques unes de ses mèches bleues, ne sachant pas quoi dire. Elle n’avait pas à se justifier devant son amie mais, malgré les dires des magiciens, elle désirait tant se confier à quelqu’un et savait pouvoir faire confiance au frère, comme à la sœur.

- Je peux lire les pensées des autres à présent, commença Via d’une petite voix mal assurée. Devant leurs expressions, elle préféra marquer une pause.

Les deux elfes la regardaient abasourdis. Lemy n’afficha plus aucune autre expression pendant plusieurs minutes alors que son frère se mit à rire, apparemment ravi.

- Tu m’étonneras toujours, lui dit-il avec des yeux rieurs. Cela te gêne-t-il ? demanda-t-il, passant de la jovialité exagérée à un sérieux inattendu. S’inquiétait-il pour elle ?
- Les magiciens m’aident. La première fois … et les autres d’après en fait, j’ai eu vraiment mal et …
- Ton père a-t-il appelé un guérisseur pour rester à tes côtés ? la coupa Lildrille.
- Non, les magiciens sont chez moi pour l’instant, répondit Via, étonnée de l’attention qu’il lui portait.

Lildrille acquiesça, apparemment satisfait et s’excusa auprès des jeunes filles. Il venait en effet d’apercevoir un autre elfe qui semblait l’attendre, debout au milieu de l’allée entourée d’arbres qui bordait l’arrière de la fontaine. Il se leva et se dirigea à grands pas vers cet étrange individu, laissant Lemy et Via seules à la table. Lemy but de longues gorgées avant de reprendre un air dégagé. Elle ne s’était pas attendu à cette nouvelle, surtout venant d’une humaine, chez qui, le don de télépathie n’avait pas pour habitude de se manifester. Les temps changeaient apparemment et ce, d’une façon qui ne plaisait guère à l’elfe. Elle comprenait alors très bien pourquoi les magiciens lui avaient appris à dissimuler ses pensées. Surtout au début, elle en savait quelque chose, ce don était un vrai cauchemar et contrôlait plutôt son porteur que le contraire. En un jour de grand rassemblement comme celui-ci, sans l’aide des magiciens, Via aurait vécu un enfer et aurait peut-être succombé à son don. Lemy esquissa une grimace peu engageante.

- Cela nous rajoute un point commun, n’est-ce-pas ? dit enfin l’elfe, un léger sourire aux lèvres, sa bonne humeur retrouvée. N’hésite pas à m’appeler pour tes séances d’entraînement, je serai ravie de t’aider !
- Avec joie, fit Via, rassurée par le ton que prenait désormais la conversation.

Toutes deux discutèrent alors des effets du don et de ses particularités. Lemy ne dévoilait qu’une partie de ce qu’elle savait mais, pour Via, les connaissances amassées s’avéraient déjà bien intéressantes et beaucoup trop nombreuses. Lire les pensées n’était pas qu’une simple capacité. Cela marquait à vie et pouvait devenir un poids si l’on ne savait pas très bien s’en servir. Via, détendue, riait de bon cœur aux anecdotes racontées par son amie et ne put s’empêcher de lui parler de certaines des pensées des magiciens, notamment celles concernant son frère.

Elles en plaisantaient encore quand Lildrille revint, cet air toujours mystérieux au visage. Le jeune garçon leur fit alors part des problèmes que rencontraient les Protecteurs dans la forêt Larmoyante. Les Protecteurs, des magiciens dont la spécialité était la protection de la nature, étaient un groupe formé de jeunes elfes. Récemment, des humains avaient intégré le groupe au grand déplaisir des membres actuels. Cependant, leur talent et leur respect pour leur race, avaient fait taire les elfes qui s’étaient alliés aux humais, plus par devoir que par plaisir. Les Trinités, les groupes en tout genre, ou les guildes, étaient connus pour la diversité de leurs membres qui venaient d’horizons très différents. Cette cohabitation n’était pourtant pas très facile et de nombreux combats avaient éclaté, animés par les haines ancestrales ou la religion. Certains groupes parvenaient à rester néanmoins soudés et les Protecteurs faisaient maintenant partis de ces exemples à suivre et à respecter. Les groupes mixtes étaient mal vus par la globalité de la population qui traitait d’hérétique ces ensembles aux actions pourtant reconnues comme utiles.

- Le Mal Noir, comme ils l’ont appelé, se répand vite. Ils ont découvert sa source mais n’ont pu me l’expliquer de vive voix. Les arbres et les plantes souffrent et meurent. Quelqu’un ou quelque chose a du utiliser la magie pour une raison inquiétante.

Lildrille continua de leur expliquer ce qu’il avait appris. Il semblait affecté et son visage s’était assombri. La forêt était essentielle pour la vie de nombreuses familles et Lemy, bien qu’accablée par ces faits, ne semblait pas réellement s’en inquiéter. Son frère, quant à lui, ne cachait nullement sa tristesse et essaierait d’aider les Protecteurs les jours à venir. Via paraissait agitée et écoutait le jeune homme avec intérêt. Elle en parlerait à son professeur dès demain. Peut-être qu’un de ses livres pourrait les aider à découvrir ce qui se passait dans cette forêt. Syr Etnel était en effet la personne la plus cultivée qu’elle connaissait.

Tous les invités étaient désormais arrivés. L’orchestre, sur un signe du roi et de la reine, se plaça sur l’estrade principale. La foule se mit à applaudir et, quand la musique commença, nombreux étaient déjà ceux qui s’étaient mis à danser. Il n’y avait que des couples formés par une même espèce et les rares qui s’essayaient à inviter une personne d’une autre race se voyaient vite insultés ou réprimandés. Lildrille se fichait totalement de ce que pouvaient penser les autres un jour pareil. Effectivement, cette cérémonie célébrait certes le couronnement d’Ystar mais était le seul rassemblement où toutes les espèces avaient le droit de parler, manger, boire, et danser ensemble. Il ne comptait ainsi pas laisser s’échapper cette occasion de passer du temps avec la jeune fille qui lui plaisait.

- Me ferais-tu le plaisir de m’accorder cette danse ?

Via regarda le jeune elfe lui tendre sa main, et, sans qu’elle lui réponde, elle se leva et posa sa paume dans la sienne, ravie de pouvoir se dégourdir les jambes en si charmante compagnie. Laissant son malaise de côté, elle lui offrit son plus beau sourire et s’avança avec lui vers la piste de danse. Lemy les regarda s’éloigner d’un air peu approbateur et s’était retenue à grand peine de les faire cesser ce manège qui l’exaspérait. Son frère, comme Via, ne l’aurait pas écoutée. A présent seule, elle alla se commander à boire et rejoignit son père à côté de qui elle s’assit pour manger quelques fruits aux saveurs audacieuses. Osrile, en grande conversation politique avec un de ses conseillers marqua soudain une légère pause quand ses yeux se posèrent sur le couple formé par son fils et la princesse. Lemy aperçut son regard outré et lui parla, en pensée : « Ignorez-les, père. Ils ne pourront plus s’amuser ainsi après la cérémonie de toute manière, vous le savez très bien. ». L’elfe avait mis toute sa conviction dans cette phrase, voulant convaincre son père. Ses sautes d’humeur ne lui plaisaient guère et elle ne voulait pas gâcher cette cérémonie pour si peu. Elle avait cependant du mal à croire à ce qu’elle venait de dire. A les voir se sourire et s’amuser comme ils le faisaient depuis qu’ils s’étaient rencontrés, elle ne pouvait s’empêcher de se dire qu’elle avait commis une grosse erreur en présentant son frère à Via. Osrile grogna, nullement convaincu et repris sa conversation sur les trébuchets nouvelle génération dont son conseiller ne cessait de lui conter les mérites.

Près de l’estrade, les rires des spectateurs couvraient les pas précipités des danseurs. L’orchestre avait choisi d’entamer les chansons traditionnelles et tout le monde y allait de sa critique, remarquant le pas mal assuré de l’un pour se moquer de la maladresse d’un autre. Des remarques déplaisantes courraient également sur un couple tout particulièrement mal assorti mais les deux personnes en question ne les entendaient pas. Via et Lildrille s’entendaient très bien et riaient de leurs plaisanteries sans se soucier le moins du monde des commérages avoisinants. Le jeune garçon fit tournoyer la princesse avant de la reprendre par la taille pour mieux l’entraîner vers le centre de la piste. Les traits de l’elfe s’étaient adoucis après que la jeune fille lui eut certifié qu’elle ne pouvait lire ses pensées à cause de la protection mentale que les magiciens lui avaient octroyée. Ce don nouvellement apparu chez la jeune fille l’étonnait et il se promit une fois de plus de faire appel aux Enèdjär pour protéger son esprit. Il ne pouvait maintenant plus se permettre de laisser Via lire ses pensées à loisir.

Après quelques minutes de danse de plus en plus rapide, ils fatiguèrent et décidèrent d’aller se commander une boisson rafraîchissante pour respirer un peu. Les discours et la cérémonie en elle-même allaient bientôt commencer. Via et Lildrille s’assirent à une table et burent tranquillement. La jeune fille avait le front luisant de sueur d’avoir danser sous un soleil brillant. Sa robe lui parut bien lourde tout d’un coup mais elle ne regrettait pas d’avoir passé ce petit moment en compagnie de l’elfe. Ce dernier attacha ses cheveux qui lui tombaient naturellement jusqu’au bas de la taille et retira sa veste qui lui couvrait les bras.

Prenant le temps de l’observer, elle posa son regard sur son visage. Ses yeux intriguaient Via depuis longtemps car ceux des humains changeaient rarement aussi souvent de couleur. Sur le bas de la joue droite du jeune elfe, elle aperçut une fine cicatrice qui lui avait échappée jusqu’ici. Il avait repris son air soucieux et l’observait discrètement comme semblant attendre le meilleur moment pour entamer une nouvelle conversation. Elle connaissait si peu de choses de lui et il lui semblait si éloigné de ce monde à d’autres instants qu’elle le craignait quelques fois. Il paraissait bien plus vieux qu’elle quand il affichait son air mystérieux. Quand il portait sa cape noire elle ne le reconnaissait plus. Qu’avait-il vécu ? Quels évènements l’avaient rendu si sombre ? Pourtant, quand ils avaient dansé tous les deux, il lui avait paru autre, joyeux. Cette double image la rendait à la fois curieuse et maladroite, ne sachant jamais quelle attitude elle devait adopter avec lui.




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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Sam 7 Juil - 18:21


- Quand est ta Célébration ? demanda tout d’un coup le jeune garçon.

La Célébration était la cérémonie qui clôturait les dix années du premier cycle et qui lui attribuerait un nouveau professeur pour les deux prochaines années de sa scolarité. Elle ne s’était pas attendue à cette question et se mit à penser à son professeur actuel et aux bons moments qu’ils avaient passés ensemble. Ils lui manqueraient, à coup sûr.

- Dans cinq jours. Dans deux jours je passe mes examens, lui répondit-elle avec sérieux.

Elle marqua une pause avant de continuer, fixant l’elfe d’un air intrigué.

- Lemy ne m’a jamais dit comment ça se passait pour les elfes. Vous n’avez pas du tout les mêmes cycles que les humains en matière d’enseignement de la magie et … j’aurais aimé en savoir plus.
- Je comprends, lui dit Lildrille, un début de sourire sur les lèvres. Les elfes ne se confient que rarement et c’est bien dommage. Ils commencent néanmoins à faire confiance aux autres races, bien que ce soit un processus des plus lents.

Il finit son verre avant de continuer. Il semblait avoir envie de tout lui raconter et de se confier à elle sans qu’il n’en comprenne explicitement les raisons.

- Bon, cela dépend du sexe. Une fille ne suit pas les mêmes cours qu’un garçon jusqu’à ses quinze ans. La femme devant gouverner par la suite, du moins chez les nobles, ses cours sont plus poussés tactique, stratégie, défense, manipulation, combat ou rhétorique. S’il n’y a pas d’héritière dans une famille, le garçon, premier né, a droit à ces cours-ci. Chez les autres, ceux qui ne sont pas nobles, il y a plus de liberté dans les choix de discipline. Viennent ensuite les années de spécialisation.

Via s’attendait à ce qu’il en dise plus mais l’elfe s’arrêta, comme perdu dans ses pensées. Elle ne voulait pas le brusquer. Cependant, avide d’en savoir plus, elle ne put s’empêcher de lui demander plus d’informations. Après tout, il ne lui avait parlé que des cours dispensés aux jeunes filles et ne s’était pas mouillé sur les autres sujets. Lildrille paraissait moins avide de lui parler à présent et s’était quelque peu replié sur lui-même. Ce sujet de conversation qui semblait anodin à première vue, perturbait le jeune garçon d’une façon peu habituelle.

- Ces années se décomposent elles-mêmes en plusieurs catégories. Tu as les années de théorie pure, de mise en pratique, de perfectionnement, de mise en situation et d’optimisation. Il faut compter environ une année pour chacune de celles-ci. Tu peux, en effet, selon tes résultats, sauter des étapes ou, au contraire, perdre du niveau. Chaque cérémonie de passage est très importante et te définit par la suite. Chaque elfe est lié à la nature, plus profondément que tu ne le penses. Tu te transformes après chaque transition et, malgré ta réussite, tu en ressors changé à jamais.

Il s’arrêta de nouveau et lui lança un regard lourd de sous-entendus. Il n’irait apparemment pas plus loin dans ses explications et cela la chagrinait. Pourquoi les elfes se méfiaient-ils ainsi ? Qu’avaient-ils à cacher aux autres espèces ? Tous ces mystères l’intriguaient et Lildrille ne lui en parut que bien plus effrayant encore. Parviendrait-elle à lui faire entièrement confiance après ce qu’il venait de lui raconter ? Pourquoi était-elle si effrayée d’ailleurs ? Chacun possédait sa part de mystère, son jardin secret et elle le comprenait comme elle l’acceptait. Mais ce malaise qu’elle ressentait à sa vue refit son apparition et un drôle de pressentiment la frappa.

Lildrille la fixait intensément comme s’il était au courant des tourments qui assaillaient ses pensées. Quand il la regardait, avec cet air là, plus rien n’existait autour et tous les questionnements de la jeune fille semblaient disparaître. Il s’excusa et elle ne comprit pas pourquoi. Il lui expliqua alors qu’il avait fait le serment de protéger certains secrets et qu’il était navré de ne pouvoir se confier à elle bien qu’il le désirât. Son ton finit par s’adoucir et Via, compréhensive, lui sourit avant de lui détailler ce qu’elle avait appris pendant ces dix dernières années. Elle essaya d’y mettre de l’émotion pour rendre son discours plus vivant et lui changer les idées. Il l’arrêtait quelques fois pour lui poser des questions ou pour faire un commentaire mais, la plupart du temps, il ne disait rien et semblait heureux de pouvoir écouter la jeune fille. Leur conversation s’éternisa et ils ne remarquèrent même pas que la musique avait cessé pour laisser le champ libre aux discours des différents régents.

Il n’y avait en effet pas de régentes à la cérémonie. La femme d’Osrile était restée alitée et elle avait refusé que sa fille reste avec elle. Lemy le lui avait pourtant supplié à genoux devant tous les serviteurs et s’était humiliée comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. Sa mère n’avait rien voulu entendre et Lildrille, cachant au mieux sa tristesse, n’avait fait aucun commentaire. Lemy, toujours près de son père, se forçait à afficher une expression sereine. Les regards qu’elle portait pourtant à son géniteur étaient noirs de mépris et de haine. Ce dernier, ne faisant guère attention à elle, l’ignorait ouvertement. Êta, pour sa part, n’avait que des frères et avait donc suivi, dès sa plus tendre enfance, les cours réservés aux nobles de la couronne. Il avait été proclamé héritier et la femme qu’il épousa par la suite n’eut aucun pouvoir. Elle faisait simplement figure de représentation auprès de lui. Lya était d’ailleurs venue avec une autre délégation que la sienne, ne voulant pas passer les quelques jours que durait le voyage en sa compagnie. Êta en avait été furieux et ses courtisans en avaient bien ri, ce qui l’avait amené à des excès de colère que personne ne lui avait vu jusqu’ici.

Ystar se trouvait sur l’estrade, près de son père, un sourire suffisant sur les lèvres et un regard perçant qui balayait la foule comme s’il voulait déjà que chaque être présent comprenne qu’il leur était supérieur. Lildrille avait volontairement détourné les yeux de l’estrade alors que Via avait du rejoindre sa famille. Loria l’accueillit sans joie et se força à écouter les discours de tous les régents qui montaient sur l’estrade pour féliciter le futur hériter et la famille royale qui avait organisé la fête. Certains nobles pouvaient également monter sur scène, n’hésitant pas à demander une faveur au roi. Via n’écoutait qu’à moitié et ne s’intéressait guère à ces échanges emplis de fausseté et d’hypocrisie. Sa sœur semblait penser à autre chose tandis que sa belle-mère fixait la scène sans la voir. Les hauts magiciens étaient près de l’estrade et, cachés sous leur capuche noire, personne ne pouvait savoir à quoi ils pensaient. Le léger vent qui venait de se lever faisait claquer leur cape et, de temps en temps, à la fin d’un discours, certains mages bougeaient la tête comme s’ils commentaient ce qui venait de se dire, par pensée. Vint enfin le tour du roi qui exprima sa gratitude avant de remercier tous les invités présents. Comme la tradition l’exigeait, le roi rappela quelques évènements historiques qui avaient marqué le pays et, quand il parla de la déesse bleue, un chant lancinant envahit l’atmosphère. Cette prière devait bénir le futur souverain et l’aider dans sa quête.

- Remercions celle grâce à qui nous sommes devenus des êtres plus forts et plus soucieux de la santé de nos confrères. Remercions celle qui, par sa grâce et sa générosité, a fait de ce royaume un havre où il fait bon vivre. Remercions celle qui, en tant de grande souffrance a su donner au pays les hauts magiciens. Remercions la déesse pour son aide et l’amour qu’elle porte à chacun de nous. Remercions Laria pour ses exploits et sa présence à nos côtés. Remercions celle que nous chérissons pour avoir été celle qui, malgré les dangers et les difficultés, a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.
- Que le Bleu de l’Océan nous Submerge et qu’Il nous Eloigne Des Côtes Aux Rochers Tranchants, récita la foule pieuse.

Le roi se tourna alors vers son fils et, tout en embrassant les invités dans un geste ample des bras, invita Ystar à s’agenouiller devant lui. Ce dernier était devenu tout d’un coup sérieux et ses traits s’étaient tendus. Le moment qu’il avait attendu depuis une éternité était enfin arrivé. Falor regarda son fils avec fierté et posa la paume de sa main sur son front avant d’énoncer les paroles rituelles.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Dim 8 Juil - 20:34



- Par ce geste, je te fais héritier du trône de Linaria. Quand je ne serai plus, puisses-tu gouverner avec sagesse et dextérité et te donner corps et âme à la tâche qui te sera alors confiée. Jure de toujours respecter les enseignements de la déesse, de protéger tes alliés, de chérir ta famille et de te montrer juste et impartial. Jure de toujours servir ton royaume au mieux et le peuple se réjouira le jour où tu me succèderas sur le trône.
- Je le jure.

Ystar avait parlé avec difficulté mais les mots étaient finalement sortis de sa bouche sans qu’il y réfléchisse. Son père se pencha alors vers lui et déposa un baiser sur son front, le bénissant à son tour. Le roi semblait ému et il s’éloigna lentement, laissant son fils seul au centre de l’estrade. Le silence était total dans l’assemblée. Les cinq magiciens étaient montés doucement sur la scène et, attendant que le roi s’écarte, baissèrent leur capuche de telle sorte que chacun puisse voir leurs amulettes briller sous les chauds rayons du soleil. Ystar était toujours agenouillé et fixait le sol avec intensité. Il ne fit aucun geste quand les magiciens se placèrent autour de lui pour former une ronde dont il était le centre. Via regarda Chris qui lui parut alors méconnaissable. Son expression était différente et il semblait habité par une présence spirituelle comme le reste de ses camarades. Dhanine fut le premier à fermer les yeux, marquant le départ de leur méditation silencieuse. Après quelques secondes éprouvantes pour la foule, les silhouettes encapuchonnées se prirent les mains. Leurs gestes étaient surs comme animés par une force de l’au-delà. Etait-ce la déesse qui commandait leurs gestes ? Comme une seule et unique voix, les magiciens récitèrent une incantation dans une langue peu connue.

Tous les langages étaient propices à la magie mais, quand il s’agissait des dieux, seul l’ancien langage faisait foi. Il était en effet considéré que seule cette langue était compréhensible pour des êtres divins. Une longue litanie envahit alors le jardin et les différentes familles regardaient, à la fois intriguées et effrayées, le cercle noir qui se mouvait à un rythme bien déterminé sur la scène, cachant l’héritier. Beaucoup semblaient comme hypnotisés par cette transe et Via, bien malgré elle, n’arriva plus à détourner les yeux. Elle ne comprenait rien à ces paroles mais les effets qu’elles produisaient sur elle étaient tout simplement incroyables. Elle se sentit soudain envahir par une vague de chaleur réconfortante et tout son être se détendit. Les mots ‘espoir’, ‘vie’, ‘avenir’ et ‘prometteur’ clignotaient devant ses yeux. Elle n’était plus seule, elle se sentait entière, elle était en harmonie avec chaque partie de son corps et de son esprit. Un sourire apaisé apparut sur ses lèvres et quand elle réussit à détourner le regard un instant elle put constater que ce qu’elle avait ressenti avait touché toutes les personnes présentes. Certains pleuraient même de joie mais étaient vite consolés par leurs camarades. Certains elfes s’étaient même rapprochés d’autres espèces sans s’en soucier comme ils l’auraient fait en temps normal. Au centre de la ronde noire, une silhouette floue se mit à voler dans les airs. Via ne comprit pas comment elle était apparue mais la déesse était là, devant eux, resplendissante dans une armure noire aux reflets bleus, ses cheveux azurs voletant autour de sa taille. Ses traits se précisaient au fur et à mesure et quand le flou qui l’entourait disparut, chacun put voir Laria et son regard perçant qui balayait la foule.

Encore totalement dans le vague et ressentant encore les effets de l’incantation qui l’avait assailli quelques temps plus tôt, Via ne fut pas choquée le moins du monde quand une voix dans sa tête lui ordonna de se mettre à genoux devant la déesse. Des froissements de tissus, des crissements de chaussures sur le sol et les bruits des éventails et des ombrelles se repliant, emplirent le jardin pendant quelques secondes avant que l’assemblée au complet ne se mette à genoux et ne garde le silence. Ils semblaient tous comme drogués par les paroles mélodieuses des magiciens et la présence bleutée les rendait encore plus émerveillés et troublés, embrumant leur cerveau. La silhouette volante attendit, savourant cette plénitude et cette foule qui l’avait obéie. Elle leva alors un bras à l’horizontal, paume vers le bas et le plaça au-dessus de la tête du jeune garçon, au centre du cercle noir.

- Je te bénis, ô mon héritier bien aimé. Sache attendre ma prochaine venue, à la mort de ton père, et alors roi tu seras et resteras.

Laria, ou du moins ce qui lui ressemblait étrangement beaucoup, avait parlé d’une voix grave et autoritaire. Ystar, d’habitude fier et vantard, tremblait et n’osait pas lever les yeux pour voir ce qui venait d’apparaître au-dessus de sa tête. Les magiciens avaient-ils réellement appelé la déesse à venir bénir ce jeune garçon ou avaient-ils créé une image très ressemblante pour donner l’illusion de cette présence divine ? Via doutait de ce prodige et, bien qu’ayant déjà eu vent de ce phénomène quand son père lui avait décrit sa propre cérémonie, elle doutait toujours de la puissance des hauts magiciens et de l’existence des dieux dans le monde d’ici bas. La magie ne pouvait commander les dieux et encore moins la déesse. « Peut-être que les Enèdjär pratiquent la magie comme jamais personne n’avait osé le faire ? », pensa-t-elle. La présence bleutée l’attirait inexorablement et, avant de disparaître, l’illusion sourit à la jeune fille. Via avait retenu son souffle quand le regard divin l’avait étudiée, elle et sa sœur. La silhouette les avait reconnues et, retenant avec peine un haut-le-cœur, elle détourna les yeux pour de bon, retrouvant ainsi entièrement l’usage de son corps. Laria avait disparu et les cinq magiciens étaient retournés près du roi. Ystar, comme le reste de la foule, se relevait avec peine. Il grimaçait comme courbaturé et accueillit avec plaisir le verre de vin que lui offrit un des conseillers de son père. Il tremblait encore et des gouttes de sueur dégoulinaient depuis son front et son cou. Durant de longues années, il avait insulté la déesse à de nombreuses reprises, la critiquant allègrement parce qu’il n’avait pas les cheveux aussi bleus que ceux de ses sœurs. Pourtant, elle l’avait béni et l’avait même appelé « son héritier ». Cela lui avait fait très plaisir et il s’était alors promis d’assister à toutes les cérémonies religieuses qui célébreraient la déesse. Ainsi donc, les cheveux bleus n’étaient pas le seul signe de descendance de la déesse. Il devait posséder une autre marque distinctive qu’il s’empresserait de trouver au plus vite.

Les serviteurs avaient profité de ce laps de temps pour installer les desserts sur les tables. Des gâteaux de toutes tailles et de toutes formes avaient été joliment placés sur les plats argentés. Les couleurs resplendissaient et ceux dont le ventre n’était déjà pas plein se précipitèrent pour goûter un peu à tout. Via, ayant repris ses esprits, regarda autour d’elle mais n’aperçut ni Lemy ni son frère. Leur père discutait avec le sien et les deux hommes s’avançaient vers les tables pour boire un dernier verre. Elle marcha encore un peu et se rapprocha de la grande fontaine pour se mouiller le visage. Cette idée avait apparemment effleuré l’esprit de beaucoup d’autres personnes qui n’hésitaient pas à s’asperger pour se rafraichir. Lildrille réapparut soudain. Quand il la vit, le visage encore un peu mouillé, il lui fit signe et s’assit à la table qu’ils avaient occupée quelques temps plus tôt. Lemy vint les rejoindre, ne pouvant plus supporter la présence de son père.

- Vous pensez que c’était vraiment elle tout à l’heure ? demanda Via.
- Certainement une image qu’elle a pu commander de là où elle se trouve, répondit la jeune elfe après un petit moment de réflexion. Ou une totale illusion, un tour de passe-passe. Qui sait si elle existe vraiment ?

Via acquiesça car c’est ce qu’elle pensait aussi. Sa sœur aurait traité Lemy d’hérétique. Comme pour le reste de sa famille, très pratiquante, la déesse était tout et existait forcément. Aucune preuve n’était obligatoire pour la foi. La princesse, pour qui son ancêtre ne lui inspirait rien de bienveillant, même après ses nombreuses lectures, se remémora les derniers instants. Le regard que la déesse avait posé sur Via avait tout de même paru si réel qu’elle en était encore toute retournée. Lemy jeta un regard furieux à son frère qui détourna la tête. Il semblait encore perdu dans ses pensées. Ce silence pesant était désagréable mais les rires fusaient autour d’eux et le bruit de la fontaine était réconfortant tant par sa régularité que par sa force. Ystar avait recouvré sa vigueur et était aux anges. Il paradait parmi la foule et nombreux étaient ceux qui le félicitaient.

- Lildrille n’a pas assisté à cette partie de la cérémonie, expliqua Lemy, apparemment déçue par l’attitude de son frère. Celui-ci ne semblait pas vouloir se justifier devant quiconque et répliqua un amer « mêle-toi de tes affaires sœurette », intimant ainsi à sa sœur de sortir de sa tête et plus vite que ça.

Via peinait à comprendre le garçon et le suivit des yeux quand il se leva pour s’éloigner. Même si les elfes ne croyaient pas en Laria, ils se devaient, par respect pour leur souverain, d’assister à la totalité de la cérémonie. Beaucoup de gradiens, d’ildiens ou d’elfes, semblaient d’ailleurs furieux. S’agenouiller devant une déesse à laquelle ils n’accordaient aucune crédibilité, avait porté un coup à leur fierté. Le roi était-il conscient de ces divergences d’opinion ? « Il ne doit pas s’y intéresser », pensa la princesse avant de jeter un regard lourd de reproches à son amie.

- Qu’avez-vous toujours à vous chamailler de la sorte ? demanda Via, mécontente que ses deux seuls amis lui gâchent le sentiment de plénitude qui l’avait assailli plus tôt.
- Je ne saurai l’expliquer, soupira Lemy, fixant la table. Beaucoup de choses le préoccupent et, après sa dernière année d’études, il a changé en tout. Il est devenu plus sinistre et déprimé que jamais. Etre tombé amoureux de toi n’a pas arr…

Lemy, soudain confuse, se tut et regarda Via d’un air désolé, lui faisant ainsi comprendre qu’elle n’avait pas fait attention à ce qu’elle disait. Via se mit à rougir et, pour cacher son désarroi, jeta un coup d’œil aux environs tout en réfléchissant à ce qu’elle venait d’entendre. Elle s’en doutait et, depuis un moment déjà. Il avait une façon de la regarder, de lui parler et de lui sourire et avec elle il se comportait différemment. Cependant, elle avait voulu se cacher à elle-même tout ceci car elle ne savait pas ce qu’elle ressentait pour lui. Elle avait bien conscience des règles religieuses et des lois mais ne les craignait pas. Via ne comprenait pas que l’on puisse interdire les relations inter-espèces quand elle-même s’entendait bien avec ses amis elfes. La chance avait voulu qu’elle naisse dans une famille royale ce qui lui accordait le droit de cohabiter avec les autres familles qui régentaient le pays. Lemy, qui observait consciencieusement la jeune fille, tenta une nouvelle fois de lire les pensées de son amie mais se heurta à un mur. Grognant intérieurement, elle ne put s’empêcher de lâcher :

- J’ose espérer que ce n’est pas réciproque. Tu sais très bien que c’est voué à l’échec.

Contre toute attente, Via, pas le moins du monde contrariée, répondit d’une voix si basse que Lemy dut tendre l’oreille :

- Peut-être bien. Tu dois avoir raison.

Via se tortillait les cheveux et paraissait soucieuse. Lemy préféra parler d’autres choses ce qui permit aux deux jeunes filles de passer le reste de l’après-midi sans voir le temps passer. Via se demandait tout de même ce que pouvait faire Lildrille. Elle s’inquiétait pour lui. La fin des réjouissances approchait et le peuple, comme certaines familles, quitta le jardin après des adieux élogieux au roi et à sa famille. Certaines familles allaient rester pour la nuit au palais afin de reprendre la route le lendemain en début d’après-midi. Linaria était, en effet, un assez vaste royaume et certaines régions s’avéraient très éloignées les unes des autres. Les jeunes gens, de l’âge de Via, qui devaient passer leurs examens dans les deux jours, resteraient au château sous la tutelle de leurs professeurs. L’examen se déroulerait au centre de la ville, non loin du palais royal.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 13 Juil - 12:55

Après être parti en colère, Lildrille en avait profité pour rejoindre quelques membres des Protecteurs afin d’échanger avec eux et de discuter des problèmes dont ils devaient s’occuper. Certaines espèces de chouettes semblaient menacées dans le nord du royaume où les Hommes leur donnaient la chasse dans le simple but de prouver leur valeur. Ces régions, souvent enneigées, permettaient effectivement à certains rapaces de se cacher aisément. Il était cependant très compliqué de changer les traditions d’un peuple, surtout quand celles-ci remontaient à quelques centaines d’années. Lildrille prit plaisir à cette conversation et en apprit beaucoup plus qu’il ne l’aurait espéré. Cela lui permit de penser à autre chose et de retrouver une expression calme et posée.

Dès qu’il avait appris que les pensées de Via étaient sous protection magique, il avait arrêté d’angoisser inutilement. Il n’aurait pas supporté de dévoiler ses pensées, ses sensations et ses rêves à la jeune fille sans en retirer une certaine humiliation. Cela lui avait finalement permis de danser avec elle, ce qu’il n’aurait jamais imaginé, même dans ses rêves les plus fous. Les commentaires très désagréables de certaines familles pratiquantes, ne l’avaient même pas blessé tant il s’était senti entier et confiant en cet instant. Mais il n’était pas destiné à vivre ainsi. La fête prit fin et son père finit par l’appeler. Il le réprimanda outrageusement et ce, devant toute une délégation elfique. Lildrille n’avait rien répondu mais ses muscles s’étaient tendus et ses poings s’étaient resserrés. Tout son corps avait réagi violemment face à ces commentaires acides et dénués de tout sentiment paternel. Sa sœur lui avait lancé des regards froids comme pour lui dire qu’elle l’avait pourtant prévenu mais qu’il n’en faisait qu’à sa tête. A un contre deux, il savait ne pas pouvoir faire le poids et il avait du quitter le palais sans un au revoir pour Via. Sa propre famille avait réussi à gâcher cette journée et il leur en voulut pour cela. Il avait donc suivi les conseillers de son père d’un pas mécanique, le visage fermé et la tête baissée.

**

Sylvia Li, originaire de la région de Gally du pays Elah, vivait paisiblement dans un des nombreux quartiers de la ville d’Ys. Ysa, quartier sylvestre, se situait dans la forêt de Selva où une multitude de cabanes en bois ou en métal fin avaient été construites. Sylvia vivait seule avec sa mère dans une de ses habitations plutôt modernes composées de quatre pièces : deux chambres, une cuisine et un salon. La jeune fille passait son temps à s’entraîner à tirer à l’arc alors que ses camarades préféraient lire, discuter de tout et de rien ou se confectionner de nouveaux vêtements. Sylvia rêvait d’égaler son père afin d’intégrer la Trinité des archers et d’y être la première femme acceptée.

Mais le monde des hommes était cruel, elle le comprit, malheureusement trop tard. Ses expériences amoureuses n’avaient été qu’échecs et violences, sa vitalité et son moral s'éreintant dans une terrible tristesse. Avec le temps, la jeune femme devint solitaire, ne supportant que sa simple présence. Sa mère, qui ne s’était jamais occupée d’elle, ne changea en rien son attitude indigne et laissa sa fille s’enfoncer de plus en plus dans un gouffre sans fond. La haine et la douleur s’accumulèrent. La guerre et l’écoulement du sang étaient sa seule façon de se libérer de ses peines.

En l’an 800, la Sourégeance des Hommes du Nord en Linaria était assiégée par des hordes de nains et d’elfes provenant de Gally. Les hommes du Nord avaient volé l’or des nains que ces derniers avaient récupéré dans les mines Galliques. Ces mines étaient uniques en leur genre et les expéditions causaient en général la mort de nombreux ouvriers. Furieux, les nains, armés de leurs épées Thorn, et les elfes, leurs alliés depuis toujours, déclarèrent la guerre à ces humains avides de richesse. Sylvia s’engagea dans l’armée Galliana aux côtés des guerriers elfes. Sa soif de sang augmentait alors que l’armée s’approchait des terres Linariennes. Les hommes allaient payer pour leur lâcheté.

Mais ce vol était une diversion. Les humains avaient dans l’idée de voler un des artefacts nains gardés précieusement dans des coffres aux propriétés spécifiques et entourés par des créatures dont on disait qu’elles étaient la cause des tremblements de terre dans la région. Pas le moins du monde effrayés, les humains désiraient ardemment s’emparer de l’Erêtré, un objet légendaire dont seules les propriétés magiques étaient connues des autres espèces. Célèbre pour avoir permis au peuple nain une évasion réussie dans les temps plus sombres, cet objet à la forme méconnue et à la force mythique, était très prisé des autres races qui voulaient se protéger de la même manière que les nains.

Sylvia tua nombre d’humains jusqu’au coucher des deux astres. Un soleil rouge l’aveugla et fit resurgir en elle des images d’un passé lointain. Les nains avaient récupéré leur or et avaient même fait un marché avec les hommes. Si l’or les intéressait tant, il leur en serait vendu en échange de nourriture, d’armes et de vêtements. Les deux partis se mirent d’accord après maintes délibérations houleuses. Les humains, chargés du vol de l’artéfact, avaient tous été tués dans de mystérieuses circonstances et, désireux de vivre en paix, les nains, bien que n’oubliant rien, avaient préféré passé outre cet affront, pour l’instant.

Cette toute nouvelle expérience avait plu à la jeune femme qui en réclamait encore. Sa haine ne demandait qu’à sortir et s’exposer sur un champ de bataille. Elle voulait tuer, tuer jusqu’à ce que son corps ne devienne qu’une arme tranchante insensible à la douleur, laissant partir au loin tourments et chagrins. Elle désirait juste s’oublier, se libérer d’elle-même, devenir quelqu’un de plus fort, une personne sachant faire face aux situations complexes ou troublantes, se transformer finalement en une femme courageuse et indépendante, capable de maîtriser ses désirs les plus enfouis comme ses pensées les plus sombres. Son but était clair dans son esprit et son âme ne désirait plus que l’apaisement. Cette route serait certainement longue et parsemée d’embûches, anémiant ses traces de volonté mais renforçant son extraordinaire rage de vaincre, montrant ainsi aux hommes, qu’une femme autrefois soumise pouvait jouir de sa liberté et les anéantir.

Sylvia décida alors de créer une école guerrière où ses élèves seraient éduquées de telle sorte qu’aucune autre lame que la leur ne puisse les perforer. Elle enseignerait à ces jeunes filles ses idées, ses principes, sa vie et son art du combat. Elle appela son école Anicra, nom d’une technique très utilisée pour paralyser et qu’elle maîtrisait à la perfection. Peu de personne voulait de cette école. La région de Gally lui interdit d’enseigner. Sylvia revendiqua alors le droit qu’avaient les femmes d’apprendre à se défendre et à se battre comme le faisaient tous les hommes. Après mûre réflexion, le Directeur, régnant en roi sur le pays, accorda à la guerrière la permission de créer son école. Anicra vit ainsi le jour.

Des jeunes filles venaient de toutes les régions du pays et même des autres territoires afin d’acquérir les aptitudes de la guerrière impitoyable. Sylvia ne faisait pas qu’enseigner l’art de la bataille, elle apprenait également à ses disciples un art de vivre tout particulier, tenu secret. Les habitants craignaient ces jeunes filles quand, avec leurs capes rouges, elles couraient dans les recoins des villes afin de poursuivre des espions désireux de découvrir leurs techniques cachées.

La bataille qui glorifia les Lanicra, élèves de Sylvia, fut celle de la montagne Sacrée, qui opposa l’Alliance Aera à l’Alliance Apolyon. Depuis la nuit des temps, le pays était gouverné par un Directeur qui détenait tous les pouvoirs. Le peuple n’était pas dans ses priorités alors que seule sa propre survie comptait ; tel était l’égoïsme et la grandeur de ce dirigeant. Son attitude n’était pas si différente des autres monarques des pays voisins, comme si chaque souverain s’était mis en tête de l’imiter.

Ainsi donc, de plus en plus détesté par son peuple, le Directeur n’arrivait plus à maintenir l’ordre. Sa garde privée, les prétoriens de Nadhélite, le protégeaient cependant encore. Nadhélite était un petit village du centre du pays, dans la région de Lhuo, lieu hautement connu de par la création de l’école des prétoriens du temps des premiers rois. Malgré cette protection de grande qualité, rien ne pouvait arrêter le mal qui se propageait dans le pays. Le Directeur fut assassiné, ainsi qu’un quart de ses gardes, par des citoyens désirant changer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants.
Le chaos continuait de se propager dans tous les esprits. Il fallait maintenant élire un nouveau Directeur. Selon la loi habituelle, un descendant de ce dernier devait alors prendre sa place. Le Directeur mourut pourtant sans laisser d’enfant derrière lui. Le peuple vit alors ses chances de s’affirmer enfin ! Plus personne ne voulait de nouveau Directeur qui posséderait les pleins pouvoirs. Le peuple préférait instaurer la démocratie ainsi qu’une forme de gouvernement où il pourrait montrer qui il est et décider.

Deux camps s’opposèrent alors : l’Alliance Aera qui unissait une majorité d’elfes et de nains du pays, puis l’Alliance Apolyon qui combattait pour le pouvoir et ralliait les humains aux fées Nissaéennes. Ces dernières étaient malfaisantes ; leurs ailes noires et leur forme obscure effrayaient les habitants des bois qu’elles fréquentaient ; leur ombre sombre s’allongeait jusqu’à la cime des arbres et leurs cris perçants faisaient fuir les oiseaux. Leurs vêtements scintillaient dans la nuit alors que la lune disparaissait comme repoussée par cette aura terrifiante. Leurs yeux bleus et leurs cheveux rouges les rendaient majestueuses de beauté ; cette beauté effrayante qui surpassait le réel afin de pénétrer dans cet irréel angoissant où seul régnait le froid de la mort. Leurs pouvoirs leur permettaient de se transformer à volonté en des oiseaux noirs et immenses, tels que les corbeaux ou les aigles. Mieux valait être ami avec elles, si l’on ne voulait pas mourir dans d’affreuses circonstances…

Apolyon était un de ces hommes au sang chaud qui guerroyait pour le plaisir. Le pouvoir l’attirait, pareil à un aimant, et ses techniques de combat sollicitaient le respect. A la tête de l’Alliance, il semblait parfait. Proche du Directeur, il ne l’était en réalité que pour s’informer des décisions prises par le pouvoir, et, quand cela le lui permettait, manipuler le plus puissant des hommes du pays.

Très tôt ce matin-là, sur la plaine des Arcanes, le combat commença. Le sang gicla, les corps tombèrent. Apolyon était fort et restait debout malgré les multiples assauts levés contre lui. Sa rage était telle qu’il tuait sans distinction ennemis et alliés. Les fées Nissaéennes, transformées en aigles noirs, surplombaient le champ de bataille et se laissaient tomber dans ce maelström, quand l’opportunité se présentait. Ces formes ailées qui tournoyaient au-dessus d’eux, pareils à des vautours, faisaient trembler tout le monde, même les humains. L’Alliance Aera, dirigée par le valeureux Sizca Dénit, tombait petit à petit sous le joug terrible de ses adversaires. La défaite ne pouvait être que la seule issue envisageable pour les assiégés.

Arrivant avec discrétion, sous leur cape rouge étincelante, les Lanicra firent leur apparition en même temps que les rayons de soleil. Leur course gracieuse les portait tel des danseuses affirmées ; leurs cheveux volaient tranquillement autour d’elles alors que les lames des épées sortaient des fourreaux et que leurs cris sauvages perçaient les ténèbres de la nuit. Le noir et la défaite devinrent victoire et soulagement. L’Alliance Aera reprit confiance en elle tandis que les jeunes filles se plaçaient dans leurs rangs. Le combat jusqu’ici inégal, se transforma vite en carnage en faveur des anciens assiégés. Apolyon mourut sous l’assaut de plusieurs Lanicra qui le tranchèrent de toutes parts avant de faire voler ses derniers morceaux dans le ciel où se trouvaient encore beaucoup de fées Nissaéennes. Celles-ci prirent peur et décidèrent de s’enfuir. Les humains restant furent sévèrement tués et enterrés là où ils échouèrent. Les guerrières n’avaient aucune pitié et n’en accordait qu’à leurs alliés quand ils le méritaient.

Les capes rouges se regroupèrent progressivement afin d’établir le bilan de la bataille. Les jeunes filles parlaient vite et clair. Les mots s’échappaient de leurs bouches alors que leurs lèvres faisaient de petits mouvements imperceptibles, comme si leurs paroles devaient restées secrètes. Et elles le devaient. Elles étaient une trentaine, blondes, brunes, elfes, humaines, grandes, minces, sérieuses et toutes abhorraient ce visage cruel et tranchant qu’on leur avait appris. La discipline était leur mot d’ordre, la tactique leur état d’âme et la réussite leur raison de vivre. Tout semblait satisfaisant aujourd’hui. L’ennemi était terrassé, le peuple allait pouvoir régner en maître et les Lanicra seraient enfin aimées. Chacune échangea avec sa collègue un sourire qui en disait long. Leurs esprits n’étaient déjà plus là, ils se mettaient d’abord à vagabonder par-delà les frontières de ce monde avant de revenir sur cette terre vide et dépourvue de bon sens.

Autour d’elles, le champ était complètement essarté, la montagne paraissait dévastée, l’herbe et les fleurs semblaient comme privés de vie. Mais leurs alliés étaient heureux. Ils chantaient et riaient de bon cœur après avoir échappé de justesse à une mort certaine. Les Lanicra se mirent alors en formation, chacun les unes derrière les autres, et ce, sur plusieurs lignes. Leurs visages reflétaient leur fierté et leurs postures leur apaisement à l’approche de Sizca Dénit. Ce dernier était tâché de sang ; ses vêtements jadis vert émeraude ne ressemblaient plus qu’à un corps maculé de rouge vif qui ne cessait de suinter et d’imprégner la terre. Son épée traînait sur le sol comme éreintée par la dure bataille. Son expression était des plus rassurantes alors que ses cheveux lui tombaient jusque devant les yeux.

- Lanicra ! s’exclama-t-il devant les rangées rouges qui s’étalaient devant lui. Je ne puis être que reconnaissant envers vous et vos faits d’armes épatants. Merci à toutes. J’ai une dette envers vous, je vous dois tellement et …
- Cesse de te mettre à genoux devant nous, ô Dénit. Sache que nous agissons sans attendre aucune récompense et que personne ne nous doit autre chose que son respect. Nous aimons combattre et avons choisi notre camp. Ici s’arrête cette discussion.

La femme qui venait d’interrompre Sizca était grande ; ses cheveux restaient cachés sous sa capuche rouge mais ses yeux regardaient droit devant elle. D’un geste rapide de la main, elle retira sa capuche et dévoila son visage serein et marqué de cicatrices.

- Je suis Sylvia, fondatrice de cette nouvelle Trinité. Le peuple nous craint et nous hait, encore et toujours… mais j’espère qu’avec ton aide et tes dires, tu nous porteras chance afin que le monde sache que nous ne sommes pas à craindre. Voilà mon seul et unique souhait. Qu’en penses-tu ?

Sylvia était sortie du rang pour se mettre juste devant le soldat. Ses mains, restées derrière son dos, tremblaient quelque peu. Sa peur était palpable. Elle n’avait jamais osé demander une telle faveur auparavant et cette force nouvelle qui l’avait encouragée à parler ainsi ne la rassurait guère. Sizca ne sembla en rien troublé par cette requête. Il s’était attendu à quelque chose de plus difficile à accorder.

- J’accepte avec plaisir. Votre bravoure n’aura pas d’égal quand je la décrirai, votre force sera exceptionnelle avec mes mots et votre sagesse reflètera votre esprit bienveillant quand j’en parlerai. N’ayez crainte Lanicra, je suis votre allié.
- Ne va pas dans l’excès, seigneur, répondit Sylvia avec sérieux même si un sourire commençait à se dessiner sur ses fines lèvres. Nous te remercions infiniment et te disons adieu.

D’un signe de la main, Sylvia commanda à ses guerrières de rentrer à l’école où leurs lits bien chauds les attendaient. Le soleil était bien haut dans le ciel maintenant, mais le sommeil et le repos n’attendaient pas d’heure précise. Les capes rouges disparurent avec la même célérité que lorsqu’elles avaient apparues au lever du jour.

- Cette journée restera à jamais gravée dans les mémoires … pensa Sizca alors que ses propres guerriers venaient à lui pour l’acclamer.

Chaque bataille avait son but caché, qu’il soit bon ou mauvais, juste ou maléfique, la guerre aboutissait forcément à un autre état, mais pas celui auquel on s’attendait toujours. La mort et la tristesse des uns comme le bonheur des autres étaient le prix à payer car, que l’on soit hommes, elfes ou fées, notre nature, plus animale que raisonnable, nous dictait ses lois les plus primitives aux plus sauvages et nous forçait à agir contre notre inconscient qui savait, et avait appris, que le conflit n’était pas la meilleure voix permettant d’accéder à l’harmonie parfaite du monde et à la paix. Mais l’inconscient restait inatteignable quand l’esprit était assailli par ces sombres pensées, et la raison n’était pas ce que les hommes, elfes ou autres préféraient quand leur soif de sang dépassait les limites de la bienséance.

Ainsi, depuis ce jour, la Trinité Anicra entra dans les archives de la Trisalliance. Cette archive énumérait officiellement toutes les Trinités, mais aussi les Silices et autres Guildes que comptait ce pays. D’une trentaine de membres, la Trinité finit par accueillir des centaines de jeunes filles venues de tous les pays voisins. Sylvia se trouva vite débordée et dut créer d’autres écoles. Nommer une directrice pour les nouveaux bâtiments avait été une tâche difficile mais les rares femmes qui avaient su triompher des épreuves infligées avaient été nommées immédiatement à leur tête. Sylvia était fière de ses élèves et le peuple, bien que toujours quelque effrayé par ces capes rouges, les soutenait. Les temps avaient changé.


**

Via referma son livre et soupira. Elle était épuisée et venait de lire le troisième document sur la Trinité Sylvia que son professeur lui avait donné. Elle en savait maintenant assez pour ne pas se tromper lors de l’épreuve qui évaluerait ses connaissances de la planète et, notamment, celles sur les groupes organisés des différents royaumes. Son esprit vagabonda encore quelques instants avant que le sommeil ne vienne l’attirer à lui. La nuit était arrivée bien vite après cette cérémonie et le palais avait été bruyant lors du dîner avec la foule qui allait l’occuper pour les deux jours à venir. Via s’était même disputée avec Ladri, un jeune elfe de la maison Arcaya qui s’obstinait à dire et à répéter que Laria était originaire de cette planète.

- Bien sur que non, avait ri Via, se demandant si le jeune homme se moquait d’elle. Elle vient de la planète Ultime.
- Tu mens, lui répliqua Ladri, d’un ton hautain. Elle est née ici mais dans un pays lointain que nous ne connaissons pas très bien. Cette histoire de planète n’est que pure fiction. Ce n’est pas parce que tu es sa descendante qu’il faut que ses origines te montent à la tête.

La discussion avait fini par dégénérer rapidement mais le roi était intervenu pour calmer le jeu. Via ne s’était jamais énervée de la sorte et, même Loria, qui s’étonnait rarement, avait arrêté sa conversation avec le conseiller du roi pour observer sa sœur d’un œil ahuri. « Heureusement que le sujet des dieux et déesses n’est pas au programme de ce premier cycle », pensa Via. Personne n’avait cherché à contredire ce garçon vulgaire qui avait pris un malin plaisir à la faire sortir de ses gonds. Personne ne s’était en fait intéressé à leur conversation jusqu’au moment où les deux protagonistes s’étaient mis à crier un peu trop fort. Une fois dans sa chambre et après avoir salué poliment tous les membres de la pièce où se déroulait le dîner, Via avait décidé de se calmer en lisant les fiches de révision que lui avaient confectionnées son professeur.

Pourtant, elle n’arrivait pas à s’apaiser. Des bribes de conversation lui revenaient sans cesse en tête et des images de Lildrille, souriant et dansant avec elle, la faisaient sourire. Elle avait été déçue de ne pas le revoir une fois la cérémonie terminée mais elle avait tenu sa promesse sur le Mal Noir. Son professeur était allé à la bibliothèque et lui donnerait demain des documents intéressants sur la question. Ils discuteraient aussi de ce problème lors du petit-déjeuner car Via comptait en parler à son père. Ce sujet semblait inquiéter les elfes et, étant voisin de la Sourégeance où se trouvait la forêt touchée, le roi se devait, selon Via, d’intervenir au plus vite pour éviter la diminution de certaines activités et la propagation de ce mal vers les autres forêts. Après quelques minutes de réflexion sur le sujet, elle s’endormit presque instantanément. Quelques unes de ses fiches de révision voletèrent à travers la pièce quand elle les écarta à la va vite et, n’ayant pas pris le temps de retirer sa robe, elle s’assoupit.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mer 18 Juil - 14:14

« Je n’écoutais pas les rumeurs. Et maintenant, je sais que j’ai eu tort. Je ne m’attendais pas du tout à ce qui allait m’arriver quand je m’étais présenté devant le conseil Magique, content et fier de moi. J’avais passé toutes les épreuves avec succès et j’avais prouvé ma force et mon agilité quant au maniement des multiples formes de la magie. Les cinq hauts magiciens m’avaient félicité avec emphase et j’avais serré leurs mains avec bonheur quand ils m’avaient accueilli dans leur groupe.

Je m’étais senti heureux quand j’avais prêté serment devant toute une assemblée réunie pour assister à l’élévation du sixième haut magicien du royaume. Le dernier. Le damné. Le maudit. La cape noire, emblème principal des Enèdjär, m’allait à ravir et je me sentais enfin entier dans cet accoutrement dont j’avais tant de fois rêvé par le passé. Je me sentais à ma place parmi mes cinq autres compagnons qui m’appelaient désormais par mon prénom et non plus par ma position. La sixième. La dernière. La damnée. La maudite.

J’appris énormément de choses. Certains sortilèges me dépassaient totalement mais je n’étais pas seul. Je pouvais communiquer avec mes camarades par la pensée. Dès que je me sentais en difficulté, je n’hésitais pas à leur parler et à leur demander conseil. Je grandis et mûris parmi eux. Mon amulette d’Alaha, noire, pour mon entêtement, ma rapidité d’action et mon dévouement, avait été posée sur mon front quelques jours après la cérémonie. Cette marque de pouvoir, comme la cape de la même couleur, me conférait des droits spéciaux et uniques.

J’admirais la sagesse et le courage de Chris, l’aîné du groupe. Il parlait toujours avec calme et sa voix m’apaisait. Je buvais ses paroles et il prenait soin de moi. Il était devenu un père spécial que je ne cessais d’aimer. A travers chacune de mes actions, j’essayais de me montrer à la hauteur de ma fonction et je ne m’en sortais pas trop mal. Jusqu’à ce jour où je perdis pieds pour m’enfoncer dans un abîme sans fond qui m’engloutit. Je profite de mes derniers instants de lucidité pour vous envoyer ce message qui, je l’espère, vous permettra de garder une bonne image de moi. Je vous aime et vous admirerai toujours, quoi qu’il m’arrive. Ne permettez plus à quiconque d’obtenir cette sixième place. La dernière. La damnée. La maudite.

Jurez-le et je mourrai l’esprit tranquille.

Je vous aime tous et vous me manquerez beaucoup.

Avec toute mon affection et mon espoir, votre dévoué, Maguistant Sret »


Extrait de la dernière lettre envoyée aux Enèdjär par feu son dernier sixième membre, Maguistant Sret, année 1347


Chapitre 4
Tensions

Via ne fit aucun rêve cette nuit, ce qui lui permit de bien mieux dormir. L’examen était programmé pour demain et elle avait besoin de repos et de concentration pour être au mieux de sa forme. Le palais regorgeait déjà d’activité à cette heure très matinale. Elle s’empressa de se changer et opta pour une tenue décontractée d’un bleu très pâle. Sa robe la gênait dans ses mouvements mais elle devait faire bonne impression devant les régents présents et les différentes maisons. Elle se coiffa comme à son habitude et se força à ne pas tortiller ses cheveux pour que ses mèches restent lisses. Les invités dormaient, pour la plupart, dans l’aile du château qui leur était réservée. Les familles princières de Nidrine, Nalsine et du Sud, étaient restées loger au palais pour reprendre la route en début d’après-midi. Quand elle sortit de sa chambre, Via descendit dans le salon et croisa une dizaine de jeunes de son âge. Elle ne s’était pas attendue à les voir tous rassemblés ici mais, elle devait en convenir, cette pièce, avec la bibliothèque, était la plus spacieuse pour pouvoir réviser en paix. Ne supportant toujours pas les tentures guerrières, elle espérait ne pas être forcée de réviser ici.

Ladri lui jeta un regard sournois avant de reprendre sa conversation avec son professeure, une femme intelligente connue pour ses talents en mathématiques. Les jeunes présents dans la salle s’étaient habillé aussi simplement que la jeune fille bien que certains, comme la gradienne Vine de la maison Nartalios, faisaient sensation avec leurs parures d’or et la multitude de bijoux qu’ils portaient aux poignets ou autour du cou. Via et son professeur s’installèrent dans la bibliothèque, à la grande joie de la jeune fille, où se trouvaient déjà quelques étudiants. Une jeune fille fit un signe de la main à la princesse qui lui répondit pareillement. Claria, de la maison Chantesoie, parée de sa plus belle robe d’un blanc quasi transparent, était, sans conteste, la plus radieuse de la pièce. Ne le remarquant pas, ou faisant mine de ne pas s’en apercevoir, de jeunes garçons passaient leur temps à l’observer au grand damne de leurs professeurs.

Syr l’emmena à une table libre sur laquelle il déposa plusieurs livres, plus ou moins anciens. Apparemment, les recherches avaient été fructueuses et Via en fut ravie. Il lui montra les couvertures et la princesse prit le temps de lire les résumés tout en écoutant les commentaires de son professeur qui lui contait les principaux faits marquants contenus dans les œuvres qu’il avait lues. Un livre avait été particulièrement très intéressant. « L’auteur parle en effet d’un mal qui rongeât les forêts du pays voisin, Iaradel, il y a bien longtemps. Il décrit cela comme une souillure de l’âme des arbres et des plantes », dit Syr d’un air sérieux. Via parut soucieuse et lui demanda de plus amples explications qu’il fut content de lui fournir. Il lui fit alors savoir que toute dégradation de l’âme ne pouvait se faire qu’avec difficulté. La magie mise en œuvre pour détruire ainsi la vie ne pouvait être que dévastatrice et perfide. La force qu’il fallait utiliser devait aussi être phénoménale.

- Serait-ce de la magie noire ? demanda Via.
- Non, ce ne peut pas en être car telle magie ne demande pas autant d’énergie que celle qui affecte la forêt Larmoyante. Je ne sais de quelle magie il s’agit, Via, car je n’en avais jamais entendu parler. Les livres qui décrivent ce phénomène sont très rares comme tu peux le voir et ils ne mentionnent ce mal que très brièvement. Cette magie me semble ancienne et tout aussi dangereuse. J’en ai parlé au roi ce matin, avant que tu ne descendes mais …
- Il n’a pas paru inquiet, n’est-ce-pas ? lâcha Via, habituée aux réactions de son père.

Son professeur acquiesça en silence avant de reprendre :

- Je sais que les elfes sont beaucoup plus touchés et affectés par ce phénomène et que les Protecteurs travaillent déjà dans la forêt. Je leur ai envoyé un message pour les prévenir de ce que je savais.

Via lui sourit, lui signalant ainsi qu’il avait très bien agi et qu’elle n’aurait pas pu faire mieux. Bien que très jeune, Syr ne se préoccupait pas des mêmes choses que ses camarades du même âge. Très doué dans presque tous les domaines, aussi bien scientifiques que littéraires, son air sérieux et sa réputation de pacifiste, en faisait quelqu’un de très prisé par la noblesse. De plus, ses découvertes concernant les Plaques à la Force Triomphante, s’étaient avérées grandement utiles. Via se savait chanceuse de l’avoir eu comme professeur et elle ne pouvait s’empêcher d’être triste à l’idée de ne plus l’avoir à ses côtés. Il était devenu un ami bien qu’il semblait souvent éloigné. La jeune fille ne cessait de se demander si elle pouvait lui dévoiler ses rêves. Mais, quand elle avait voulu lui en dire un mot, aucune parole n’avait daigné sortir de sa bouche, comme si on l’empêchait de parler. Cédant à cet étrange phénomène, elle n’avait jamais pu se confier à quiconque et avait cessé de se questionner. Que ses rêves restent secrets ne l’embêtaient pas tellement finalement. Il l’aurait certainement prise pour une folle.

- Jusqu’à quand seras-tu protégée ? demanda Syr, concernant sa protection mentale.
- Jusqu’à la fin de ma Célébration. Chris a effectivement été généreux et j’ai réussi à le convaincre que je devais me concentrer comme jamais pour l’examen de demain. Mais je continue de m’entraîner chaque jour pour être prête à affronter les autres quand le moment sera venu.

Syr parut moins inquiet et sortit de son sac les fiches qu’il lui avait préparées. Jusqu’au repas de midi, Via s’acharna sur ses exercices de mathématiques, géométrie et algèbre avant de passer en revue les noms des plantes médicinales. Son professeur avait édifié une bulle magique autour d’eux afin que personne ne les entende et que personne ne les dérange. D’autres groupes avaient également opté pour cette protection des plus commodes. Via s’entraîna ensuite à dessiner une carte représentant les pays de la planète Arcaria sur laquelle se trouvaient les pays de Linaria, Iaradel et Elah, d’immenses royaumes aux frontières précises qui se partageaient les richesses d’un monde aux ressources inépuisables. Le plus difficile pour la jeune fille, après avoir récité à haute voix les fleuves, les montagnes et les principautés de chaque pays, était de mémoriser les noms des différentes maisons, famille de nobles des différents royaumes. Il en existait tellement que tout s’embrouillait dans sa tête. Elle peinait souvent à comprendre les devises ou les symboles des unes quand les origines et les actions des autres lui paraissaient vraiment étranges.

- La maison Arcaya compte environ quatre-vingt membres et ses origines remonteraient à un temps antérieur à la mise en place des hauts magiciens. Cette maison elfique, habitant principalement la ville d’Alissar dans la régence de Caharnha, a pour devise « Depuis toujours, pour longtemps ! ». Son symbole est le dragon nain bleu.
- Sais-tu au moins pourquoi ? demanda Syr. Devant l’étonnement de la jeune fille il continua, un air de réprimande dans la voix : Il ne suffit pas de savoir mais il faut comprendre, jeune fille. Cette maison faisait partie de la Sainte Rouge, un groupe d’envahisseurs du nord qui se servait principalement du sang pour écrire. Du moins, c’est que racontent les légendes. Les dragons nains, bien que petits, étaient des sources de magie efficaces et importantes qui permettaient au groupe de conquérir et d’assouvir les populations. Mais, trop avides, les sources de magie s’épuisèrent, tuant les dragons nains. Cette espèce ne se trouvait que dans le pays d’origine des envahisseurs qui fut par la suite décimé par plusieurs cataclysmes et diverses invasions. Aujourd’hui disparu, le dragon nain bleu est signe de la puissance ancienne, rappelant sans cesse que même ce qui est puissant peut tomber. Les membres de la maison actuelle descendent de ces envahisseurs qui ont fini par cohabiter avec les autochtones.

Syr continua à lui parler d’autres maisons pendant que la jeune fille prenait des notes. Elle se promit, pour elle-même, de lire plus d’ouvrages racontant les origines et les histoires des différentes maisons car cela pouvait s’avérer utile. Elle comprenait maintenant, d’ailleurs, pourquoi Ladri avait décrété que Laria venait de cette planète. Il devait croire, comme beaucoup de membres de sa famille sans doute, que la déesse était originaire du pays originaire de la Sainte Rouge, loin, vers le nord, ce qui fit sourire Via, peu crédule. Le pays en question ne devait plus exister à présent ou avait changé de nom depuis bien longtemps.

En fin d’après-midi, la princesse et son professeur quittèrent la bibliothèque pour aller se détendre dans le jardin. Ils marchèrent en silence jusqu’à atteindre le salon où se trouvaient plusieurs sorties pour accéder au jardin. Après avoir ouvert la porte, Syr prit Via par la taille et la jeta sur le sol. Désorientée, Via vit alors une chaise se fracasser dans le salon et éclater en de nombreux morceaux de bois. Elle remercia Syr qui avait déjà détalé dans le jardin pour avoir une explication, furieux. Ses livres s’étaient éparpillés sur le sol et, tout en pestant sur la froideur et la dureté du sol de la pièce, Via entreprit de tous les ramasser avant de rejoindre son professeur, en faisant bien attention à ne pas se heurter à une nouvelle surprise. Son dos lui faisait mal mais elle ne voulait pas imaginer ce qui aurait pu se passer si Syr n’avait pas réagi aussi vite qu’il l’avait fait.

La terrasse avait été mise sens dessus dessous : les chaises étaient soit cassées soit dans une position peu habituelle, la table, d’origine en cristal, nageait dans un océan de verre brisé et de nombreuses fleurs étaient éparpillées sur le sol. Les serviteurs, effrayés, s’étaient mis sur le côté et n’avaient pas osé s’interposer entre les deux jeunes garçons qui avaient mis à mal la terrasse. Syr retenait par les épaules un jeune elfe au visage rouge et au souffle court qui tentait désespérément de se dégager. Il tremblait de rage et avait du mal à se contenir. Il insulta copieusement Syr qui dut faire appel aux serviteurs pour tenir le garçon en place. Le bruit avait fini par ameuter d’autres élèves et leurs professeurs qui regardaient la scène d’un air assez surpris. Le jeune humain, contre qui s’était battu l’elfe, saignait abondamment et gisait sur le sol, parmi quelques morceaux de verre brisé. Plusieurs serviteurs avaient déjà sonné l’alerte et un guérisseur était en chemin.

Deux professeurs spécialisés en guérison s’étaient agenouillés près du blessé et tentaient d’évaluer l’ampleur des dégâts. Via, peu habituée à ces scènes de violence, s’écarta pour pouvoir s’adosser à la rambarde délimitant un des côtés de la terrasse. L’elfe était toujours aussi rouge et aucune des paroles des différents professeurs n’avait réussi à le calmer. Son propre mentor arriva, paraissant aussi furieux que son élève et, n’obtenant aucune explication après de multiples interrogations, assomma d’un coup de poing l’elfe qui tomba dans les bras de Syr et de deux autres serviteurs. Ardane, celui qui venait de frapper, s’excusa d’avoir utilisé la manière forte et, avec l’aide de certaines personnes, transporta le corps de l’elfe dans sa chambre. Un guérisseur de la guilde venait d’arriver et il pria les professeurs de le laisser faire son travail. Seules les personnes graduées du titre de guérisseur de la guilde du même nom pouvaient guérir en utilisant la magie. Le guérisseur portait une longue tunique verte agrémentée de nombreuses sacoches contenant des herbes médicinales ou des flacons contenant des liquides aux drôles de couleur. Il se mit à genoux près de l’humain et lui prit sa main droite.

- Je me nomme Astrien, se présenta-t-il au blessé bien que celui-ci ne l’entendît certainement pas. Astrien était un gradien plutôt âgé réputé dans la région pour l’aide qu’il apportait à tous. Par chance, il n’habitait pas très loin d’ici ce qui lui avait permis d’arriver très vite sur le lieu du drame. Toucher un humain ne semblait pas le répugner mais il fut la victime de quelques commentaires acerbes. Via trouva cela complètement stupide et remarqua qu’Astrien s’en fichait et continuait de faire son travail, comme si de rien n’était.



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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Dim 22 Juil - 14:45

**
Les deux combattants, Liandre, pour l’elfe et Carive, pour l’humain, ne s’étaient jamais bagarrés de la sorte auparavant. Ces actes de violence primaires n’avaient logiquement pas lieu au sein de la noblesse qui se voulait droite et autoritaire alors que le peuple connaissait depuis de nombreuses années ce genre de bagarres. Pourtant, après interrogation et une fois que l’elfe fut calmé, Liandre avoua être habitué à ce genre de rixes, choquant l’assistance. Le salon était plein à craquer : tout le monde, dont la famille royale, assistait à cet interrogatoire en règle. Ardane, décidément très mécontent, ne se satisfaisait aucunement des réponses de son élève qui, de surcroît, admettait des faits pour lesquels personne ne l’avait puni. Syr et Via se tenaient au fond de la pièce, près d’Ystar et de Loria, tous très attentifs.

- Les humains sont lâches et crétins. Jamais plus je ne côtoierai des humains, explosa Liandre mettant ainsi fin aux questions de son professeur. Sa rage s’était décuplée : être observé par autant de personnes le rendait encore plus nerveux que d’ordinaire. Il voulut se lever mais un garde du roi, installé derrière le jeune garçon, l’en empêcha, serrant son torse de manière à ce qu’il ne bougeât plus.

Ardane, furibond, quitta la pièce et les humains présents dans la salle se mirent à insulter Liandre qui semblait se réjouir pleinement de cette totale perte de contrôle. Via, brumeuse, ne comprenait pas très bien ce qui se passait. Syr l’a pris par la main et l’entraîna à l’extérieur de la pièce craignant que la situation n’empirât. Le roi tenta d’apaiser les esprits mais il avait beau hurler, les professeurs et élèves présents criaient bien plus fort que lui. Chaque espèce s’était retranchée dans son coin, formant comme une coalition bien distincte. Les insultes et gestes obscènes se faisaient nombreux. Les gradiens critiquaient ouvertement les humains et les elfes quand ces derniers se faisaient une joie d’offenser les humains qui, très susceptibles, devenaient de plus en plus rouges et colériques, s’harmonisant à merveille avec les tentures de la salle. La situation s’envenimait et le peu de gardes présents avait du mal à contenir cette foule en colère. Liandre voulut en profiter pour déguerpir mais la poigne de fer qui lui masserait la poitrine se fit plus insistante encore.

- Je vais aller prévenir les magiciens, ils pourront nous aider, dit Syr à son élève alors qu’ils s’étaient réfugiés dans la bibliothèque, silencieuse. Il partit en courant, toujours aussi efficace.

Via acquiesça, chagrinée de voir les choses tourner de travers après une si belle cérémonie. Finalement, les différents peuples ne semblaient pas si heureux que cela de se côtoyer. Il fallait aussi dire que c’était la première fois que les différentes espèces restaient ensemble un si long moment. Le choix de la date de la cérémonie, juste avant les examens, avait semblé être une excellente idée pour éviter les longs voyages pour de nombreuses familles, mais le roi, et sa femme, n’avaient pas du tout songé aux haines ancestrales qui animaient certaines maisons. Etant habitué, pour des raisons politiques, à rencontrer des dignitaires d’autres espèces, la famille royale acceptait la réunification bien qu’elle n’aurait jamais à l’idée de devenir amicale avec des personnes qui n’étaient pas humains. Accepter et tolérer étaient une chose, supporter en était une autre. Les religions étaient passées par là et, comme Laria, d’autres Eglises prônaient la séparation et le déni des autres peuples. Dans sa naïveté, Via n’avait pas fait attention aux nombreuses insultes qui avaient circulé lors de la cérémonie. Elle n’avait pas non plus fait attention au fait que, même pour leurs révisions, les élèves et professeurs ne se mélangeaient jamais. « Il n’y a que les magiciens qui savent se respecter finalement », songea Via. Des images de Lemy et Lildrille passèrent devant ses yeux. « Comment pourrais-je les détester seulement parce qu’ils sont différents de moi ? », se demanda-t-elle. Troublée par ses pensées, elle ne vit pas Dhanine arriver, avec son collègue gradien, Lidrine, dans leurs capes noires. Syr les accompagnait. Les magiciens étaient sur le point de partir et cet imprévu les mettait de fort mauvaise humeur. Via les regarda passer sans les voir.

- Via, assieds-toi et attends-moi ici, d’accord ?

La jeune fille s’assit mécaniquement et Syr s’en alla sans poser de questions, ce n’était pas son genre. De là où elle était, de lointains murmures de conversations endiablées, lui parvenaient. Elle ne distinguait aucune des paroles et ne voulait pas les comprendre de toute manière. Patiente et désireuse de se changer les idées, elle reprit quelques unes de ses fiches et les parcourut rapidement. La fiche de révision en question parlait des ildiens, ces êtres incapables d’utiliser une quelconque forme de magie. Personne, même les plus talentueux membres de la guilde des guérisseurs, n’avait réussi à comprendre cet étrange phénomène. Encore plus détestés que les autres espèces, ces ‘ignorants’, comme on les appelait, possédaient, comme les elfes, leur propre système éducatif.

Cependant, comme Via avait pu le constater, tous les elfes ne semblaient pas approuver celui-ci car, comme Liandre ou Ladri, certains avaient opté pour le système scolaire humain. Via trouva cela vraiment bizarre compte tenu des explications de Lildrille et des mystères qu’il faisait autour de ses années d’études. N’avait-il pas parlé d’un lien certain avec la nature ? Ce qui lui paraissait encore plus étrange était le fait que certaines familles aient accepté d’envoyer leurs enfants dans un système à forte dominance humaine. Certes, le choix des professeurs revenait aux familles mais les examens devaient toujours se dérouler dans des écoles humaines, près de la demeure royale, lieux où les espèces pouvaient se mélanger.

De même pour les gradiens qui, pour la plupart, aimaient le système auquel appartenait Via. Néanmoins, bien que participant à l’examen final de fin de cycle, leurs cours différaient et, de par certaines options qu’ils devaient choisir au début de leur scolarité, leur examen était différent et pouvait durer plus longtemps. Les étudiants devaient ensuite suivre un autre cursus, spécifique à leur espèce. « Peut-être que certains jeunes elfes ne veulent pas souffrir ? », se demanda-t-elle, faisant écho aux paroles douloureuses de son ami à propos de son éducation. Tout cela lui était encore très flou et elle préféra penser à autre chose. Les révélations que Lildrille lui avait faites ne faisaient que l’embrouiller davantage. Sa curiosité ne l’avait finalement pas grandement aidée ce jour-là mais elle ne comptait pas en rester là. Peut-être finirait-il par tout lui dire ?

**

Dhanine et Lidrine écoutaient attentivement Syr qui leur contait les derniers évènements. Dhanine n’avait pas semblé surpris outre mesure, habitué à ce genre de combats ridicules alors que Lidrine s’inquiétait grandement pour l’humain blessé. « Est-ce réellement sincère ? », se demanda Syr. Devant l’air déconfit du magicien, il avait du mal à douter de sa franchise. Cette compassion pour un humain, venant, de surcroît, d’un gradien, lui semblait extrêmement suspecte. A y regarder de plus près, il ne s’était jamais posé de questions particulières sur les bonnes, même excellentes relations, que partageaient les magiciens. En tant qu’humain, lui-même s’entendait très bien avec les deux magiciens, pourtant d’origine très différente.

- Nous n’avons pas encore eu de nouvelles, précisa Syr en réponse à la question de Lidrine. Il se trouve avec Astrien, dans sa chambre, dans l’aile des invités.
- Je vais le voir, dit le gradien, dont la chevelure dorée ressortait de sous sa capuche noire.

Il regarda son supérieur et, après quelques secondes de discussion spirituelle, remercia Syr et s’éclipsa. Il ne resta vite, au bout du couloir menant aux chambres, qu’une vague silhouette sombre. Dhanine semblait discuter en pensée avec les autres magiciens pour leur communiquer les dernières informations. Syr préféra ne pas le déranger et, immobile, attendit patiemment que l’Enèdjär ait terminé. L’elfe posa quelques questions à l’humain sur les combattants et les débats d’après-bataille. Quand le professeur lui fit savoir que de nombreuses familles se disputaient et s’insultaient, Dhanine secoua la tête, apparemment déçu. Avec le temps, les problèmes inter-espèces ne s’arrangeaient pas, loin de là. Cependant, il savait pouvoir compter sur l’aide des autres magiciens.

Quand Dhanine poussa la porte du salon, ce qu’il vit le révulsa : les injures continuaient de tomber et, pire encore, certains jeunes gens, au sang chaud, avaient commencé à se battre et le sang s’était mis à couler sur le sol, le rendant glissant. Le roi tentait, avec ses gardes arrivés en masse, de séparer les combattants sans se prendre de coups de poing. « C’est une chance que ces jeunes n’aient pas encore appris à utiliser leurs pouvoirs », se dit l’elfe. « Les dégâts auraient été bien plus graves ». Beaucoup de professeurs ne semblaient même pas s’être aperçus du comportement indigne de leurs élèves et continuaient de critiquer leurs confrères à tort et à travers. Les gardes tenaient fermement quelques garçons et une jeune fille à la robe déchirée. Dhanine leur ordonna de les calmer et de les emmener dans leurs chambres. A la vue du haut magicien, certains professeurs s’immobilisèrent, honteux, et suivirent leurs élèves que les gardes poussaient déjà vers la porte sous les huées de certains groupes. Cela faisait d’ailleurs un moment que les gardes ne s’étaient pas autant amuser. Habituellement, ils surveillaient discrètement les entrées et sorties de la famille et de leurs invités sans intervenir à l’intérieur du palais.

Par sa stature et son accoutrement, Dhanine en imposait et fit taire la majorité des insultes. Trois jeunes gens continuaient cependant à se battre et, pour montrer l’exemple, il leur lança un sortilège à la figure. Levant la main droite, il dirigea le flux d’air de sorte à ce que chacun des belligérants tombât à la renverse avant de s’évanouir.

- Emmenez-les, fit le roi après un signe de reconnaissance au magicien. Les gardes restants et les professeurs, sortirent vite de la salle avec les trois élèves inconscients. Helena et Loria s’étaient éclipsées depuis un moment mais Ystar était resté, ne voulant rien rater rien du spectacle.

« Plusieurs côtes cassées, de vilains bleus, un nez en mauvais état et des dents brisées. Il lui faudra beaucoup de repos et je ne pense pas qu’il sera apte à passer l’examen de demain », décrivit Lidrine, dans les pensées de son chef et de ses collègues. « Nous lui ferons passer nous-mêmes son examen quand il sera rétabli », répondit Dhanine. « Cela veut-il dire que nous devons encore rester ici », commença par s’énerver Lhonhas qui avait hâte de s’en aller. « Il semble que oui », fit Chris d’un air sombre, clôturant ainsi la conversation.


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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 17 Aoû - 0:20

**

La nuit tomba et le calme revint. Les étudiants soucieux étaient cloitrés dans leur chambre afin de réviser ; les professeurs, pour la majorité, étaient allés se coucher quand certains fumaient, bien installés dans le jardin éclairé par le ciel nocturne. Il ne restait plus grand monde au salon : le roi, affaibli et outré, était assis face à une des tables, méditant ; Dhanine et Chris discutaient depuis un petit moment et commentaient les derniers évènements ; Khor, faisant les cents pas autour de la plus grande table, tentait de comprendre et d’analyser ce qui avait fait éclater les hostilités tandis que Lhonhas, furieux et bras croisés, fixait le sol nettoyé avec intensité. Lidrine avait décidé de convoquer Liandre dans la chambre du blessé pour qu’il exprime ses excuses. Ses collègues, bien qu’appréciant grandement cette initiative, s’étaient quelque peu moqués de son optimisme. Ardane n’avait pas réapparu de la soirée.

- Je suis désolé de devoir vous obliger à rester ici, dit soudain le roi aux magiciens.
- C’est loin d’être de votre faute, seigneur, décréta Khor qui avait stoppé sa ronde.
- Ne vous en faites pas, mon roi, continua Dhanine, nous nous occuperons du jeune humain et de quelques uns de ses camarades et surveillerons attentivement l’examen de demain. Rien de similaire ne se passera plus au palais, nous vous le promettons.

La discussion dériva sur la dispute en elle-même. Le roi déplorait la conduite de ses sujets. Comprenant, mieux que personne, les haines inter-espèces, Falor ne se soumettait néanmoins jamais à de si bas et vils discours. Chris fit remarquer la violence des propos qui s’étaient échangés. Les bagarres des jeunes, sanglantes, avaient fait une dizaine de blessés. D’autres membres de la guilde des guérisseurs avaient été appelés afin d’aider les jeunes gens à se rétablir au plus vite. Pour la plupart, les blessures seraient guéries le lendemain. Le roi avait tout de même parlementé avec les guérisseurs pour que les jeunes combattants gardent un souvenir de cette journée : leurs cicatrices ne seraient en effet pas totalement effacées. Avoir ce genre de marques, dans un royaume plus ou moins en paix, était honteux et signe de malheur. « C’est une punition méritée », avait décrété le roi quand certains professeurs étaient venus se plaindre à ce sujet. De plus, au vu de leur attitude déplorable, le roi n’avait pas voulu apporté plus d’attention à leurs discours égoïstes.

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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 7 Sep - 23:58

Une fois le roi couché, comme le reste des habitants du palais, les magiciens avaient décidé de se réunir afin d’éclaircir certains points. Plusieurs réunions les attendaient à travers le royaume et rester ici ne les enchantait guère. Au palais royal, malgré la sécurité mise en place, les Enèdjär n’avaient confiance en personne. Le pouvoir était source de corruption et, par le passé, certains magiciens s’étaient heurtés violemment au roi qui les avait mis à mort sans attendre. Ces années sombres attristaient toujours les hauts magiciens qui s’étaient promis d’éviter toute allusion à cette funeste période. Dhanine, en tant que chef, faisait bien attention à ce qu’aucune de leurs paroles n’offensât qui que ce soit et, même si cela lui coûtait, il punissait ceux qui se bornaient à montrer leur impatience ou leur désaccord en public. Il avait d’ailleurs réprimandé Lhonhas pour son comportement égoïste.

Les cinq magiciens s’étaient réunis dans la chambre de Dhanine, assez grande et confortable pour cela. Ils avaient retiré leurs capes noires et s’étaient installés autour d’une table très simple, en bois. Les serviteurs, congédiés par l’elfe, étaient allés se coucher et avaient reçu pour ordre de ne déranger, en aucune façon, la réunion qui allait bientôt se jouer. Leur amulette brillait légèrement et s’harmonisait à la perfection avec chacune de leur tenue. La chevelure dorée de Lidrine, signe de son ascendance gradienne, ressortait sur le rouge de sa tunique quand les cheveux blonds clairs de Lhonhas se perdaient dans le jaune de sa chemise. Dhanine portait une veste ample et bleue marine et ses cheveux noirs étaient attachés en un chignon protocolaire. Khor, le roux, avait opté pour des vêtements de couleur verte agrémentés de multiples dessins représentant les animaux de la forêt dont il était très proche. Chris, ayant toujours préféré la simplicité, portait un habit droit et fin, semblable à ceux des prêtres, à la seule différence près que son choix avait plutôt porté sur du tissu blanc. Ses cheveux, autrefois d’un brun magnifique, se coloraient progressivement de mèches grises qui accroissaient la prestance du personnage.

Les prêtres de cette partie du pays, où se trouvaient, entre autres, le palais royal et les habitations de nobles maisons dévouées à la famille princière, habillés de bleu aux dégradés divers, avaient opté pour la couleur représentative de la déesse à laquelle ils devaient dévouer leur vie et leur âme. Les Hommes, attachés à Laria, considéraient comme un devoir de la vénérer en toute circonstance. Les autres espèces, plutôt associées à des cultes polythéistes, se voyaient progressivement affublées du terme d’hérétique. La tolérance religieuse, bien qu’ayant perduré durant de nombreux siècles, semblait se ternir sous la dominance des Hommes qui ne supportaient pas la déchéance de leur déesse dans les autres contrées. Les pays voisins, dont la présence des Hommes se faisait également de plus en plus insistante, commençaient à souffrir de ces dissensions religieuses. Les nains, dont le nombre de divinités croissaient avec le temps, refusaient catégoriquement et à raison, le changement imposé par ces « traîtres à leur sang », comme ils aimaient qualifier les humains. Pour les gradiens et les elfes de Linaria, il était déjà assez honteux de devoir se prosterner devant la déesse bleue lors des cérémonies de couronnement, comme celle qui s’était déroulée la veille. Les ildiens, hypocrites, se pliaient volontiers aux humains. Cela s’expliquait notamment, par le fait que, nombre d’entre eux appartenaient à la race des Hommes.

Ainsi, dans un climat d’hostilité croissante, les magiciens avaient décidé de se réunir. Pour ce genre de réunions, les amulettes étaient programmées de sorte que personne ne puisse lire l’esprit d’un autre et ce, afin de pouvoir laisser chacun exprimer ce qu’il ressentait de vive voix. Cela avait été décidé afin d’éviter que certains membres ne lisent, dans les pensées de leur chef, toutes les informations que ce dernier voulait leur dévoiler. En effet, la communication par la pensée n’était pas propice aux débats et aux échanges d’idées.

- Bien. Je vous ai convoqués afin de mettre au point notre nouvelle stratégie, commença Dhanine, regardant chacun de ses collègues tour à tour, droit dans les yeux. Ce qui s’est passé aujourd’hui n’est que le début d’un conflit d’une plus grande envergure et nous devons y mettre fin, au plus vite.
- Le Secret des Pierres nous est toujours caché, dit Chris. Un sixième membre doit être élu.
- Elle ne nous laisserait pas faire, répliqua Lhonhas avec animosité.
- Lhonhasa raison, reprit calmement Dhanine. Nous sommes, pour ainsi dire, pris au piège.
- Si nous ne pouvons suivre les pas d’Almonade, quelle solution nous reste-t-il ? demanda Lidrine. Nous ne pouvons-nous tourner vers la religion et ses maîtres. Chaque peuple, voué à ses propres dieux, ne se préoccupe pas des autres. De plus, la future domination probable de Laria ne semble guère propice à la paix que nous nous devons de garder.
- Que pouvons-nous faire ? continua Khor. Aussi malsaines soient-elles, chaque religion présente ses points faibles. Chaque maître préconise la haine de l’autre afin d’assouvir sa puissance. Les humains, plus désireux que les autres de montrer leur supériorité, ne désirent plus qu’une seule chose : que Laria devienne la déesse en titre de tous les peuples de cette planète. Bien que plus anciennes, les autres religions possèdent moins de pratiquants et, même si les elfes tiennent à leur histoire et leurs divinités, ils se soumettront aux hommes si cela leur permettrait d’éviter une guerre sanglante. Nous devons éviter le désir des Hommes de s’accomplir car il détruirait bien plus que les croyances des autres. Ils détruiraient tout ce pour quoi nous nous battons : la diversité unifiée.

Un silence pesant s’installa. L’avenir ne s’annonçait pas très brillant et des forces cachées jouaient contre les magiciens afin de les empêcher de réussir dans leur quête. Sans leur dernier membre, beaucoup de choses leur étaient interdites et restaient infranchissables. Bien que détenant, tous les cinq, un grand pouvoir, celui-ci ne suffisait pas. Il leur fallait la puissance absolue, celle de six magiciens. Mais cette place maudite restait incontestablement vide.
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Jeu 13 Sep - 17:20

- Quelle est donc cette nouvelle stratégie ? demanda Chris de sa voix apaisante, rappelant ainsi à tous le but premier de cette réunion.
- Je pensais à quelque chose de nouveau, d’innovant, répondit Dhanine, doutant que son idée plairait à tout le monde. Réunir toutes les espèces pour accomplir un objectif commun me semble être une bonne id…
- Autant déclencher une guerre, le coupa Lhonhas. Faisons-les combattre un ennemi commun redoutable et convainquons-les de s’unir pour éliminer ce mal.
- Et tu penses à quel mal au juste ? répliqua Lidrine, agacé par cette proposition assez puérile.
- Un mal que nous aurons créé et qui …
- ASSEZ ! s’écria Dhanine, foudroyant du regard le plus jeune de l’équipe. Je ne veux pas de guerre, suis-je bien clair ? Devant l’acquiescement forcé et dédaigneux de Lhonhas, il continua : Ce que j’ai trouvé nous aidera, par la même occasion, à désigner notre sixième membre. Plus aucun magicien ne se présente depuis que le récit d’une malédiction s’abattant sur le dernier siège a couru le royaume, effrayant tous les novices et sorciers aboutis.
- Soit, fit Khor, voulant résumer la situation. Imaginons que nous trouvons bien le sixième membre. Il fit une pause et observa ses camarades avant de reprendre : Ne mourra-t-il pas comme tous les autres ? Ne devons-nous pas, d’abord, détruire les pièges et maléfices invoqués pour nous affaiblir ?
- Je suppose que tu y as déjà réfléchi, n’est-ce-pas ? demanda Chris à son chef, peu surpris par la tournure de la conversation.
- En effet, Chris. Cette menace devra être éliminée de toute urgence. Voici ce à quoi j’ai pensé.

Dhanine, fier de ses trouvailles, dévoila ses idées à ses camarades. Lhonhas fut le premier à approuver son chef mais les quatre autres magiciens, devant l’intelligence et la très probable réussite de ce plan, ne tardèrent pas à faire de même. La conversation se détourna très vite du sujet principal de la réunion. Les différents magiciens, inquiets quant à l’influence grandissante de Laria, se devaient de faire quelque chose. Le sujet s’avéra néanmoins difficile car les hauts magiciens se heurtaient à des traditions et des croyances ancestrales. Raisonner les Hommes, par l’intermédiaire du roi leur semblait également impossible et était totalement contraire aux principes qu’avait instaurés Dhanine concernant leur sécurité.

- Bien que souhaitant l’unité de son pays, le roi ne comprendrait pas en quoi Laria serait une menace pour l’harmonie de ce royaume que des générations de magiciens ont tentée de préserver, commenta l’elfe. De plus, bien qu’il nous le cache, je pense qu’il se sert de la religion pour unifier le royaume.
- Ce n’est pas une si mauvaise idée, déclara Lidrine, si l’on prend en compte tous les bienfaits qu’une même croyance pourrait apporter aux peuples de Linaria. Mais nous savons très bien ce qui se passera ensuite.
- Très bientôt, je me rendrai chez nous afin de demander conseil à nos supérieurs, continua Dhanine après avoir acquiescé aux dires de son camarade, pour savoir ce que nous devons faire concernant Laria et les Hommes. J’espère qu’ils sauront nous éclairer et nous aider sur ce point comme sur celui sur les différends entre espèces que nous nous devons de régler au plus vite. Beaucoup de travail nous attend donc, mes amis, si nous voulons éviter un nouveau bain de sang.
- Et dire que nous devons aider ces jeunes indisciplinés à passer leur examen, fulmina Lhonhas.
- J’irai rendre visite aux blessés, déclara Chris, afin de prendre de leurs nouvelles. Après cela, je me concerterai avec le roi pour établir un emploi du temps précis concernant leur examen et leur heure de passage. Ainsi, nous pourrons, dès demain, préparer notre départ et tout ce qui nous attend. En ce qui concerne l’Âme Cachée, je continue les recherches et vous convoquerai rapidement si besoin est.

Les magiciens approuvèrent le plus ancien du groupe. Dhanine enchaîna ensuite sur les commentaires de la cérémonie. Chacun pouvait exprimer ses doutes concernant les régents présents. Etaient-ils toujours aussi loyaux au roi ? Manigançaient-ils quelque chose ? Khor, comme ses camarades, avaient noté les expressions sinistres des conseillers des gradiens et les commentaires acides, notamment sur l’organisation ou la nourriture proposée, des Hommes du Nord. Il n’y avait, cependant, pas matière à s’inquiéter outre mesure, pour l’instant. L’apparition de Laria, pendant la cérémonie, n’avait tout de même pas enchanté tout le monde. Les divergences religieuses s’avéraient de plus en plus grandes, surtout depuis que les Hommes avaient opté pour une croyance à sens unique. Une enquête serait ouverte dans les royaumes gradiens afin de savoir pourquoi les conseillers avaient paru si maussades.

- La réunion est terminée, déclara l’elfe. Il se fait tard et nous devons être en forme pour les jours qui suivent.

Les magiciens se levèrent à l’unisson et se souhaitèrent une bonne nuit avant de quitter les appartements de leur chef. « Cette réunion nous a embrouillés plus qu’autre chose, finalement », pensa Dhanine, très insatisfait du déroulement des derniers évènements. « Et nous n’avons même pas parlé du Mal Noir. Ce phénomène m’inquiète vraiment. Il faut que je contacte les Protecteurs au plus vite ». Il ferma les yeux et repensa à la cérémonie. « Je ne fais pas confiance au fils du roi. Il semble plutôt se préoccuper plus de son image que du reste et dans nos conversations d’ordre militaire et politique, ses commentaires sont vraiment puériles ». Fronçant les sourcils, il pria pour que la suite des évènements s’arrange. Malgré son mécontentement et ses inquiétudes, il s’endormit rapidement et plongea dans un sommeil sans rêve. La réunion avait en effet duré plusieurs heures et le jour allait déjà bientôt se lever.
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 18 Sep - 22:32

« Ce fut un jour de gloire pour mes camarades quand je découvris cette nouvelle forme de magie alors que je n’étais qu’étudiant en dernier cycle, spécialisé dans la magie « blanche », celle provenant de la peau.

Depuis toujours, je rêvais de faire partie de la guilde des Guérisseurs, comme ma mère. Je pris alors le temps de me renseigner et découvris qu’il me fallait choisir la magie « blanche » afin de développer mes connaissances pour pouvoir avoir la chance et le privilège de pouvoir guérir les autres. Les cours de guérison traditionnelle m’avaient déjà plu, lors de mon premier cycle et je connaissais par cœur tous les noms des plantes médicinales, les maladies et leurs remèdes ou les infections incurables. Je connaissais le corps humain et avais appris à analyser et comprendre certains symptômes. J’étais le meilleur dans ma classe quand il s’agissait de simuler la guérison d’une épidémie.

Après quelques années de plénitude, je pus entrer dans la guilde et aider ma mère dans ses missions à travers le pays. J’étais fier de moi et mes compétences aidèrent grandement mes collègues qui se félicitaient de m’avoir accueilli parmi eux. Mais, malgré nos efforts, nous ne pouvions pas guérir tous ceux qui venaient nous voir. Nous ne pouvions faire repousser les membres ou améliorer, voire remplacer, certaines parties du corps qui dépérissaient. Meurtri, je m’isolai et décidai d’entamer les recherches. Après de nombreuses années passées à voyager, découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles techniques, je pus enfin mettre en place des expériences susceptibles de m’aider dans mes études.

Je finis enfin par découvrir de fins filaments d’énergie contenus dans certains os du corps. Peu malléables et impossibles à multiplier, je réussis tout de même à m’en servir pour faire repousser une partie de peau brûlée. Je pris du temps à contrôler cette nouvelle énergie : ses mouvements aléatoires et sa consistance peu habituelle m’ont donné du fil à retordre. Mais, maintenant, je peux le dire : la magie « façonneuse » existe et je suis prêt à la faire découvrir à ceux pour qui la manipulation magique et psychique ne font pas peur. Cela demande une grande concentration et, contrairement à la magie « blanche », la magie « façonneuse » diminue nos propres ressources en énergie et peut s’avérer mortelle si nous ne faisons pas attention.

Je m’adresse donc à ceux qui veulent améliorer les choses, découvrir de nouveaux horizons et aider les autres. »


Interview de Brian Kiaradel, précurseur de la magie régénératrice et grand magicien, recueillie par Emilda Hu pour la Lettre Tout sur la science, année 634


« Brian Kiaradel fut aussi l’un des scientifiques ayant mis en place la magie « bâtisseuse », utilisant l’énergie des pierres et très utilisée dans la construction de bâtiments aux propriétés incroyables. Il a également participé à de nombreuses recherches concernant les matériaux innovants. La science et la magie lui doivent beaucoup. »


Commentaire ajouté par Emilda Hu pour la Lettre Tout sur la science, année 634



Chapitre 5
Examen


Tout était bleu autour d'elle. Les murs, si l'on pouvait encore appeler ça des murs, étaient transparents et semblaient grésiller comme s'ils produisaient de l'énergie électrique. Effectivement, des arcs électriques bleus sortaient des parois pour s'entrechoquer avec les autres filaments bleus qui naviguaient dans l'air. Tout lui paraissait étrange, comme sortis d'un monde imaginaire, d'un monde où tout était possible, même les idées les plus folles. Elle ne se trouvait plus sur sa planète, elle en était certaine. Les couloirs défilaient devant elle et étaient infinis, la lumière ambiante lui permettait de voir à des dizaines de mètres à la ronde.

Elle était seule. « Mais où sont passés les autres ? », se demanda-t-elle. Quelque chose clochait. « Bon sang, je me suis perdue! ». Sa peur se fit de plus en forte à chacun de ses pas alors que la chaleur refluait. Arrivée à une intersection, elle tremblait tant elle avait froid. Habillée d'une simple tenue de voyage agrémentée d'une cape, elle n'avait pas prévu de vêtements chauds. « On est en été chez moi, mais où est-ce que je suis ? ». Il y avait quelques minutes encore elle était au milieu d'arbres, dans une forêt cinq fois centenaires, accompagnée par un groupe d'amis. De plus en plus inquiète, elle continua néanmoins de marcher, sans but précis si ce n'est celui de ne pas s'immobiliser pour ne pas que ses membres, dans ce froid, deviennent durs comme de la pierre et aussi glacials qu’un cœur gelé.

Ses lèvres, presque de la même couleur bleutée que ses cheveux, lui causaient des douleurs telles qu’elle dut s’arrêter pour reprendre son souffle. « Cet endroit n’est pas fait pour des humains ou des elfes », pensa-t-elle, essayant de parler à voix haute, par la même occasion, afin de bouger ses lèvres meurtries. « Je ne dois pas m’arrêter, je ne dois pas m’arrêter ». Tremblant sous l’effort, elle continua sa marche spectrale et, malgré elle, admira les murs aux sensations électriques. Parfois, à court d’idée et désespérée, elle essayait de s’y approcher pour tenter d’y récupérer de la chaleur mais tout était toujours froid, comme sans vie.

Bien que sachant cette action comme vaine, elle resserra sa cape autour de son corps glacé. A bout de force, elle s’écroula sur le sol, perdant connaissance. La jeune fille se réveilla, quelques instants plus tard et s’étonna d’être toujours en vie. Dans un ultime effort, elle se mit à genoux et rapprocha ses mains pour prier Laria. « Je remercie celle grâce à qui nous sommes devenus des êtres plus forts et plus soucieux de la santé de nos confrères. Je remercie celle qui, par sa grâce et sa générosité, a fait de ce royaume un havre où il fait bon vivre. Je remercie celle qui, en tant de grande souffrance a su donner au pays les hauts magiciens. Je remercie la déesse pour son aide et l’amour qu’elle porte à chacun de nous. Je remercie Laria pour ses exploits et sa présence à nos côtés. Je remercie celle que nous chérissons pour avoir été celle qui, malgré les dangers et les difficultés, a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Que le Bleu de l’Océan me Submerge et qu’Il m’Eloigne Des Côtes Aux Rochers Tranchants. Que l’amour que je te porte te parvienne. Vois comme il est puissant et comme il t’est soumis. Abrite-moi en ton sein et sauvegarde mon âme pour que mon esprit reste à jamais à tes côtés ».

La jeune fille se mit alors à sangloter, après avoir récité, dans la souffrance, les paroles rituelles qu’elle connaissait par cœur. « Aie pitié de moi, Laria, aie pitié de moi ».
Une fois de plus, elle s’effondra sur le sol mais ne se releva pas. Pleurant toutes les larmes de son corps, plusieurs images de sa vie d’antan défilèrent devant ses yeux. Elle revit sa mère et son père qui lui souriaient chaleureusement. Son père, qui l’avait délaissée et vendue au roi. Elle le haïssait pour la vie qu’il avait choisie à sa place. Alors, elle mourrait ainsi, seule, dans un endroit inconnu de tous ? « Toute cette histoire n’était que folie ». Elle n’aurait jamais dû l’écouter, jamais. Quelle idée lui avait alors traversé l’esprit, elle se le demandait et s’en voulait. Avant de fermer les yeux, la jeune femme eut une révélation : quelqu’un l’habitait.
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mer 26 Sep - 22:55

**

Via se réveilla avec une sensation de froid intense. Il faisait pourtant très chaud dans sa chambre, bien que sa fenêtre, ouverte devant le ciel étoilé et multicolore, ne lui apportât quelques brins d’air frais. Elle ne se rappelait pas grand-chose de son dernier rêve. Des images confuses d’un monde entièrement bleu finirent par lui parvenir alors qu’elle prenait son petit-déjeuner à la hâte dans le salon du palais. Son regard se perdit dans les scènes que représentaient les tentures et elle se dirigea vite dans la bibliothèque afin de réviser encore quelques instants avant l’examen de cet après-midi. Syr l’accueillit avec un sourire et, tout à son rôle de professeur, ne tarda pas à lui poser des questions auxquelles elle devait répondre sans hésiter. Malgré une nuit quelque peu agitée, ses performances rassurèrent son pédagogue.

Les différents élèves, encore plus isolés que d’ordinaire, travaillaient dans leur coin et jetaient des regards suspicieux autour d’eux. Les professeurs, soucieux de ne pas décevoir leur roi une fois encore, surveillaient avec acuité l’étudiant qu’ils avaient sous leur charge. Plus aucune bagarre ou dispute, ne se déroulerait, ils l’avaient juré devant le roi et ne se déroberaient pas.

Via, ayant un peu de temps devant elle avant le déjeuner, abandonna son professeur pour retrouver sa chambre. Une à deux fois par semaine, Lemy et elle, s’échangeaient du courrier. Une fois arrivée dans sa chambre, et après avoir fermé sa porte, la jeune fille remarqua en effet qu’une chouette au pelage d’un brun brillant, l’attendait, bien installée, tranquillement, sur son bureau. Amade, la chouette, savait ouvrir les fenêtres avec une facilité déconcertante et cela avait d’abord effrayé Via qui n’était pas du tout habituée à la proximité avec les rapaces. Lors de ses précédentes visites chez son amie, Lemy lui avait appris à communiquer avec Amade par l’intermédiaire de gestes simples et d’expressions du visage. Seule Lemy, pour l’instant, était autorisée à communiquer avec Amade par la pensée. La chouette connaissait néanmoins de nombreux langages pratiqués sur cette planète et comprenait Via quand celle-ci lui parlait. Mais ce n’était pas le cas de la jeune fille qui, même après des heures de leçons en compagnie du maître Ouhnd, entraîneur de Lemy et professeur, ne parvenait pas très bien à analyser les humeurs de l’animal. Après que la peur fut passée, la jeune fille avait fini par se rendre compte qu’elle appréciait Amade et les voltiges du rapace l’émerveillaient toujours autant. « Vivement que j’ai une chouette à mes côtés », n’arrêtait-elle pas de se dire. Mais, malgré son envie, elle n’avait pas pris le temps de s’occuper de cela. Par ailleurs, son père n’aimait pas trop les rapaces et ne voulait pas embaucher des serviteurs pour s’en occuper.

- Bonjour, Amade, fit la princesse, saluant la chouette avec la politesse qui était due à la protégée de Lemy. Via se souvint, en frissonnant, de la première fois où elle avait accueilli Amade dans sa chambre. La jeune fille ne l’avait pas saluée correctement et avait voulu récupérer les messages sans prendre de précautions particulières. Peu familière avec les rapaces, elle n’avait pas su alors comment réagir et s’était fait mordre sauvagement par la chouette qui ne supportait pas ces comportements impolis.

La jeune fille dut attendre un moment pour que la chouette lui prête un intérêt certain avant de pouvoir continuer. A la patte d’Amade, étaient accrochés plusieurs parchemins, roulés et soigneusement placés dans des sortes de tubes qui les protégeaient de la chaleur actuelle. Via ne savait pas du tout comment fonctionnaient ces protections du fait qu’elles étaient magiques. Son professeur lui avait promis de lui en dire plus après son examen prévu cet après-midi. Amade fixait Via et sembla lui faire un signe. La princesse s’approcha donc et caressa les plumes de la chouette qui aimait ces marques d’affection. Via appréciait aussi ces moments simples et s’arrêta à regret pour s’emparer des parchemins, avec l’aide d’Amade. Elle n’hésitait pas à parler à la chouette qui la comprenait parfaitement et l’aidait en plaçant ses griffes en retrait.

Une fois les tubes de protection retirés, elle put voir que les deux messages provenaient tous deux du palais elfique d’Annhorhellh. Ils étaient en effet écrits dans du papier vert pâle, signe elfique, et les parchemins étaient fermés par une broche représentant une petite silhouette argentée entourée de deux grandes ailes dorées. Lemy lui avait expliqué que les elfes vénéraient ces petites formes ailées qui représentaient la vie éternelle. Les fées Cambriennes avaient, en effet, pour rôle d’accompagner les âmes jusqu’à un endroit caché et connu d’elles seules. Les fées au corps argenté étaient particulièrement vénérer dans la régence en question car, selon les légendes, elles auraient disposé une porte pour l’au-delà dans la partie nord du royaume elfique gouverné par Osrile. Une fois le parchemin ouvert, la broche s’évapora par magie. Il ne resta vite, de la fée Cambrienne, qu’un reste de poussière dorée qui s’élevait dans les airs.

Via avait eu un mouvement de recul devant cet acte magique, toujours aussi peu habituée. Elle reconnut, sur le premier parchemin, l’écriture de Lemy. Son amie s’excusait pour son attitude déplaisante d’hier et la félicitait pour l’acquisition de son nouveau pouvoir de télépathie. Elle lui fournissait également son emploi du temps des prochains jours. Lemy avait dix-sept ans et suivait des cours en rapport avec sa future fonction. Jusqu’à ses vingt ans, elle suivrait des cours intensifs dans beaucoup de matières selon un système éducatif unique en son genre. Via l’avait jalousée longtemps pour cela. Un jour, cependant, quand elle vit les emplois du temps chargés de l’elfe et les longues journées de cours de celle-ci, elle changea totalement d’avis. « Ils exagèrent », avait alors pensé Via, face aux nombres d’heures de classes de sa camarade.

Ce qu’aimait surtout la princesse étaient les cours d’escrime et de tir à l’arc car elle considérait qu’il était essentiel, même pour elle, de savoir se battre en cas de danger. Ystar s’était bien moqué d’elle à l’époque. Via n’en avait alors jamais plus parlé à sa famille et s’entraînait en secret ou avec son amie. Selon les dires de Lemy, elle marquait des progrès significatifs et avait acquis des compétences certaines en endurance et en maîtrise.

Voici à quoi ressemblait l’emploi du temps, peu commun, des quatre prochains jours de la princesse Lemy ; les trois jours suivants étant réservés au repos et aux activités extérieures de la princesse :




Premier jour –

08h/10h : cours d’escrime avec maître Chanfre.
10h/12h : cours de stratégie militaire avec maître Caroj.
13h/14h : cours de combat rapproché avec maître Dert.
14h/16h : cours de lutte elfique avec maîtres Chanfre et Gortyl.
16h/17h : cours de rhétorique avec maître Yuijl.
17h/17h30 : conférence sur les stratégies guerrières du célèbre Uldamine avec maître Fijch.
17h30/18h30 : séance de relaxation musculaire avec maître Dert.
18h30/19h : cours de communication mentale avec maître Olkga.

Second jour –

08h/10h : cours d’escrime avec maître Chanfre.
10h/12h : cours de stratégie militaire avec maître Caroj.
13h/14h : cours de combat magique avec maître Brassère.
14h/16h : cours d’enchantements et de sortilèges avec maître Rifhy.
16h/17h : cours de rhétorique et de manipulation avec maître Yuijl.
17h/18h : conférence sur les alliances et traités commerciaux avec maître Fijch.
18/19h : séance de relaxation musculaire avec maître Dert.
19h/19h30 : cours de communication mentale avec maître Olkga.

Troisième jour –

08h/10h : cours d’escrime avec maître Chanfre.
10h/12h : cours de stratégie défensive avec maître Caroj.
13h/14h : cours de combat magique avec maître Brassère.
14h/15h : cours d’espionnage et de dissimulation avec maître Dert.
15h/16h : cours d’équitation avec maître Tav.
16h/17h : cours de tir à l’arc avec maître Rial.
17h/18h : conférence sur les échanges commerciaux avec maître Fijch.
18/19h : séance de relaxation musculaire avec maître Dert.
19h/19h30 : cours de communication mentale avec maître Olkga.

Quatrième jour –

08h/10h : cours d’escrime avec maître Chanfre.
10h/12h : cours de stratégie de combat mental avec maître Caroj.
13h/14h : cours de combat magique et mental avec maître Brassère.
14h/15h : cours sur les communications et signes militaires avec maître Dert.
15h/16h : cours d’équitation et parcours d’obstacle avec maître Tav.
16h/17h : cours de tir à l’arc sur cibles à 10, 20 et 30 mètres avec maître Rial.
17h/18h : conférence sur les lois promulguées et abolies durant les dix dernières années avec maître Fijch.
18/19h : séance de relaxation musculaire avec maître Dert.
19h/19h30 : cours de communication mentale avec maître Olkga.
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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 2 Nov - 0:20

Via se montra, une fois de plus, abasourdie devant la quantité d’heures de cours de sa camarade et se mit à la plaindre grandement. Elle nota tout de même, dans un calepin, les heures de cours de tir à l’arc et d’escrime. En tant que princesse et, plus important encore, fille du roi, Via avait le droit d’assister à certains cours dispensés par les elfes. Pour ne rien dévoiler de leurs talents, elle avait tout de même du jurer, par un serment magique de fidélité, qu’elle ne dirait jamais rien des contenus des cours aux autres espèces et à sa famille. Les elfes, comme les autres races, gardaient jalousement leurs secrets et elle n’avait rien trouvé à redire concernant cette pratique légitime. Pendant les jours de repos accordés à la princesse, les deux jeunes filles pourraient s’entraîner et mettre en pratique ce que Via aurait observé auparavant. Après son examen, Via aurait quelques mois de pause avant de reprendre sa scolarité. Elle en profiterait donc pour en apprendre davantage sur les arts guerriers et les tactiques militaires. « Syr pourra peut-être m’aider », pensa-t-elle. Ce serait également une bonne occasion pour passer du temps avec cet homme aux connaissances hors du commun.

La lettre de son amie continuait ainsi : « Je serai également heureuse de t’aider dans tes entraînements mentaux, connaissant bien la difficulté qu’ils sous-entendent. Je sais que tu ne peux pas me dire quelles techniques de dissimulation t’ont été enseignées mais, après de nombreux jours d’entraînement, je serai à même d’identifier les marques. Ainsi, je pourrai t’aider en conséquence car, comme tu le sais, je suis des cours sur le sujet et, si tu le veux, je pourrai te montrer certaines choses si les hauts magiciens m’en donnent l’autorisation. Il m’a fallu du temps pour acquérir la maîtrise de ce don. Ne décourage pas et crois en tes capacités. Si tu as des doutes ou des questions, écris-moi et je verrai ce que je peux faire pour t’aider ». Lemy continuait sa lettre en commentant allégrement la cérémonie mais elle ne parla jamais de son frère, ce en quoi Via la remercia. L’elfe finit sur ces mots : « J’espère qu’Amade ne t’a pas effrayée cette fois-ci et qu’elle ne t’a fait aucun mal. Tu peux prendre ton temps pour écrire ta réponse, elle saura attendre. Renvoie la moi ensuite directement. A très bientôt, ton amie Lemy ».

Via relut la lettre avant de commencer la rédaction de sa réponse. Elle remercia son amie pour cette lettre et exprima sa reconnaissance pour l’aide future qu’elle lui apporterait vis-à-vis de son nouveau don. Elle lui décrivit, sans force détails, ses entraînements quotidiens qu’elle n’oubliait pas de faire tous les matins depuis que Chris lui eut montré comment dissiper ses maux de tête. Elle lui parla surtout des difficultés de concentration qu’elle rencontrait. Sa plume, trempée régulièrement dans de l’encre bleutée, trottait rapidement sur le parchemin aux couleurs blanches et bleues, pour la royauté et la descendance à la déesse, sous les yeux attentifs d’Amade qui, patiente, ne bougeait pas. La princesse précisa également à Lemy, qu’elle se rendrait certainement à ses séances de tir à l’arc et à quelques-uns de ses cours d’escrime. Via, comme à son habitude, précisa qu’elle serait libre et partante pour un entraînement intensif les jours de repos de l’elfe, si cette dernière en était d’accord. La jeune princesse posa sa plume et jeta un coup d’œil à la chouette.

En repliant le parchemin, elle repensa aux derniers jours et un détail lui revint en mémoire : sa belle-mère l’espionnait ! « Mince, comment ai-je pu oublier ça ? », s’énerva-t-elle en rouvrant la lettre à la hâte. Elle s’empressa d’expliquer à son amie qu’elle était suivie par sa belle-mère. « Fais attention à ceux qui t’accompagnent, lui écrivait-elle. Helena me surprendra toujours et je suis sure que ses espions sont très doués. Peut-être m’espionnent-ils depuis un moment ? Je n’en sais rien mais je pense qu’ils t’espionnent aussi, ce qui n’est pas à exclure. Devons-nous faire attention quant à nos courriers ? Je suis prête à parier qu’elle a pris connaissance de toutes nos correspondances. Je pensais que se servir de rapaces aurait rendu les choses plus sures mais je n’y crois plus. Nous en reparlerons quand nous nous verrons ». Via était maintenant plus que soucieuse. Elle se retourna comme prête à voir un homme l’espionner juste derrière elle. « Je dois arrêter d’être aussi parano », se morigéna-t-elle.

Alors qu’elle essayait de se calmer et d’éviter de regarder partout autour d’elle toutes les secondes, elle ferma le parchemin avec le cachet royal représentant une sorte de cerf, de plus petite taille, avec une corne sur la tête. Ressemblant fortement aux licornes des mythes anciens ou des histoires racontées aux enfants, cette espèce, les Lyres, ne vivait pas en groupe. Souvent isolée, une Lyre avait la possibilité de se camoufler aisément en prenant la couleur du paysage. Encore plus rapides que les elfes et carnivores, leurs proies les redoutaient car elles ne rataient que rarement leur cible et étaient impitoyables, surtout si elles avaient décidé de chasser en groupe. Souvent appelées les reines des bois, les Lyres étaient également connues pour leurs propriétés magiques. Leur peau, après quelques traitements, pouvait donner la légendaire cape d’invisibilité. Des lois et des décrets interdisaient la chasse de cette espèce mais des irréductibles bravaient les interdits et massacraient ces bêtes magnifiques qui ensorcelaient par leur charme et leur souplesse.

Via posa donc le cachet blanc et bleu, à l’image de la Lyre et rangea la lettre dans le dispositif anti-chaleur après que la cire eut séchée. La princesse avait complètement oublié la seconde lettre mais Amade la lui rappela par de petits cris et une transmission d’images. Les animaux, comme les rapaces, pouvaient communiquer avec les autres espèces, en transmettant des images dans l’esprit de ceux avec qui ils communiquaient. Via, surprise, reçut l’image d’un parchemin dans sa tête. Elle posa ses yeux sur les pattes de la chouette et réalisa qu’elle avait oublié la seconde lettre. C’était la première fois qu’elle en recevait une autre, en même temps que celle de Lemy. La lettre provenait également de la même Régence et était très courte : « Rejoins-moi après ton examen près de la place d’Ytredj la Damnée. Lildrille ».

Rougissant sous l’excitation et la confusion, Via plia la lettre et la rangea rapidement devant l’expression amusée de la chouette. « Mais que me veut-il ? », se demanda-t-elle, surprise par ces mots : « Rejoins-moi » ressemblait presque à un ordre et cela la perturbait. Elle avait trouvé sa lettre brutale et ne comprenait pas pourquoi le prince voulait la rencontrer. Elle avait décidé de ne pas lui répondre et ne savait pas si elle allait le rejoindre ou non. S’asseyant sur son lit, elle tortilla ses cheveux, ressassant les moments qu’elle avait passés avec Lildrille. Elle l’appréciait beaucoup mais il lui paraissait trop éloigné d’elle. Il était très mystérieux et lui cachait beaucoup de choses. Pour cela, elle n’arrivait pas à lui faire pleinement confiance et avait même peur de lui. « Peut-être qu’il veut me voir pour que je lui donne ma réponse », songea-t-elle, paniquée. Lemy lui avait en effet révélé que son frère était amoureux d’elle, lors de la cérémonie. Que pouvait-elle lui dire ? Quelque peu effrayée par la tournure des évènements, elle ne remarqua pas tout de suite qu’Amade s’était approchée d’elle, apparemment impatiente de rejoindre sa maîtresse.

- Pardon, Amade. Je ne réponds pas à cette lettre, tu peux partir.

La chouette la fixait de ses beaux yeux et lui envoya une image : un texte, représentant la formule d’un sortilège, s’imprimait dans l’esprit de Via suivi par une petite scène expliquant l’effet de cet enchantement. La princesse comprit le message et, après avoir mis les deux parchemins reçus sur le sol de sa chambre, prononça la formule : « Mana oslo daspa ». Au lieu de disparaître dans un nuage de fumée, les parchemins se mirent à flamboyer et à brûler aux pieds de Via. Alors qu’elle se demandait si elle avait bien prononcé l’enchantement, les flammes se mirent à prendre de la hauteur. La princesse commença à tousser et s’écarta pour chercher une couverture afin d’atténuer les flammes. Amade s’était éloignée et regardait d’un œil étonné les parchemins en flammes. La chouette envoya des images à Via pour lui signifier qu’elle devait vite faire quelque chose si elle ne voulait pas que sa chambre ne se mette aussi à brûler.
- Oui, oui c’est bon !… râla la jeune fille, prise de cours par les évènements.

Via se précipita sur les flammes avec ses couvertures d’hiver dans les bras et les balança sur le feu. La hauteur des flammes ayant quelque peu diminué, elle s’activa pour éteindre le feu en étouffant ce qui restait d’actif. Une fois le feu éteint, elle laissa ses couvertures en place et se promit de revenir ranger sa chambre avant l’examen. Les parchemins devaient avoir disparu maintenant. Cependant, elle allait devoir demander de l’aide pour remettre son sol en état. « Comment expliquerai-je l’origine de l’incendie ? », se demanda Via. Après mûre réflexion, elle décida de ne pas en parler. Elle ne voulait pas attirer l’attention sur elle une fois de plus. Le bas de sa robe était noir et elle se dépêcha de se changer.

- Tu peux partir, Amade. A bientôt et bon voyage !

La chouette hulula et s’envola par la fenêtre. Via la suivit des yeux et quitta sa chambre après avoir fermé sa fenêtre. Elle arriva dans la salle à manger au moment même où les serviteurs allaient chercher leurs maîtres pour leur présenter leur déjeuner. Honteuse, Via était sure que Lemy allait se moquer d’elle quand Amade lui raconterait sa mésaventure.

Le repas se passa sans encombre. Les familles princières de Nidrine, Nalsine et du Sud étaient parties hier, en début d’après-midi. Zvezda, une des filles de Sirius, le régent du Sud, était restée car, du même âge que Via, elle allait passer son examen cet après-midi. Rian, un des trois fils de Mira, le régent de Nalsine et Inèterni, une des deux filles de Rhor, le régent de Nidrine, devaient également passer leur examen de fin du premier cycle éducatif. L’examen de Rian serait particulier, comme celui de tous ses camarades gradiens et Inèterni faisait partie des rares « ignorants » à avoir voulu suivre le système éducatif humain. Compte tenu de ses origines et de son incapacité à utiliser la magie, elle ne pourrait, à son grand regret, continuer sur les deux prochains cycles.

Ladri, l’elfe, n’importunait plus Via et Ystar, flamboyant dans sa tunique rouge, discutait joyeusement avec Zvezda qui semblait boire ses paroles. Les magiciens étaient assis près du roi et de la reine avec qui ils parlementaient depuis un petit moment sur un sujet totalement inconnu de la jeune fille, perdue dans ses pensées. Pour cette occasion, et parce qu’ils seraient certainement réunis pour la dernière fois, si réussite il y avait, les pédagogues des enfants princiers et royaux assistaient au repas. Syr exposait son point de vue original concernant une technique de combat mental à son voisin, Eltanos Lirel, le professeur de Zvezda, connu pour ses prix en tactique militaire. Loria, jouant de ses charmes, comme à son habitude, attirait les regards des plus jeunes professeurs. Le conseiller sur lequel elle avait jeté son dévolu, la regardait attentivement et observait chacun de ses gestes comme attendant que Loria daignât s’intéresser à lui.
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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Ven 9 Nov - 22:52

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Les quatorze heures sonnèrent. Les étudiants s’étaient déjà rendus devant le bâtiment où se déroulerait l’examen. De nombreux humains, appartenant à de nobles maisons, étaient présents. Des fils et filles de marchands, écrivains, messagers, envoyés royaux et artistes en tout genre, étaient également devant le portail, attendant que l’épreuve ne commence. Il faisait encore très chaud et les garçons n’hésitaient pas à s’abriter sous les ombrelles de leurs camarades féminines quand celles-ci les leur autorisaient. Les humains, très largement représentées, évitaient soigneusement les quelques elfes présents. Les gradiens, également assez nombreux, s’étaient mis à l’écart et discutaient discrètement dans leur coin. Les professeurs de chacun des étudiants, étaient partis quelques instants plus tôt. Ils attendraient, pour la plupart, le retour de leur élève, après les quatre heures trente d’examen. La majorité des étudiants évoquaient la bagarre entre Liandre et Carive. La petite communauté d’elfes essayait vainement d’ignorer les regards noirs que les humains et gradiens lui lançaient. Via s’était assise près de l’entrée de la salle et se forçait à rester calme. Elle pensait encore à l’incendie qu’elle avait déclenché dans sa chambre et ne comprenait toujours pas ce qu’elle avait fait de mal. « Il semblerait que je ne sois décidément pas douée pour la magie », se désola-t-elle. Elle n’eut pas le temps de déprimer davantage : le haut maître Ian de Ritorn, venait d’ouvrir le portail du bâtiment d’Artrisse, celui où se déroulerait l’examen.

L’entrée de cette magnifique bâtisse était entourée de plusieurs parterres de fleurs, amoureusement entretenus par les jardiniers qui prenaient plaisir à regarder passer les étudiants et les étudiantes. Ces jardins étaient réputés pour sa variété de roses - bleues, oranges, roses, jaunes, violettes, bleues marine, rouges, noires, blanches, vertes, bicolores, tricolores, multicolores – qui impressionnait et hypnotisait les passants, ravis de se balader entre ces plantes aux saveurs exquises. Le parc floral s’étendait même bien au-delà du bâtiment : des arbres aux hauteurs prodigieuses permettaient d’apporter de l’ombre sur les bordures de la bâtisse et étaient le siège des étudiants qui aimaient à se prélasser sous les feuilles de ces arbres centenaires. Sur les bords des salles d’examens et des salles de classes, des laboratoires avaient été installés pour les scientifiques qui travaillaient quotidiennement pour améliorer et découvrir de nouvelles espèces de fleurs ou d’arbres. Il y a quelques années, une nouvelle espèce d’arbre avait été découverte. Appelée Miréi, du nom de sa découvreuse, les feuilles de cette espèce étaient si grandes et soyeuses, qu’elles permettaient notamment la fabrication de nombreux tissus ou vêtements aux couleurs uniques et à la texture onctueuse.

- Je vais faire l’appel et quand vous entendrez votre nom, dirigez-vous vers la salle Kiaradel, sur votre droite. Pour ceux d’entre vous qui passent l’examen pour la seconde fois, signalez-vous à Miss Flara qui vous donnera quelques instructions.

Ian commença à faire l’appel et Via, à l’entente de son nom, pénétra dans la pièce qui portait le nom du célèbre scientifique Brian Kiaradel. Cet humain, à la hargne bien connue, avait contribué au développement de la magie. La magie existait, en effet, sous de multiples formes et chacune d’elles ne demandait pas la même maîtrise. Chaque discipline était représentée par une couleur et une fleur bien distincte. Via en ferait l’apprentissage lors des de son second cycle et devra alors choisir sa spécialité. A l’heure actuelle, il existait une dizaine de formes de magie différentes, chacune ayant sa propre confrérie dans le pays. Les confréries donnaient des cours et des conférences et réunissaient les meilleurs magiciens dans leur discipline. Loria avait décidé de se spécialiser dans la magie dite « verte » du fait que cette forme de magie provenait des plantes. Cette magie, la première détectée par les habitants de cette planète, était, de ce fait, très ancienne et avait grandement évolué grâce aux nombreuses découvertes des scientifiques spécialisés dans le domaine. Loria apprenait, par exemple, à embellir la nature, communiquer avec elle, développer de nouvelles espèces ou en découvrir d’autres, soigner les maladies et modifier son propre organisme, bien que ce dernier enseignement soit partiellement autorisé. Via soupçonnait sa sœur d’avoir choisi cette spécialité seulement pour apprendre à développer son charme et son physique. Cette magie primordiale permettait également de trouver de la nourriture, très pratique quand on était perdu en forêt, par exemple, de parler à certaines espèces d’animaux, liées à la nature et, bien qu’aujourd’hui cette catégorie ne soit plus autorisée, la magie dite « verte » pouvait commander la nature, et notamment les plantes et les arbres. Ces techniques avaient été très utilisées en temps de guerre et nombreux avaient été les guerriers pris dans les racines des arbres ou asphyxiés par les plantes toxiques. En plus de cette spécialité, Loria suivait également des cours de tisseuse de sortilège, une technique magique et guerrière enseignée aux enfants des rois pour leur protection.

Pour des raisons physiques et intellectuelles, on ne pouvait pas maîtriser toutes les formes de la magie. Ystar, quand, plus jeune, Via lui avait répété ce que son professeur lui avait dit à ce sujet, avait répliqué que le conseil Educatif avait surtout voulu éviter que de jeunes gens ne deviennent trop puissants. La jeune fille n’avait toujours pas résolu cette question et frissonna à l’idée que son frère ne contrôlât toutes les formes de magie. Elle se doutait qu’un problème finirait par arriver et que cette catastrophe impliquerait son frère. Bien qu’il n’ait pas eu à choisir de spécialité, il n’avait tout de même pas le droit d’apprendre plus de deux formes de magie différentes.

Quand le dernier de ses camarades arriva enfin, elle s’était déjà installée et lissait ses cheveux d’un geste impatient et sa robe bleue la collait top à son goût. Les gradiens étaient situés sur le côté droit de la pièce tandis que les quatre elfes présents étaient au premier rang. Les humains prenaient toutes les autres places restantes et certains se souhaitaient bonne chance. Via sourit à la jeune fille, fille d’un fameux sculpteur, qui était assise devant elle et répondit à son encouragement par un signe de tête. Elle n’arrivait pas à parler tant elle était stressée.

Quinze personnes allaient les surveiller. Parmi elles, les élèves avaient reconnu l’écrivain et historien Lamin Yui et la mathématicienne Coriène Bolj. Les treize autres surveillants, moins connus mais tout aussi talentueux, commencèrent à distribuer les feuilles de brouillons. Via savait, comme tous ses camarades, qu’ils allaient être épiés soigneusement afin d’éviter toute tricherie. Des surveillances magiques avaient été disséminées dans toute la pièce et des spécialistes de la détection mentale, étaient également présents. S’ils avaient un doute concernant un étudiant, ils vérifieraient ses intentions par un examen mental. Ils n’étaient pas télépathes mais utilisaient des techniques complexes. L’encre avec lequel les étudiants écriront était réfléchissant de sorte que ceux voulant copier soient aveuglés. Le porteur du stylo, quant à lui, verrait parfaitement ce qu’il écrirait.

Ian arriva dans la salle, les feuilles de l’examen dans les bras. Après les avoir posées et s’être concerté avec les autres, étudia les élèves et posa son regard noir sur ceux qui passaient leur examen pour la seconde fois. Sa tenue droite et très colorée, aux images des rosiers du jardin devant la bâtisse, et ses cheveux courts rehaussés en une queue cheval, lui donnaient un air mystérieux. Ses traits étaient volontairement durs. Il était connu pour sa dureté en période d’examens et pour cela, il était aimé des parents.

- Posez votre main droite sur le tissu rouge sur le bord de la table. Prononcez ensuite ces paroles : « Je jure de respecter les règles, de ne pas tricher et de faire de mon mieux ».

Le tissu rouge, sur lequel chaque élève posa sa main, était imprégné d’un liquide aux propriétés magiques, généralement utilisé pour des serments de fidélité. Il avait été interdit récemment pour les cérémonies maritales, au grand soulagement de nombreuses personnes. Le tissu rouge se transformerait en un blanc brillant à la moindre incartade. Une fois les serments mis en place, le haut maître fit le tour de la salle et s’installa au fond de la pièce. Ses collègues distribuèrent les sujets et vérifièrent les serments de chacun.

- Il est 14h35, l’examen commence. Vous avez quatre heures trente. Bon courage.

Via retourna la feuille posée devant elle et prit le temps de lire toutes les questions. « C’est parti », se dit-elle avant de prendre sa plume trempée dans l’encre magique et de commencer à écrire avec une excitation toujours présente. N’entendant plus que les bruits des crissements des plumes sur le papier, les professeurs s’apaisèrent et commencèrent leur ronde.
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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 13 Nov - 0:22

« La reine, oui, la reine – y croyez-vous ? – a trahi ! La reine, retrouvée loin de chez elle, sur le territoire de ces êtres marins, après une mission apparemment mise à mal par des défaites successives, a tué ses camarades pour s’emparer de l’objet béni des anciens dieux. Seule survivante de la mission du nom de « Âmes perdues », Enévive d’Ectélia a trahi son peuple. Voici toute l’histoire.

Parti pour presqu’un an de mission à travers le royaume, un groupe d’une dizaine de personnes, les plus puissantes et les plus courageuses – spécialement sélectionnées par les hauts magiciens – avait pour objectif de récupérer l’Atréïde-di-Memori, objet millénaire aux propriétés uniques en son genre, dont les gardiens avaient perdu la trace depuis l’ascension de Laria. Pour la gloire de la déesse, l’objet devait être récupéré. Descendante de la déesse Bleue, Enévive avait vu la forme ovale dans ses rêves et avait reçu l’ordre divin de la part de son ancêtre, de retrouver cet objet, porteur de toutes les mémoires de la planète depuis sa création. Mais, contre toute attente, la jeune reine trahit sa déesse, son ancêtre et son peuple. Même si tous ne croyaient pas en Laria, la gloire et la renommée liées à cette quête, avaient attiré nombre d’elfes et d’êtres marins qui étaient avides de victoire et de popularité. Les « ignorants » avaient même voulu participer, au regret des autres espèces qui, scandalisées, pensaient déjà à l’échec de la quête. Néanmoins, fervents fidèles de la déesse, les hauts magiciens avaient jugé utile de les inviter à participer.

Quand il apprit la nouvelle et l’échec total de la mission, de la part d’un de ses messagers, le roi avait fait une attaque et n’avait pas voulu croire à son malheur et à son déshonneur. Le lendemain, il répudia sa femme et annula leur contrat de mariage. Enévive, toujours loin du palais, avait finalement été rattrapée et interrogée par des envoyés spéciaux du territoire sur lequel elle se trouvait et, après avoir avoué ses crimes, se tuant elle-même, avait été condamnée à mort pour acte de haute trahison et d’homicides volontaires en territoire contrôlé et en paix. Le roi demande à voir tous les régents au plus vite et vous êtes tous invités à séjourner au palais le temps des différentes discussions qui doivent être faites ».

Discours du porte-parole du roi, Amig de Lastote, devant le Conseil Régential, regroupant tous les nobles de Linaria, année 1398

« Enévive de Naihi, plus tard surnommée la Honte de la Déesse, était devenue, en quelques jours à peine, l’être le plus honni et détesté de tous les habitants du royaume. Ses enfants, vite mis à l’abri chez leurs amis du Sud pendant les délibérations du roi et de ses conseillers, avaient été victimes de plusieurs tentatives d’assassinats. Le roi, soucieux de l’état du pays et de ses enfants avait bien fait comprendre, par un discours mémorable, que seule la folie de sa femme devait être mise en cause dans cette affaire et que ses enfants n’avaient rien à voir là-dedans. Il jura de tuer ceux aux attentions belliqueuses qui voulaient attenter à la vie de sa progéniture. En guise d’exemple, il exécuta lui-même l’elfe qui avait mené une embuscade sur l’attelage transportant ses enfants dans la Régence du Sud et avait ensuite exposé le corps à la vue de tous. Les jours sombres finirent par se dissiper avec l’arrivée de la nouvelle reine, la splendide et talentueuse Helena qui, en moins de temps qu’il n’en a fallu pour le dire, avait déjà surclassé, dans l’esprit de chacun, la précédente femme du roi. Ce fut également le temps des aggravations des haines inter-espèces, provoquant ainsi des divergences au sein des races qui s’isolèrent encore davantage. La race humaine, avait, une fois de plus, démontré son incapacité à gouverner. Mais ceci est une autre histoire ».

Commentaire de l’historienne Mia Sothane, qui écrivit un article pour la Lettre Au jour le jour, sur cette partie noire de l’histoire de Linaria, année 1406
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mer 21 Nov - 1:05

Chapitre 6
Complots et déceptions



- Tout ce que vous voudrez, ma reine.


L’elfe Yadel s’inclina devant le lit rouge et or qui occupait une bonne partie de la pièce. Helena, confortablement allongée sur le ventre, souriait en attendant que son amant lui procure son irrésistible massage. Il était très doué pour cela, d’ailleurs, et ce critère avait énormément compté pour la reine qui aimait se faire dorloter. Elle portait une robe transparente et très courte et faisait attention à son ventre. Depuis la conception de ce futur petit être, Helena avait décidé de faire chambre à part. Le roi l’avait laissée faire sans difficulté, préférant passer ses nuits avec des filles de nobles qui, pour la plupart, cherchaient à atteindre désespérément la couche du roi pour obtenir des privilèges inaccessibles autrement. Au début de leur relation, Helena n’avait pas supporté ces tromperies successives et avaient renvoyé de nombreuses jeunes inconscientes. La popularité de la nouvelle reine avait grandement diminué et le roi n’avait pas accepté qu’on le traitât comme un enfant à qui on donnait des ordres ridicules. Leur relation s’était dégradée et ils avaient décidé de rester amis, du moins en public et pour les affaires du royaume. Pour augmenter leur popularité, ils avaient voulu engendrer un héritier, les précédents essais n’ayant rien donné. Cette idée leur avait en fait été dictée par l’un de leur intendant, Amate Rossl, chargé du bien-être de la famille royale. Helena avait capitulé à regret après des discussions houleuses avec son mari.


Leur premier fils, Edrar, était mort moins d’un an après sa naissance, la magie n’ayant rien pu faire tant ce nouveau-né était fin et fragile. Un an plus tard, Helena avait fait une fausse couche et ses relations avec son mari s’étaient grandement dégradées. Alors qu’elle entamait sa troisième grossesse, Helena avait fait une chute dramatique et les guérisseurs n’avaient pu arriver à temps pour sauver ce qui pouvait encore l’être. La reine avait accusé son mari de négligence mais la cause de la chute n’avait jamais été clairement identifiée. La perte de ses enfants avait fait souffrir la reine qui pendant quelques années n’avait plus voulu partager la couche du roi qui, de toute manière, préférait la présence de jeunes femmes moins compliquées. Après ces problèmes et morts à répétition, la jeune femme était très souvent examinée par une guérisseuse, installée, pour la cause, au palais et près de la chambre d’Helena. Sa grossesse actuelle était donc sous bonne garde, le roi ne supportant plus ces malheurs qui déshonoraient sa famille. Il veillait sur ce ventre arrondi et espérait qu’il en était de même pour sa femme.

Helena était originaire de la Régence du Nord, de la région Marinière, associée aux plus grands ports du nord de Linaria. Malgré un froid quasi constant, les navires avaient été développés pour naviguer dans ces eaux difficiles. Le commerce fonctionnait à merveille et avait permis aux villes côtières de prospérer de façon considérable. Ayant grandie dans la famille Aractis, de la maison des Faucove, de célèbres architectes et commerciaux réputés pour leur habilité et produits exceptionnels, la jeune fille avait côtoyé les plus grands marchands et les plus fameuses personnalités de la Régence. Les Aractis étaient, de plus, également connus pour leur élevage de rapaces aux capacités jamais vues qu’ils utilisaient pour leur correspondance sur de grandes distances. Installés dans la ville de Port-Gelé depuis des générations, la famille Aractis avait grandi en popularité pour ses différentes œuvres de bienfaisances et ses spectacles de rue qui ameutaient les meilleurs artistes des cités alentours. L’idée d’élever des rapaces leur était venue d’un des artistes, spécialisé dans
le dressage des faucons des neiges.

Aujourd’hui, bien qu’ayant diminué significativement leurs représentations scéniques dans les rues, la famille Aractis restait active et était devenue un grand mécène promouvant les nouveaux talents. Alors qu’elle n’avait que quinze ans, Helena avait été invitée dans le palais du roi Falor et de sa femme d’alors, Enévive de Naihi, avec ses parents, car la famille royale désirait signer des accords commerciaux avec les maisons les plus influentes des différentes Régences de Linaria. Helena, magnifique dans ses plus riches atours, et ravissante dans la naïveté de sa jeunesse, avait plu au roi qui lui avait demandé de rester quelques jours supplémentaires. Etre la maîtresse du roi ne lui suffisait pas et, quand moins d’un peu plus d’un an plus tard, la reine mourut, elle sut que Laria lui avait donné sa chance et qu’elle ne devait pas la laisser passer. A à peine seize ans, Helena Aractis était devenue la fiancée du roi de Linaria, âgé de 30 à l’époque. La jeunesse de la nouvelle conquête du roi avait fait scandale dans le royaume. Afin de calmer le jeu et de récupérer le soutien de sa population, le roi avait déclaré vouloir épouser Helena deux ans plus tard, pour ses dix-huit ans, âge symbolisant la maturité matrimoniale pour les jeunes filles. Pendant deux ans, la jeune demoiselle vivrait parmi les autres femmes de la maisonnée et apprendrait de nombreuses notions relatives au pouvoir et au gouvernement. Pendant ces deux années, Helena avait pu ainsi rendre visite à tous les régents et avait passé quelques temps chez chacun d’eux afin de les habituer tranquillement à sa présence et à sa future domination.


Helena s’était vite très bien entendue avec Loria, de sept ans sa cadette. Elles s’étaient trouvées de nombreux points communs et, aujourd’hui, passaient leur temps à discuter de tout et de rien quand elles se retrouvaient. Helena était la confidente de sa belle-fille qui lui confiait absolument tout. Sa belle-mère lui prodiguait des conseils amoureux et l’encourageait dans ses actions. Avec Ystar, cela avait été différent. Quand elle fut autorisée à fréquenter les hommes du palais, Ystar, alors âgée de treize ans, avait été fasciné par la jeune femme. Il l’avait trouvée à son goût. Bien qu’étant plus jeune qu’elle, il avait honoré sa couche à de nombreuses reprises, après la mort de son premier enfant et aimait, encore aujourd’hui, passer du temps à ses côtés, à l’abri des yeux indiscrets. Les rumeurs disaient d’ailleurs que c’était à cause d’Ystar si la reine avait souffert lors de ses deux grossesses désastreuses. Falor, peu avide de discours infondés, n’avait pas cru à l’implication de son fils. Il savait bien que sa femme fréquentait de nombreux amants et il préférait penser que c’était à cause de ces derniers si la reine ne lui avait toujours pas donné d’héritier. Malgré sa colère et ses bons arguments, il n’avait jamais réussi à démasquer les amants de sa femme et ne les avait jamais vus. Il finit même par se demander si ces rumeurs mettant en avant l’existence de ces amants étaient réellement fondées. Devait-il embaucher quelques espions ?

Helena possédait un nombre de serviteurs impressionnants et chacun devait garder le secret sur ces agissements nocturnes. Quand elle était arrivée ici, elle ne connaissait pas les autres espèces qui peuplaient le royaume car son père lui avait interdit de les côtoyer. Elle fit très vite la connaissance des elfes, chez qui l’endurance exceptionnelle et la souplesse légendaire, l’avaient grandement attirée. Se souciant finalement peu des différends inter-espèces et ne pensant qu’à son plaisir, elle choisit d’intégrer, parmi ses amants, en réalité très peu nombreux, quelques elfes dont Yadel. Ils devaient arriver au palais encore plus discrètement que les autres, sans se faire voir par les gardes du palais, et ils ne pouvaient se faire passer pour un de ses serviteurs, comme ses autres amants, de par leur forme longiligne et gracieuse, reconnaissable entre toutes.

- Hm, oui, continue par ici, susurra Helena, complètement sous le charme des mains de l’elfe qui parcouraient ses jambes avec lenteur.

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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Jeu 13 Déc - 13:55

Yadel, simple fils de jardinier, avait été très heureux d’intégrer le palais royal. Au départ surpris, il avait cru que la reine les convoquait, lui et son camarade, pour une faute grave qu’ils avaient commise lors des travaux effectués dans les jardins royaux. Léi avait tremblé tout le long du chemin. Falor, dans sa bonté d’âme, avait embauché, pour une courte durée, deux elfes pour qu’ils embellissent ses plantations. Il voulait ainsi exprimer sa gratitude au régent Êta qui lui avait permis de faire cesser un début de soulèvement à la frontière commune de leurs deux pays. Les humains travaillant depuis plusieurs années pour le roi, s’étaient sentis humiliés après ce recrutement. Les bagarres et mésententes avaient blessé les contestataires, moins rapides et moins entraînés que les elfes. Yadel avait pensé, à raison, comme Léi, qu’ils avaient été convoqués pour que la reine les punisse et les renvoie chez eux après ces quelques faits.

Quelle n’avait pas été leur surprise quand Helena leur proposa de travailler personnellement pour elle. Trop effrayé par cette perspective, Léi avait refusé et avait fui. Son cadavre n’avait jamais été retrouvé. Yadel, plus pragmatique et sachant pouvoir récupérer quelques avantages de cette nouvelle position, avait accepté et la reine l’avait directement emmené dans sa chambre. Il avait surpris la jeune femme par ses compétences de masseur et Helena avait alors décidé de le garder auprès d’elle. Yadel continua donc de travailler aux jardins jusqu’à ce que le roi lui demandât de rentrer chez lui. Ce qu’il ne fit jamais. Il avait élu domicile dans un lieu caché du palais royal et les gardes chargés de la sécurité de la reine, au courant de ses agissements, avaient pour ordre de faire en sorte que ses amants ne soient vus de quiconque.

Un soir, après un entraînement éreintant, et cherchant à trouver un certain réconfort, Ystar était rentré un peu plus tôt que prévu. Helena ne se doutait pas qu’il viendrait la voir si tôt dans la soirée et se délassait avec son tout nouvel amant elfique.

Ystar, jaloux, avait été furieux quand il avait découvert la reine et l’elfe enlacés. Connaissant les passages secrets mis en place par la reine et ayant le droit de venir la voir quand il le voulait, il avait perdu le contrôle et avait failli frapper Helena qui avait appelé ses gardes à l’aide.

- Comment oses-tu me tromper ainsi ? Avec cette engeance malsaine ? avait fulminé Ystar, rouge et tremblant sous la colère.
- Tu sais très bien que c’est toi que je préfère, mon chéri. Mais, quand tu n’es pas là, je m’occupe comme je peux pour combler le manque, comprends-tu ?

Très douée, Helena avait fini par convaincre Ystar de ses bonnes intentions et le prince avait promis de ne rien dire. Comme pour se faire pardonner, elle avait renvoyé l’elfe pour passer sa nuit avec son beau-fils et lui avait fait passer un de ses plus agréables moments. Bien qu’elle ait commencé par lui mentir, Helena s’était vue, par surprise, tombée progressivement amoureuse d’Ystar. Alors âgée de vingt-quatre ans, elle n’accueillit plus que lui dans sa chambre et le prince en avait semblé plus que ravi. Lui qui rêvait de la posséder pour lui et lui seul, avait réussi et finit par lui promettre de très belles perspectives, bien plus belles que celles que son père pouvait lui procurer actuellement.

Helena n’avait pas semblé inquiète face à ces propos, persuadée que son beau-fils voulait simplement l’impressionner. Mais elle s’était trompée. Depuis une semaine, Ystar était occupé et avait pris sur lui quand les admirateurs d’Helena avaient été autorisés, de nouveau, à venir la voir. Helena ne prenait pas autant de plaisir avec ses amants qu’avec lui, cependant. Les moments qu’elle préférait, quand il n’était pas là, étaient ses massages avec Yadel. Ystar avait fini par comprendre que la jeune femme se servait de ces ‘êtres de basses extraction’ afin d’accomplir certaines tâches pénibles. Il avait appris à cacher sa jalousie, mais n’en pensait pas moins. Il se savait aimé d’elle et supplantait largement ses autres amants. Cela le rassurait mais, quand il y pensait, il ne savait pas pourquoi cela l’effrayait tant. Lui qui voulait dominer se sentait faible face à Helena et il détestait cette sensation.

- La jeune princesse a reçu du courrier aujourd’hui, dit l’elfe alors que ses mains allaient de plus en plus haut, approchant doucement le bas du ventre de la reine qui souriait sous l’effet d’extase que cela lui procurait.
- Que disaient ces lettres ?
- Rien de particulier, pour celle venant de la princesse elfe. Pour celle de son frère, c’est tout autre chose.

Yadel, sous ses airs mystérieux, avait reçu le privilège, il y a peu, d’être à la tête du groupe d’espions de la reine. Ni humains, ni elfes, ces espions avaient des capacités impressionnantes et savaient se faire discrets, arrivant même, à de rares occasions, à devenir invisibles aux yeux des autres. L’elfe lui expliqua alors que la princesse avait reçu un message lui donnant un rendez-vous sur la place d’Ytredj la Damnée.

- Nous manquons de broches elfiques, ma reine.
- Tu as l’autorisation d’aller t’en procurer, dans ce cas, répondit Helena, les yeux fermés et se retournant petit à petit sur le dos.

Les broches à la forme ailée s’évaporaient quand on les ouvrait. Helena avait semblé gênée par cette pratique intelligente, surtout que ces broches ne pouvaient se trouver que dans le palais du régent elfique Osrile. Yadel, désireux de prouver sa valeur, avait promis de lui en rapporter. N’ayant pas posé de questions quand l’elfe revint avec plusieurs cagots de broches magiques quelques semaines plus tard, Helena l’avait remercié comme elle savait le faire. Ainsi, il était devenu facile aux espions de remplacer les broches disparues après avoir ouvert les lettres. Cela fonctionnait à merveille : Via ne s’était jamais aperçue que son courrier avait été ouvert avant qu’elle ne le fasse elle-même.

- Quand est-il d’Amade ? demanda la reine.
- Elle ne sait toujours pas que nous la manipulons.
- Parfait. J’ose espérer qu’il en est de même pour les rapaces du roi et de Loria.

Yadel acquiesça, content de lui et des espions qui faisaient du très bon travail. Les compétences d’Helena dans le dressage et la manipulation des rapaces leur avaient été d’une très grande aide. Le courrier d’Ystar, lui aussi contrôlé, se faisait très rare ces derniers temps. L’elfe lui résuma rapidement les courriers de Loria et de Falor. Le roi avait reçu des comptes-rendus provenant de chacune des frontières du pays. Aucun soulèvement à l’horizon : les garnisons royales maintenaient l’ordre. Loria, quant à elle, correspondait avec ses amies du Sud et du Nord et les messages ne contenaient rien d’intéressant ni d’utilisable. Cela avait fait bizarre à Helena de revoir l’emblème de la Régence où elle était née. La fleur à la tige bleue et aux pétales orange et jaune, ne grandissait que sous les eaux gelées et venait s’échouer près des ports quand la chaleur revenait, en fin d’année. Du nom de l’ancienne déesse protégeant les mers, Malaré, cette fleur était aussi très utilisée dans les plats traditionnels de la région pour donner du goût et détendre l’atmosphère par ses arômes particuliers.

Soudain, alors que Yadel s’apprêtait à lui faire l’amour, les yeux de la reine se voilèrent et devinrent d’un blanc inquiétant. Même si ce n’était pas la première fois qu’il la voyait dans cet état-là, l’elfe s’écarta et s’agenouilla au pied du lit, attendant qu’Helena redevienne elle-même. Cachant au mieux l’angoisse que la jeune femme lui procurait, il se força à resta immobile, malgré la sueur et les légers tremblements qui l’assaillaient.

Toujours allongée sur le dos, les bras en croix, la jeune femme était immobile et ne respirait plus. Les yeux toujours blancs, elle semblait regarder le plafond, sans le voir. Petit à petit, elle revint à elle-même et ses yeux reprirent leur couleur habituelle. Respirant à nouveau, elle mit du temps pour s’asseoir sur le bord du lit et se prit la tête dans les mains afin de se reposer quelques minutes. Ces instants lointains la fatiguaient mais lui apportaient des informations inestimables. Helena avait développé son don peu après son mariage. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait au départ, elle avait tout essayé jusqu’à faire appel à des personnes douteuses pour se débarrasser de ses visions. Vaincue, elle avait dû accepter ce que la déesse lui avait donné et avait commencé à s’entraîner afin d’obtenir des visions plus nombreuses et plus intéressantes. Son mari, ne l’ayant jamais vue dans cet état, ignorait tout de ses pouvoirs. Avec l’aide d’Ystar, elle avait réussi à développer son don et confiait tout ce qu’elle voyait au jeune prince.

Helena regarda Yadel un moment avant de prendre la parole. Elle lui raconta alors ce qu’elle venait de voir, sans lui fournir tous les détails. Moins il en saurait, mieux ce sera. Etant à la tête de son contingent d’espions, elle devait cependant lui fournir assez d’informations pour qu’il puisse agir. L’elfe parut impressionné mais avait tremblé à certains moments, redoutant ce qui allait se passer dans un futur proche. La reine finit par sourire, contente de l’évolution des choses. Elle n’aurait jamais espéré avoir une vision aussi importante et évoquant un futur bien plus réjouissant pour elle.

- Envoie un message à Ystar et fais bien attention à ce que personne ne le lise avant lui ! Résume lui ce que je viens de te dire. Qu’il vienne dès qu’il le peut. C’est un ordre de sa reine.

Helena se leva et posa une main sur son ventre arrondi, maudissant le roi et ses humeurs exécrables. Un rictus se dessina sur ses lèvres. Celui-ci se transforma en un sourire dédaigneux.

- Le moment est venu. Bientôt, dit-elle avec cet air mystique dans la voix. Prépare mes gardes et mes espions à un départ imminent. Appelle Lida et Lora. N’attire pas l’attention sur tous ces agissements et je veux de l’ordre et de la discrétion. Compris ? Devant l’acquiescement soumis de l’elfe, elle continua, satisfaite : Il est temps que nous partions. Va, maintenant.

Yadel embrassa les pieds de la reine avec dévotion et se releva en vitesse pour se mettre au travail. Helena s’approcha de son armoire et sortit toutes ses affaires. Quand deux jeunes filles arrivèrent dans la pièce, suivies par une dizaine d’autres serviteurs, elle leur ordonna de ranger une partie de ses affaires et de lui préparer un bain. Quelques instants plus tard, savourant la douceur de l’eau et de la mousse sur sa peau, elle pensa à sa belle-fille Via, qui devait rencontrer le prince elfe. « Tu cherches les ennuis, jeune fille », pensa la reine, toujours aussi attirée par les histoires d’amour atypiques. Les elfes n’avaient pas le droit de se rendre dans des régences autres que les leurs, sauf si le roi le leur autorisait. De plus, après les disputes et les bagarres inter-espèces d’après la cérémonie, les humains ne supportaient plus la présence des elfes chez eux. Helena, grâce à son autorité, avait réussi à imposer Yadel chez elle, même si cela lui avait pris du temps. Selon ses espions, certains seraient tout de même encore mécontents mais avaient conscience de la fin atroce qui pouvait leur tomber dessus s’ils venaient à faire du mal à ses elfes chéris. « La place d’Ytredj a tout de même toujours été pleine de monde. Peut-être que personne ne remarquera sa présence ». Pensive, elle joua quelques instants avec la mousse avant de se redresser.

- Réo, appela la reine, d’un ton autoritaire.

Bien que la salle fût vide et hautement surveillée par ses gardes et serviteurs, la jeune femme entendit des pas et un courant d’air léger l’assaillir. Sentant une présence connue et familière, Helena tendit l’oreille et attendit quelques instants avant de poursuivre.

- Rends-toi sur la place d’Ytredj la Damnée. Ma belle-fille s’y trouvera surement et je suis curieuse. Va, maintenant.

Encore plus silencieux que lors de son arrivée, l’espion préféré de la reine s’éclipsa. Très satisfaite du pouvoir qu’elle avait réussi à obtenir au fur et à mesure, depuis son arrivée ici, la reine replongea dans son bain et se mit à penser à Ystar. Ne se regardant presque pas en public et s’évitant la journée, le reste de la famille pensait qu’ils se détestaient. Helena savourait ces manipulations, tout comme le prince, qui était fier d’être son partenaire. Néanmoins jalouse de l’attention qu’il portait à Zvezda devant les autres, elle savait qu’il trompait son monde. Il avait eu, après tout, un très bon professeur.

- Fais vite, mon amour. Je t’attends.
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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 29 Jan - 16:20

**
Firdli Latos, membre du groupe des Protecteurs, parcourait la forêt d’un air sombre. Contrairement à ses camarades qui l’accompagnaient, il n’avait pas encore vu de ses propres yeux ce qui sévissait dans les bois de la forêt Larmoyante. Il n’avait pas cru ses collègues quand ceux-ci leur avait décrit la décomposition des arbres et des plantes et il avait eu la chance (ou la malchance ?) de les accompagner pour voir ce qui se passait. Pour en avoir le cœur net.

Membre depuis maintenant cinq ans, cet elfe, très attaché à la nature, avait décidé bien jeune, d’aider les Protecteurs. Ils étaient venus chez lui, dans une des cités sylvestres de Caharnha, répondant au doux nom de Cime-Fleurie, aux maisons perchées dans les arbres ou creusées dans les troncs d’immenses conifères millénaires. Les habitants de cette ville, comme des quelques autres qui l’entouraient, ne sortaient quasiment jamais de chez eux. Certains, notamment chez les plus jeunes, n’avaient jamais vus d’humains ou d’êtres marins. Ils recevaient peu de visites de l’extérieur mais réceptionnaient les Lettres du royaume, ces papiers réunissant de nombreux articles sur tous les sujets possibles et imaginables. Les Lettres préférées de Firdli étaient celles appelées « Tout sur la science » et « Noble héritage », regroupant toutes les informations sur les différentes maisons de nobles du pays. Il s’amusait à redessiner les arbres généalogiques de certaines familles célèbres et rêvait de vivre dans les mêmes conditions qu’eux : adulés par le reste du monde et dépensant sans compter.

Quelle ne fut alors pas leur surprise quand les habitants de la ville virent arriver aux portes de leur cité, un groupe d’une dizaine de personnes aux capes vertes et aux tenues agrémentées de dessins dorés et argentés. Neuf elfes et un humain s’étaient présentés au conseil de la cité en expliquant ce pour quoi ils étaient venus. L’humain n’avait pas été bien accueil. Certains membres du conseil de Cime-Fleurie avaient voulu le renvoyer mais les contestations des neuf autres membres dissuadèrent les dirigeants qui durent accepter l’équipe dans son ensemble. Firdli avait assisté, avec toute sa famille, à la présentation des Protecteurs sur la place centrale de la cité, sous un rideau de fleurs rouges et violettes qui parsemaient les murs de toutes les maisons de Cime-Fleurie. Les idéaux de ces défenseurs de la nature l’avaient touché et lui avaient parlé. Il avait de suite adhéré à leurs propos et s’était présenté à eux dès la fin du discours. La mère de Firdli avait été profondément blessée par la décision de son fils tandis que son père avait paru dubitatif sur ce choix de vie peu commun. Le jeune elfe voulait voyager et voir du pays. Il se sentait étouffé dans cette cité qui était bien trop isolée du reste du royaume. Il avait besoin de voyager, de se faire ses propres opinions et de protéger ceux qu’il aimait. Il voulait que sa famille soit fière de lui.

- Je reviendrai vous voir, avait-il promis à sa famille et à ses deux petits frères jumeaux qui le regardaient avec des yeux ronds. J’ai passé des moments incroyables ici, avec vous et vous me manquerez beaucoup. Mais je dois partir, je l’ai senti et je n’en reviendrai que plus serein et plus confiant. Je vous en prie, ne pleurez pas mon départ. Réjouissez-vous en et soyez fiers de moi. Tout ce que vous m’avez appris me servira et je ne l’oublierai jamais. Je vous aime.

Le lendemain, il partait avec les Protecteurs. Il avait les larmes aux yeux mais il ne regrettait rien. Sa famille lui manquerait à coup sûr, sans oublier ses amis avec qui il avait vécu de grandes aventures. Il détourna une dernière fois la tête pour apercevoir ses parents qui lui faisaient signe. Firdli leur répondit d’un signe de la main et d’un sourire radieux. « A bientôt ».

Les Protecteurs avaient beaucoup de choses à faire. Ils devaient aller vérifier le bon fonctionnement des barrières dans un grand parc zoologique de la Régence du Nord avant de passer du temps dans l’inspection des différentes espèces présentes dans ce parc. Firdli avait découvert énormément de belles choses et avait fini par réellement tombé amoureux de la nature dont les ressources inépuisables étaient tout simplement extraordinaires. Outré et choqué par certaines pratiques, son obsession et ses motivations s’en étaient trouvées renforcées. Alors qu’ils faisaient l’inventaire des plantes exotiques que le roi leur avait demandé, les Protecteurs avaient été appelés par le prince d’Annhorhellh qui leur avait envoyé un message alarmant : un mal sombre sévissait dans la forêt Larmoyante. Cette forêt était bien connue du groupe car il s’y rendait régulièrement, sur la demande des artisans et des marchands de la région, afin de vérifier la qualité du bois et de la terre. Cette forêt était importante et permettait à des milliers de personnes de vivre, sans oublier les espèces rares et les chevaux de bataille qui aimaient s’y balader. Le sujet était donc grave.

- Huit d’entre nous vont se rendre dans cette forêt pour édifier un rapport précis afin que l’on sache exactement de quel mal il s’agit, avait déclaré Lidre Tanmos, le chef du groupe.

Firdli ne faisait pas parti de ce groupe. Il ne savait s’il devait s’en réjouir ou non. Il s’inquiétait pour ses amis et ne pouvait leur venir en aide. Les heures passèrent et il remarqua que d’autres de ses camarades étaient inquiets. Beaucoup ne parlaient pas mais travaillaient dans une ambiance morose. Firdli tenta lui aussi de se concentrer sur ses tâches afin de ne plus s’inquiéter. Lidre lui-même tournait en rond en marmonnant.
Quelques jours plus tard, le rapport arriva et les traits de son chef s’étaient soudain assombris. Le jeune elfe avait observé Lidre d’un air très inquiet. Il n’avait jamais vu son chef dans cet état et prévoyait le pire pour ses huit camarades. Une chose grave était arrivée à ses camarades. Que se passait-il donc ?

Lidre avait fermé la missive et s’était assis sur les marches du bâtiment Anémi, du nom du fondateur du groupe. Cette belle bâtisse, recouverte intégralement de fleurs grimpantes aux couleurs vives, se situait dans la Régence de Caharnha, dans la ville de Bois-d’Argent. Elle constituait le quartier général des Protecteurs qui occupaient ce bâtiment quand ils avaient quelques jours de repos devant eux - ce qui se faisait plutôt rare ces temps-ci - bien que la majorité des membres préférait dormir dehors, à la belle- étoile.

- Firdli, Stanos, Ost, Nat, Yuj, Téa et toi, Cria, dit Lidre en désignant chaque personne par le doigt, vous allez rejoindre vos huit autres collègues dans la forêt Larmoyante. Je vous rejoindrai dans une semaine si le problème subsiste toujours. Vous partez dès ce soir, ordonna-t-il d’un ton sérieux. La maladie a été appelée le Mal Noir et touche l’âme des arbres et des plantes. Devant l’incrédulité de ses camarades, il fit une pause et son air triste n’échappa à personne : Syr Etnel m’a donné quelques informations supplémentaires que je vous confierai juste avant votre départ. Allez-vous préparer maintenant. La maladie se propage rapidement et vos camarades n’ont rien pu faire. Nous ne pouvons laisser cela se produire. Nous devons éliminer ce mal. S’il persiste, je rappellerai tous vos camarades partis en mission. Ne perdez pas de temps !

Sur ces derniers mots, Lidre avait retrouvé sa conviction et avait presque rugi pour se revigorer et encourager ses collègues qui s’étaient mis à le regarder avec une intensité renouvelée. Lidre se sentait mal. Il aurait aimé aller voir de lui-même ce qui se passait mais il ne le pouvait pas. D’autres missions l’attendaient ici et cela le rendait furieux. Il avait l’impression de devenir fou. Tant de soucis se produisaient et il se sentait impuissant. La frustration qui l’habitait grandissait chaque jour. Ses camarades partis en mission ne lui avaient toujours pas donné de nouvelles. « Faites que rien ne leur soit arrivé », pria-t-il.

Firdli sentait son cœur battre plus vite car il était en colère : personne n’avait le droit de détruire ainsi la nature et il allait tout faire pour que cela cesse. Il plaignait ses camarades qui n’avaient rien pu faire et espérait, qu’à eux tous, ils arriveraient à faire quelque chose. Il aimait cette forêt qui abritait de nombreuses espèces de plantes mais également de nombreux animaux, comme les célèbres Lyres qui venaient s’abreuver au lac Espérance pendant les temps chauds. Ce Mal Noir, comme son chef l’avait appelé, l’intriguait et il avait hâte d’entendre les découvertes de Syr Etnel, renommé pour son talent et ses nombreux articles dans la Lettre nationale scientifique qu’il adorait. Quand leur chef partit, laissant les six Protecteurs se regarder, ils avaient la mine déconfite mais l’allure fière. Tous espéraient aider leurs camarades et guérir la forêt pour que tout redevienne comme avant.

Cria était une elfe à la longue chevelure noire. Elle venait des quartiers défavorisés d’une petite cité du nom de Fer-Blanc, située dans les montagnes au nord de la Régence d’Annhorhellh. D’une grande maturité et d’un grand calme, elle apaisait les autres par son caractère doux mais strict. Yuj, une de ses amies, venait, quant à elle, de la même cité que Firdli qui ne l’avait pourtant jamais vue. Plus âgée de trois ans, elle était déjà l’un des membres du groupe quand il avait rejoint les Protecteurs. Aimant les moments de solitude et de paix que la nature lui procurait, elle était d’une humeur très joyeuse et son rire était communicatif. Stanos, un humain de la Régence du Nord, était né dans une des cités florissantes de la région, du nom de Port-Rouge. Appartenant à la maison des Cadriens, il était d’une modestie sincère et procurait souvent à ses camarades des places de spectacles, organisés par les Aractis de la maison des Faucove, que Firdli appréciait tout particulièrement. Les Aractis avaient compris qu’accepter la venue d’elfes dans leurs contrées pouvaient faire du bien à leur commerce. Même si la population n’appréciait pas trop.

Ost, un elfe de grande taille, était le plus âgé. Ancien membre, il avait élu, avec les autres électeurs précédemment choisis, Lidre, pour que celui-ci les dirige, il y avait dix ans de cela. Né dans une ville frontière avec la Régence où se trouve le palais du roi, du nom de Tour-Poniant, il avait vécu les révoltes et les batailles inter-espèces qui l’avaient grandement marqué. Ost était le cousin de Cria. Il était très fort dans les courses de vitesse et s’entraînait très souvent afin de participer aux jeux elfiques qui se déroulaient tous les ans.

Nat, le second humain du groupe, venait d’intégrer les Protecteurs en début d’année et appréciait l’esprit de camaraderie qu’il considérait comme une grande qualité surtout quand on savait qu’une violente dispute s’était déroulée, il y avait peu de temps de cela, au sein même du palais royal. Nat vivait dans une des grandes vallées du nord de la Régence du Sud et aimait nager dans les forts courants du fleuve Thalios, du nom de l’ancien dieu protégeant les nageurs et animant les vents. Malgré l’ascension de Laria, Nat et ses camarades continuaient à croire en ces dieux et les priaient même quelques fois, en secret.

Téa était une elfe assez petite mais au caractère bien trempé. Elle n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait et aimait la bagarre. Elle s’entraînait également ardemment pour les jeux elfiques et avait déjà remporté plusieurs prix dans les épreuves impliquant une confrontation musclée entre les deux adversaires. Tous aimaient la nature et ses bienfaits et connaissaient également ses mauvais côtés : ceux qui étaient dangereux pour les humains ou pour les elfes. Ils respectaient cet ensemble et vivaient en parfaite communion avec leur environnement.

**

Quelques jours plus tard …

- Là-bas ! Je les vois, s’écria Cria qui accompagnait Firdli.

Tous deux étaient restés un moment en retrait, à l’une des entrées de la forêt afin de rassurer les habitants qui, depuis quelques jours maintenant, s’étaient attroupés autour des bois afin d’observer les Protecteurs en plein travail. Ses yeux, à l’acuité impressionnante, avaient pu repérer leurs camarades qui se trouvaient beaucoup plus loin, dans les bois.

- Dépêchons-nous !

Firdli se mit à courir, suivi de près par sa collègue. Tous deux portaient un arc et un carquois aux couleurs argentées et aux motifs en forme d’arbre aux branches touchant le ciel, symbole de Bois-d’Argent, la cité où se trouvait leur quartier général. Leur tenue d’un vert clair ou foncé, variant selon les missions, était assez ample pour leur permettre de bouger aisément. Ils portaient également, à leur ceinture, de petits sacs, utiles quand ils voulaient récupérer des plantes qu’ils étudieraient plus tard. Ainsi affublés, ils couraient aussi vite qu’ils le pouvaient, profitant de leurs attributs elfiques qui leur permettaient d’atteindre des vitesses inabordables pour les humains. Firdli finit par s’arrêter, essoufflé, alors que Cria continua, ses cheveux noirs voletant sur son dos avec grâce et effleurant l’épaule du garçon qui suivit sa course des yeux, toujours aussi impressionné par sa souplesse et sa légèreté. Il arriva très peu de temps après elle. Ses camarades avaient déjà mis Cria au courant des dernières informations. Nat accueillit Firdli avec une mine sombre.

- Yuj a disparu, lui dit-il d’emblée, sans prendre de gants.

Firdli le regarda, totalement incrédule et chercha des yeux la silhouette familière de Yuj et son sourire éclatant. Quand il tourna la tête vers Cria, il la vit pleurer et comprit alors que le pire était advenu. La jeune elfe se jeta dans ses bras et enfouit sa tête sous ses cheveux bruns. Quelques larmes tombèrent et coulèrent le long de son cou. Cria l’étonnait décidemment beaucoup. Ce contact lui faisait du bien et il ne voulait pas qu’il s’arrête. Mais Firdli repensa soudain à Yuj. Cela lui fit comme un choc et, tétanisé, il baissa les yeux et caressa les cheveux de Cria affectueusement, d’un geste presque automatique. Il ne croyait cependant pas encore à la mort de leur amie. « Elle allait revenir, n’est-ce-pas ? ».

La dure réalité qu’ils vivaient avait découragé le groupe. Certains membres avaient les larmes aux yeux quand d’autres étaient assis à même le sol, la tête dans les mains. Firdli assistait à cette scène, totalement découragé. Il regarda la forêt qui l’entourait et les arbres lui parurent comme sans vie, totalement noirs et anormalement penchés vers l’avant. Leurs feuilles tombaient sur le sol et formaient de drôles de monticules devant les troncs, recouvrant le sol de feuilles carbonisées et déchiquetées. Ils se trouvaient loin du centre de la forêt, là où le Mal Noir avait été signalé par le prince. Les Protecteurs étaient en fait à la limite de la propagation du mal, là où l’on pouvait apercevoir une séparation nette entre la vie et la mort, la nature verdoyante et la nature meurtrie, la maladie et le bien-être. Il fallait absolument sauver ce qui pouvait encore l’être. Et vite.

Firdli lâcha Cria et tenta de l’encourager par des paroles convaincantes mais il s’aperçut que ses mots étaient vides de sens. Avait-il perdu la foi ? Cria s’écarta légèrement et le remercia, lui offrant un faible sourire avant de s’essuyer le visage. Stanos était assis à même le sol et regardait la mousse qui s’étendait à leurs pieds. Ost, avec l’aide de Nat, tentait de remonter le moral des sept autres membres, présents bien avant eux sur le lieu du drame. Malia, une jeune humaine, avait également disparu et la mort de Yuj avait complètement anéanti les jeunes gens. Ost et Nat, habitués aux temps de malheur, essayaient, malgré un désespoir grandissant, de remettre d’aplomb leurs camarades. La tâche s’annonçait difficile.

- Attention !

Le cri avait fusé. Firdli prit violemment Cria par le bras et l’emmena tomber avec lui sur le sol. Un tronc d’arbre venait de se briser en deux et était tombé à quelques pas de l’endroit où se trouvaient Firdli et Cria, un instant plus tôt. La jeune elfe fixa le cylindre difforme et noir qui avait failli l’écraser et resta immobile le temps de reprendre sa respiration. Elle dut attendre l’aide de Firdli pour se relever tant ses jambes étaient frêles et ne la supportaient plus. Les membres des Protecteurs se réunirent sous un arbre qui semblait encore en bon état mais dont la base se teintait progressivement de noir. La présence de leurs camarades et leur contact leur permettaient de ne pas perdre pied. C’était la première fois que Firdli vivait des moments si sombres et si dangereux.

Yuj et Malia avaient disparu alors qu’ils tentaient d’extraire des arbres et des plantes, des morceaux noircis et malodorants qu’elles voulaient étudier plus tard. Sans un bruit, ni même un souffle de vent, les deux jeunes femmes s’étaient volatilisées, alors que les membres se situaient au centre de la forêt. Au centre même du mal. Leurs collèges, abasourdis par ce qui venait de se passer, avaient fui pour se réfugier dans la forêt où le vert et la vie étaient encore présents. La souffrance des bois les minait. Quand les plus courageux d’entre eux étaient retournés sur les lieux des drames, ils n’avaient rien trouvé. Tout semblait être comme si Yuj et Malia n’avaient jamais existé. Ne pas retrouver leurs corps leur avait plombé le moral et d’anciennes légendes leur étaient revenues en tête. Sans cadavre, les rituels traditionnels ne pourraient être réalisés et les âmes de leurs amies, tout comme leurs esprits, ne pourraient s’en aller en paix. Ils n’avaient jamais assisté à la mort d’un de leur collègue. Les membres étaient de plus très jeunes et n’avaient pas vécu ce genre d’expérience dans leur vie. Ost, quant à lui, avait vécu des évènements bien plus douloureux. Nat, fils d’un grand guerrier, avait reçu une éducation très stricte et savait comment réagir face à ce genre de situation.

- Nous devons envoyer un rapport à Lidre le plus vite possible et lui signaler les deux disparitions, dit Nat qui avait repris des couleurs et avait retrouvé sa détermination. Yuj et Malia n’auront pas disparu en vain. Nous devons faire quelque chose et vite.

Ost acquiesça et sortit quelques papiers de son sac afin de commencer la rédaction de son rapport. Il résuma rapidement la situation à son chef et donna le parchemin scellé à son petit oiseau rouge et blanc, Rial, un Arcque. Un Arcque était un oiseau génétiquement modifié pouvant atteindre des vitesses supérieures à celles des elfes et pouvant supporter des poids considérables. Utilisés spécialement par les messagers et appréciés par les marchands désireux d’avoir rapidement des nouvelles de leurs marchandises en transit, les Arcques avaient des pelages aux couleurs variées et savaient se faire discrets. Rial avait suivi la troupe en volant haut entre les arbres. Cependant, Ost avait été le seul autorisé à amener son messager pour être sûr de ne pas signaler leur présence malgré les capacités surdéveloppées de Rial. Ost lui transmit sa destination par la pensée et le caressa un instant, essayant de trouver dans ce geste, l’apaisement qu’il avait besoin. Lidre allait être surpris d’apprendre ces deux disparitions. Mais la suite du message le tuerait, à coup sûr. « Lidre, j’espère que tu arriveras à te pardonner », pensa Ost qui fixait son oiseau d’un air douloureux. Emettant un petit son aigu, Rial s’élança et disparut vite aux yeux des Protecteurs, ses ailes lui donnant une accélération remarquable et inouïe.

- Ceci n’est plus de notre ressort, s’exclama Stanos qui s’était relevé. Nous n’avons toujours pas réussi à identifier le Mal Noir. Les informations de Syr Etnel étaient confuses ! Si même quelqu’un comme lui ne peut nous aider, qu’y pouvons-nous ? Nous devons rentrer, c’est la meilleure solution !
- Essayons d’éviter la propagation, tenta Damio, un des membres présents depuis quelques temps maintenant. C’est la seule chose que nous pouvons faire.

Stanos fulminait : ses camarades étaient juste devenus fous.

- Vous voulez mourir vous aussi, c’est ça ?
- Nous ne savons pas si elles sont mortes, commença Nat avant d’être coupé.
- Bien sûr que si qu’elles le sont !

Cria tremblait et cette dispute la rendait malade. Elle aussi voulait s’en aller. Firdli s’approcha d’elle et lui parla pour la réconforter. Comme Damio, il voulait faire quelque chose. S'ils ne faisaient rien, la forêt mourrait. Et cela était inacceptable. Mais devaient-ils sacrifier leur vie pour cela ? Une larme s’échappa de ses yeux.

Ost sépara les deux jeunes hommes qui s’étaient mis à crier. « Espérer ne pas être repérés avec ces deux-là, était peine perdue », se dit Ost en soupirant.

- Arrêtez ! Nous devons rester unis et nous devons faire quelque chose ou la forêt mourra. Qu’en dis-tu Stanos ?
- Je… commença-t-il d’une voix où l’on sentait la colère se dissiper doucement. J’aimerais aider, bien sûr, mais nous sommes impuissants.
- Je ne le pense pas. Je suis sûr que nous pouvons être utiles, continua Ost, confiant malgré la douleur qui transperçait.

Stanos et Nat s’étaient excusés l’un auprès de l’autre avant de se prendre chacun dans leurs bras en signe de camaraderie.

- Nous pouvons ralentir la progression de ce mal. Nous en avons le pouvoir. Nous ne sommes pas n’importe qui, nous sommes les Protecteurs, les gardiens de la nature, de tous ses bienfaits. Toutes nos missions ont été accomplies avec honneur, nous n’avons jamais échoué. Tous les peuples nous sont reconnaissants et je sais que chacun d’entre vous est fier et heureux de faire partie de ce groupe. Vous avez tout quitté, vos familles, vos amis, vos origines, pour porter cet habit vert et faire honneur à tout ce pour quoi vous voulez vous battre. La nature et ses habitants ne vous laissent pas indifférents. En chacun d’entre vous, en chacun de nous, nous voulons être utiles et sauver ce qui peut encore l’être. Et cette forêt le peut. Joignez-vous à moi.

Ses camarades l’avaient écouté avec attention. Firdli avait été ému par ce discours, se rappelant pourquoi il avait quitté sa famille, son pays, pour rejoindre les Protecteurs. Quand il regarda ses camarades, il s’aperçut qu’il n’était pas le seul à se rappeler ce pour il se battait, jour après jour. Ils se regroupèrent et se prirent par la main, formant une ronde. Cria avait encore les yeux humides mais semblait quelque peu revigorée grâce aux paroles d’Ost. Stanos semblait moins dubitatif. Ce fut d’ailleurs lui qui reprit la parole :

- Alors, allons-y et sauvons la forêt.

Tous les autres acquiescèrent et tous se regardèrent une dernière fois avant de se mettre en formation et de partir pour atteindre, une fois de plus, le centre de la forêt. Même s’ils tremblaient sous l’émotion et au souvenir de la disparition de leurs deux amies, ils avaient retrouvé une force qui les faisait avancer sans sourciller.

- Firdli, Stanos, Mart et Nat, sur les côtés, commença Ost, désirant protéger au mieux ses camarades et prenant la tête de l’équipe. Rist et Wiv derrière. En route. Evitons une nouvelle disparition.

La forêt qui s’étendait sous leurs yeux se transformait au fur et à mesure de leur avancée. Le vert et la chaleur avaient disparu pour ne faire place qu’à la sombre ambiance damnée de ces bois meurtris. Les animaux avaient déserté la place et Ost avait d’ailleurs interdit à son oiseau de revenir, pour son bien. Les feuilles desséchées et les branches brisées, cassées, avaient une allure terrible et donnaient aux arbres des aspects terrifiants, rappelant les fantômes des histoires infantiles qui hantaient les nuits des enfants. Les murmures de la forêt faisaient trembler Cria qui jetait des regards apeurés autour d’elle. D’étranges formes spectrales parcouraient la cime des arbres et s’abattaient parfois sur le groupe, disparaissant à moins d’un mètre d’eux. Un bouclier magique avait été érigé et était maintenu par les plus puissants, dont Firdli, qui se concentrait pour maintenir le sortilège en se servant de l’énergie de la forêt pour se maintenir. Mais cette énergie se raréfiait et les Protecteurs devaient puiser dans le bois mort des arbres qui ne leur donnait que d’infimes particules de magie verte. Cela ne serait bientôt plus suffisant surtout quand ils atteindraient la partie la plus meurtrie de la forêt, là où le mal puisait sa source. Allaient-ils survivre ?

Yuj et Malia avaient disparu quelques pas plus loin et tous les regards s’étaient dirigés vers ce lieu maudit. D’autres masses noirâtres tournaient autour des tuniques vertes sans toutefois percer leur défense. Ost, toujours en tête, et maintenant avec les autres, le bouclier, se penchait régulièrement pour récupérer des échantillons ou toucher le bois des arbres. Les esprits malins tournoyaient et fondaient sur les elfes et humains désireux de protéger la nature qu’ils aimaient. Firdli peinait à décrire ces êtres étranges : filandreux et parfois diaphanes, la plupart leur apparaissaient néanmoins noirs et très longs, comme s’ils étaient constitués de voiles sombres qui suivaient leur mouvement ondulatoire et diabolique.

- Non, laissez-moi !

Cria avait hurlé et l’on entendait des bruits signifiant qu’elle se débattait à en perdre haleine. Ses camarades se tournèrent vers elle mais ne virent rien de spécial. La jeune elfe semblait se battre contre le vide. Elle finit par se calmer, remettant sa chemise en place et tentant de reprendre une allure normale. Firdli lui lança un coup d’œil interrogateur et vit dans ses yeux une peur bleue que les traits de son visage ne dépeignaient pas. Cria transpirait et avait baissé la tête, les yeux larmoyants et terrifiés. Ses camarades avaient déjà détourné leur attention mais certains respiraient encore vite, toujours effrayés par les cris que la jeune femme avait poussés. Firdli se désintéressa à son tour de l’expression affolée de son amie, bien qu’il trouvât tout cela très étrange, et se reconcentra sur le sortilège. Il voulait la prendre dans ses bras pour la réconforter mais cela devrait attendre.

Le bouclier ne servait, cependant, plus à rien : la nature, qui donnait son énergie magique au charme déployé par les Protecteurs, avait perdu de sa pureté. La magie verte n’existait maintenant plus, toute vie ayant disparu de ces bois accablés par le Mal Noir. Ost fut le premier à s’apercevoir que leur bouclier était devenu inefficace et voulut crier des ordres aux autres afin de changer leur tactique mais n’en eut pas le temps : Firdli s’était élancé à la poursuite d’une forme fantomatique qui partait vers l’est alors que Cria avait disparu.

**

Perdu dans ses pensées, Firdli tentait toujours de maintenir le bouclier. Voulant poser une question à Cria sur ce qui venait de se passer, il se tourna vers elle mais ne trouva qu’un espace vide. Affolé, il regarda autour de lui et aperçut, à plusieurs mètres de là, perdus entre les arbres, un groupe d’esprits noirs qui s’éloignait. Perdant tout son sang-froid, il s’élança à la poursuite de ces kidnappeurs, abandonnant le groupe, oubliant la peur qui lui serrait le cœur et ne sachant même pas si Cria se trouverait là où il allait. Le reste des Protecteurs, repris en main par Ost, s’était réuni et tentait de mettre en place un sortilège spécifique devant empêcher la propagation du mal. Le plus âgé du groupe avait ordonné à ses collègues de ne pas partir à la recherche de leurs deux collègues. Le bouclier était inefficace et ils devaient faire quelque chose avant de mourir. Mourir pour rien n’était pas la solution. Ils déploreraient leurs pertes plus tard malgré les protestations indignées de certaines personnes. La confiance les avait quittés, la peur les avait gagnés. La perte de deux éléments forts du groupe avait choqué certains pour qui la protection de l’environnement comptait bien plus que la sauvegarde de vies humaines. Stanos se disait même que Firdli les avait lâchement abandonnés. Cria mourra comme les autres. Firdli n’y pourrait rien. « Ce mal est incompréhensible et malsain. Un elfe n’y pourrait rien. Et un humain non plus ».

- Nous ne pouvons plus utiliser la magie primordiale, s’écria Stanos, tentant d’éviter les ombres qui s’attroupaient autour d’eux. Les esprits démoniaques s’étaient immobilisés et semblaient les observer, comme savourant leur détresse et s’en nourrissant.
- Il ne nous reste plus que la magie des mots, décréta Mart, pragmatique mais peu convaincu par ses propres paroles.
- Non, nous devons utiliser la magie spectrale … commença Ost.
- Jamais de la vie, le coupa Nat, nous allons nous faire tuer !
- Nous mourrons de toute façon si nous ne faisons rien, s’énerva à son tour Ost qui prit Nat par le col de sa chemise avant de le jeter sur le sol, totalement hors de lui. Nat lui jeta un regard horrifié avant de s’éloigner du groupe pour finir par s’enfuir dans la direction par laquelle était parti Firdli. L’abandon de Nat troubla les membres : un vrai Protecteur devait faire des sacrifices et choisir, toujours avant son propre bien-être, la survie de la nature qu’il protégeait.
- Ceux qui veulent le suivre, partez ! s’exclama Ost, hurlant devant ses camarades affaiblis et totalement perdus par ce qui venait de se passer.

Les visages décomposés, ses collègues se plièrent aux exigences d’Ost qui leur expliqua ce qu’il fallait faire pour endiguer ce mal. Stanos serrait les poings, enragé par la situation qu’ils vivaient. Que pouvaient-ils faire ? Fuir et mourir, tués par ces formes noires qui étaient apparu dans la forêt ou rester ici et utiliser une magie qui leur était interdite et mourir pour avoir voulu braver ces interdits. Nat l’avait abandonné, ainsi que Firdli et il ne savait pas ce qu’était devenue Cria. Tout allait mal. « J’espère que les hauts magiciens pourront faire quelque chose, pensa l’humain. Peut-être arriverons-nous à empêcher la propagation du Mal Noir mais cela ne réglera pas le problème. Laria, aie pitié de nous ». Sur cette prière muette, il se mit à genoux et n’eut même pas le temps de pleurer ses camarades disparus car Ost l’attendait.


Dernière édition par Lyadrielle le Sam 9 Fév - 19:37, édité 1 fois
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Lyadrielle
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MessageSujet: Re: [Lyadrielle] La destinée de Via (Roman)   Mar 5 Fév - 21:35

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Via avait tenté de camoufler au mieux ses déboires magiques dans sa chambre en recouvrant le sol de tas de vêtements et en défaisant son lit de manière peu naturelle. Si quelqu’un voyait ça, à coup sûr on la punirait. Elle espérait que les serviteurs, dégoûtés par la mauvaise tenue de ses appartements, ne prendraient pas la peine de ranger derrière elle. Demain, elle irait trouver son professeur pour qu’il l’aide à nettoyer tout ça. Elle allait devoir lui expliquer ce qui s’était passé et en avait déjà bien honte. Il la prendrait pour une incapable ou pour une délinquante. Elle n’avait, après tout, pas le droit d’user de la magie sans avoir assisté aux cours du second cycle qui suivaient ses dix années de formation générale. Et s’affranchir les règles lui était déjà arrivé plus d’une fois.

Avec Lemy, braver les interdits était chose assez courante. Ayant plus de droits qu’elle, Lemy pouvait profiter davantage de son statut de princesse. Via se sentait tout simplement étouffée par tous ces protocoles, toutes ces images à tenir devant les autres et toutes ces lois ridicules qui l’empêchaient de vivre comme elle le souhaitait. « Ah, l’étiquette ! ». Même si elle se sentait stupide quand elle y pensait, elle se disait qu’il aurait mieux valu naître dans une famille plus pauvre que la sienne et surtout dans une maison possédant des ancêtres qui n’étaient pas de la trempe de la déesse Bleue. Elle aurait volontiers donné sa place à l’une de ces jeunes filles qu’elle avait coutume de croiser au sortir des cérémonies hebdomadaires en l’honneur de Laria. Leur foi incommensurable, leur amour pour la déesse et leur dévotion sacrée avait surpris Via pour qui son ancêtre ne représentait rien de plus qu’un nom dans son arbre généalogique. « Si l’on m’entendait penser, se dit-elle, je pourrais être bannie ». Souriant à cette idée grotesque, elle préféra penser à autre chose mais des nausées l’obligèrent à s’asseoir. Se moquer ainsi de la déesse lui couterait cher et elle le savait. Elle devait faire plus d’effort et se soumettre même si cela la rebutait. Ressemblait-elle tant à sa mère pour agir ainsi et trahir sa famille ? « Bien sûr que non, je ne lui ressemble pas. Pas du tout ».

Via finit par être fin prête pour son rendez-vous avec le prince elfe. Son examen s’était plutôt bien passé et avoir fini en avance l’avait rassurée. Elle n’avait pu décrire ses péripéties et ses angoisses à son professeur à la fin de ces quatre heures et demie mais avait été soulagée de pouvoir rentrer chez elle avec la sensation d’avoir fait du bon travail. Nombre de ses camarades avaient semblé aussi contents qu’elle et la majorité s’était d’ailleurs donné rendez-vous, le soir même, pour fêter ça. Via ne pensait pas participer à la fête tant sa fatigue s’était accumulée ces derniers jours à cause de ses cauchemars inquiétants. Elle avait montré un visage désolé à l’organisatrice en titre de cette soirée, la sublime Ildir de la maison des Dartian, connue pour avoir construit de nombreux monuments dans la région où vivait le roi.

La princesse avait déjà oublié son examen et était passée à autre chose : que lui voulait Lildrille ? Vêtue d’un pantalon bleu foncé assez seyant et d’une tunique toute aussi ajustée, elle n’arrêtait pas de se poser cette même question sur le chemin qui la menait à la place où il lui avait donné rendez-vous. Bien qu’elle n’eût pas voulu le voir au départ, sa curiosité, encore une fois, l’avait rattrapée et elle désirait plus que tout savoir pourquoi il lui avait demandé de venir. Ayant prétexté devoir aller aider Ildir pour les préparatifs de la fête à venir, elle était sortie de chez elle avec empressement et priait pour que le prince soit toujours là. Son petit détour chez elle l’avait assez retardée et il était déjà tard quand elle parvint sur la célèbre place sur laquelle Ytredj avait été exécutée, il y avait des années de cela. Helena l’avait, de plus, retenue quelques minutes pour examiner sa tenue. Peu approbatrice au départ, elle avait finalement accepté qu’elle sorte habillée ainsi à condition qu’elle fasse attention à ne croiser aucun haut magicien. Soupirant exagérément, elle avait salué sa belle-mère d’un air dégagé et avait déguerpi. Personne ne la suivait, les gardes de son père étant trop occupés pour s’inquiéter de sa sécurité. Se rappelant les espions d’Helena, elle jeta des regards assistants autour d’elle, examinant les personnes qui se baladaient et tentant de distinguer dans leur posture, leur regard ou leur façon de parler, un moyen de reconnaître en eux la marque de sa belle-mère. Peine perdue : il y avait vraiment du monde et sa concentration n’était pas à son apogée. « Puis, j’ai le droit de rencontrer un prince, même elfe. Je ne fais rien de mal », tenta de se rassurer la jeune fille, accélérant sa foulée pour atteindre la place.

Ytredj était une voyante humaine née dans les contrées de Plabiel, au sud de Linaria, près des frontières fortifiées que les temps anciens avaient vu s’élever. Troisième fille du peintre Albus Hélep et de la chanteuse Naline Ralj, Ytredj avait pu profiter d’une enfance simple et heureuse, ponctuée cependant par des déplacements fréquents dus aux représentations de sa mère à travers la région ou aux commandes que son père recevait de nombreuses maisons de nobles qui appréciaient ses œuvres. Très vite, il s’était avéré que la jeune fille, contrairement à ses deux frères aînés, possédait un don pour la peinture et la représentation de situations ou de paysages qu’elle avait à peine observés. Pour ne pas arranger les choses, elle possédait une voix plus juste et plus mélodieuse que celles de ses deux sœurs. Jalousée, Ytredj avait vécu une adolescence plutôt mouvementée et avait dû se défendre face aux injures ou aux mauvais coups que ses frères et sœurs s’amusaient à lui donner. Une nuit, alors qu’elle avait voulu observer le reflet des étoiles sur l’étendue du lac sacré qui entourait les temples des cultes anciens, la jeune fille avait entendu des murmures et des rires derrière elle. A raison, elle sut que ses frères et sœurs voulaient lui faire peur. Tremblant près de la surface noire du lac, à peine marquée par quelques reflets argentés, Ytredj s’était levée et s’était dirigée vers le chemin de terre qui conduisait à leur maison actuelle, petite bâtisse offerte par la famille Tilion de la maison Tiraz pour remercier ses parents de ce qu’ils avaient fait pour eux.

Les rires la suivaient et elle pouvait à présent entendre les bruits de pas de ses frères et sœurs qui la suivaient. Butant contre une porte en bois, celle fermant le chemin de terre qu’elle avait complètement oubliée, elle recula, ne pensant même pas à prendre ses clés pour ouvrir tant elle était paniquée. Complètement perdue, Ytredj ne comprit pas ce qui se passa par la suite. Elle s’était sentie portée et ne touchait plus le sol. Les rires avaient cessé et elle pouvait les entendre parler, pestiférant et lui lançant des insultes à la figure. Un de ses frères lui mit une main devant la bouche avant de la faire basculer. La rudesse du sol fit hurler la jeune fille qui s’était blessée et dont le sang recouvrait la terre. Pleurant à chaudes larmes, elle ne put rien faire quand plusieurs coups de pieds atteignirent chaque partie de son corps, lui arrachant des cris déchirants et des sanglots pathétiques entrecoupés par des prières que personne n’entendit. Affaiblie et au bord de l’évanouissement, le corps d’Ytredj était en très mauvais état et la faisait souffrir le martyr. Quelques instants plus tard, alors qu’elle avait perdu conscience, son corps avait été jeté dans le lac sans aucun remords. Ses parents n’avaient rien entendu et n’avait jamais accusé leurs enfants de la disparition de leur fille chérie.

Quelques années plus tard, les deux sœurs et deux frères d’Ytredj avaient été retrouvés morts, sans qu’aucune explication n’eût été donnée. La jeune femme, laissée comme morte, avait en fait survécu et avait nourri des sentiments de vengeance envers ceux qui l’avaient humiliée. Ayant développé un nouveau don, celui de vision, elle put alors prédire à l’avance les crimes de la jeunesse et sauver ceux qui auraient dû subir, comme elle l’avait enduré, un déshonneur, une humiliation ou une mort certaine. Ses actions avaient semé le trouble chez plusieurs familles aristocrates et bourgeoises chez qui les jeunes multipliaient les mauvaises actions. Trahie par un de ceux qui l’accompagnaient, Ytredj fut dénoncée et exécutée pour homicides volontaires, pour actes de vengeance et pour mauvais traitements sur certains jeunes bourgeois ou aristocrates qui s’étaient plains à leur famille qui les avait pris en pitié. Ytredj, voyant que la société empirait et que de nombreux jeunes au talent certain se faisaient ainsi maltraités sans aucune forme de procès et sans que les coupables soient punis, décida de ne plus lutter et accepta sa sentence. Sa vie avait été gâchée par la jalousie de ses frères et sœurs et son avenir brillant en tant qu’artiste avait été brisé en une seule soirée. Quand elle avait réapparue, ses parents l’avaient rejetée, croyant voir un fantôme revenu les hanter. Désespérée, la jeune femme avait sombré dans une profonde détresse et avait songé à se tuer pour de bon. Désireuse de faire le bien autour d’elle, elle avait retrouvé une raison de vivre et s’était fait des alliés. Mais ses actions n’avaient pas plu et l’avaient mené à sa perte.

Damnée et maudite, sa mort avait soulagé le pays qui ne voulait pas admettre que certains des faits et gestes d’Ytredj avaient été justifiés. Aucun des membres des familles touchées ne voulait admettre que leurs propres enfants s’adonnaient à des pratiques indignes. Morte en - 234, Ytredj avait été vite oubliée pour le bien de tous. Voulant éviter à d’autres jeunes la vie qu’elle avait eue, la voyante avait finalement aggravé les choses en oubliant la justice, préférant la vengeance et la soif de sang. Punissant ceux qui le méritaient, elle ne faisait pas de différence entre les différentes classes sociales et cela avait profondément blessé les maisons bourgeoises ou aristocrates, comme celle que ses parents avait fini par adhérer. Rabaissés comme les autres, ces pauvres et ignorants qui formaient le reste du peuple, les nobles n’avaient pas apprécié que l’on parlât autant d’eux et en de si mauvais termes. Voulant devenir un héros, aidant ou sauvant les cibles de jeux stupides ou victimes d’humiliation, Ytredj était finalement devenue la Damnée, celle dont l’histoire ne devait pas se rappeler.

Via, comme les autres de ses camarades, ne savait rien de cette voyante si ce n’est qu’elle avait tué et qu’elle en avait payé le prix. Parcourir cette place la rendait cependant mal à l’aise, surtout quand ses yeux se posaient sur la grande estrade qui surplombait la place. C’était ici que sa mère avait été tuée, devant des milliers de gens qui souhaitaient la voir mourir. Détournant vite les yeux, elle retint un haut le cœur et continua son chemin. Toujours aussi perturbée quand elle se baladait seule dans la ville, elle ne supportait pas les regards que certains passants pouvaient lui lancer. Beaucoup n’avaient pas oublié les faits de sa mère. Ne supportant pas une telle humiliation, elle méprisait ceux qui la regardaient avec un air de suspicion et n’hésitait plus à les dévisager, montrant ainsi qu’elle n’avait pas honte de son héritage.

D’ailleurs, nullement impliquée dans ce qui s’était passé, elle n’avait rien à se reprocher et avait du mal à croire à la trahison de sa génitrice. Au fond d’elle, elle voulait se convaincre que toute cette histoire n’avait été qu’un gros mensonge. Mais sa mère avait réellement du mourir, tromperie ou non, et les dernières exécutions qui avaient eu lieu sur la fameuse place avaient eu pour but de rappeler aux habitants que les enfants légitimes du roi devaient être respectés et aimés de tous, sous peine de menace de mort. Dans les familles princières et les maisons, rares étaient ceux qui haïssaient Via, sa sœur et son frère. La leçon était passée. Dans le reste du peuple, cependant, cela n’avait pas été le cas mais aucune tentative d’assassinat n’avait traversé la tête des habitants qui avaient assez de soucis comme cela. Pourtant, un groupe de « rebelles » s’était formé, petit à petit pour grossir à la veille de la cérémonie durant laquelle Ystar avait été proclamé héritier de la couronne du royaume. Le prince était en effet perçu, par ces personnes, comme né d’une engeance maudite. Traité de traître, d’illégitime ou de bien pire encore, il était considéré comme malfaisant et indigne de porter la couronne ou le tire qui allait avec. Le roi, pour la cérémonie, avait bien veillé à ce que tout se passe sans problème : les « rebelles » avaient effectivement été capturés, tous sans exception, par sa garde rapprochée, et envoyés au cachot sans que personne ne soit mis au courant. Il n’avait pas encore décidé de leur future sentence bien que la mise à mort restait celle qu’il aimait le plus.

Via en frissonnait encore. Ces personnes voulaient sa mort à elle aussi, comme celle de sa sœur. Plus d’une fois elle avait voulu fuir, fuir ce pays où on la considérait comme une engeance maudite. Plus d’une fois elle avait pleuré et haï sa mère pour sa traitrise. Petit à petit elle acceptait le fait que celle qui l’avait fait naître était méprisable. Elle ne la considérait d’ailleurs plus comme sa mère. Elle se sentait orpheline de ce côté-là. Une partie d’elle cependant avait besoin de cette présence féminine à ses côtés. Cette partie d’elle-même voulait croire à l’innocence de sa mère. « Je suis folle, voilà tout ». De plus, contrairement à Loria ou Ystar, Via avait du mal à se rappeler sa mère avant le drame. Enévive n’avait pas été très présente pour elle et la jeune fille n’avait ainsi quasiment aucun souvenir de cette femme. « Tant mieux, après tout. Bon, je dois arrêter de penser à ça ! ». Elle arrivait sur le lieu de rendez-vous.

La place était assez animée : quelques jeunes enfants ou plus vieux, riaient et applaudissaient les artistes qui dansaient, chantaient et faisaient bouger des poupées en tissu représentant les membres les plus illustres du pays. Via put reconnaître le roi et la grosse tête qu’il possédait lui parut une excellente idée, son égo démesuré et son pouvoir absolu terrorisant même certains de ses plus proches alliés. La jeune fille se mélangea quelques instants à la foule, le temps de rire avec eux et d’applaudir les déhanchements grossiers de la marionnette à l’image de sa belle-mère. Helena se moquait complètement de ce que le peuple pouvait penser d’elle et appréciait même que l’on la voit dans ce genre de spectacles, contente de voir la place qu’elle avait réussi à obtenir depuis son arrivée à la tête du royaume. Les enfants du roi n’étaient jamais mis en scène dans ces petits spectacles, les artistes craignant les menaces du roi, à raison.

Certaines personnes avaient reconnu la princesse et s’inclinaient devant elle comme l’étiquette le dictait. D’autres lui adressèrent leurs hommages et félicitèrent son frère. Via essayait de garder le sourire devant ces paroles toutes plus vides les unes que les autres. Celles concernant son frère lui passèrent d’ailleurs bien au-dessus de la tête. Une femme lui prit la main avant de s’incliner et la remercia pour la magnifique cérémonie à laquelle elle avait assisté. « Si je pouvais teindre mes cheveux en noir, en brun ou en blond », n’arrêtait pas de se dire la jeune fille. « Au moins, je pourrai passer presque inaperçue. Presque ». Un elfe élégant s’était même approché pour la saluer. Elle oubliait souvent que cette partie de la ville était autorisée à toutes les espèces. Ces endroits se faisaient d’ailleurs de plus en plus rares.

Une silhouette particulière était présente à l’écart de la foule : grand et les cheveux noirs, il était immobile et semblait regarder les figurines du petite théâtre ambulant sans les voir. Via le reconnut et prétexta devoir livrer un message au prince elfe à la foule qui la laissa s’en aller. La jeune fille s’approcha de Lildrille doucement, pour ne pas lui faire peur. Mais, oubliant ses sens accrus, ce fut la jeune fille qui sursauta quand il se mit à la regarder de sa drôle de façon alors qu’elle marchait toujours dans sa direction.

Il était habillé simplement et avait oublié sa cape noire – ou l’avait-on forcé à sortir sans ? – pour la remplacer par une légère veste bleue et verte. Acculée par la chaleur qui l’avait assailli quand elle avait pénétré dans la foule, Via fut encore plus abattue par les rayons brûlants quand ses yeux croisèrent ceux de l’elfe. Qu’allait-il lui dire ? Que devrait-elle répondre ? Prenant son courage à deux mains, elle s’approcha de lui et ce dernier lui prit la main, sans un mot, pour l’emmener à l’ombre d’un arbre qui bordait le côté d’une boutique vendant des tableaux peints par les artistes les plus en vogue en cette saison. De nombreux magasins et échoppes étaient encore ouverts à cette heure et les bars étaient d’ailleurs bondés. Une boisson fraîche, en ces temps chauds, était très appréciée. Lildrille avait choisi une place connue pour sa foule et pour la variété de ses activités – allant même jusqu’au bain de sang – pour son rendez-vous avec Via.

Il la sentait inquiète et ses pas se faisaient maladroits à ses côtés. Les gens qui les croisaient devaient s’incliner deux fois et ces saluts encombrants les ralentirent. Lildrille dut aussi faire face à quelques insultes silencieuses et à quelques regards assassins que certains nobles humains lui lançaient. Via se sentait mal à l’aise à ses côtés, ne supportant pas les attitudes mesquines ou mauvaises de ceux qu’ils pouvaient croiser. Elle avait lâché la main de l’elfe pour le suivre à ses côtés. Il ne lui avait toujours rien dit mais ne pouvait se le permettre avec toute cette foule qui les entourait sans cesse. Ils arrivèrent enfin à s’en débarrasser quand sonna l’heure de la fanfare. Un orchestre s’était en effet préparé, près d’une des boutiques de savon de la place. Lildrille finit enfin par sourire, soulagé d’être débarrassé de ces manants. Via aimait le voir dans cet état car il lui paraissait bien plus beau et joyeux que d’habitude.
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